Béatification de Pie XII: Le président du CRIF déplore une décision prématurée et une négligence du Vatican

par nicolas le 22 décembre 2009 · 0 commentaire

dans la rubrique Antisémitisme, négationnisme, Catholicisme, Histoire de l'Eglise

Quelle est votre réaction à l’annonce de « l’héroïcité des vertus » de Pie XII ?
 
Richard Prasquier : Une immense déception. J’avais cru comprendre l’an dernier, au moment où Benoît XVI s’était abstenu de signer le décret, qu’il reportait implicitement cette signature à l’ouverture des archives.
Avec d’autres représentants des institutions juives internationales, nous avions alors tous réclamé la même chose, à savoir l’ouverture des archives pour la période du pontificat de Pie XII. Nous avions cru être compris. Il faut que des historiens puissent intervenir et analyser ces archives. Tant que cela ne sera pas fait, toute décision sera prématurée.
Si je devais qualifier d’un mot l’attitude de Pie XII pendant la Seconde Guerre mondiale, ce n’est certainement pas le mot «héroïque» qui me viendrait à l’esprit. Pie XII n’a pas été ce qu’il aurait dû être, c’est-à-dire une grande voix, un prophète.
Il a essayé de jouer au diplomate. Je dirai aussi que la date qui a été choisie pour cette déclaration est particulièrement malheureuse. Noël, c’est pour moi le souvenir de la déclaration de Pie XII à la radio à Noël 1942 : il n’a pas su trouver les mots forts qui étaient nécessaires.
Surtout – et je ne comprends pas que le Vatican n’ait pas pris ce point en considération –, le pape doit se rendre à la synagogue de Rome le 17 janvier, dans un geste extrêmement symbolique. Cette conjonction montre une étonnante négligence. Si je devais aujourd’hui me rendre à Rome – comme j’en avais l’intention –, je suspendrais ma participation.
Quel peut être, selon vous, l’impact de cette décision sur les relations judéo-chrétiennes ?
 
Il faudra beaucoup travailler pour que la réaction de déception forte qui s’est déjà faite jour à plusieurs reprises – notamment avec l’affaire Williamson –, ne s’aggrave pas. Je suis confiant, parce que nous avons des relations profondes avec l’Église, établies sur la réflexion de beaucoup de catholiques sur le lien avec le judaïsme.
Je suis notamment confiant en France, où nos relations sont d’une qualité exceptionnelle. Mais, dans le monde juif, un sentiment d’incompréhension totale va l’emporter. Il y a là une vraie négligence par rapport à notre sensibilité. Je suis sûr qu’il n’y a pas chez Benoît XVI d’antisémitisme, mais il éprouve une vraie incompréhension historique.
Ce pape ne se meut pas dans l’Histoire, il se meut dans un monde théologique, un monde de la spiritualité. C’est compréhensible, mais un pape doit être également ancré dans l’Histoire – c’est d’ailleurs ce qui faisait la force extraordinaire de Jean-Paul II.

(Article paru dans la Croix du 19 décembre 2009)



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