"D'une façon ou d'une autre, la population humaine va s'effondrer"
Le journaliste américain Alan Weisman évoque dans un livre ce qui arriverait si la planète était débarrassée des hommes. Une formidable enquête qui fait froid dans le dos. Propos recueillis par Matthieu DURAND.
LCI.fr : Lors de votre enquête, qu'est-ce qui vous a le plus marqué : le fait que les traces de la présence humaine disparaîtraient aussi rapidement ou que l'impact de l'homme sur la nature (radioactivité, matières plastiques...) durerait des centaines d'années ?
Alan Weisman : Les deux m'ont autant choqué. C'est pourquoi mon livre passe sans cesse d'exemples où la nature se précipiterait pour combler les espaces abandonnés par l'homme à des exemples où certaines de nos créations, parfois affreuses et effrayantes, parfois magnifiques, dureront bien plus longtemps que nous, des millions d'années pour certaines. Cela m'a fait prendre conscience à quel point sont fragiles nos plus grandes réalisations. Mais en même temps, je suis émerveillé de voir avec quelle ingéniosité, et parfois sans sagesse, nous avons conçu certains matériaux pour durer au-delà de toute prédiction.
LCI.fr : Certains des paradis terrestres pour la faune et la flore sont des zones où la présence de l'homme est devenue impossible, du fait de leur radioactivité ou de conflits. Qu'est-ce que cela vous inspire ?
A. W. : C'est la douche froide. Au Nicaragua, pendant la guerre civile, dans les années 80, la côte Miskito a pu reconstituer ses ressources (bois, homards et crevettes) car toute exploitation y était impossible. Autre exemple : la Zone coréenne démilitarisée DMZ en anglais, NDLR est aujourd'hui un des endroits d'Asie les plus capitaux pour la préservation de la vie sauvage, même si c'est accidentel.
Quant à la contamination, deux scientifiques dont je cite les travaux, Robert Baker (Texas Tech University) et Ronald Chesser (University of Georgia), ont un jour été interrogés par la télévision ukrainienne sur l'impact de l'explosion de Tchernobyl sur l'environnement local. A la grande surprise du journaliste, ils ont indiqué que cela avait abouti à une grande amélioration simplement parce que la biodiversité est beaucoup plus importante dans la zone radioactive évacuée qu'en dehors, où vivent encore des gens.
LCI.fr : Pour éviter un désastre écologique majeur, vous évoquez comme solution la limitation des naissances à un enfant par famille. Mais cela reste très hypothétique, surtout à court terme. Quelles sont les autres possibilités pour vivre harmonieusement avec notre planète ?
A. W. : Le contrôle des naissances peut sembler hypothétique mais il deviendra une réalité tôt ou tard car il y a trop d'humains sur la planète par rapport aux ressources disponibles et aux dommages que nous provoquons sur le sol, l'eau et l'air. D'une façon ou d'une autre, la population humaine va s'effondrer : la question est de savoir si nous contrôlons ce phénomène ou si nous laissons la nature s'en charger. Le contrôle des naissances est l'avancée la plus rapide et la plus efficace pour réduire notre impact sur la planète.
Sinon, j'ai longtemps pensé que pour résoudre le plus rapidement nos problèmes de contamination et de réchauffement atmosphérique, il faudrait mettre au point une façon de produire de l'énergie qui soit propre, bon marché, abondante et qui produise zéro carbone. Mais il est possible que cela reste au-delà de nos capacités. Donc plus nous économisons l'énergie, plus nous gagnons du temps pour réduire notre taux de natalité et pour trouver des technologies plus propres.
LCI.fr : Pensez-vous que l'homme soit un parasite ou une maladie dont la Terre finira par se débarrasser ?
A. W. : Je ne nous vois pas comme une maladie, nous sommes une espèce qui a autant le droit d‘avoir sa place sur la planète que d'autres, tout comme les parasites.
Le problème, c'est que grâce à nos compétences agricoles et médicales, notre population s'est accrue hors de toute proportion par rapport au reste des êtres vivants sur la planète. C'est déjà arrivé localement à d'autres espèces et cela s'est toujours terminé par une extinction. Heureusement, nous avons le don de pouvoir prédire les conséquences de nos actes. Nous avons donc la chance de pouvoir nous atteler à ce problème avant qu'il soit trop tard. J'espère que nous le ferons avant que la nature le fasse pour nous.
LCI.fr : L'opinion publique n'a jamais été aussi concernée par les questions environnementales. D'après les experts que vous avez rencontrés, pensez-vous que le pire puisse encore être évité ?
A. W. : Oui mais il y a deux façons très différentes de répondre à votre question. Premièrement, la planète a dû faire face à des désastres écologiques bien pires que celui actuellement causé par les humains. L'extinction permienne par exemple, a détruit presque 90% de la vie sur Terre il y a 250 millions d'années. Et chaque fois, la vie a jailli de nouveau, de manière encore plus magnifique qu'auparavant. Donc la nature nous survivra et refleurira. La deuxième réponse requiert de considérer l'importance des destructions environnementales que nous pouvons éviter si les humains restent sur la planète. Les experts à qui j'ai parlés sont d'accord pour dire que pour éviter le pire, nous devrons franchir un pas sans précédent dans l'histoire de l'Humanité.
Alan Weisman : Homo Disparitus (Flammarion), 398 pages, 19,90 euros. Une enquête passionnante qui emmène le lecteur des souterrains new-yorkais à Tchernobyl, en passant par le Kenya et les Corées. Autant d'exemples concrets qui permettent à l'auteur d'expliquer la fragilité de la présence humaine et parfois aussi, son impact durable.













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