
La chute de Babylone, par John Martin
"Sortez de Babylone vous mon peuple." Ce cri retentit du commencement à la fin de l'Ecriture, de la Genèse à l'Apocalypse et cela peut induire en erreur si l'on sépare cet appel de l'ensemble de la prophétie sur la ville ; si l'on retient cette seule phrase et non pas toute la matière qu'elle emporte avec elle.
Cette phrase, tout d'abord, est prononcée chaque fois que le jugement annoncé sur la ville est sur le point de s'accomplir. Chaque fois qu'il est tellement proche qu'on peut le considérer comme réalisé. C'est ainsi que l'ange fait sortir Lot de Sodome, et cela se place si près de la destruction que "comme il tardait, les hommes le saisirent par la main, lui, sa femme et ses deux filles, car l'Eternel voulait l'épargner." (Gen.19;16) A Peine est-il sorti que l'embrasement commence !
Et c'est la même situation tout au long de l'Ecriture, qu'il s'agisse du jugement partiel, significatif, et portant sur une ville, ou du jugement dernier, signifié, sur la ville. La situation pour les hommes de la ville est la même, et cet ordre n'est jamais donné à un autre moment: "Babylone est prise ! Bel est détruit ! Mérodac est brisé", proclame Jérémie avant de dire : "Fuyez de Babylone, sortez du pays des Chaldéens !" (Jér.1;2 et 8), et à cela fait écho, de la même façon, l'apôtre Jean: "L'ange cria d'une voix forte: Elle est tombée, elle est tombée, la grande Babylone!" avant qu'une autre voix ne dise du haut du ciel: "Sortez du milieu d'elle, mon peuple." (Apoc. 18;2 et 4)
Ainsi, l'ordre de sortir de la ville, de se séparer d'elle, vient lorsque la ville est déjà tombée, détruite, qu'il n'y a plus rien à faire pour sa conservation et pour son salut. Lorsque le jugement est mis à exécution et que, par conséquent, le rôle du chrétien au milieu de la ville n'a plus de sens. C'est précisément cet ordre venant de Dieu qu'il nous faut attendre: c'est essentiellement cela qui est l'objet de notre attente pendant tout le temps que nous passons dans la ville.
Comme il serait plus simple de rejeter sur la ville, dès maintenant, notre refus de nous séparer. Mais cela ne peut pas être avant la décision dernière de Dieu. Ainsi, nous sommes engagés jusqu'à la dernière minute et il n'est pas en notre pouvoir de nous dégager: c'est seulement l'ordre actuel de Dieu, tel qu'il nous est dès maintenant annoncé dans l'Ecriture, qui nous appelle à cette liberté.
Tout le peuple de Dieu est ainsi appelé à sortir. "Pour ne pas avoir part au péché de Babylone, pour ne pas avoir part à ses fléaux!" (Apoc.18;4) Ainsi, pendant toute la durée de la ville, le peuple se trouve protégé. Protégé contre le péché de Babylone. Il peut y vivre sans nécessairement être séduit (mais combien difficile...!). Protégé contre la colère de Dieu, contre le jugement. Ce sera seulement au dernier moment que cette protection semble cesser, que la solidarité avec l'essence de la ville semble se rétablir.
C'est qu'à cet instant les dernières décisions sont à prendre et le fléau de Dieu, l'ange exterminateur, ne fait pas de distinction. Comme lorsqu'il passait sur l'Egypte, comme lorsqu'il frappe Sodome, il n'y a point d'épargné; tout homme est requis et seule la fuite hors du corps condamné peut être un salut. Mais c'est aussi le moment de l'endurcissement. Jusqu'à cet instant, la repentance de Ninive est encore possible, et celui qui représente Dieu doit y travailler; mais au dernier moment, les portes sont fermées, il n'y a plus de retour en arrière.
Et le dernier acte alors du peuple choisi par Dieu, c'est la proclamation même de ce jugement, de son exécution, "avec une voix d'allégresse, annoncez-le, faites-le savoir jusqu'à l'extrémité de la terre..." (Esaïe 48;20). Il s'agit de l'annonce du jugement, avec le pardon pour le peuple de Dieu, au moment où celui§ci quitte Babylone. Ainsi, l'ordre est donné de proclamer la catastrophe et, ce qui est terrible, c'est que ce n'est plus un appel au repentir mais l'annonce que déjà l'exécution commence par le départ de la ville des hommes de Dieu, et cette annonce se fera dans l'allégresse.
Extrait du livre "Sans feu ni lieu, signification biblique de la grande ville", par Jacques Ellul (1912-1994)













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