Actualités chrétiennes, informations et religion, nouvelles évangéliques et Bible » LFDNP http://www.blogdei.com Christianisme. Religion. Protestantisme. Édification. Information. Discernement. Eschatologie. Bible. Wed, 19 Oct 2011 20:39:24 +0000 en hourly 1 http://wordpress.org/?v=3.1.1 L’Eglise de Smyrne, par Alfred Kuen http://www.blogdei.com/16526/leglise-de-smyrne-par-alfred-kuen/ http://www.blogdei.com/16526/leglise-de-smyrne-par-alfred-kuen/#comments Wed, 19 Oct 2011 20:39:24 +0000 domy http://www.blogdei.com/?p=16526

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La ville
Le messager qui partait d’Ephèse trouvait, à une soixantaine de kilomètres au nord, la ville de Smyrne, « la gloire de l’Asie » comme elle aimait à s’appeler et, avec Ephèse, le port le plus important.

Située au fond d’un golfe de 70 km de profondeur, et à l’embouchure de l’Hermus, elle jouissait d’une situation exceptionnelle. Son avant-port, à l’ouest de la rade, pouvait être aisément fermé en cas de guerre, mettant la ville à l’abri de toute intrusion indésirable.
La cité, créée selon la légende par une Amazone qui lui aurait donné son nom quelque 1000 à 1200 ans av. J.-C., a subi maintes vicissitudes au cours de son histoire. En 624 av. J.-C., elle fut saccagée par Allyatte, roi de Lydie, et disparut pendant plusieurs siècles de l’histoire. Puis elle fut reconstruite à quelque 3 km de l’ancien emplacement sur ordre d’Alexandre par Antigone et
Lysimaque. Elle eut, de plus, à souffrir de plusieurs tremblements de terre.
En l’an 23 de notre ère, l’un des meurtriers de Jules César vint s’y réfugier. Rome mit la ville à sang pour le capturer. Au cours des siècles, elle justifiait bien son nom ; Smyrne = myrrhe = souffrance
(cf. v. 10). Cependant, en égard à sa longue tradition de loyauté, elle reçut de Rome le privilège, de préférence à dix autres villes candidates, de construire un temple à l’empereur Auguste et à sa
mère.
La loyauté politique de la ville était, en effet, devenue proverbiale dans le monde antique ; on l’appelait « Smyrne la fidèle »2. Dès 195 av. J.-C., elle fut la première ville de l’Empire à ériger un temple à Dea Roma, la déesse Rome. Plus tard, lorsque « l’esprit de Rome » qui devait unir les peuples divers rassemblés dans le vaste Empire s’est incarné dans la personne des empereurs, Smyrne a demandé, avec six autres villes d’Asie mineure, le privilège d’édifier un temple à l’empereur régnant.
C’est elle qui fut choisie et, en l’an 26, elle construisit un temple à Tibère, à Livia et au Sénat.
Lorsque le culte impérial devint obligatoire, Smyrne se distingua par son zèle à l’imposer à tous ses citoyens. Redevenue florissante et splendide après son éclipse de plusieurs siècles, elle devint l’un
des plus grands centres commerciaux et culturels de l’Asie, rivalisant constamment avec Ephèse pour la première place dans la province.
Les auteurs antiques exaltent la beauté de la ville : Aelius Aristides la compare à une fleur « fraîche comme un bosquet », en faisant allusion à l’emblème de la cité. Sur ses médailles, elle se déclarait
elle-même « première par la beauté » – sous-entendu architecturale – de ses édifices. Au centre de la ville, la « rue Dorée » partait du port où se trouvait le temple de Cybèle, patronne de la ville, pour aller vers le pied de la colline de Pagus auquel s’adossait le temple de Zeus, en passant par les temples d’Apollon, d’Esculape et d’Aphrodite. La splendeur des temples païens contrastait avec les humbles lieux de réunion des chrétiens et la pompe du culte des dieux grecs éclipsait la simplicité
de leurs rassemblements.

Symbolique
Les Smyrniotes étaient très fiers de leur ville, de ses écoles de science et de médecine. Ils voulaient être les premiers en beauté, les premiers dans le culte impérial, les premiers pour la culture (la ville
n’était-elle pas le lieu de naissance d’Homère ?). Mommsen a appelé Smyrne « le paradis de la vanité municipale ». La lettre à l’Eglise de Smyrne contient plusieurs allusions à la situation locale.
Elle leur est adressée par « celui qui est le premier et le dernier » – face aux Smyrniotes qui voulaient être les premiers en toutes choses – par celui qui a été mort et qui est à nouveau vivant (v.
8). Exactement comme la ville elle-même entre sa destruction par Alyattes, le père de Crésus (Hérode 1.16) et sa refondation en l’an 290 av. J.-C. D’ailleurs Strabon (58-25 av. J.-C.) avait déjà
parlé de mort et de résurrection de la ville (14.1.37). Aelius Aristide a comparé la ville au phénix, cet oiseau mythique qui se faisait périr sur un bûcher et renaissait de ses cendres. La même image était utilisée par certains Pères de l’Eglise pour le Christ. La plupart des légendes de la mort et de la résurrection du phénix mentionnent l’usage de la myrrhe lors de son ensevelissement et de sa réincarnation. Les auteurs chrétiens font le parallèle avec la myrrhe employée pour embaumer le corps de Jésus. La myrrhe était utilisée en Egypte (pays
d’origine de la légende du phénix) pour embaumer les morts afin de préserver leurs corps pour la vie future. La myrrhe est donc associée à la fois à l’idée de mort et de survie ou de résurrection.
Or, le mot Smyrne signifie myrrhe. Jésus encourage les destinataires de la lettre de Smyrne : « N’aie pas peur des souffrances qui t’attendent » (v. 10). « Comme j’ai été mort et que je suis
revenu à la vie, comme votre ville était morte et a revécu, vous aussi, même si vous passez par la mort, vous vivrez avec moi. Rappelez-vous le nom de votre ville et son symbolisme. »

Opposants
« Sois fidèle jusqu’à la mort », fidèle comme la devise de votre ville le rappelle. Elle veut être fidèle à son Kurios, son Seigneur (c’est-à-dire l’empereur). Soyez fidèle au votre. La fidélité au Christ était menacée par deux opposants : les Romains et les Juifs. Nous avons vu que Smyrne tenait à se distinguer par son loyalisme envers Rome.
A l’époque de Domitien, le culte de César devint obligatoire : une fois par an, chaque citoyen romain devait déposer quelques graines d’encens sur l’autel de l’empereur en disant : Kaisar Kurios
(César est Seigneur). Après cela, il recevait un certificat attestant qu’il avait rempli ses devoirs civiques. L’un de ces certificats que l’on a retrouvé porte : « Nous, Serenas et Hermas, représentants de l’empereur, nous t’avons vu sacrifier ». Mais c’est précisément ce qu’un chrétien ne pouvait pas faire, car pour lui il n’y avait qu’un seul Seigneur : Jésus-Christ. « Nulle part la vie était plus dangereuse pour un chrétien qu’à Smyrne »5, à cause du zèle patriotique des autorités municipales.
Un second danger venait des Juifs (Ap. 2.9). Ils formaient une colonie nombreuse et bien considérée dans la ville. La destruction de Jérusalem en l’an 70 l’avait encore multipliée par un afflux massif de réfugiés. L’Eglise de Smyrne était sans doute composée en grande partie d’anciens Juifs considérés comme des apostats par leurs coreligionnaires. Ceux qui « se disent Juifs mais ne le sont pas » sont des Israélites attachés à leur appartenance ethnique comme à une garantie de la faveur divine (cf. Jn 8.33ss) et ils s’opposaient de toutes leurs forces aux chrétiens qui prétendaient être à présent le véritable Israël, le peuple de Dieu (cf. Rm 2.28 ; Ga6.15; Ph 3.23).
Etant ennemis des enfants de Dieu, ils étaient devenus une « synagogue de Satan » (v. 9), car ils se faisaient les auxiliaires du « diable » (v. 10), de l’Accusateur, en accusant les chrétiens auprès des autorités. La haine des Juifs de Smyrne s’est manifestée dans toute sa virulence quelques années plus tard : ce sont eux qui ont incité les autorités à se saisir de Polycarpe, le disciple de Jean et
responsable de l’église de la ville : « C’est lui celui qui enseigne toute l’Asie, le père des chrétiens, le destructeur des dieux, qui enseigne à beaucoup à ne pas sacrifier aux dieux ni à les adorer »
(Martyre de Polycarpe). Polycarpe mourut sur le bûcher un jour de sabbat. Violant l’interdiction du sabbat, les Juifs furent les plus zélés à apporter des fagots pour alimenter le feu.

Promesse
La pauvreté des chrétiens de Smyrne (v. 9) pouvait être due, du moins en partie, à la spoliation de leurs biens par des persécuteurs païens ou juifs. De plus, il devait être difficile pour un chrétien
sans compromis de gagner sa vie dans une ville païenne. D’autre part, l’hostilité des Juifs excluait les chrétiens de la protection officielle et de la tolérance dont ils jouissaient eux-mêmes. A celui qui est fidèle jusqu’à la mort, Jésus promet « la couronne de la vie » (v.10), allusion à la couronne de lauriers qui récompensait le vainqueur des jeux athlétiques, mais peut-être aussi à une expression courante dans le monde antique : « la couronne de Smyrne », allusion au mont Pagus dominant la ville qui, coiffé d’édifices publics, lui faisait comme une couronne, image rappelée peut-être par la couronne qui ornait la tête de Cybèle sur les monnaies. Appollonius de Tyane y a fait allusion en souhaitant à la ville « une couronne de citoyens vertueux » plutôt que de bâtiments et de portiques.
La couronne de vie, promise par le Christ, est encore plus précieuse.
L’Eglise de Smyrne est, avec celle de Philadelphie, la seule à ne recevoir que des éloges. Cela s’explique en partie par l’opposition à laquelle les chrétiens devaient faire face. « Devenir chrétien
n’importe où c’était devenir un hors-la-loi. A Smyrne, l’Eglise était un lieu pour des héros… Dans une ville où la splendeur du culte païen aurait bien pu étouffer la vie d’une Eglise païenne, une ville
où l’orgueil des gens regardait de haut les humbles chrétiens, une ville où chaque chrétien se trouvait menacé d’un côté par les exigences du culte impérial, de l’autre par les calomnies et la méchanceté des Juifs, il y avait des chrétiens qui étaient fidèles jusqu’à la mort »
A.K.

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L’Eglise de Pergame, par Alfred Kuen http://www.blogdei.com/16494/leglise-de-pergame-par-alfred-kuen/ http://www.blogdei.com/16494/leglise-de-pergame-par-alfred-kuen/#comments Tue, 18 Oct 2011 17:48:25 +0000 domy http://www.blogdei.com/?p=16494

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La ville
A quelque 70 km de Smyrne, toujours sur la grande route du sud au nord, se trouvait Pergame, à une vingtaine de km de la côte à laquelle la ville était reliée par la rivière Caïcus. Accrochée sur les
flancs de l’Hermos, son site s’étage sur quelque 300 m au-dessus de la plaine dominée par une acropole imposante. « La connaissance que Christ a des églises va au-delà de leurs oeuvres (comme à Ephèse) et de leurs tribulations (comme à Smyrne) et s’étend à l’environnement dans lequel elles vivent. ‘Je sais où tu habites’, dit-il. Il savait que les siens étaient entourés d’une société non chrétienne et exposés de tous côtés à la pression des modèles et des valeurs du monde ». Mieux nous connaîtrons cet environnement, mieux nous comprendrons ces chrétiens et les lettres que le Christ leur adresse.

Au 1er siècle, Pergame semble encore avoir été la capitale politique de l’Asie, siège du proconsul romain et du tribunal suprême, mais se voyait disputer cette suprématie par Ephèse. (Selon Ramsay, le transfert officiel du gouvernement s’est fait sous Hadrien en 129.) Sa population de l’époque est estimée entre 150 000 et 200 000 habitants. Elle s’enorgueillissait de sa vie artistique, littéraire et scientifique. Sa richesse provenait en partie du trésor de guerre de Lysimaque, l’un des généraux d’Alexandre, confié à la ville et accaparé par elle. Ses rois avaient créé une école de sculpture, des ateliers pour travailler l’ivoire et les pierres précieuses, pour fabriquer des parfums et des parchemins. Le mot parchemin lui-même est une francisation de Pergamene charta (une feuille de Pergame, en allemand : ein Pergament).

La légende prétend que le roi Eumène de Pergame voulait attirer dans sa ville le bibliothécaire d’Alexandrie. Le pharaon Ptolémée l’ayant appris interdit l’exportation du papyrus à Pergame. C’est ce qui amena Eumène à chercher un produit de remplacement : il le trouva dans les peaux de mouton traitées et blanchies. L’industrie qui en naquit fut l’une des sources de richesse de la ville.
La bibliothèque municipale en fut le premier client pour confectionner les 200 000 volumes qu’elle abritait (qui furent offerts par Antoine à Cléopâtre et prirent le chemin de l’Egypte). La ville édifia aussi un temple à Athéna, la déesse de la poésie. Ses habitants avaient le choix entre cinq théâtres.
L’un d’eux, construit vers 170 av. J.-C., avait 80 rangées de sièges étagées sur 5 mètres de hauteur et pouvait contenir 60 000 spectateurs.

Temples et cultes païens
La vie religieuse était très développée à Pergame, « en partie parce que la religion devint l’un des principaux instruments de la politique ». On y trouvait des temples dédiés aux principales divinités grecques et à l’empereur romain. » Ces divers cultes étaient alliés et plus ou moins fondus entre eux, et s’arrangeaient fort bien avec celui des Césars. Le prêtre de Zeus-Soter était aussi prêtre du divin Auguste. Dionysos-taureau fraternisait avec Askiépios-serpent ; les mystères phrygiens déclaraient que ‘le taureau est père du serpent, et le serpent, père du taureau’ ».
Au-dessus de tous ces temples trônait celui de Zeus-Soter, visible du fond de la vallée, avec son autel de 12 m de haut, classé parmi les sept merveilles de l’Antiquité. La base de l’autel mesurait
37m sur 34, elle était entourée d’une frise représentant la lutte de Zeus et d’Athéna contre les géants. (Cet autel a été reconstruit à Berlin dans le musée Pergamentum.)
Dans la ville se trouvait le temple d’Asclépios (l’Esculape des latins) qui était en même temps un centre médical avec une source curative s’épanchant dans un bassin de marbre. Ce centre était réputé dans le monde antique depuis le 4e siècle av. J.-C. On soignait les malades par des bains d’eau et de soleil, par la musique, la suggestion, la prière et l’interprétation des rêves. L’auteur catholique Dallmayr écrit: « Ce n’est pas un blasphème que de penser à Lourdes… La source, les bains, le sanctuaire qui les domine, les nombreux miracles attestés – tout cela constitue bien des parallèles ».

Le symbole d’Esculape, le serpent (qui est resté celui de toutes les branches médicales et paramédicales) figurait sur les pièces de monnaie de la ville. Le serpent étant sensé incarner le dieu
Asclépios. Les malades étaient couchés la nuit dans le temple où l’on élevait des serpents inoffensifs qui étaient lâchés la nuit et se répandaient parmi les malades. Leur toucher était interprété comme l’attouchement d’Asclépios en vue de la guérison.
Le culte d’Asclépios comprenait aussi certains aspects mystiques. Dans un Hymne à Asklépios, Aelius Aristide « dit avoir reçu d’Esculape, dans une incubation, le nom nouveau de Théodoros ».
L’incubation était un « rite divinatoire qui consistait le plus souvent à dormir dans ou près d’un temple pour obtenir par un songe les prescriptions d’un dieu guérisseur » (Larousse). Tacite et Pausanias nous disent que les malades qui accouraient de loin à l’Asclépéion attendaient que le dieu leur dicte en songe des prescriptions infaillibles.
Rite divinatoire, prescriptions données par un dieu, nom nouveau : tout cela fait penser à une parodie occulte du christianisme par celui que l’on a appelé « le singe de Dieu », Satan. Serait-ce à cause d’Asclépios, appelé « le dieu de Pergame » que le Christ dit que là « Satan à son trône » ?
C’est l’une des solutions proposées. Car, dans la Bible, le serpent symbolise Satan (Gn 3.1ss ; Ap 12.9 ; 22.2).
D’autres proposent comme trône de Satan l’autel gigantesque de Zeus-Soter qui dominait la ville. Or, pour les chrétiens, il n’y a qu’un seul Soter (Sauveur), c’est Jésus-Christ. Toute divinité qui
usurpe la place du Sauveur est une création du diable.
L’abbé Fillion pensait que « l’interprétation la plus naturelle » de cette appellation était l’idolâtrie générale dont Pergame était le centre depuis le 3e siècle av. J.-C.. On a retrouvé les ruines d’une
vingtaine de temples divers, dédiés à Bacchus, Vénus, Athéna, etc. « Par ce culte et par les orgies qui s’y associaient, Pergame était vraiment devenue le trône de Satan ». Mais Barclay nous dit qu’à
la fin du 1er siècle, les dieux grecs avaient tellement perdu leur crédit auprès des foules que cela ne valait guère la peine de les attaquer. Les histoires de guerres et de batailles, d’amours, de jalousies
et d’adultères des dieux et des déesses de l’Olympe les avaient complètement discrédités. Ce n’étaient pas les hommes qui étaient si dépravés qu’ils ont abandonné leurs dieux : c’était plutôt les
dieux qui étaient devenus si dépravés qu’ils furent abandonnés par les hommes .

Culte impérial
Mais un nouveau culte était sur le point d’absorber et de coiffer tous les autres : celui de l’empereur.
Pergame, capitale administrative de la province, se devait de donner l’exemple en la matière. Déjà les anciens rois de Pergame avaient revendiqué des honneurs divins. Eumène II s’était fait appeler
Soter et Theos. Sa mère était décrite comme « la femme d’un dieu ». Il fit agrandir un temple édifié par Attalus 1er dans lequel le roi régnant avait des prêtres et des prêtresses pour célébrer son culte.
Pergame fut aussi la première ville d’Asie à instituer le culte de l’empereur. Dès l’an 29 av. J.-C. (trois ans avant Smyrne), Pergame reçut l’autorisation d’édifier un temple à Auguste. C’était le
premier sanctuaire provincial de tout l’empire en l’honneur d’un empereur vivant. Pergame devint donc « le centre du culte impérial » (R.H. Charles).
A l’époque de Jean, trois temples étaient consacrés au culte impérial et, comme nous l’avons vu, le grand prêtre de Zeus était aussi grand-prêtre du culte de l’empereur. « Pergame était une ville où le
culte de César était le plus intense, une ville dévouée à la glorification du culte de César. Un chrétien y avait déjà payé de sa vie sa loyauté à Jésus-Christ : Antipas (v. 13). Il fut un « témoin
fidèle » jusqu’à la mort, comme le Christ lui-même (1.5; 3.14). « II n’est pas difficile de reconstruire la scène de la mort, dit J. Stott. Connu comme chrétien, il fut convoqué devant
le proconsul de la province dont la résidence se trouvait probablement à Pergame »… Devant un buste de l’empereur il suffisait de jeter quelques grains d’encens sur le feu et de dire « César est Seigneur » et il était libre. Mais « il ne pouvait donner à César le titre qui appartenait à Christ et rejoignit ‘la noble armée des martyrs ».
Déjà sous l’empereur Auguste, des titres divins lui furent attribués à Pergame. On y a retrouvé une inscription disant : « L’empereur Auguste, fils de Dieu, Seigneur qui veille sur toute la terre et la
mer ». Sous Néron, la pratique du culte impérial devint régulière : il fut désigné comme le Sauveur de la terre (no soter tès oikoumenès), le Seigneur du monde entier (no tu pantos kosmou kurios).
Domitien demandait que l’on s’adresse à lui comme dominus et deus (Seigneur et dieu), un titre qui correspond à la confession de Thomas en face du Christ ressuscité (Jn 20.28).
« Un certain nombre de termes techniques du culte impérial sont très parallèles à des expressions utilisées dans l’Apocalypse dans un sens chrétien, et certaines des preuves les plus évidentes de ce culte proviennent de ces mêmes villes de l’Asie »10. Ainsi l’expression « Parole de Dieu » (Ap 1.2)était utilisée dans les cultes païens seulement à Pergame, Smyrne et Ephèse. Le « jour du Seigneur » correspond au « jour d’Auguste » : une inscription se rapportant à l’empereur Hadrien àPergame. Les mots salut et Seigneur reviennent souvent dans l’Apocalypse (7,10 ; 12.10 ; 19.1, 18 ; 4.8, 11…) sans doute en contraste avec l’emploi de ces termes dans la liturgie du culte impérial.
« Nous concluons donc que l’expression ‘trône de Satan’ se réfère en premier lieu au culte impérial tel qu’il a été imposé à partir de Pergame à une époque de confrontation critique pour l’Eglise… Les revendications des Césars sont vues par Jean comme une parodie satanique de ceux du Christ ».
Au jus gladii (le glaive de la justice) de César s’oppose « celui qui tient l’épée aiguisée à double tranchant » (v. 12).

Secte des Nicolaïtes
Nous retrouvons aussi à Pergame, comme à Ephèse, les Nicolaïtes. Ici le contexte est plus explicite et nous permet mieux d’identifier leurs travers. Les reproches qui leur sont faits ici (v. 14) sont les mêmes que ceux qui frappent les disciples de la Jézabel de Thyatire (2.20ss). Il semble s’agir plutôt d’égarements de conduite que d’erreurs doctrinales (contrairement à ce qu’en dira Irénée : Adv. haer. 1.26.3).
La « doctrine de Balaam » consistait à séduire les Israélites par les filles madianites (Nb 25,1-2 ; 31.16). La tradition du judaïsme tardif voyait en lui le corrupteur par excellence d’Israël. « Le christianisme des origines a repris cette appréciation (2 Pi 2.15 ; Jd 11 ; Ap 2.14). Balaam est le modèle vétéro-testamentaire des gnostiques libertins, qui décomposent l’Eglise par leur hérésie ».
Dans Ac 15.20 et 29, l’abstention des viandes sacrifiées aux idoles et de la débauche sont deux impératifs imposés aux chrétiens. A Thyatire, Jézabel enseigne qu’ils n’ont pas besoin de se laisser
imposer ces restrictions. Les Nicolaïtes étaient donc un mouvement antinomien (comme à Corinthe) qui avait pris pied au moins dans ces trois villes d’Asie : Ephèse, Pergame et Thyatire, en déformant la doctrine paulinienne de la liberté chrétienne. Dans une ville où le paganisme était si puissant et si omniprésent, il pouvait être séduisant pour des chrétiens d’entendre que, puisque les dieux n’étaient rien, on pouvait tranquillement participer aux festins qui suivaient les sacrifices aux idoles et maintenir ainsi de bonnes relations avec ses voisins, puisque le corps était destiné à périr, la débauche n’affectait pas notre âme. A ceux qui résistaient à cette séduction, le Christ ressuscité offre à la place des viandes sacrifiées aux idoles, la manne cachée (v. 17 ; cp. 2, 7 où les Nicolaïtes sont également mentionnés).

Promesses symboliques
Dans Ex 16.32-34, le Seigneur demande de préserver un spécimen de la manne dans le coffre sacré pour les générations futures. Selon 2 Maccabées 2.4-7, Jérémie aurait caché cette manne sous terre
lors de la destruction du temple de Salomon. Elle devait rester cachée jusqu’à la venue du Messie.
Dans le bas-judaïsme, on enseignait que la manne cachée par Jérémie est réservée au ciel pour les élus qui en jouiront pendant l’ère messianique. Mais puisque, pour les chrétiens, l’ère messianique a
commencé, les chrétiens ont déjà part à cette manne cachée. « Dès à présent, les chrétiens de Pergame reçoivent cette manne réservée pour les temps de la fin » (lorsqu’ils participent au repas du Seigneur).
Le vainqueur recevra aussi une pierre blanche sur laquelle est gravée un nom nouveau. Les exégètes font allusion à beaucoup de coutumes antiques qui pourraient être à l’origine de cette image : pierre d’acquittement au tribunal, contremarque des invités à un festin, diplôme d’un jeu athlétique avec le nom du vainqueur gravé dans la pierre, pierre qui dispense le gladiateur du jeu du cirque, amulette porte-bonheur, gage pour obtenir de l’argent ou du blé, billet d’entrée au théâtre à Pergame, pierre précieuse gardée au ciel avec la manne, allusion à un rite d’initiation dans le culte d’Asclépios… « Tous ces usages sont attestés et permettent une transposition facile dans les
registres du symbolisme chrétien. Facile, mais purement hypothétique ».
Mais « l’important est le nom qui y est gravé »15. Or, Es 65.15 se lit dans la Septante : « A mes serviteurs sera donné un nom nouveau » et Ap 3.12 dit: « J’écrirai sur lui mon nom nouveau ».
Quand on sait que, dans la Bible, le nom représente la personnalité, la signification de la promesse devient claire : c’est le caractère du Christ qui est gravé dans la vie du chrétien (cf.2 Cor 5.17).

A.K..

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La lettre à Diognète http://www.blogdei.com/15511/la-lettre-a-diognete/ http://www.blogdei.com/15511/la-lettre-a-diognete/#comments Sat, 13 Aug 2011 13:08:59 +0000 colibri http://www.blogdei.com/?p=15511

Christ en vous l’espérance de la Gloire

La lettre à Diognète fut écrite par un auteur inconnu vers la fin du 2e siècle.

Elle est adressée à un certain Diognète, apparemment un non-chrétien, pour lui expliquer le mode de vie des chrétiens.

J’ai mis ici quelques extraits.

Tommyab

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[...]

« Les Chrétiens ne sont distingués du reste des hommes ni par leurs pays, ni par leur langage, ni par leur manière de vivre ; ils n’ont pas d’autres villes que les vôtres, d’autre langage que celui que vous parlez ; rien de singulier dans leurs habitudes ; seulement ils ne se livrent pas à l’étude de vains systèmes, fruit de la curiosité des hommes, et ne s’attachent pas, comme plusieurs, à défendre des doctrines humaines. Répandus, selon qu’il a plu à la Providence, dans des villes grecques ou barbares, ils se conforment, pour le vêtement, pour la nourriture, pour la manière de vivre, aux usages qu’ils trouvent établis ; mais ils placent sous les yeux de tous l’étonnant spectacle de leur vie toute angélique et à peine croyable. »

« Ils habitent leur cités comme étrangers, ils prennent part à tout comme citoyens, ils souffrent tout comme voyageurs. Pour eux, toute région étrangère est une patrie, et toute patrie ici-bas est une région étrangère. Comme les autres, ils se marient, comme les autres, ils ont des enfants, seulement ils ne les abandonnent pas. Ils ont tous une même table, mais pas le même lit. Ils vivent dans la chair et non selon la chair. Ils habitent la terre et leur conversations est dans le ciel. Soumis aux lois établies, ils sont par leurs vies, supérieurs à ces lois. Ils aiment tous les hommes et tous les hommes les persécutent. Sans les connaître, on les condamne. Mis à mort, ils naissent à la vie. Pauvres, ils font des riches. Manquant de tout, ils surabondent. L’opprobre dont on les couvre devient pour eux une source de gloire ; la calomnie qui les déchire dévoile leur innocence. La bouche qui les outrage se voit forcée de les bénir, les injures appellent ensuite les éloges. Irréprochables, ils sont punis comme criminels et au milieu des tourments ils sont dans la joie comme des hommes qui vont à la vie. Les Juifs les regardent comme des étrangers et leur font la guerre. Les Grecs les persécutent, mais ces ennemis si acharnés ne pourraient dire la cause de leur haine. »

« Pour tout dire, en un mot, les chrétiens sont dans le monde ce que l’âme est dans le corps : l’âme est répandue dans toutes les parties du corps ; les chrétiens sont dans toutes les parties de la Terre ; l’âme habite le corps sans être du corps, les chrétiens sont dans le monde sans être du monde. L’âme, invisible par nature, est placée dans un corps visible qui est sa demeure. Vois les chrétiens pendant leur séjour sur la Terre, mais leur culte qui est tout divin, ne tombe pas sous les yeux. La chair, sans avoir reçue aucun outrage de l’esprit, le déteste et lui fait la guerre, parce qu’il est ennemi des voluptés. Ainsi le monde persécute les chrétiens, dont il n’a pas à se plaindre, parce qu’ils fuient les plaisirs. L’âme aime la chair qui la combat et les membres toujours soulevés contre elle. Ainsi les chrétiens n’ont que de l’amour pour ceux qui ne leur montrent que de la haine. L’âme, enfermée dans le corps, le conserve ; les chrétiens enfermés dans ce monde comme dans une prison, empêchent qu’il ne périsse. L’âme immortelle habite un tabernacle périssable ; les chrétiens, qui attendent la vie incorruptible des cieux, habitent comme des étrangers les demeures corruptibles d’ici-bas. L’âme se fortifie par les jeûnes, les chrétiens se multiplient par les persécutions : le poste que Dieu leur a confié est si glorieux, qu’ils regardent comme un crime de l’abandonner. »

« Je l’ai déjà dit et je le répète, la parole qu’ils ont reçue n’est pas une invention de la terre. Elle n’est pas un mensonge des mortels la doctrine qu’ils se font un devoir de conserver avec soin. Enfin le mystère confié à leur foi n’a rien de commun avec ceux de la sagesse humaine. »

[...]

« Ne vois-tu pas que l’on jette les chrétiens aux bêtes féroces ? On voudrait en faire des apostats ; vois s’ils se laissent vaincre ! Plus on fait de martyres, plus on fait de chrétiens. Cette force ne vient pas de l’homme ; le doigt de Dieu est là ; tout ici proclame son avènement. »

[...]

« Si donc, ô Diognète, tu désires ardemment le don de la foi, tu l’obtiendra. D’abord, tu connaîtras Dieu le père : vois comme il a aimé l’homme ; c’est pour lui qu’il a créé le monde ; il a placé sous sa dépendance tout ce que le monde renferme ; il lui a donné l’intelligence et la raison. C’est à l’homme seul qu’il a permis de regarder le ciel ; il l’a formé à son image ; il lui a envoyé son fils unique ; il lui promet son royaume ; il le donnera à ceux qui lui rendront amour pour amour. O quelle joie sera la tienne quand tu le connaîtras ! Combien tu aimeras celui qui, le premier, t’a tant aimé ? Une fois touché de son amour, tu chercheras à l’imiter, à retracer sa bonté. Quoi ! L’homme pourrait imiter Dieu ! Quel langage ! Cesse de t’étonner, l’homme le peut, puisque Dieu le veut. »

[...]

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Le déterminisme et la science, de Stanislas Van Mierlo http://www.blogdei.com/15498/le-determinisme-et-la-science-de-s-van-mierlo/ http://www.blogdei.com/15498/le-determinisme-et-la-science-de-s-van-mierlo/#comments Fri, 12 Aug 2011 08:19:32 +0000 colibri http://www.blogdei.com/?p=15498

extrait de : « La voie du salut »

 

Les sciences naturelles, qui se sont tant développées pendant la première moitié du XX° siècle, ne s’occupent que de phénomènes dans lesquels la liberté n’entre pas en jeu et qui sont habituellement régis par des « lois ». On dit alors : tout a une cause, donc tout est déterminé. Cela est très logique273 mais on ne doit pas en déduire de fausses conséquences.

En premier lieu, il serait assez naïf d’admettre a priori, que toutes les causes sont physiques. Or, c’est ce que font les matérialistes. Ils négligent, ou nient systématiquement toute cause non matérielle. Il est vrai que le domaine des sciences naturelles est limité à ce que peuvent atteindre nos facultés naturelles. Toute autre sphère leur est interdite parce que les moyens d’investigation manquent. Cependant, la science est capable, sans pouvoir connaître le monde spirituel, de se rendre compte de son existence. D’abord, par le fait même de l’existence de la création et ensuite, par l’observation d’effets qui ne s’expliquent pas par des lois « naturelles » et qui, cependant, ne peuvent être niés par un homme non aveuglé274.

Ensuite, ne peut-on pas déduire de l’absence de liberté dans les phénomènes physiques, qu’il doive en être de même quand il s’agit de l’homme.

Enfin, rien ne permet d’affirmer que les causes ou les « interdépendances » restent nécessairement invariables. Le fait que nous pouvons répéter certaines expériences avec le même résultat, ne prouve qu’une chose : c’est que, pendant ce temps, les facteurs n’ont pas changé. Mais on ne peut rien conclure quant à la nature, ni à la constance de ces facteurs en dehors de cette période. Ceci est une raison de plus pour laquelle il est absolument anti-scientifique de nier le miracle. Les phénomènes dans lesquels intervient un facteur surnaturel, ont une tendance à ne pas se reproduire à volonté, ce qui n’a rien d’extraordinaire. Or, cela suffit pour qu’ils soient rejetés par la science actuelle !

Depuis quelques dizaines d’années, il s’est fait une véritable révolution, et le déterminisme a été ébranlé. Depuis Boltzmann, la plupart des « lois » sont devenues l’expression d’une probabilité. D’autre part, il est arrivé plus récemment, que le principe d’indétermination de Heisenberg ne permet plus d’avoir la certitude que, dans des conditions données, le résultat soit nécessairement déterminé. Ceux qui, pour des raisons non scientifiques, sont portés à maintenir le déterminisme, doivent au moins reconnaître qu’il est scientifiquement impossible d’en prouver la vérité. Le moins qu’on puisse dire, c’est que les observations à faire pour pouvoir prédire un résultat modifient le phénomène. Nous ne pouvons jamais connaître exactement les causes (même théoriquement) et nous ne pouvons donc jamais vérifier si le résultat est nécessairement déterminé. La science montre ainsi la possibilité d’une intervention supra-matérielle dans tous les phénomènes.

Le monde spirituel peut agir et diriger les phénomènes, sans que nous puissions le savoir et sans interférer avec les propriétés « naturelles » de la matière. Tout ce que nous pouvons faire, c’est de constater un résultat probable, donné par un grand nombre de phénomènes du même genre, sans savoir ce qui peut modifier la probabilité275.

L’indétermination à laquelle se heurtent les savants modernes résulte de la théorie des quanta et amène les relativistes purs à dire que cette théorie n’est pas achevée. En effet, une des caractéristiques de la science moderne est le rejet systématique de ce qu’on ne peut pas observer avec des moyens physiques. On tâche de réunir les faits observés, à l’aide d’une théorie, de manière que tout ce qui n’est pas observable soit nécessairement dépourvu de sens. On veut donc faire plus que rejeter ou nier ce qu’on ne peut observer : ces choses ne devraient même pas se présenter à notre esprit, car elles seraient absurdes. Ainsi, dans les théories d’Einstein, les notions d’espace et de temps sont telles, que l’idée d’un mouvement relatif à l’éther, d’un mouvement absolu, ne peut plus se présenter276.

Vouloir une théorie qui rende impossible l’existence de ce que l’homme ne peut observer, c’est prétendre que l’homme peut tout observer, donc qu’il est au- dessus de tout. Il nous semble entendre de loin la voix de l’Adversaire : « Vous serez comme des dieux ». La vérité ne pourra être atteinte que si l’homme reconnaît son incapacité, entre en communion avec Dieu et voit ainsi s’étendre le domaine de ce qui est observable.

Notons encore que « déterminisme » ne veut pas nécessairement dire « fatalisme ». Le déterminisme scientifique découle de l’hypothèse suivant laquelle il existe des relations bien déterminées entre certains phénomènes. Etant donné un certain nombre de facteurs, il s’ensuit automatiquement un certain résultat. Dans le cas où tous les facteurs sont connus, le résultat est certain. Parmi ces facteurs peuvent se trouver des actes « libres » et le résultat est alors déterminé partiellement par ceux-ci. Déterminisme dans ce sens ne veut donc pas dire fatalisme. Ce n’est que dans le cas où l’on admet, en plus, qu’aucun acte n’est réellement libre, mais que tous les actes sont entièrement déterminés par les facteurs agissant sur une personne, qu’on peut parier de nécessité et de fatalisme277.

du même auteur  : » les lois de la nature et les miracles »

Notes

273 Cependant, le principe de causalité a nécessairement une application limitée et ne peut servir de théorie universelle. Car, si on remonte jusqu’à une cause première, celle-ci est sans cause et fait défaut au principe de causalité. La cause première doit être complète en elle-même, donc être absolue. La science ne peut atteindre que les causes dérivées, le relatif.

Il faut ajouter que depuis un certain temps, il y a une tendance à ne plus parler de cause et d’effet, mais seulement de relations interdépendantes. Il est vrai qu’il y a des « interdépendances » où cause et effet sont difficiles à distinguer, mais de là à nier toute cause et tout effet, il y a loin. Hume a essayé de nier les causes et est arrivé nécessairement au scepticisme. Cette philosophie inconséquente avec elle-même a été réfutée par Kant.

274 Pour avoir une science plus complète, il faut, ou bien avoir accès aux sphères supérieures, ou bien accepter les témoignages de ceux qui les connaissent. L’impuissance de l’homme est fondamentale : dans la sphère naturelle, il ne peut atteindre à aucune vraie connaissance de l’être des choses, il ne peut qu’interpréter plus ou moins bien les impressions qu’il reçoit. Il ne peut ainsi arriver ni à l’absolu, ni à la certitude. Et, de lui-même, il ne peut atteindre les sphères supérieures.

275 Voir aussi Le Plan Divin, appendice 4: «Les Lois de la Nature et les Miracles». Cet appendice sur les Lois de la Nature et les Miracles se trouvait dans la 1rere édition de Le Plan Divin (1934) et par contre n’y était plus dans la seconde édition de 1956. Nous l’incluons ici à la suite du présent appendice.

276 Voir à ce sujet l’article «The New Age in Physics» par le D H. Dingle dans Nature du 4 mai 1935.

277 On sait que le Mahométan est fataliste. Il y a eu, cependant, dans l’Islam, le mouvement des Motazélites, au deuxième siècle de l’Hégire, qui défendait le libre-arbitre.

M. A. Einstein est panthéiste et déterministe (Voir « Comment je vois le monde » p. 8, 37, 39, 162). Il rejette toute responsabilité humaine à l’égard de Dieu, et aussi l’existence d’un Dieu qui récompense et punit.

Présentation de l’auteur :

S. Van Mierlo (1888-1962)

Stanislas Van Mierlo est né à Anvers en 1888 et mort à Aix en Provence en 1962. Ingénieur de profession, il fut responsable des activités de recherche des laboratoires de cinq pays européens d’une société internationale de télécommunications. Il a apporté une contribution majeure aux réseaux téléphoniques français et nord américain.

A ces responsabilités, il effectua des recherches approfondies en archéologie, théologie, philosophie, et en écritures anciennes. Il visita régulièrement la bibliothèque du British Muséum et d’autres centres d’informations. Il rencontra de nombreux experts des textes bibliques dans le monde entier.

Cet homme, d’une profonde humilité et d’une exceptionnelle érudition, possédait une parfaite connaissance des ouvrages dont il dénonçait les thèses aussi bien que de ceux dont les conclusions rejoignaient les siennes. Les certitudes qu’il présente dans ses ouvrages ne sont pas le fruit d’une tradition familiale ou d’un quelconque a priori : « Sceptique par éducation, initié aux sciences, nous avons cru au début pouvoir trouver partout erreurs et contradictions ». Sa famille appartenait en effet à la libre-pensée. Il en avait lui-même accepté les thèses tenant la Bible comme un ouvrage qui ne présentait pas beaucoup d’intérêt. Jusqu’au jour où, de façon étrange et inattendue, une interrogation se fit jour en son esprit. Au nom de quoi, pensa-t-il, rejeter ce livre que je n’ai ni étudié, ni même lu ?

L’inconséquence scientifique d’un tel rejet venait de lui apparaître. Il décida donc de réparer cette lacune en étudiant méticuleusement la Bible. Oui ou non ce livre était-il ce que les chrétiens prétendent, à savoir un livre inspiré par Dieu, ou au contraire un livre purement humain ? Il se mit au travail avec un réel acharnement, ne négligeant aucune piste. Bientôt, il acquit la certitude que la Bible était réellement ce qu’elle prétendait être. Dès lors, il poursuivit l’étude de cet ouvrage jusqu’à sa mort. Ses réflexions le conduisirent à l’écriture de plusieurs livres :

« Le plan divin et sa réalisation » 1934

« Les enseignements de l’apôtre Paul » 1936

« La voie du salut » 1938

« La science, la raison et la foi » 1948

« La révélation divine » 1951

« L’ancien calendrier des Hébreux » 1954

Depuis les eaux stagnantes de la tradition jusqu’à la source d’eau vive de la vérité, pourrait être une description adaptée du cheminement de l’auteur dans son exploration des écritures.

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L’âme de notre ministère, c’est la prière, par Frédéric Godet http://www.blogdei.com/14918/lame-de-notre-ministere-cest-la-priere-par-frederic-godet/ http://www.blogdei.com/14918/lame-de-notre-ministere-cest-la-priere-par-frederic-godet/#comments Sun, 26 Jun 2011 16:17:49 +0000 domy http://www.blogdei.com/?p=14918

Frédéric Godet (1812-1900)

Que faire pour être assurés du succès, autant que vous pensez l’être de vos efforts ? Que faire pour l’être de ces efforts eux-mêmes?
Quel moyen employer pour bien commencer, bien continuer, bien finir, dans un ministère où il y va à chaque pas du salut de vos frères et du vôtre ?

C’est la réponse à cette question si grave que vous attendez en ce moment, je le sens; et c’est cette réponse que je vous apporte avec une douce assurance.
Si vous aviez à exercer le saint ministère dans une Eglise où l’erreur a pris pied, où elle dispute hardiment le terrain à la vérité évangélique, je croirais devoir remettre en ce moment devant vos yeux l’Evangile dans son essence et vous crier: L’étendard de la vérité haut élevé ! Ne veuillez, comme saint Paul, vous glorifier en aucune autre chose qu’en la croix de Jésus-Christ, par laquelle le monde vous est crucifié et vous êtes crucifiés au monde.

Si dans notre Eglise le corps pastoral restait manifestement au-dessous de sa mission, négligeant ses saintes obligations pour ne penser qu’à ses intérêts propres et à ses jouissances, je ferais retentir aujourd’hui à vos oreilles cette imprécation redoutable du même apôtre : Malheur à moi si je n’évangélise pas! Malédiction sur chaque instant que je dérobe à l’administration du trésor divin qui m’a été confié ! Et je vous répéterais ce mot d’ordre laissé par lui à tous les futurs serviteurs de l’Eglise: A nous de mourir, afin que l’Eglise vive !

Mais, grâces au Seigneur, et puisse-t-il ne pas nous dépouiller de ces prérogatives, notre Eglise et ses pasteurs offrent un autre spectacle. L’Evangile parmi nous est purement prêché et notre Eglise, j’ose le dire, dignement servie. Et néanmoins prospère-t-elle, vit-elle, cette Eglise ? Dans un certain nombre de ses membres, oui ! Mais qu’il est petit, ce nombre, en proportion de l’Eglise entière ! La prédication du pur Evangile, l’accomplissement exact et consciencieux des fonctions du saint ministère, ne suffisent donc pas pour donner la vie.

Que faut-il encore ? La vie sous toutes ses formes, les plus élevées comme les plus basses, est un don du ciel, est le souffle de Dieu même. Et ce souffle, dans la sphère spirituelle, ne s’impose pas; il ne descend qu’autant qu’il est appelé. L’action du Saint-Esprit de la part de Dieu, et par conséquent, de la vôtre, la prière qui le fait descendre, voilà le moyen auquel je viens vous rendre attentifs et que l’état particulier de nos Eglises nous invite à considérer de plus près. Voilà la garantie assurée de la persévérance de vos efforts et du succès de votre travail, dans la mesure fixée d’En-Haut.

O toi qui, après avoir prêché, et agi comme nul autre, sentais le besoin de rendre encore tout ce travail productif par la prière, place dans les mains de ces jeunes frères ce sceptre qui a opéré de si grandes choses dans les tiennes; apprends-leur à prier ; et qu’ainsi par eux, ton règne vienne !

Et maintenant, pour l’accomplir, cette œuvre, que vous faut-il ? Trois choses qui procèdent d’une seule.

La première, c’est l’intelligence de la pensée de Dieu. Il vous la faut aussi nécessairement qu’à l’homme qui construit une maison il faut la connaissance du plan de l’édifice. Or, cette lumière, d’En-Haut, vous ne l’obtenez que par la prière.

La seconde, c’est la possession de la force divine. Il vous la faut; car l’œuvre de Dieu ne s’accomplit pas par la force humaine. Or, cette force, vous ne l’obtenez que par la prière.

La troisième, c’est la grâce de l’adoption, l’état d’enfant de Dieu. Cet état, il vous le faut; car un maître tel que Dieu n’est dignement servi que par des fils et des filles. Cet état de grâce, vous ne pouvez l’obtenir et le conserver, après l’avoir obtenu, que par la prière.

Vous le voyez donc: être ouvrier de Dieu, c’est être, comme dit saint Paul, ouvrier avec Dieu, c’est-à-dire: prier. Pour vous en bien convaincre, reprenez maintenant avec moi ces trois points, en interrogeant à chaque fois l’exemple suprême, celui de Jésus.

I.

D’abord, la lumière d’En-Haut.

Lorsque celui qui, encore enfant, avait envisagé comme sa plus douce joie d’être employé aux affaires de son Père, vit le moment venu de réaliser le désir de son cœur, il se rendit au Jourdain, où baptisait Jean-Baptiste, afin de prendre entre ses mains l’engagement de se consacrer tout entier au salut du monde. Cette heure si désirée correspondait jusqu’à un certain point dans sa vie à celle à laquelle vous êtes arrivés maintenant dans la vôtre. Que se passa-t-il alors ! Vous le savez. Voici le récit sacré:

« Comme il était baptisé et qu’il priait, le ciel s’ouvrit, l’Esprit descendit sur lui, et une voix du ciel se fit entendre. »
Il avait prié. Qu’avait-il demandé? Nous pouvons le conclure de ce qu’il a obtenu. En premier lieu, le ciel s’ouvrit. Ce voile de la chair que Jésus avait laissé dès sa naissance s’interposer entre le ciel et lui, se déchira: il put lire jusqu’au fond dans l’abîme des décrets divins; le plan conçu de toute éternité pour notre salut et notre gloire lui fut pleinement dévoilé.

La pensée de Dieu devint la sienne. Dès ce moment, un enseignement divin put retentir sur la terre, et Dieu être révélé au monde.

Et cette illumination incomparable était le fruit de la prière. Il avait heurté ; la porte lui fut ouverte. Cette porte, une fois ouverte, ne s’est pas refermée. Et c’est encore la prière qui l’a maintenue ouverte. Ce n’était point assez pour le Sauveur d’avoir compris d’une manière générale le conseil divin. Il fallait encore savoir dans chaque cas particulier de quelle manière et dans quelle mesure il convenait de le réaliser. La révélation première qu’il avait obtenue au baptême devait donc se continuer dans une communication constante, appropriée aux besoins de chaque moment; c’est ce qui a eu lieu : Je ne dis rien de moi-même, déclare Jésus ailleurs ; je ne dis que ce que mon Père m’a enseigné. Et encore : Les choses que je dis, je les dis comme mon Père me les a dites. Et cette communication continue entre le Père et lui, qui le mettait en possession, pour chaque prédication, pour chaque entretien, pour chaque acte, de la vraie sagesse de Dieu, comment avait-elle lieu? Un mot de Jésus éclaircit ce mystère : « Comme j’entends, je juge. » Avant de parler, il écoutait; avant d’instruire, il se laissait instruire. Or, écouter ainsi la voix de Dieu, se faire le disciple de sa sagesse, n’est-ce pas prier ? Tel fut l’enseignement de Jésus : infaillible, parce que chacune des paroles qui le composent, éclose dans le silence de la prière, avant d’être donnée au monde, avait été reçue du ciel.

Mes chers frères, il est des connaissances pour l’acquisition desquelles la prière n’est nullement indispensable ! Vous pouvez devenir habile chimiste, fort mathématicien, historien érudit, sans avoir ployé le genou. Mais il n’en est pas ainsi de la connaissance de Dieu. Dieu n’est pas une chose que l’on puisse manier, retourner, observer, disséquer, analyser, étudier à volonté, comme une pierre ou un livre. Dieu, comme tout être vivant, plus que tout autre être vivant, car il habite, lui, une lumière inaccessible, n’est connu qu’autant qu’il veut bien se donner à connaître. Et il ne se donne à connaître qu’à celui qui consent à se recueillir pour le contempler et l’écouter. C’est alors seulement que se déchire pour nous le voile de la chair, bien plus épais encore chez nous, chez qui il est comme doublé de celui du péché, que chez Christ, et que la lumière divine descend dans notre âme.

La Parole de Dieu elle-même ne peut remplacer cette révélation intérieure. Saint Paul disait aux Ephésiens, au moment même où il leur exposait par écrit le plan de Dieu: Je prie le Dieu de notre Seigneur Jésus-Christ, le Père de gloire, d’éclairer les yeux de votre cœur, de vous donner l’esprit de sagesse et de révélation dans sa connaissance.
Sans cette illumination intérieure, fruit de la prière, l’apôtre sait que la Parole de Dieu elle-même restera pour eux obscure, inintelligible, semblable à un pays enveloppé de brouillards. Mais quand la lumière d’En-haut est accordée à l’homme, ce saint livre ressemble à une contrée sur laquelle vient à tomber un brillant rayon de soleil.

Mes chers frères, quel moment dans la vie d’un homme que celui où le plan de Dieu se révèle à lui tout entier et où il peut s’écrier avec saint Paul: Maintenant, je tiens la pensée du Seigneur! Quel tableau se déroule aux yeux de son esprit ! Au centre, l’autel expiatoire, ce foyer lumineux d’où la clarté rayonne à droite et à gauche, jusques dans le passé le plus reculé, jusques dans le plus lointain avenir ! De l’un des côtés de cette croix, le décret éternel d’élection, en vertu duquel elle est dressée et qui fait don au Fils immolé de tous les croyants; de l’autre côté, la famille des rachetés, devenue, en réalisation de ce décret, semblable à son frère aîné, au Fils glorifié ; la création de l’humanité consommée dans l’Eglise parfaite; Dieu, de qui tout procède, devenu tout en tous. Ainsi, l’avenir éternel étroitement relié en Christ à l’éternel passé, la première création ne formant qu’un seul tout avec la seconde, et l’Ecriture tout entière, depuis la première page de la Genèse jusqu’à la dernière de l’Apocalypse, ne reflétant qu’une seule et même pensée ; vous-même, enfin, vous, atome imperceptible perdu au premier coup d’œil dans ce tout immense, objet pourtant, objet spécial, personnel, de l’amour infini qui s’y déploie, et pouvant vous dire que, fussiez-vous seul au monde, ce plan n’en existerait pas moins, n’en aurait pas moins été accompli pour vous seul ! Oh ! quand l’âme pénètre ainsi dans l’intimité de la pensée divine, c’est bien le ciel qui s’ouvre ! Un ministère séculaire ne suffirait pas à épuiser toutes les richesses de cette révélation longtemps attendue souvent, toujours sérieusement et ardemment demandée.

Et pour vous, comme pour Jésus, cette révélation première doit être suivie d’un enseignement céleste, continu et spécial : un Nicodème vous visite ; vous rencontrez sur votre chemin une Samaritaine ; le dimanche vous attend, où vous devez monter en chaire. Ouvrier de Dieu, il vous faut pour chacun de ces cas une parole de Dieu. Laquelle? Saurez-vous la discerner par votre propre sagesse? Non. Il faut la recevoir. Et pour recevoir, il faut demander, puis écouter. Le serviteur n’est pas plus grand que son maître. L’œuvre de Dieu dans une paroisse, dans un cœur, comme dans un monde, est un profond mystère. Pour ne pas travailler en aveugle, dans un tel domaine, croyez-le bien, mes chers frères, comme Jésus, vous devez élever vos yeux vers le siège des lumières et demander du jour, du jour encore, et de nouveau du jour.

II.

Vous n’êtes pas seulement appelés à être des hommes de science religieuse. Vous êtes surtout des hommes d’action.
Au service de Christ, toute connaissance tourne à l’action. Vous le voyez chez Christ lui-même. L’ouverture du ciel lors de son baptême est immédiatement suivie de la descente du Saint-Esprit. A la clarté de l’illumination vient s’ajouter la vertu. de l’inspiration. Dans quel but ? Le ciel qui vient de s’ouvrir à lui, il ne l’a contemplé que pour le faire descendre et le réaliser sur la terre. Et pour cette œuvre-là, il lui faut une force divine ; et l’Esprit la lui apporte. Et comment reçoit-il le Saint-Esprit? Toujours par le même moyen: Comme il était baptisé et qu’il priait. Cette phrase plane sur tout le récit: il a demandé, et il lui est donné. Prier et pouvoir sont donc aussi étroitement liés chez lui que prier et savoir.

Mais cette communication de force divine qui a commencé à son baptême, elle continue durant tout son ministère. Son activité présente constamment ces deux faces : la prière, c’est le côté humain ; une vertu surnaturelle, c’est le côté divin.

Veut-il gagner le peuple? Il prêche, il guérit, sans doute mais après tout cela, il éprouve le besoin de se retirer à l’écart pour prier. Pour gagner le monde, s’isolant de lui, il s’en va seul le demander à Dieu. Opère-t-il des miracles ? Au tombeau de Lazare, il dit : Père, je sais que tu m’exauces toujours. Il a devant lui un sourd-muet avec lequel il ne peut s’expliquer en mots : il pousse un profond soupir et regarde vers le ciel, pour lui bien montrer comment sa guérison est obtenue et d’où elle provient. Parlant au peuple des guérisons de possédés, il déclare franchement qu’il les opère par le doigt de Dieu. Veut-il choisir, former, protéger les aides dont il a besoin pour continuer son œuvre ? C’est après une nuit toute passée en prière qu’il choisit les douze. Plus tard, c’est par la prière qu’il les défend contre l’ennemi invisible qui rôde autour d’eux: Satan a demandé à vous cribler comme on crible le blé. Mais j’ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille point, dit-il à Pierre. Se préoccupe-t-il de leur sûreté pour les temps qui suivront son départ? Vous savez avec quelle instance il les recommande à son Père dans la prière sacerdotale. A-t-il égard, enfin, à leur œuvre à venir: Je prierai mon Père, dit-il, qui vous donnera un autre soutien. La Pentecôte, cette pluie du ciel sans laquelle ses propres semailles et celles de ses apôtres fussent restées stériles, la Pentecôte elle-même est donc le fruit des prières de Jésus.

Prier et agir, c’est tout un pour lui. Par là son impuissance même devient sa puissance. Il ne peut rien ; voilà pourquoi il demande tout. Il demande tout; c’est par là qu’il obtient tout. Ce moyen nouveau, c’est son secret. C’est ainsi que son œuvre a été réellement, l’œuvre de Dieu, non la sienne.

Il est bien des domaines où, pour travailler avec succès, il n’est point nécessaire de prier. On peut fabriquer, spéculer, administrer sans avoir recours à la force d’En-Haut. Mais l’œuvre à laquelle vous vous consacrez, vous, mes jeunes frères, ne se fait par aucune force naturelle. Faire passer des âmes de la mort à la vie est une opération dont Dieu s’est réservé le monopole. Pour que vous réussissiez à l’accomplir, il faut que Dieu lui-même s’associe à vous et vous prête sa force. Un sermon pour lequel vous avez beaucoup prié, fût-il médiocre pour les idées et pour le style, portera coup dans les cœurs. Il ressemblera à une épée peu précieuse, mais dont la lame est bien aiguisée. Je vous laisse le soin de développer vous-mêmes la contrepartie. Jésus vous le dit d’ailleurs, comme il se le disait à lui-même: porter du fruit c’est prier, et prier c’est porter du fruit.
Je vous ai choisis afin que vous ailliez et que vous portiez du fruit ; et, ajoute-t-il comme si c’était la même chose qu’il répétait sous une autre forme: afin que tout ce que vous demanderez au Père en mon nom, il vous le donne.

Ou craindriez-vous peut-être que prier beaucoup ne nuise chez vous à l’énergie de l’action? Mais c’est le contraire qui arrivera. La prière a la vertu de recruter, d’entraîner toutes les forces de l’âme au service de son grand et sublime objet; et, en concentrant ainsi leur action, elle double leur puissance. C’est elle qui fournit à l’éloquence ses plus nobles inspirations, ses mouvements vraiment saints et saisissants; c’est elle qui doue l’activité pastorale d’une prudence surhumaine et la revêt d’un charme et d’une douceur qui fléchissent les cœurs. Elle fait plus encor: tout en rendant l’activité efficace, elle la purifie. Défiez-vous d’un zèle pastoral qui ne vous porte pas à prier. Ce zèle pourrait bien n’avoir d’autre objet que vous-même. Tenez pour suspect un élan, un entrain, un feu dans la prédication, qui ne s’est pas allumé au souffle de la prière. Ce n’est pas pour la gloire de Dieu que vous brûlez, c’est pour la vôtre. Dites-vous bien que vos mobiles sont impurs dans la mesure ou la prière est absente de votre travail. On ne fait pour Dieu que ce qu’on fait par lui. Et, dans le saint ministère, tout ce qui n’a pas été arrosé de prière n’est que linge souillé. Tout en rendant le travail fructueux et pur, la prière en fait aussi le charme et la douceur. Dans la prière se trouve pour le serviteur fidèle la récompense anticipée du travail. Quelle est la plus grande joie d’un fidèle serviteur ? N’est-ce pas de travailler à côté de son maître, en commun avec lui ?

Et c’est la prière, mes chers frères, qui établit cette communauté de travail entre Dieu et vous, aussi bien que, jadis, entre le Fils et le Père. En délibérant avec votre Dieu sur chaque cas avant d’agir, en vous réjouissant ou vous attristant avec lui, après le travail achevé, vous devenez ses confidents, comme lui le vôtre. Quelle douceur, quel privilège qu’un travail ainsi partagé ! En échange, quel triste labeur pour le pasteur que celui dans lequel il n’a d’autre collaborateur que lui-même ! Travail fécond quant au résultat, pur dans sa source, doux et bienheureux dans son cours, n’attendez cela, mes chers jeunes frères, que d’un travail prié !

III.

Lumière divine, force divine, cela suffit-il pour accomplir l’œuvre divine? Non; car ce ne sont là que des dons, et ces dons ne sont pas nous-mêmes. Et il faut que votre être lui-même soit en harmonie avec votre œuvre et passe tout entier dans votre travail. C’est dans ce sens que Jésus disait à ses disciples, tout réjouis des premiers succès qu’ils venaient d’obtenir: Ne vous réjouissez pas de ce que les démons vous sont assujettis, mais réjouissez-vous de ce que vos noms sont écrits dans les cieux. Reportons-nous encore une fois à l’entrée du ministère du Sauveur, après que le ciel s’est ouvert et que le Saint-Esprit est descendu.

Tout est-il fait ? Non : la voix de Dieu fait entendre à Jésus cette parole: Tu es mon Fils bien-aimé. Tu es, et désormais tu sais que tu es… Sur le fondement de ce divin témoignage, Jésus peut prendre maintenant cette position filiale qui lui appartenait par essence, mais à laquelle il avait renoncé quand il l’avait échangée contre la forme de serviteur. Il peut devenir ce qu’il est. C’est du haut de cette position suprême qu’il va désormais témoigner, en acte et en parole, de lui-même et du Père. Et cette grande révolution dans sa carrière terrestre, comment s’est-elle opérée? Encore une fois : Comme il était baptisé et qu’il priait. Il a cherché, et le Père s’est laissé trouver.

Et ce qu’il a obtenu en ce moment par la prière, il l’a conservé par elle. Des tentations de divers genres l’ont assailli pendant son ministère et ont menacé sa soumission filiale. Tout d’abord, l’enivrement du succès. Sa renommée, est-il dit, se répandait de plus en plus, et les foules accouraient pour l’entendre et être guéries par lui. Au milieu de cet enthousiasme dont il est l’objet, ne perdra-t-il pas quelque chose de sa candeur première, de son humilité, de sa pureté ? C’est ici que l’écrivain sacré nous dit: Mais lui, se tenant retiré dans les déserts, priait. Contre l’élévation propre, son arme était la prière. Bientôt c’est la multiplicité des affaires, l’agitation d’une vie excessivement remplie d’incidents, qui le menacent. Dans cette activité multiple et incessante, ne perdra-t-il point quelque chose de son recueillement, de l’intimité de sa relation avec son Dieu ! Mais écoutez le récit sacré à ce point culminant de sa vie : Un jour qu’il était en prière, quand il eut fini… Il priait donc, et priait régulièrement même au milieu des péripéties d’un voyage. C’était là sa sauvegarde contre toute dissipation d’esprit et de cœur. Enfin, au terme de son ministère, la croix vient à se présenter à lui dans toute son horreur ; tout près de ses lèvres il voit la coupe que son Père lui donne à boire ; et elle est pleine de son propre sang. Le frisson le saisit, son âme est troublée. Ne va-t-il pas, dans ce moment d’inexprimable angoisse, cédant à la terreur, dévier quelque peu de la ligne étroite du dévouement filial? Ah ! la lutte est sérieuse ! Par trois fois il s’agenouille, et, le front dans la poussière, il ne prie plus seulement, il crie! Et il se relève pleinement soumis et même serein, et se déclare prêt à boire la coupe que son Père lui a donnée à boire.

Au travers de toutes ces épreuves, il demeure donc dans l’amour du Père. Comment ? Il nous le dit: par l’obéissance; en gardant ses commandements. Mais il garde ses commandements, comment? Vous l’avez vu: par la vertu de la prière. Fils par essence, il demeure fils humble, tendre, soumis, par la prière.

Mes jeunes frères, vous allez vous mettre au service de Dieu. N’espérez faire son œuvre qu’autant que vous êtes devenus ses enfants et que vous en portez en vous le témoignage de la bouche de Dieu. Pour arriver là, il ne faut que deux choses: la foi, la simple foi à votre réconciliation personnelle, renfermée en Jésus mort et ressuscité. Cette foi vous est imputée à justice, non en raison de sa force, mais en raison de son parfait et glorieux objet. Et de cette justification prononcée découle immédiatement votre adoption. Rappelez-vous la parabole de l’enfant prodigue. On voit là combien foi, pardon, réhabilitation, sont choses qui se suivent de près. Puis, la prière; cette prière spéciale par laquelle vous demandez, au nom de Jésus, le témoignage intérieur, l’Esprit de Jésus la pleine conscience de votre position filiale, et tous les sentiments en rapport avec elle. Jésus a reçu ce témoignage: Tu es mon fils, par la prière. Comment espéreriez-vous jamais l’obtenir autrement?

Après avoir reçu, il faut conserver. Si l’état filial de Jésus a été exposé à des assauts, comment le vôtre serait-il à l’abri de tout péril ? C’est votre couronne. Il s’agit de la garder. Des ennemis jaloux aspirent à vous l’enlever. Quels sont ces ennemis ? Ce sera peut-être l’ivresse des premiers succès. Elle en a étourdi plus d’un qui a roulé dans l’abîme. N’oubliez jamais que c’est à l’heure de sa renommée croissante qu’il est dit de Jésus: Mais lui priait.

Ce sera bientôt aussi le tourbillon des affaires. Ah ! il y a là un danger qui menace justement les plus zélés, les meilleurs. La lutte s’engagera dans le cours de votre ministère entre l’activité extérieure et la prière. Ces deux sœurs, qui ne devraient marcher qu’en se donnant la main et s’appuyant l’une sur l’autre, deviendront rivales. La plus affairée rognera de plus en plus le terrain de l’autre et finira par lui laisser à peine l’espace pour poser ses pieds. Sachez alors prendre la défense de la plus modeste et résister à l’agression brutale dont elle est l’objet. Réservez à la prière une large, une inviolable place. Que chaque matin elle la trouve libre et puisse l’occuper sans débat. Mais, demanderez-vous, l’esprit de prière ne suffit-il pas? qu’importe l’acte extérieur dans ce domaine? Jésus n’en jugeait pas ainsi. L’esprit de prière ne lui manquait pas. Cependant il est dit de lui: Quand il eut fini de prier !
J’ai connu des gens qui s’imaginaient faire preuve de haute spiritualité en méprisant les actes de prière réguliers et positifs. Et ce que j’ai vu aussi, c’est qu’ils ont si bien prié toujours, qu’ils ont fini par ne plus prier du tout.

Tout esprit, toute force morale que n’alimentent pas des actes positifs, se dissipe; c’est un parfum qui s’évente.

Plus enfin vous avancerez dans la pratique du ministère, plus vous y rencontrerez la souffrance intérieure ou extérieure. Sans doute nous ne sommes plus au temps où les ministres de Jésus-Christ étaient recherchés comme des malfaiteurs, traqués comme des bêtes fauves. Un certificat de consécration ne sera plus appelé à cette heure un brevet de potence. Mais des temps semblables peuvent revenir. Il est visible que l’incrédulité tend à repasser de l’état d’indifférence à celui d’agression. Et lors même que nos paroisses resteraient encore longtemps ce qu’elles sont à cette heure, attachées aux croyances évangéliques et à ceux qui les leur prêchent, la porte du jardin de Gethsémané ne manquera pas de s’ouvrir sur votre chemin, conducteurs de ces Eglises. Et vous aurez plus d’une promenade à faire sur ce sol arrosé de la sanglante sueur de votre Maître. Comment demeurer toujours dans la voie de la soumission filiale ? Comment vaincre? Un pasteur avait une retraite où il s’isolait de tous, même de ses plus intimes, pour travailler à l’acceptation de la croix journalière. Il appelait cette retraite son jet de pierre. Comprenez-vous ce nom?

Tout comme Jésus, c’est donc sur la prière que vous devez compter pour traverser sains et saufs la fournaise des premiers succès, le tourbillon toujours croissant des affaires, enfin les grosses eaux de l’angoisse et de la douleur. Cette unique fidélité, j’entends la fidélité dans la prière, est la garantie assurée de toutes les autres, et par là, la sauvegarde de votre position d’enfants de Dieu. Un jour, vous vous le rappelez, un rayon de gloire céleste éclaira tout à coup le front du Seigneur, resplendit sur toute sa personne, et rayonna même au travers de ses vêtements. Le ciel sembla se rapprocher de la terre ; les habitants des deux sphères communiquèrent un moment; enfin, la même voix qui avait retenti au baptême, se fit entendre et renouvela au cœur de Jésus, en face de la Passion qui s’approchait, le témoignage de l’amour divin. Que s’était-il passé ? Quelle puissance avait comblé l’abîme entre la terre et le ciel, et fait de cette montagne le vestibule du palais divin ? Ecoutez le récit sacré: « Jésus, ayant pris avec, lui Pierre, Jacques et Jean, monta sur la montagne pour prier. Et il arriva que, comme il priait… » Vous savez le reste.

Désirez-vous, mes jeunes compagnons de travail et de lutte, être parfois divinement consolés, saintement rafraîchis, magnifiquement fortifiés au milieu des luttes, des défaillances, des déceptions et des angoisses de votre ministère ; désirez-vous, au fort du combat, tressaillir quelquefois par avance des joies de la victoire? Avec Jésus, gravissez la montagne ; elle est proche de vous, elle est partout. Avec un ou deux amis qui partagent votre faim et votre soif de Dieu, mais plus souvent encore seul, tout seul, approchez-vous de Dieu, dans l’esprit de ce monologue de David: Mon cœur me dit de ta part : Cherche ma face. Je chercherai ta face, ô Eternel. Et il ne cachera point sa face de vous. Il parlera à son enfant, ce Père ! Vous recueillerez de sa bouche un puissant et doux témoignage; et quand, après avoir entendu sa voix, vous parlerez de lui à vos frères, ils sentiront que vous descendez, bien plutôt que vous ne montez en chaire.

Mes jeunes frères, faire l’œuvre de Dieu, la faire dans la lumière de Dieu, par la force de Dieu, avec un cœur d’enfant de Dieu, voilà, si j’ose le dire ainsi, le programme de votre ministère ! La prière, voilà le moyen de le réaliser. Cette vocation a pu, en d’autres temps, être plus périlleuse; jamais elle ne fut plus importante et plus difficile qu’à cette heure. De nouvelles questions religieuses se posent, de nouvelles aspirations sociales surgissent; l’Humanité, exaltée par le spectacle des œuvres de ses mains, est comme dans une crise d’enfantement.

L’Evangile, qui trois fois déjà a renouvelé la Société, en des crises aussi graves, lors de sa première apparition, après le déluge social de l’invasion des barbares et aux temps de la Réformation, l’Evangile est appelé encore une fois, (sera-ce peut-être la dernière?), à déployer ses trésors de force et de lumière, à tendre la main à l’humanité dans le labyrinthe où elle est engagée.

Mais il faut pour cela des hommes qui, d’un côté, comprennent les besoins de leur temps, besoins religieux, intellectuels, sociaux, et qui, de l’autre, sachent interroger cet Evangile éternel tout à nouveau, pour obtenir de lui les réponses qu’il tient en réserve pour des jours tels que ceux-ci, et lui arracher, comme autrefois le prêtre à la Pythie, le mot que lui seul possède et qui pourra servir de fondement à l’ordre nouveau. Et qui seront ces hommes, si ce n’est vous, ministres de l’Evangile? Demandez à Dieu un cœur assez large pour comprendre votre temps ; demandez-lui en même temps les nouvelles ressources qui vous permettront de satisfaire à ces nouvelles exigences, dans votre sphère, petite on grande. Dites comme les apôtres : Augmente-nous la foi, la foi triomphante pour soutenir celle de ton Eglise qui va s’affaiblissant, la foi qui transporte les montagnes, la foi par laquelle l’Eglise pourra achever sa tâche, la conquête du monde !

Deux recommandations, mes chers frères, me semblent résumer tous les devoirs de votre ministère : Oublie-toi toi-même ! Et : Ne t’oublie pas toi-même ! Et chacun de ces deux préceptes doit se traduire en celui-ci: Prie ! Comment s’oublier soi-même, dans le sens où cela doit se faire, comment n’être plus rien pour soi, être sans cesse, tout entier, là pour tous, autrement que par la prière? Et comment se souvenir aussi de soi-même, dans le sens où nous devons le faire sans cesse, comment veiller sur notre cœur et réagir contre notre propre péché, tout en veillant et agissant sur autrui, autrement que par la prière?

C’est à vous détourner de l’accomplissement de ce devoir que Satan mettra toute son habileté. Ce point emporté, il vous laissera tranquilles sur tout le reste. Car, vos autres armes, il ne les craint guère ! Repoussez résolument tous les prétextes qu’il vous fournira en abondance et qu’il tirera de vos devoirs mêmes.

Pour obtenir aujourd’hui même le pardon de vos fautes et la réparation de vos négligences passées, et afin de ne pas traîner avec vous, dans votre ministère, ce fardeau qui paralyserait vos forces, priez ! Pour qu’il soit suppléé aux dons qui peuvent vous manquer, priez ! Afin de mettre votre responsabilité à couvert, dans un ministère dont chaque acte, chaque parole a un retentissement éternel, priez !

Pour que vos auditeurs ne fassent pas tourner votre parole à leur endurcissement, et qu’elle ne devienne pas pour eux odeur de mort, priez ! Pour être préservés de l’accomplissement routinier de vos diverses fonctions, et afin que votre onction soit toujours d’huile toute fraîche, priez ! Pour que chaque fois que vous témoignez de Jésus, Jésus paraisse, priez !

Quand vous entrez dans votre cabinet de travail, les yeux En-Haut, dites: Travaille avec moi! Au pied de la chaire, dites: Tout par toi, tout pour toi ! En franchissant le seuil de la maison où vous visitez un affligé, un malade, dites: Que ma paix soit sur cette maison ! Quand vous aurez demandé quelque chose, vous laisserez quelque chose. Et quand vous êtes obligé, comme Jésus, de finir votre prière, que l’esprit de prière ne cesse point de vous accompagner !

C’est peut-être le plus grand privilège attaché à la charge dont vous allez être revêtus, que de ne pouvoir être remplie, avec espoir de succès réel, qu’avec le Seigneur tout près de vous, au dedans de vous.

Pour prier de la sorte, le moyen est simple: nourrissez votre cœur de la Parole de Dieu: Si vous demeurez en moi et que MES PAROLES demeurent en vous, a dit Jésus, demandez tout ce que vous voudrez, et cela vous sera accordé.

Vénérés pères, et vous tous, bien-aimés collègues, qui entourez avec sollicitude ces jeunes frères et qui vous reportez au jour où vous reçûtes la même consécration, ranimons tous aujourd’hui dans notre cœur cette conviction : que L’ÂME DE NOTRE MINISTÈRE, C’EST LA PRIÈRE. Peut-être est-ce sur ce point que plusieurs d’entre nous ont les plus graves reproches à s’adresser. Moi qui vous parle, en jetant aujourd’hui un regard en arrière sur mes trente-deux ans de ministère écoulés, je me vois obligé de reconnaître précisément en ce point le plus coupable de mes manquements, la vraie source de tous les autres. Luther priait deux heures chaque matin; et il a travaillé pourtant ! Saint Paul commence toutes ses lettres par des paroles telles que celles-ci : Je rends de continuelles actions de grâces à mon Dieu pour vous, ne cessant de faire mention de vous dans mes prières. Cela ne l’a pas empêché d’agir. Jésus passait des nuits à prier. Ses jours n’en étaient pas moins remplis pour cela. Frères ! nous avons prêché, visité, parlé, écrit, agi, je le sais. Avons-nous prié dans la même proportion, prié comme ne pouvant rien sans la prière, prié comme pouvant tout par elle?

Vous tous, mes chers frères et sœurs ici présents, votre titre de chrétiens vous confère aussi une charge spirituelle, un ministère au sein de la société qui vous entoure. Et l’esprit de cette charge, c’est encore l’esprit de prière ! On parle beaucoup aujourd’hui du sacerdoce universel. Mais le sacerdoce universel réel, ce ne sont pas quelques droits ecclésiastiques qu’une constitution humaine peut donner ou refuser, quelques fonctions électorales ou administratives de plus confiées aux laïques. Le vrai sacerdoce universel, c’est l’encensoir de la prière, mis par Jésus dans les mains de chaque croyant, l’accès au trône de la grâce ouvert en Christ à vous. tous. Ils sont puissants, ceux qui inventent les télégraphes, créent les chemins de fer et transforment la terre par ces magnifiques découvertes. Mais vous qui priez, vous êtes plus puissants qu’eux ! Ils ne remuent que la surface du sol.
En priant, vous remuez le ciel, et par le moyen du ciel, les entrailles du globe, ce qu’il y a de plus profond, d’éternel sur la terre, le fond des âmes.

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Le revêtement des vertus, par Alexandre Vinet http://www.blogdei.com/14883/le-revetement-des-vertus-par-alexandre-vinet/ http://www.blogdei.com/14883/le-revetement-des-vertus-par-alexandre-vinet/#comments Mon, 20 Jun 2011 17:36:54 +0000 colibri http://www.blogdei.com/?p=14883

soleil d’Orient

suite de « La sainte guerre d’extermination »

 

Première Partie


Revêtez donc, comme des élus de Dieu, saints et bien aimés, des entrailles de miséricorde, la bonté, l’humilité, la douceur, la patience72 ; vous supportant les uns les autres, et vous pardonnant si quelqu’un a à se plaindre d’un autre ; comme Christ vous a pardonné, pardonnez aussi ; accompagnant toutes ces choses73 de la charité, qui est le lien de la perfection. Que la paix de Christ, à laquelle vous avez été appelés en un même corps, triomphe dans vos cœurs ; et soyez reconnaissants.74 (Colossiens 3.12-15)

 

Les versets qui précèdent ce texte nous présentent une triste énumération des péchés qu’il faut exterminer, que l’homme nouveau est tenu de tuer et qu’il peut extirper entièrement. A cette énumération succède une liste de vertus qu’il faut implanter en nous, que l’homme nouveau est obligé de pratiquer et qu’il peut aussi « revêtir ».

Une liste de vertus, disons-nous ; mais desquelles ? Il s’agit non de toutes les vertus, mais de certaines vertus, de celles qui sont opposées non pas à tous les péchés énumérés précédemment, mais seulement aux péchés dont saint Paul a composé la seconde liste, c’est-à-dire à ceux de la seconde espèce : la colère, l’animosité, le ressentiment, tout discours outrageant et toute parole obscène (v. 8). Et cela n’est pas étonnant, car les péchés de la première liste, énumérés au verset 5 : la fornication, l’impureté, la passion, les mauvais désirs et l’avarice, n’ont proprement point de vertus qui leur soient opposées ; leur contraire, c’est l’absence de ces péchés ; le négatif n’a point de positif ; bien qu’elles naissent du seul principe positif, qui est l’amour, ces vertus sont et demeurent négatives, elles sont toutes d’abstinence et de répression. Aussi l’apôtre devait se borner à nous dire, quant à ces péchés de la première liste : « évitez-les ». Mais pour ceux qui sont indiqués dans la seconde, c’est différent : la méchanceté, la haine, la vengeance, et les autres ont des contraires positifs qui se nomment ; ce sont les vertus que l’apôtre énumère dans notre texte (v. 12 et suivants) ; en général, elles sont toutes d’une même espèce, des vertus sociales et elles se réunissent toutes dans l’idée générale exprimée par le mot de bienveillance, dont saint Paul recommande les œuvres ; elles découlent toutes de la recommandation qui précède et elles se rapportent toutes à l’amour comme à leur principe.

 

Le renouvellement que l’Evangile opérait dans les disciples de Jésus-Christ se manifestait dans leurs mœurs diversement. Il y produisait d’abord une grande pureté, au moins comparativement à leurs habitudes précédentes et aux mœurs générales du temps qui étaient un abîme de souillures et d’abominations.

C’est la première chose dont le monde était frappé, en considérant la vie des chrétiens (1Pierre 4.3-4). Il les voyait, de plus, inoffensifs, pleins de respect pour les droits d’autrui, amis de l’ordre et soumis aux lois ; mais, si importants que fussent ces changements, ceux qui ne réfléchissaient pas pouvaient toutefois les rapporter à des principes déjà connus ; la méprise était possible parce que ces choses-là n’étaient pas entièrement ni absolument nouvelles, quoique, il est vrai, on n’eût jamais vu jusqu’alors toute une société vouée à une vie pure et bienveillante, ou un nombre considérable d’hommes uniformément soumis, sans le secours d’une contrainte extérieure, à de tels principes d’abstinence et de modération, ou s’y soumettre sans excès.

Mais une chose aussi devait frapper les yeux du monde, c’est que partout où la modération et l’abstinence avaient existé, ces vertus avaient manqué d’intelligence et de mesure ; c’est que là où l’on avait vu régner une certaine sévérité de mœurs, un détachement des biens terrestres, ces vertus, n’étant pas des fruits de l’amour, avaient eu quelque chose de légal, de rude, de triste en même temps que d’excessif, en sorte qu’on avait vu un caractère de contrainte, de dureté ou d’exagération dans ces vertus-là.

Il restait donc à voir autre chose, et les observateurs attentifs devaient trouver que ces vertus (la pureté des chrétiens et leur renoncement), présentaient quelque chose de nouveau, avaient un caractère nouveau de bénignité et de flexibilité unies à l’austérité, que c’étaient des vertus douces, humaines, plus douces et plus humaines que celles qu’avait produites la sagesse humaine ; et ils devaient se dire qu’un principe nouveau avait produit ces choses. En effet, si non seulement ces vertus étaient devenues le partage de toute une société spontanément soumise à leur empire, si non seulement elles étaient modérées et raisonnables, mais si elles se trouvaient réunies à d’autres, nous voulons dire accompagnées de ces autres vertus que trop souvent elles ont paru exclure, c’est qu’il y avait, à la base de toute cette vie, le principe nouveau de l’amour ; c’est qu’il y avait, par ce principe même, une conciliation: les vertus qui avaient semblé opposées n’étaient plus exclues, mais accordées ; les vertus précédemment hautaines et dures étaient souples et humaines ; c’est que, soutenues à leur base par l’amour, elles étaient aussi couronnées à leur faîte par l’amour ; l’amour était le principe non seulement de ces vertus, mais de tout ; l’amour s’était introduit et il avait tout pénétré.

 

Ceci était réservé au christianisme, car là, et là seulement, le même principe qui resserre dilate, qui subjugue affranchit, qui presse la conscience ouvre le cœur. Le monde n’a connu et ne reconnaît qu’en partie ces choses, ou plutôt il connaît ou l’une ou l’autre, mais non les deux à la fois, dans leur essence. Ces mots d’un poète :

 

« Qui n’est que juste est dur, qui n’est que sage est triste »

 

représentent bien la vertu de l’antiquité et toutes les vertus qui, dans le monde païen, crient à toutes les jointures et auxquelles il manque l’huile de la grâce, nécessaire pour éviter le frottement. Au christianisme était réservé de former la vertu : il a rejoint les deux bouts, il a fait de la vertu et des vertus humaines une ligne qui rentre en elle-même ; on vit les deux effets à la fois et le monde ne se borna pas à dire : « Voyez comme ils s’abstiennent, comme ils se modèrent » ; mais il put dire aussi : « Voyez comme ils aiment ! » L’amour, ce commandement ancien et nouveau (1Jean 2.7-8), l’amour, non seulement avec ses grands traits, mais avec toutes ses délicatesses, avec tout son dernier fini, fut le premier mot des apôtres, leur plus fréquente recommandation, le caractère, le trait distinctif de l’Eglise chrétienne naissante, en sorte que celle-ci put dire, à l’applaudissement du monde, du moins sans craindre d’en être démentie : Ma livrée ou mon étendard est amour ! (Cantique des Cantiques 2.4).

 

Ce sont ces vertus que l’apôtre recommande à ses disciples comme à des hommes nouveaux (v. 10) ; la liste en est nombreuse, aussi nombreuse que celle des péchés ; l’amour est un arbre à mille rameaux. Saint Paul ne fait ici qu’en cueillir quelques-uns. Parcourons-les avec lui.

 

Les entrailles de miséricorde (v. 12) sont, en d’autres termes, la pitié envers ceux qui souffrent. Remarquons d’abord que l’apôtre commence naturellement par là, car entre gens qui souffrent et gens qui ne souffrent pas, il est naturel qu’il commence par la bonté envers les premiers. Mais, de plus, le christianisme est la religion de la pitié. Il a découvert et il a élargi, pour la guérir, la plaie de l’humanité et il a fait connaître à tous cette plaie cachée. En la découvrant et en l’élargissant, il nous a tous et pour tous, appelés à la pitié.

Le chrétien est avant tout un homme de pitié. Tous les hommes, à ses yeux, sont des naufragés, des réchappés de la colère divine, ou des malades et des convalescents, en sorte que sa pitié ne naît pas et ne surgit pas seulement à chaque infortune particulière qui se rencontre, mais qu’elle est un état, subsistante, continue ; elle est, en quelque sorte, l’état normal, la vie du chrétien. Aussi ne suis-je pas étonné que la mélancolie soit sur le front du chrétien et que sa joie soit mélancolique. Il y a si peu de temps qu’il est sorti lui-même de l’abîme, et il y voit encore tant de gens malheureux qu’il y a laissés !

 

La vie a pris pour lui un caractère extrêmement grave. Dans le sentiment chrétien, la joie est comme trempée et baignée dans les larmes (Psaume 119.136 ; Philippiens 3.18). Soyons compatissants (Ephésiens 4.32). Objets nous-mêmes d’une incompréhensible compassion des entrailles de la miséricorde de notre Dieu (Luc 1.78), comment pourrions-nous ne pas être pleins de compassion, ne pas avoir des entrailles de miséricorde envers nos frères et envers tous nos semblables ?

 

Saint Paul parle ensuite de la bonté75. C’est la disposition qui nous fait vouloir, aimer et chercher le bien de tous les êtres sensibles. Elle est à leurs yeux la mesure de notre valeur, de la valeur de tout homme. Ils appellent du même nom la chose qui leur apporte un avantage et la personne dont la disposition à leur égard est telle qu’ils peuvent considérer son existence comme avantageuse pour eux dans la mesure du pouvoir qu’elle a. Par cela seul qu’ils croient qu’elle serait disposée, le cas échéant, à leur faire du bien, ils l’appellent bonne76.

Il est vrai qu’il n’y a qu’un seul bon, grec[agathos], c’est Dieu (Marc 10.19). Lui seul est parfaitement bon, seul bon par essence ; mais l’homme peut être bon (Matthieu 5.45 ; Tite II, 5), quand il reçoit cette bonté morale de Dieu (grec[agathôsunè], Romains 15.14 ; Galates 5.22) ; il peut la réfléchir (refléter). Mais aussi Dieu seul est bon grec[chrèstos], Luc 6.35 ; 1Pierre 2.3), de cette bonté que nous pourrions appeler la bonté du cœur (grec[chrèstotès] Romains 2.4 ; 11.22 ; Ephésiens 2.7), et il l’est parfaitement et par essence ; et l’homme peut aussi être bon de cette bonté de Dieu, et la bonté qui émane de lui est toujours bonté, comme la lumière du soleil, réfléchie par la lune, est lumière. Soyons donc bons les uns envers les autres (Ephésiens 4.32), et comme l’Eternel, envers tous (Psaume 145.9 ; Galates 6.10).

 

Saint Paul indique ensuite l’humilité. Il en fait une vertu relative ou sociale, quoique nous n’ayons pas coutume de la considérer sous cet aspect. Il est remarquable qu’elle soit nommée dans la liste de ces vertus-là ; sur quoi il faut remarquer d’abord que l’humilité est la condition de plusieurs des vertus relatives ou sociales que nous ne pourrions exercer si nous n’étions pas réellement humbles, et qu’une vraie bienveillance n’est pas même possible sans l’humilité.

Remarquons ensuite que l’humilité est une forme même de la bienveillance, puisqu’on ne peut souvent obliger les gens qu’en s’abaissant sous eux, qu’ils le demandent à tort ou à raison, ou en leur sacrifiant son amour-propre. Le précepte : Rendez l’honneur à tout le monde (1Pierre 2.17) suppose l’humilité ; il en faut de même pour accomplir celui-ci: assujettissez-vous les uns aux autres (Galates 5.13), et pour suivre celui-ci encore : que l’un estime l’autre plus excellent que soi-même (Philippiens 2.3). Notre Maître a été humble de cœur (Matthieu 11.29), il est venu dans le monde pour servir et non pour être servi (Marc 10.45), il a lavé les pieds de ses disciples (Jean 13.3-17). Nous, ses disciples, soyons et faisons de même. Soyons ornés d’humilité (1Pierre 5.6) et marchons avec les humbles (Romains 12.16), avec toute sorte d’humilité (Ephésiens 4.2), dans toutes les affaires de la vie et dans tous les rapports avec nos frères et avec les hommes.

 

Vient après la douceur. C’est la vertu qui évite ou épargne aux autres, dans leurs rapports avec nous, tout ce qui peut affliger, attaquer ou blesser leur sensibilité (je ne parle pas ici de leurs intérêts positifs) ; mais la bienveillance qui ne ménage ou n’épargne pas notre sensibilité, qui ne nous ménage pas des émotions pénibles, ou qui ne nous épargne pas du trouble, qui se paie, pour ainsi dire, à elle-même par des paroles dures, rudes ou amères, par des brusqueries ou des reproches, le bien qu’elle nous fait, n’est pas bienveillante ou du moins n’est pas assez bienveillante. Rien sans doute n’est pire qu’une fausse douceur, c’est quelquefois une trahison, le baiser de Judas (Matthieu 26.48-49) ; mais quand la bonté est vraie, réelle, il ne faut pas que nos formes, les formes qu’elle doit revêtir, annoncent le contraire ou y soient contraires et soient des formes dures, violentes (Jacques 3.11) ; loin de là, il faut que, selon l’apôtre, nous marchions avec toute sorte de douceur (Ephésiens 4.2) et que notre douceur soit connue de tous les hommes (Philippiens 4.5).

 

La patience (ou l’esprit patient, l’indulgence, la longanimité) que saint Paul recommande encore ici, comme ailleurs (Ephésiens 4.2), après l’humilité et la douceur, s’accommode aux défauts des autres ; elle sait attendre et tout espérer ; elle ne se lasse et ne se rebute point (Comparez 1Corinthiens 13.4 et 7). Dieu a usé et use de patience envers nous (2Pierre 3.9) et même d’une grande patience (Romains 9.22) et de richesses de patience (Romains 2.4) ; regardons à lui et usons de patience envers tous (1Thessaloniciens 5.14).

 

 

Deuxième partie

 

L’apôtre détermine ensuite (v. 13) la manière dont doivent se manifester les vertus qu’il vient de nommer.

 

Elles se manifesteront d’abord dans le support : « vous supportant les uns les autres ». Cette disposition, le chrétien l’exerce non seulement vis-à-vis des défauts et des infirmités (Romains 15.1 ; 1Thessaloniciens 5.14), mais aussi vis-à-vis des fautes des autres envers lui, des injures, des attaques et des torts dont il est l’objet de leur part.

Saint Paul, dans Ephésiens 4.2, ajoute à cette exhortation au support, ces mots : avec charité ; sur quoi Quesnel dit : « Supporter les défauts du prochain par insensibilité, par une douceur de tempérament, une complaisance humaine, une honnêteté du monde, un intérêt temporel, une hypocrisie de pharisien, rien de si commun : le faire par une charité véritable et bien chrétienne, rien de plus rare ».

 

Comme une manifestation ou une marque des vertus précédentes, l’apôtre indique aussi le pardon et il y insiste : « Vous pardonnant, dit-il, si quelqu’un a à se plaindre d’un autre » ; « comme Christ, ajoute-t-il, vous a pardonné, pardonnez aussi. »

La vertu qui est recommandée ici, dans le but sans doute de conserver ou de rétablir l’union quand elle a été troublée, c’est le pardon non seulement extérieur, mais intérieur, l’amnistie dans le sens propre du mot, l’oubli complet du cœur de tout le mal qu’on nous a fait et à l’égard de tous ceux contre lesquels nous avons un sujet ou des sujets de plainte.

Et qu’est-ce qui doit nous engager à pardonner ainsi ? C’est le pardon même qui a été accordé par le Sauveur. (Ce pardon dont nous sommes les objets peut être envisagé comme raison, motif, argument, ou comme comparaison, exemple, règle. La conjonction de l’original (grec[kathôs]) traduite par comme, peut signifier parce que, ou ainsi que. Nous insistons maintenant sur le second sens.) Ainsi que Christ nous a pardonné toutes nos offenses, ayant effacé la loi qui nous était hostile comme un titre qui témoignait contre nous, ayant aboli ce titre, l’ayant cloué à la croix (Colossiens 2.13-14), nous de même, en pardonnant, nous annulons, nous lacérons, nous clouons à la croix les titres que nous avons contre nos offenseurs ; ils redeviennent pour nous ce qu’ils étaient avant de nous avoir offensés, ou plutôt, nous les aimons particulièrement, mieux qu’auparavant, alors qu’ils nous étaient plus étrangers. Non seulement nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés (Matthieu 6.12), — et là déjà quelle douceur il y a, et même combien de grandeur ! — mais de plus, si nous les distinguons encore, c’est par une sollicitude particulière ; c’est là le complément du pardon d’un disciple de Christ, comme d’un imitateur de Dieu77 (Ephésiens 4.32 ; 5.1).

 

Tous ces devoirs que saint Paul prescrit ici (ou du moins plusieurs d’entre eux), et qui sont négatifs, consistant à s’abstenir de quelque chose, semblent au vulgaire, à cause de cela, faciles, ou paraissent ordinairement comme plus faciles. Il semble plus aisé de s’abstenir que de faire ; il semble du moins que s’abstenir est souvent plus facile et que souvent aussi faire est le plus difficile. Mais ici il n’en est rien ; s’abstenir est plus difficile que faire et faire est souvent plus facile que s’abstenir.

Il y a plus de choses dans l’action qui nous soutiennent et qui nous soulèvent que dans la simple abstinence. Après que j’aurai appris qu’un homme est bienfaisant, je puis croire à sa bonté sans doute, mais je ne suis pas suffisamment informé, j’aurai encore à demander s’il pardonne, puis il me reste à savoir s’il supporte. Tandis que, si je pouvais m’assurer et si je sais qu’il pardonne et qu’il supporte véritablement, c’est-à-dire par amour, sans aucune aide de l’amour-propre ou de l’intérêt et sans apathie ou nonchalance, j’aurais à peine besoin de m’enquérir s’il est bienfaisant ; certainement cet homme ne peut pas ne pas faire le bien.

Pardonner les offenses, supporter les contrariétés des autres, suppose en lui les autres vertus ; on ne peut les lui refuser ; le plus suppose le moins. Ces vertus sont enveloppées dans le silence et dans l’ombre, mais elles sont cependant bien réelles et bien précieuses. Aussi tous ces actes négatifs ne peuvent être accomplis à fond et en réalité que par l’action et la vertu d’un principe qui n’est point négatif, que par la force d’un principe positif puissant.

 

Quel est ce principe ?

Tout le monde dira : c’est l’amour ; tout le monde dira que toutes ces vertus, si elles sont sincères, ne peuvent avoir d’autre principe que l’amour dont elles ne sont même que les différents noms. Aussi saint Paul ajoute ici (v. 14) : « accompagnant toutes ces choses de la charité » ; plus littéralement : « à, avec, ou par-dessus toutes ces choses, l’amour qui est le lien de la perfection ». C’est à ce verset que nous devons nous arrêter, mais seulement pour quelques instants aujourd’hui, car il est assez important pour être traité dans un discours à part, dans notre prochaine étude. Maintenant, pour nous en tenir à une simple et rapide explication, qu’il nous suffise de dire d’une manière générale ce que c’est que la charité que l’apôtre invite les Colossiens à ajouter à toutes les vertus qu’il vient de nommer et dont elle est le principe ; la charité de laquelle il dit qu’elle est le lien de la perfection, car pour comprendre cela, il faut bien savoir ce qu’est la charité. Ce n’est pas la simple bienveillance naturelle, telle que l’inspirent le caractère, le tempérament, une certaine culture des mœurs, ni même les principes que fournissent la conscience et la raison.

Nous avons connu ce que c’est que la charité, en ce que Christ a mis sa vie pour nous (1Jean 3.16). La charité a son type et sa mesure en Christ. C’est une consécration absolue de la vie à la gloire de Dieu et au bien des hommes ; elle ne suppose rien de moins qu’une entière dépossession de nous-mêmes. Ce qui distingue la charité de la bienveillance ordinaire est exprimé dans ces mots : Vous n’êtes point à vous-mêmes (1Corinthiens 6.19) ; si un est mort pour tous, tous donc sont morts (2Corinthiens 5.14). Cela n’est pas la charité ; mais la charité n’est point sans cela ; et elle en reçoit son caractère distinctif. De plus, la charité remonte à Dieu avant de redescendre sur les hommes, elle subordonne tout à Dieu ; elle n’abandonne rien au caprice, aux préférences charnelles, au goût, à l’arbitraire : elle est donc un principe d’ordre, de vérité et de justice. Si l’on réunit seulement ces deux traits (il y en a encore d’autres), on comprendra déjà que la charité doit être en effet le lien de la perfection, c’est-à-dire qu’elle rassemble les éléments dont la perfection se compose, qu’elle accorde et concilie tout, et qu’elle porte chaque vertu à son plus haut degré. Mais la charité veut être cultivée. Elle n’est pas seulement le principe des vertus recommandées ici par saint Paul : elle est une vertu. Elle a aussi son principe vers lequel il faut qu’elle retourne sans cesse. Elle a des motifs dont il faut qu’elle se pénètre incessamment. Ces moyens ou ces motifs (car ce sont à la fois des moyens et des motifs) sont indiqués par l’apôtre, et quoiqu’il les ait rattachés à des parties spéciales ou à des manifestations particulières de la charité, nous les appliquons de plein droit à la charité elle-même. Nous sommes (v. 12) « les élus de Dieu, saints et bien-aimés » (comparez Romains 8.33 ; Ephésiens 1.4 ; 1Thessaloniciens 2.13-14 ; Ephésiens 6.1) ; « Christ nous a pardonné » (v. 13) ; « nous avons été appelés à la paix de Christ ou de Dieu en un même corps » (v. 15). Ce sont différents aspects d’une même idée : l’amour de Dieu envers nous ; amour qui nous a élus et sanctifiés ou mis à part (séparés de la masse infidèle) ; amour qui a enseveli dans son sein tous nos crimes ; amour qui, répandu en même temps sur nous et sur les autres hommes, a créé une communauté plus étroite, nous a faits tous membres d’un même corps. Voilà les arguments que présente l’apôtre.

 

Il finit (v. 15) par un vœu qui renferme en même temps une exhortation : « Que la paix de Christ à laquelle vous avez été appelés triomphe dans vos cœurs ». La paix de Christ, la paix que donne Christ (Jean 14.27), lui-même notre paix (Ephésiens 2.14), voilà la condition pour avoir la charité. Tant que nous n’avons pas cette paix ou le sentiment que Dieu est apaisé, l’amour, la glorieuse liberté de la charité est impossible ; nous sommes encore sous la loi, entraînés par ses liens et nous sommes bientôt fatigués ; nous portons notre tâche, au lieu que, dans l’amour, ce soit notre tâche qui nous porte. Il faut que la paix de Christ s’enracine et s’établisse en nous ; alors nous aurons la charité, et les œuvres de la charité seront faciles. Aussi saint Paul dit : « Que la paix de Christ triomphe dans vos cœurs ! » Il emprunte une image aux jeux olympiques, où celui qui vainquait à la course, en arrivant le premier au terme, était couronné. Ainsi on pourrait traduire ce vœu de la manière suivante : Que la paix de Christ gagne toujours de vitesse sur toute autre chose dans vos cœurs, pour l’emporter sur les concurrents, sur les mauvaises passions qui entraînent et remplissent votre cœur ! Car Paul est ici plein des idées qu’il a exprimées quelques versets auparavant (12 et 13), quand il a parlé de la résistance généreuse de la charité à toutes les attaques de la haine. Ailleurs (Philippiens 4.7), exprimant une même pensée, il avait dit : Que la paix de Dieu garde vos cœurs et vos esprits en Jésus-Christ ! Il veut nous donner un principe de pacification intérieure qui est un protecteur contre toutes ces attaques, qui éteint les mauvais désirs et les mauvaises passions, et qui, par là, adoucit toutes nos relations avec nos frères.

 

« Et soyez paisibles », ajoute-t-il. C’est ainsi que nous traduisons le mot grec, préférablement à « soyez reconnaissants de78  ». Et en effet, la paix naît de la paix ; nous ne pourrons donner la paix que quand nous aurons par Christ un Dieu réconcilié (2Corinthiens 5.18-21), ami et père ; c’est-à-dire qu’il faut, pour pouvoir donner la paix, que d’abord elle nous ait été donnée. « Etablis-toi premièrement dans la paix de Dieu, dit l’auteur l’Imitation, alors seulement tu pourras pacifier les autres. » Alors que nous avons tout obtenu, nous coûtera-t-il, riches comme nous le sommes (2Corinthiens 8.9 ; Apocalypse 3.18), de tout céder, de tout abandonner ?

Ah ! celui qui se sait et se sent, malgré son indignité, aimé par son Père céleste, aimé sans condition et irrévocablement (Romains 8.35), celui qui enferme en lui ce trésor d’ineffable félicité, celui qui n’a qu’à demander la confirmation de ces bienfaits reçus, que peut-il refuser? peut-il refuser quoi que ce soit ? peut-il résister ? peut-il ne pas tendre la joue droite à celui qui lui frappe la gauche ? (Matthieu 5.39). Nous disons que c’est difficile. Mais nous ne le dirions pas si la paix de Christ habitait et régnait en nous. Oui, il faut d’abord la foi en la charité de Dieu en Jésus-Christ. La seule véritable vie ne découle que de la connaissance que Dieu nous a aimés et nous aime en son Fils. Alors, en paix, nous n’avons plus d’ennemis, plus d’obstacles ; même les privations et les douleurs, tout est comme dispensation et verge de Dieu, preuve d’amour pour nous. Goûtons, oui, goûtons le don ineffable de Dieu (2Corinthiens 9.15), la vie éternelle par Jésus-Christ notre Seigneur (Romains 6.23) et toutes les choses que Dieu nous donne avec lui (Romains 8.32) ; pas de froide et sèche assurance de salut, car par là, rien n’est produit ; mais ayons et savourons la conviction que Dieu nous aime, c’est-à-dire la paix de Christ, et celui qui la possède en lui peut donner et donne la paix ; alors tout est facile. Si c’est difficile pour nous, c’est que nous n’avons pas vidé jusqu’au fond la coupe du salut. Ecoutons ici l’apôtre Jacques (4.1-5) : D’où viennent parmi vous les dissensions et les querelles ? N’est-ce pas de vos voluptés ? Vous convoitez et vous n’avez point ce que vous désirez, vous avez une envie mortelle, vous êtes jaloux, et vous ne pouvez obtenir ce que vous enviez ; vous vous querellez et vous vous disputez, et vous n’avez point ce que vous désirez…Vous demandez afin de l’employer à vos voluptés…L’amitié du monde est inimitié contre Dieu…

L’Esprit qui a habité en nous, nous inspire-t-il l’envie ? C’est donc la poursuite d’un autre bonheur que celui qui vient de Dieu en Jésus-Christ, ce sont les intérêts mondains qui brisent l’union, qui poussent aux inimitiés, et qui portent aux dissentiments et aux querelles, aux procès et aux luttes, aux froissements pénibles et aux prétentions diverses qui peuvent, hélas ! s’élever entre des frères, entre ceux qui sont appelés en un même corps. Mais remplis de la paix de Christ, nous demandons et nous ne demandons qu’à Dieu, notre Père, de nous donner notre pain quotidien (Matthieu 6.9,11) ; et notre paix se manifeste et se répand dans une vie éloignée des discordes, des disputes et des divisions ; nous la portons partout, poursuivant les choses qui vont à la paix (Romains 14.19), étant en paix entre nous (1Thessaloniciens 5.14), c’est-à-dire vivant en paix avec tous nos frères (2Corinthiens 13.11), puis ayant, autant qu’il dépend de nous, la paix avec tous les hommes (Romains 12.18 ; Hébreux 12.14). Soyons ainsi paisibles ; le Dieu de la paix et qui nous a appelés à la paix sera avec nous (2Corinthiens 13.11 ; 1Corinthiens 7.15). Or le Seigneur de la paix nous donne toujours la paix en toute manière ! (2Thessaloniciens 3.16).

 

Toutes les vertus que saint Paul a énumérées dans les versets que nous avons médités doivent être et se développer en nous et dans notre vie extérieure…Mais s’il faut qu’elles luisent et qu’on les voie dans nos relations avec nos frères et avec les autres hommes, s’il faut que par elles nous annoncions les vertus de celui qui nous a appelés des ténèbres à sa merveilleuse lumière (1Pierre 2.9), et cela, afin que les hommes le glorifient (Matthieu 5.16 ; 1Pierre 2.12), ces vertus ne sont pourtant point d’apparat et elles ne procèdent point du désir d’obtenir l’estime des hommes et de nous concilier leur faveur, mais ce sont des vertus réelles, que l’on pratique aussi bien dans la vie cachée que dans la vie publique…Ce sont des fruits de la régénération, des membres de l’homme nouveau que l’apôtre nous invite à revêtir (v. 10)…Qui nous donnera donc toutes ces choses et qui les produira et les fera croître en nous, si ce n’est Dieu lui-même, qui seul nous crée en Jésus-Christ (Ephésiens 2.10), nous régénère par son Esprit (Tite 3.5) et par sa Parole (1Pierre 1.23) ; et, après avoir commencé en nous la bonne œuvre, l’entretient et l’achève (Philippiens 1.6) ? Viens donc, ô notre Dieu, opérer puissamment en nous pour l’amour de ton Fils :

 

Qu’à ses pieds tombent abattus

Les faux dieux que l’erreur honore,

Nos vices, nos fausses vertus,

Démons que notre cœur adore.

Oh ! sauve nos frères païens ;

Oh ! guéris nos âmes païennes,

Et parmi des peuples chrétiens

Fais briller des vertus chrétiennes79.

 

 

Notes

72

Ou l’indulgence.

73

Selon Calvin : à cause de toutes ces choses, ou en vue de toutes ces choses.

74

La paix de Dieu, qui surpasse toute intelligence, gardera vos cœurs et vos esprits en Jésus-Christ (Philippiens 4.7).

75

grec[Chrèstotèta], comitatem selon Calvin, « la bénignité, dit-il, par laquelle nous nous rendons aimables ».

76

Le mot grec grec[chrèstos] présente le même phénomène, et, comme le mot français bon, peut signifier utile et bienveillant. Si l’homme se sert du même mot pour désigner l’utilité et la bienveillance, il déclare que l’homme est bon s’il est utile, s’il est bienveillant, s’il aime.

77

« Il faut pour pardonner véritablement, faire plus que pardonner : il faut que le mal soit surmonté par le bien, et que, selon l’exemple de Dieu lui-même, là où l’offense a abondé, la grâce surabonde. » (Premières Méditations Evangéliques.)

78

Le mot grec[eukaristos] signifie quelquefois, comme nos versions ordinaires l’ont rendu, « reconnaissant », c’est-à-dire disposé à reconnaître les bienfaits que nous recevons et à en rendre grâces. Mais ici, est-ce reconnaissance envers des bienfaiteurs, sentiment que des chrétiens, certes, doivent éprouver ? C’est alors, cependant, une vertu qui n’est pas du même genre que celles qui sont indiquées avant, car la reconnaissance envers ceux qui nous ont fait du bien est plutôt justice qu’amour ; puis, le mot de l’original placé à la fin de l’énumération, après la conclusion, ne peut pas, semble-t-il, avoir ce sens. Est-ce reconnaissance envers Dieu ? Et certes les chrétiens doivent aussi agir dans le sentiment des grâces qu’ils ont reçues de ce suprême bienfaiteur. On a développé cette idée qui est sans doute dans l’analogie avec ce qui précède, puisque la paix de Christ, par ce sentiment, se maintient dans le cœur, s’y entretient et s’y augmente, et que l’esprit de charité, d’humilité, etc., dans les relations avec les autres, est donné, conservé et accru par lui. Mais au fond cette idée est isolée dans nos versets, et ce n’est pas la manière de Paul ; il y aurait d’ailleurs une répétition avec le verset 17, où l’action de grâces envers Dieu est mentionnée. Comme le mot de l’original signifie aussi doux, paisible, agréable, débonnaire, aimable, affable, bienveillant, bienfaisant, nous pensons qu’ici, en tenant compte de l’ordre des idées, ce mot ne se rapporte pas tant à la reconnaissance pour des bienfaits reçus qu’aux dispositions et aux mœurs douces et paisibles que la paix de Christ produit dans le cœur et dans la conduite, afin de nourrir une communion mutuelle avec tous nos frères. Calvin traduit : « Soyez gracieux ou aimables ». Ainsi nous croyons que ce qui conviendrait le mieux c’est : « Soyez paisibles ».

79

Cf. Vinet, Poésies (1890)

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La vie de résurrection, par Jessie Penn-Lewis http://www.blogdei.com/13562/la-vie-de-resurrection-par-jessie-penn-lewis/ http://www.blogdei.com/13562/la-vie-de-resurrection-par-jessie-penn-lewis/#comments Sun, 27 Mar 2011 13:43:06 +0000 domy http://www.blogdei.com/?p=13562

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Le cœur brisé de Jésus au Calvaire.

« Mon cœur est comme de la cire, il se fond dans mes entrailles ». Tel est le langage de Jésus-Christ sur la Croix ; selon que prophétise David, en ce psaume vingt-deuxième ; Cela fait penser aux soupirs, aux paroles entrecoupées, inachevées, d’un mourant.

Dans le chemin de l’âme amenée à la conformité avec son Sauveur, en sa mort, il vient un moment où elle comprend ce que signifie la communion avec ce cœur brisé qui fond comme la cire, sous l’attouchement de Dieu. Alors, elle acquiert cette tendresse, cette douceur, cette compassion qui caractérisent ceux qui vivent en Jésus.

« Revêtez-vous comme des élus de Dieu, saints et bien aimés, d’entrailles de miséricorde », écrit l’apôtre aux Colossiens. Dans toutes ses lettres, dans sa vie, il fait preuve de compassion, de miséricorde, pour ceux qu’il a amenés à Christ, lesquels restent cependant souvent si enfants, si charnels. « Moi je suis de Paul ! Et moi d’Apollos ! Et moi de Céphas ! Et moi de Christ ! » disent les Corinthiens. Et l’apôtre proteste : Christ est-il divisé ? Paul a-t-il été crucifié pour vous ? (Cor. 1 : 12-13). Cependant Il ne se sépare pas de ces bébés, spirituellement parIant. » Auriez-vous dix mille maîtres en Christ, vous n’avez pas plusieurs pères, puisque c’est moi qui vous ai engendrés en Jésus-Christ par l’Evangile » (1 Cor. 4 : 15). Pourquoi ces divisions ? Pourquoi s’enfler d’orgueil ? L’apôtre met en garde les nouveaux convertis contre ce danger ; puis il trace comme un parallèle entre eux et leur père spirituel. Les Corinthiens, eux, se croient sages en Christ, ils règnent déjà. Paul et ApoIIos sont fous, par amour pour Christ. Les Corinthiens sont forts ; mais ceux que Dieu a choisis pour annoncer l’Evangile et qui ont à supporter de grandes souffrances, sont faibles. Les Corinthiens sont honorés ; mais les apôtres sont méprisés.

Quelle distance entre ces bébés qui se croient forts, et l’apôtre Paul ! Comme dans l’Eglise de Corinthe, autrefois, on trouve encore aujourd’hui bien des maîtres. Mais les pères, ceux qui acceptent de souffrir, de porter les bébés en Christ dans leur cœur, jusqu’à ce que leur croissance spirituelle soit accomplie, ceux-là sont peu nombreux.

Un cœur de père plein de compassion, de tendre pitié, d’ardent désir pour la croissance et la vie d’autres âmes, cela ne peut être que le fruit de la Vie divine dans le racheté. Cette Vie-là rend capable de souffrir, d’endurer l’incompréhension et le mépris, par amour pour Jésus. Quelques Chrétiens s’imaginent que la communion aux souffrances du Christ, en sa mort, endurcit nécessairement le cœur, et rend moins vulnérable aux émotions. D’autres s’élèvent contre cette conception. Ils ne croient pas possible d’éliminer l’émotion des expériences spirituelles. La vie même du Seigneur Jésus, et les lettres de l’apôtre Paul, nous montrent ce que sont vraiment les résultats de la vie crucifiée.

Il est certain que la communion avec Christ en Sa mort délivre d’une émotivité exagérée, d’une sensibilité maladive, laquelle peut être une manifestation de la vieille nature. Ainsi libérée, l’âme devient toujours plus sensible, réceptive, pour tout ce qui concerne Christ et le prochain. Il est nécessaire que toute émotion superficielle disparaisse pour que la Vie divine puisse atteindre les profondeurs de l’être, pour que celui-ci soit accessible, réceptif. Ensuite, rempli de la Vie d’En-Haut, il peut la répandre en faveur des autres.

« Revêtez-vous d’entrailles de miséricorde », dit l’apôtre aux Colossiens (3 : 2). Expression bien suggestive qui évoque la profondeur, la réalité, la puissance du sacrifice ; ce qui ne peut résulter d’émotions de surface, ces émotions facilement ressenties en certaines réunions où l’orateur les éveille, sciemment ou non. D’autre part, de nombreux maîtres peuvent enseigner, communiquer la lumière et la connaissance, sans avoir ces entrailles de miséricorde, sans ce cœur rempli de compassion que recommande l’apôtre. Bref, c’est le cœur qui est nécessaire, c’est la capacité de sentir et de se sacrifier pour les autres qu’il faut. Et c’est le manque de cœur, le manque d’amour qui rend froide et indigeste la Vérité, lorsqu’elle est rejetée.

« Mes entrailles ! mes entrailles ! » s’écrie le prophète Jérémie. « Je souffre au dedans de mon cœur, le cœur me bat. Je ne puis me taire » (4 : 19). C’est à cause d’Israël que le prophète est envahi par la douleur. Et c’est à cause de cette capacité de souffrance pour son peuple qu’on a comparé Jérémie à Celui qui vint ici-bas, comme l’Homme de Douleur, brisé par la souffrance.

Son immense compassion pour l’humanité amène Dieu à envoyer ici-bas son Fils unique : « Béni soit le Seigneur, le Dieu d’Israël de ce qu’il a visité et racheté son peuple… GRACE AUX ENTRAILLES DE LA MISERICORDE DE NOTRE DIEU, en vertu de laquelle le Soleil levant nous a visités d’en haut » (Cantique de Zacharie, Luc 1 : 68-80.) Ecrivant à Philémon, l’apôtre dit au sujet d’Onésime : « Je te le renvoie, lui, mes propres entrailles (c’est-à-dire un autre moi-même) ». D’autres traductions rendent ainsi cette expression : « lui, mon propre cœur » (Philémon 1 : 12). Lire aussi Eph. 4 : 32 ; Phil. 2 : 1,2.

Tous ces passages montrent que Dieu peut communiquer a Ses rachetés ces entrailles de miséricorde, ce cœur compatissant, qui L’amenèrent Lui-même à envoyer Son Fils ici-bas. Compassion qui conduisit le Fils unique à mourir sur la Croix pour les pécheurs.

« Soyez compatissants, vous pardonnant… comme Dieu vous a pardonné », dit l’apôtre Paul. Celui qui a senti son cœur s’émouvoir, se fondre sous les effets de la compassion divine, celui qui en a éprouvé la douceur et la joie, peut aisément aimer, pardonner à celui qui a tort, avant même que celui-ci ait manifesté aucune tristesse, aucun repentir de la faute commise. Et, d’avoir fait ces expériences rend capable d’annoncer le pardon de Dieu aux âmes qui se repentent. Un cœur compatissant, des entrailles de miséricorde se réjouissent de la joie des autres.

Et quelles paroles exquises, quel tact dans l’expression ils savent trouver pour plaider en faveur des coupables. Lisez la lettre de Paul à Philémon : « Je te prie pour mon enfant, que j’ai engendré étant dans les chaînes, Onésime… » (1 : 10-12). Avec quelle tendresse l’apôtre parle de cet esclave fugitif phrygien ! II l’a amené à Christ, il a prié pour lui jusqu’à ce que Christ fût formé en lui. Aussi maintenant, Onésime est pour lui un fils.

Dans les diverses Eglises qu’il a fondées au sein du paganisme, pour ceux qu’il a amenés à Christ, même en prison, nous voyons de quelle patience, de quelle compassion, de quelle tendresse l’apôtre est animé. Il a vraiment pour eux des entrailles de miséricorde. « Ce ne sont pas vos biens que je cherche, c’est vous-mêmes », écrit-il aux Corinthiens. « Pour moi, je dépenserai très volontiers, et je me dépenserai moi-même pour vos âmes, dussé-je, en vous aimant davantage, être moins aimé de vous… » (2 Cor. 2 : 14-15). « Maintenant nous vivons, puisque vous demeurez fermes dans le Seigneur ». Une autre traduction dit : « La vie est vraiment pour nous la vie, puisque vous demeurez fermes dans le Seigneur » (1 Thess. 3 : 8). L’apôtre pense sans cesse à tous ceux qu’il a amenés à Christ. Il prie sans cesse pour eux, comme un père pour ses enfants.

Dix mille maîtres ! Oui. Mais les pères ne sont pas nombreux. Ils sont peu nombreux ceux qui consentent à la souffrance pour les autres, à porter dans leur cœur le fardeau de leurs besoins, à éprouver de l’angoisse pour leurs âmes, à verser des larmes.

Dirons-nous que le langage de l’apôtre était exagéré ? Certes non ! Car dans la communion avec Dieu et avec son Fils Jésus-Christ, il a entendu le grand soupir de la Création ; en son cœur, il a ressenti l’immense douleur, l’angoisse des âmes sans Dieu dans le monde, sans Sauveur. Pour elles, son cœur est rempli de compassion, de tendresse. Pouvons-nous, comme l’apôtre, avoir un cœur rempli de compassion active, effective ? Assurément. « Revêtez-vous, dit-il, comme des élus de Dieu, saints et bien-aimés, d’entrailles de miséricorde, de bonté, d’humilité, de douceur, de patience » (Colossiens 3 : 1-2). Il vient de les exhorter à se dépouiller du vieil homme et de ses œuvres, et à revêtir l’homme nouveau, qui se renouvelle dans la connaissance, selon l’image de celui qui l’a créé (versets 10-11). Ah ! Voilà le secret : le vieil homme a été crucifié ! La Croix du Calvaire est l’endroit de la bénédiction. Là tombent toute étroitesse, toutes ces barrières dressées par ce qui est terrestre. Là est dépouillée cette vie égoïste qui cherche la satisfaction du moi, qui ramène tout à soi. Ensuite, l’homme nouveau (ou la nouvelle nature) est revêtu, qui se renouvelle selon l’image de Celui qui l’a créé. Là, plus de distinctions terrestres, plus de divisions, de séparations, Christ est tout en tous. C’est seulement dans le Christ Jésus que nous pouvons recevoir ces entrailles de miséricorde, entrer dans la communion de Ses souffrances, et connaître cette ferveur d’amour, cette tendresse, qui sont d’essence divine.

Il est question du renouvellement du nouvel homme. Un processus de croissance suit effectivement le dépouillement de la vieille nature. Toute colère, toute animosité, toute malice, toute moquerie, toute parole déshonnête doivent être rejetées. Et, dans ce renouvellement progressif de l’homme nouveau, l’heure sonne de la communion aux souffrances de Christ pour le salut des perdus. Alors l’être intérieur tout entier, animé des compassions de Dieu, sera peut-être amené à plaider pour une nation comme Jérémie ; ou bien à travailler à la formation de Christ dans les âmes comme l’apôtre Paul ; ou encore à manifester l’amour de Dieu envers les autres ; à être bon, compatissant, à pardonner comme Dieu nous a pardonnés en Christ (Eph. 4 : 32). Il ne pourra pas fermer ses entrailles au frère dans le besoin (1 Jean 3 : 17) ; il ne pourra pas non plus négliger de prier pour les autres avec la tendresse de Jésus-Christ (Phil. 1 : 8). Enfin, il est prêt à donner sa vie aux frères, à exercer la miséricorde envers tous ; bien qu’aimant davantage, il soit moins aimé.

Comment cela se peut-il faire ? Par la foi. « Celui qui croit en moi, dit Jésus… » II y a là une foi qui unit celui qui croit à son Sauveur. C’est plus qu’un acquiescement mental, plus que le fait de croire à une autre personne. « Quand j’aurai été élevé de la terre, dit Jésus, j’attirerai tous les hommes à moi » (Jean 12 : 32-33).

Ainsi le Seigneur sur la croix attire le racheté qui croit en Lui ; et le sauvé est uni au Sauveur, en sa mort. Il est planté avec Lui en Sa mort (Romains 5 : 5), ou bien encore greffé en Lui au Calvaire, afin d’être fait participant de Sa Vie. Une seule vie désormais pour la greffe et la plante où elle a été insérée. La greffe est solidement maintenue par des liens. Ici, les liens de la foi et du don total de soi-même.

DEPOUILLE ! REVETU ! UNI AU CHRIST, EN SA MORT ! DESORMAIS UNE MEME PLAlNTE AVEC LUI ! FAIT PARTICIPANT DE SA VIE, LA VIE DIVINE ! Telles sont les étapes par lesquelles le Saint-Esprit conduit le racheté. Dès lors, des fleuves d’eau vive coulent de celui-ci ; en réalité de Jésus. Car le racheté est une même plante avec son Sauveur, CELUI QUI EST LA VIE.

Uni au cœur brisé du Sauveur en faveur d’un monde perdu, le racheté est constamment livré à la mort pour l’amour de Jésus, afin que la vie de Jésus puisse être manifestée dans sa chair mortelle. « La mort agit en nous, mais la vie en vous », dit l’apôtre. La vie du Christ en abondance, en faveur des autres.

« C’est du cœur que procèdent les sources de la vie« , écrit Salomon. Et ceci est magnifiquement illustré par l’Amour dont nous sommes aimés, et comme enveloppés. « Dieu a tant aimé le monde qu’Il a donné son Fils Unique, afin que quiconque croit en lui ait la vie éternelle » (Jean 3 : 16).

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Un seul est mort pour tous, donc tous sont morts http://www.blogdei.com/13557/un-seul-est-mort-pour-tous-donc-tous-sont-morts/ http://www.blogdei.com/13557/un-seul-est-mort-pour-tous-donc-tous-sont-morts/#comments Sun, 27 Mar 2011 12:39:13 +0000 domy http://www.blogdei.com/?p=13557

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La Conquête de Canaan (Jessie Penn-Lewis)

Ne demeurez pas attachés à vos expériences passées de la Croix. Vous êtes entrés dans le Jourdain par la foi, et, dès lors, vous devez vous tenir pour ensevelis dans ses eaux, hors de vue, cela est parfaitement vrai. Mais le fait qu’Israël, après cette expérience, eut à subir la circoncision, nous enseigne qu’ils eurent à expérimenter la Croix, opérant à vif dans leur chair. De même, si vous dites à propos de Galates 5 :24 : « Ceux qui sont à Christ ont crucifié la chair, par conséquent je n’ai plus rien à faire avec la « chair » en moi, elle n’existe plus », alors vous serez précisément en danger d’être pris au piège par l’adversaire, parce que vous ne compterez pas sur la puissance de séparation de la croix de Christ, pour qu’elle agisse en vous moment après moment. Dans la guerre spirituelle, la seule chance que vous pouvez avoir d’être protégé, est de posséder une foi présente et agissante dans la vertu présente et agissante de la Croix.

Mourir Pour Vivre (Jessie Penn-Lewis)

Comment être libéré de l’esclavage du péché et de la vie propre ? Telle est la grande question que se posent de nombreux enfants de Dieu. Cet affranchissement semble impossible, mais « les choses qui sont impossibles aux hommes sont possibles à Dieu ». La Parole de Dieu déclare : « Un Seul est mort pour tous. Tous donc sont morts et Il est mort pour tous, afin que ceux qui vivent ne vivent plus pour eux-mêmes, mais pour Celui qui est mort et ressuscité pour eux » (2 Corinthiens 5:14,15.) Quand nous sommes venus à Christ pour la première fois, chargés du fardeau et de la culpabilité de nos péchés, la délivrance nous paraissait tout aussi irréalisable, mais lorsque nous avons pris Dieu au mot et que nous nous sommes appropriés Sa Parole, le Saint-Esprit y a rendu témoignage et nous a prouvé qu’Il avait le pouvoir d’accomplir ce qui nous paraissait impossible, Revenons à cette première étape de notre délivrance, et rappelons-nous de quelle manière elle fut opérée.

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Le sage mondain et la loi, par John Bunyan http://www.blogdei.com/13430/le-sage-mondain-et-la-loi-par-john-bunyan/ http://www.blogdei.com/13430/le-sage-mondain-et-la-loi-par-john-bunyan/#comments Sun, 20 Mar 2011 12:21:11 +0000 domy http://www.blogdei.com/?p=13430

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L’âme effrayée du sentiment de ses péchés veut presque toujours, au premier abord, essayer de se sauver par son obéissance à la loi de Dieu; mais quand elle vient à l’essayer sérieusement, elle en découvre l’effrayante impossibilité.

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Cependant le Chrétien poursuivait son chemin et il rencontra en marchant un homme qui venait au-devant de lui, de sorte qu’ils se trouvèrent en face l’un de l’autre dans le même chemin. C’était un gentilhomme, nommé le Sage-Mondain, qui faisait sa demeure dans une ville appelée la Sagesse Charnelle, grande ville voisine de celle où le Chrétien habitait auparavant.

Cet homme ayant rencontré le Chrétien dont il avait ouï parler (car sa sortie hors de la ville de Corruption avait fait du bruit de toute part), et ayant connu, à sa démarche triste, à ses soupirs et à ses gémissements, ce qui se passait en lui, commença à lui parler en ces termes:

- Qu’est ceci, mon cher ami? Où pensez-vous aller avec un si pesant fardeau?

Le Chrétien – Hélas! que vous avez raison de dire que mon fardeau est pesant! Jamais personne n’en a porté un plus accablant. Si vous me demandez encore où je vais, je vous dirai que je m’achemine vers la porte étroite qui est là devant moi, et où, selon que j’en ai été informé, on doit m’enseigner le chemin que je dois suivre pour être déchargé de ce même fardeau.

Le Sage-Mondain – Avez-vous une femme et des enfants?

Le Chrétien – Oui, mais je suis tellement accablé sous mon fardeau que je ne puis plus y prendre plaisir. Il me semble que j’ai une femme comme si je n’en n’avais point (1 Corinthiens 7:31).

Le Sage-Mondain – Voulez-vous me croire? Je vous donnerai un bon conseil.

Le Chrétien – S’il est bon, je le veux bien, car j’ai maintenant très-grand besoin d’un bon conseil.

Le Sage-Mondain – Le conseil que j’ai à vous donner est de vous décharger vous-même sans délai de ce fardeau, car sans cela vous n’aurez jamais aucun repos dans votre âme et vous n’obtiendrez jamais la bénédiction de Dieu.

Le Chrétien – C’est à cela même que j’aspire. Je cherche à être délivré de ce faix accablant. Mais, hélas! je ne puis le faire moi-même. Il n’y a personne dans nos contrées qui puisse m’en décharger, et c’est pour cela que je me suis mis en chemin. Mais il me semble apercevoir que vous-mêmes, malgré les conseils que vous me donnez, vous êtes aussi chargé d’un énorme fardeau semblable au mien. Il est vrai que vous le portez avec aisance, et que vous ne paraissez même pas vous en apercevoir.

Le Sage-Mondain – Que me dites-vous là? Je n’ai point de fardeau, moi! D’ailleurs, c’est de vous que nous parlons. Dites-moi qui vous a conseillé de prendre ce chemin pour être délivré de ce poids accablant?

Le Chrétien – C’est un homme fort vénérable qu’on nomme l’Évangéliste.

Le Sage-Mondain – C’est un très-mauvais conseiller. Il n’y a point de chemin si dangereux et si fâcheux dans le monde que celui qu’il vous a montré, comme vous l’éprouverez bientôt si vous suivez son conseil. Au reste, il vous est déjà arrivé, à ce que je vois, divers malheurs. Je remarque la boue du bourbier du Découragement attachée à votre corps. Or, ce bourbier n’est encore que le commencement des incommodités qu’ont à essuyer ceux qui suivent cette route. Croyez-moi, je suis plus âgé que vous: vous trouverez dans ce chemin des douleurs, des fatigues, la faim, le péril, la nudité, l’épée, les lions, les ténèbres, enfin la mort même et une infinité d’autres maux encore. C’est là la pure vérité confirmée par beaucoup de témoignages. A quoi bon, pour obéir à autrui, se jeter soi-même inconsidérément dans un labyrinthe de maux?

Le Chrétien – Comment, monsieur? Ce fardeau que j’ai sur le dos me cause bien plus de frayeurs que toutes les choses que vous venez de nommer. Et quelques disgrâces qui puissent m’arriver, elles me seront peu de chose pour vu que je puisse obtenir le soulagement que je désire.

Le Sage-Mondain – Comment avez-vous commencé à sentir ce fardeau?

Le Chrétien – Par la lecture de ce livre que j’ai entre les mains.

Le Sage-Mondain – Je le crois bien. Il vous est arrivé comme à plusieurs autres esprits faibles qui, ayant voulu trop approfondir les choses, sont tombés subitement dans le trouble dont vous êtes agité. Et cette manie rend non-seulement les hommes inhumains et misanthropes, comme je m’aperçois qu’il vous arrive, mais elle leur fait entreprendre des choses impossibles, dans l’espérance d’obtenir je ne sais quoi.

Le Chrétien – Pour moi, ce que je prétends obtenir, c’est le soulagement de mon fardeau.

Le Sage-Mondain – Quel soulagement voulez-vous chercher dans cette route où vous n’avez à attendre que mille dangers? Au lieu que je puis vous instruire, si vous voulez m’écouter patiemment, d’un moyen sûr pour obtenir ce que vous désirez avec tant d’ardeur, sans encourir aucun des dangers qui vous menacent dans le chemin où vous êtes. Oui, ce moyen est entre vos mains. Ajoutez à cela qu’à la place de ces incommodités auxquelles vous vous exposez, vous y trouverez beaucoup de douceur et de contentement.

Le Chrétien – Je vous prie, Monsieur, apprenez-moi donc ce secret.

Le Sage-Mondain – Je le veux bien. Dans un bourg nommé le bourg de la Morale habite un homme très vertueux dont le nom est la Loi, et qui a la réputation de pouvoir délivrer les hommes du fardeau qui vous presse. Je sais qu’il a fait beaucoup de bien à cet égard. Il a même la capacité de guérir ceux à qui ce fardeau à causé quelque renversement d’esprit. C’est pourquoi je vous conseille d’aller tout droit à lui, et vous trouverez bientôt du soulagement. Sa maison n’est pas éloignée. Si vous ne le trouvez pas lui-même chez lui, il a un fils nommé l’Honnêteté qui est un charmant jeune homme. Celui-ci peut vous aider autant que le vieux gentilhomme. C’est là que vous trouverez le soulagement de votre fardeau. Et si vous n’avez pas dessein de retourner chez vous – comme aussi je ne vous le conseille pas -, vous pouvez mander votre femme et vos enfants, et les faire venir auprès de vous dans le bourg, où il y a maintenant assez de maisons vacantes et où vous pourrez en avoir une à un prix raisonnable. Les vivres sont aussi fort bons et à bon compte. Et ce qui rendra votre vie encore plus heureuse, c’est que vous y jouirez de beaucoup d’estime et de crédit parmi vos bons voisins.

Le Chrétien, s’étant arrêté un moment pour délibérer sur tous ces avantages si précieux, prit tout à coup la résolution de s’y rendre. « S’il en est ainsi », disait-il en lui-même, « Comme ce gentilhomme l’assure, je ne saurais mieux faire que de suivre son conseil ». Sur l’instant, il lui demanda le chemin qui conduisait à la maison de ce vieux gentilhomme.

- Voyez-vous bien, dit la Sage-Mondain, cette haute montagne?

- Oui, très bien, répondit le Chrétien.

- C’est à cette montagne que vous devez aller, lui dit le Sage-Mondain; et la première maison que vous trouverez est la sienne.

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Abraham Lincoln, un battant http://www.blogdei.com/13293/abraham-lincoln-un-battant/ http://www.blogdei.com/13293/abraham-lincoln-un-battant/#comments Sun, 13 Mar 2011 10:49:42 +0000 Myriam Michoud http://www.blogdei.com/?p=13293

SourcedOptimisme.com

Abraham Lincoln est probablement l’un des meilleurs exemples de persévérance que l’on puisse trouver. Si vous désirez connaître quelqu’un qui ne lâchait pas, ne cherchez pas plus loin.

Né dans la pauvreté, Lincoln a dû supporter la défaite toute sa vie.
Il a perdu huit fois les élections, a fait deux faillites d’affaires et a souffert d’une dépression nerveuse.

Il aurait pu abandonner plusieurs fois, il aurait pu se trouver suffisamment de raisons pour justifier un abandon ou maudire le sort ou Dieu, mais il ne l’a pas fait. Et parce qu’il n’a jamais abandonné, il est devenu l’un des plus grands présidents des Etats-Unis.

Lincoln avait une attitude de champion et il l’est, à force, devenu. Un champion n’abandonne jamais. Voici un aperçu du chemin parcouru par Lincoln avant d’arriver à la Maison Blanche :

1816 Les Lincoln sont chassés de leur maison. Abraham doit travailler pour subvenir aux besoins de la famille.

1818 Mort de sa mère

1831 Première faillite

1832 Se présente aux élections législatives ; est battu

1832 Perd aussi son emploi ; veut faire son droit mais est refusé au concours d’admission

1833 Emprunte de l’argent à un ami pour lancer une affaire et fait faillite avant la fin de l’année. Il passera 17 ans de sa vie à rembourser cette dette.

1834 Se présente à nouveau aux élections législatives ; est élu

1835 Projet de mariage ; mort de sa fiancée

1836 Grave dépression nerveuse ; reste six mois au lit

1838 Se porte candidat à la Présidence de la Chambre des Représentants de l’Illinois ; est battu

1846 Se présente encore au Congrès ; est élu ; se rend à Washington où il fait du bon travail

1848 Sollicite un deuxième mandat au Congrès ; n’est pas réélu

1849 Postule l’emploi d’agent des terres de son Etat natal ; ne l’obtient pas

1854 Se présente au Sénat des Etats-Unis ; est battu

1856 Pose sa candidature pour la vice présidence lors de la convention nationale du parti ; obtient moins de cent votes

1858 Se présente encore au Sénat ; est encore battu

1860 Est élu Président des Etats-Unis

La piste était glissante et la course éreintante. En cours de route mon pied à glissé et j’ai perdu l’équilibre, mais je me suis redressé et je me suis dit : « c’est un faux pas et non une chute ».

Michel Poulaert
www.sourcedoptimisme.com

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Chercher Dieu, à quoi bon? http://www.blogdei.com/13089/chercher-dieu-a-quoi-bon/ http://www.blogdei.com/13089/chercher-dieu-a-quoi-bon/#comments Wed, 02 Mar 2011 11:02:16 +0000 domy http://www.blogdei.com/?p=13089

epelorient.free.fr

A quoi bon, disent les uns, à quoi bon chercher Dieu ? on ne saurait trouver Dieu ! Mais l’avez-vous cherché? Oseriez-vous bien l’affirmer ? Et faites-vous autre chose ici que répéter les déclamations de quelques sages du monde, qui, ayant le plus grand intérêt à ce qu’on ne trouve point Dieu, se sont mis à crier sur les toits qu’on ne le trouve point et qu’on ne saurait le trouver ? Et devez-vous moins de confiance à ceux qui disent qu’on le trouve, qui assurent l’avoir trouvé, et qui nous en donnent pour preuve la paix dont ils jouissent, et le changement qui s’est opéré dans la direction de leurs pensées et de leur vie ? Mais au fait, pourquoi ne le chercheriez-vous pas vous-mêmes ? Qui vous dit que cette recherche soit le privilège de quelques-uns ? Qui vous a dit qu’il faille être philosophe pour trouver Dieu ? Le but d’une telle recherche ne vaut-il pas la peine d’un essai ? Quant à moi, si je vous voyais chercher Dieu, je croirais déjà en quelque sorte que vous l’avez trouvé ; tant il me paraît impossible que Dieu ne se laisse pas trouver à ceux qui le cherchent.

Mais vous insistez, et vous dites: Non; nous avons cherché Dieu, et nous ne l’avons point trouvé. Mais dites-nous dans quel esprit vous l’avez cherché ? Etait-ce pour satisfaire la curiosité de votre raison ? Alors, vous avez cherché une notion, une idée; et vous l’avez trouvée en effet, vague, obscure, incertaine, inutile ; mais vous ne cherchiez point Dieu; et aussi ne l’avez-vous point trouvé. Etait-ce pour remplir votre imagination ? Alors, vous avez cherché des images, de la poésie ; mais vous n’avez point cherché Dieu, et aussi ne l’avez-vous point trouvé. Encore une fois, il faut chercher Dieu comme un être réel, vivant, de qui l’on s’approche, non pour analyser curieusement son essence, non pour faire son portrait, mais pour connaître son caractère, ses desseins, sa volonté, pour communiquer avec lui, pour recevoir de lui ce que lui seul peut donner. Qui le cherche de cette manière, le trouvera sans doute; car l’Eternel se communique à ceux qui ont le cœur droit, c’est-à-dire à ceux qui le cherchent sincèrement, à ceux qui pensent avoir besoin de lui, à ceux qui confessent ingénument ce besoin, aux cœurs humbles, aux cœurs soumis. Est-ce ainsi que vous l’avez cherché ?

«Mais enfin, où le trouver ce Dieu, direz-vous encore ? Jusqu’à présent, qu’avons-nous de lui que son nom ? et qu’est-ce que chercher, qu’est-ce qu’invoquer un nom ?» Ah! laissez, laissez s’échapper de votre bouche ce nom ! laissez s’échapper de votre âme une sérieuse, une instante prière, un vœu, que dirai-je ? un soupir ! Ce soupir, âmes alarmées, saura bien trouver son chemin. Il ne se perdra pas dans l’immensité de l’espace; il arrivera à son but invisible. Ce soupir sans nom après un être à peine nommé, arrivera vers celui qui a nom le seul Bon, le Dieu qui console; et Dieu appellera ce soupir prière, et cette prière puissance; et la puissance de Dieu, si je l’ose dire, fléchira devant la puissance qu’il a mise dans un soupir. Et pourquoi non ? Ce soupir, c’était lui-même ! Il est obligé, ce Dieu souverain, de s’aimer lui-même ; il ne peut pas repousser ce qui vient de lui; il ne peut pas se refuser ce qu’il s’est demandé à lui-même ; et c’est pourquoi aucune recherche dont il est l’objet n’est vaine; et il sera fait à chacun de vous dans la mesure de votre foi et de votre désir ; car cette mesure est exactement celle de l’éternelle volonté de Dieu.

Oh! soyez vrais enfin; avouez que vous avez moins désespéré de trouver Dieu, que vous n’avez craint de le trouver. Avouez-le, sinon pour excuser votre folie (car elle n’en est pas moins grande), du moins pour l’expliquer; car alors on pourra la comprendre: est-il un faux calcul qui nous puisse étonner de la part des passions humaines ? Vous avez craint de le trouver, parce que trouver Dieu, c’est trouver son maître, c’est trouver sa règle, c’est engager sa liberté, c’est abdiquer son indépendance, c’est se détrôner soi-même dans son cœur; c’est accepter un joug et un fardeau, avant d’avoir appris combien ce joug peut devenir aisé et ce fardeau léger; c’est en un mot une série de renoncements et de sacrifices, que l’amour rend délicieux, mais dont, avant que d’aimer, on ne peut connaître la douceur. Il y a dans l’homme naturel, je dis dans le plus distingué, une répugnance profonde pour toutes ces choses; et voilà pourquoi l’on ne cherche pas Dieu; et voilà pourquoi on ne le trouve pas.

Vous donc qui prétendez n’avoir pu trouver Dieu, sachez que vous l’eussiez trouvé si vous l’eussiez voulu, et d’autant plus sûrement qu’il vous cherchait lui-même. Ceux qui l’ont trouvé vous diront tous qu’il leur a tendu les mains, et cela de deux manières, qu’il nous reste à expliquer.

Aux uns il a ménagé les occasions, il a facilité les moyens de se connaître. Ils sont descendus au fond de leur conscience, et y ont trouvé ce que chacun pourrait trouver dans la sienne, la loi du devoir indignement trahie, la soif de la perfection indignement trompée, une affreuse indigence sous le splendide amas des talents humains et de la gloire humaine, un désespoir caché au fond de toutes leurs joies, une misère sans nom par-dessous toutes les misères qui en ont un; une ignorance terrible sur le but de la vie et sur l’énigme du malheur ; une ignorance plus terrible encore sur leur sort à venir; et quand il les a ainsi abreuvés du fiel de leurs pensées, quand ils ont savouré toute leur misère, quand il a fait parvenir à maturité l’angoisse de leur conscience, quand l’humiliation a eu le temps d’enfanter le repentir: alors il vient; ou plutôt, au lieu de se présenter à eux dans la splendeur de sa justice, il se retire en quelque sorte derrière sa gloire, et envoie au-devant d’eux l’homme de douleur, celui qui a été livré pour leurs offenses, le Dieu doux et humble de cœur, en qui toute âme trouve son repos. En d’autres termes, il les amène à l’Evangile, il leur ouvre cette divine révélation, il la leur explique, il la leur prouve, il la leur fait recevoir ; et dès lors toutes les questions sont résolues. Plus d’inquiétudes sur le salut: le péché est pardonné, Dieu est apaisé, la cité de la paix est ouverte à quiconque accepte le pardon de Dieu. Plus de désespoir sur les maux de la vie: la consolation est au bout, ou plutôt elle est répandue sur tout le cours de la vie. C’est un père qui châtie ; ses châtiments sont le chemin de la gloire; et ce qui peut rester d’obscur dans ses dispensations se perd dans la lumière que répand sur ses intentions paternelles le don inespéré d’un Sauveur. Enfin, l’ordre est rentré dans l’âme; car elle aime Dieu. Elle l’aime, comme on aime le bonheur, la vie, la gloire, l’immortalité; car il est pour elle toutes ces choses ensemble. Unie à lui par le cœur, elle aime tout ce qu’il aime, elle se détourne de tout ce qu’il hait. Cherchée, recueillie par le Dieu saint au fond de son indignité, elle apprend à aimer, comme chrétienne, ceux que, comme mondaine, elle eût jugés indignes de son affection. En un mot, elle a trouvé en Dieu la satisfaction de ces trois grands besoins qui commandent impérieusement à toute âme de chercher Dieu.

Avec d’autres, Dieu suit une marche inverse. Avant que leur cœur ait été convaincu de sa misère, il les adresse directement à l’Evangile. Dix-huit siècles d’existence, les respects des peuples, d’immortels et nobles souvenirs, que sais-je ? un parfum de sainteté, de sagesse et de paix les attirent vers ce divin livre. Ils le lisent ; ils en sont frappés. Les preuves diverses de la vérité évangélique subjuguent leur incrédulité. Ils croient dès lors. Mais comme, dans le premier cas, la connaissance de l’homme avait mené à la connaissance de Dieu, ici la connaissance de Dieu produit la connaissance de l’homme. Par les mesures de Dieu à leur égard, ils apprécient leurs propres besoins; par le remède, ils jugent du mal ; la croix leur révèle toute leur misère. Ils se connaissent enfin; et cette connaissance reportant leurs yeux sur l’Evangile même, il leur semble se convaincre une seconde fois de la vérité de ce livre; ils l’admirent tout de nouveau; ils se l’approprient ; ils s’en nourrissent; ils l’appliquent à leur âme; ils s’approchent de Dieu de plus en plus; et ce commerce, toujours plus intime, devient pour eux la source intarissable de grâces toujours plus précieuses.

Tel est le succès de celui qui a cherché Dieu; nous pourrions dire de celui qui s’est laissé chercher par ce Dieu tout bon, et s’est laissé trouver par lui.

Y a-t-il donc quelqu’un qui veuille chercher Dieu ? je dis Dieu et non l’idée, l’image, le mot de Dieu. Eh bien ! il le trouvera ; mais il le trouvera tel que je viens de le dire et non autre. Il n’y a point, pour l’âme, de Dieu véritable et vivant hors des conditions que nous venons d’exprimer. Celui qui ne le reçoit point avec ces caractères, c’est-à-dire, quiconque ne le reçoit point tel qu’il est révélé dans l’Evangile, c’est-à-dire encore, quiconque ne reçoit point Dieu réconciliant le monde avec lui par Jésus-Christ, ne reçoit point Dieu, ne le connaît point, ne le possède point. Nous le disons avec une pleine assurance: hors de l’Evangile, vous trouverez, sous le nom de Dieu, une idée, le monde entier, la nature, vous-mêmes peut-être, mais vous ne trouverez point Dieu. Ce n’est qu’en Jésus-Christ que vous trouverez tout à la fois le Dieu qui est dans la nature et le Dieu qui est au-dessus de la nature, le Dieu de l’univers et le Dieu de votre âme, le Dieu souverainement saint qui ne pardonne rien, et le Dieu souverainement bon qui pardonne tout, le Dieu qui donne la première et la nouvelle naissance, le Dieu qu’il vous faut, Dieu tout entier. Ainsi donc, en résumé, ou ne cherchez point Dieu, ou résolvez-vous à le recevoir tel qu’il est donné par l’Evangile; continuez à recevoir les leçons de la chair et du sang, ou recevez celles de Jésus-Christ ; soyez athées ou soyez chrétiens; il n’y a vraiment pas de milieu. Choisir entre le christianisme et ce qui ne l’est pas, c’est choisir entre la sagesse et la folie1.

Heureux qui aura été intelligent et aura choisi Jésus-Christ ! Il aura choisi le plus doux des maîtres et le meilleur des amis. Ce Christ, la Parole faite chair, cette sagesse des hommes et des anges, ce soleil spirituel de la terre et des cieux, ce majestueux prince de toute la création morale, est plus tendre à l’âme qui vient à lui qu’une mère au fruit de ses entrailles. Et comment l’aimerait-il moins ? Lui aussi l’a enfantée dans la douleur. Il a gémi, pleuré, prié, souffert, expiré pour elle. Toute la tendresse qui peut se rassembler dans le cœur d’une mère n’égale point l’amour de Jésus-Christ pour le pécheur qui le rebute, pour l’orgueilleux qui le renie, pour l’infidèle qui l’outrage. Il porte sur son cœur tous ses ennemis. Que sera-ce de ses amis ? Et quelles douceurs n’ont point à attendre de son amour ceux qui seront venus se ranger, humiliés et attendris, sous sa houlette pastorale !

Vous donc, qui que vous soyez, qui ne l’avez point encore cherché, soyez intelligents et allez à lui. Que tardez-vous ? Que calculez-vous encore ? Qu’avez-vous à perdre, en le suivant, qu’il ne fallût haïr si vous étiez sages, ou dont il ne faille vous séparer tôt ou tard ? Et, dans la vérité, que veut-il vous enlever ? Des peines, des soucis, des tourments d’esprit, des péchés qui vous rendent malheureux. Et quoi encore ? Le pouvoir de faire du bien ? Vous en ferez davantage, et vous le ferez mieux. L’estime des hommes ? Mais si un jour il vous fallait la perdre, il vous tient en réserve la gloire qui vient de Dieu. L’intelligence peut-être ? Chose étrange, que vous dussiez juger moins bien des choses de la terre pour mieux apprécier celles du ciel, et qu’une si douce lumière dût vous aveugler, ou une si pure sagesse vous rendre stupides ! Non, il vous laissera l’intelligence qui sert pour le monde, et vous donnera, par-dessus, l’intelligence qui sert pour l’éternité. Il ne veut vous dépouiller que de la mort et du malheur; toute son œuvre à votre égard n’est que libéralité, grâce et charité. Puisse donc son bienfaisant appel être entendu !
Et puisse, bénie par lui, la méditation de ce jour avoir convaincu quelques âmes que la véritable intelligence est de chercher Dieu, et qu’il ne se trouve qu’en Jésus-Christ !

A. Vinet

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Dieu se souvient. Toi, te souviens-tu? http://www.blogdei.com/12465/dieu-se-souvient-toi-te-souviens-tu/ http://www.blogdei.com/12465/dieu-se-souvient-toi-te-souviens-tu/#comments Sat, 22 Jan 2011 15:55:46 +0000 domy http://www.blogdei.com/?p=12465

Blogdei.com

Je me souviens de ton amour lorsque tu étais jeune. Jérémie 2, v. 2.

Est-ce que j’ai pour Dieu le même amour qu’autrefois, ou bien est-ce que je me contente de son amour pour moi ? Est-ce que je suis sans cesse préoccupé de ce qui peut réjouir le cœur de Dieu, ou bien est-ce que je gémis sur moi-même et sur les pénibles circonstances où je me trouve ? Il n’y a aucune joie dans l’âme qui a oublié ce dont Dieu se réjouit. Quel honneur pour moi de penser que Jésus-Christ peut avoir besoin de moi ! « Donne-moi à boire. » Quel amour lui ai-je témoigné durant la semaine dernière ? Ai-je manifesté par ma vie un vif souci pour sa réputation ?

Dieu dit à Jérusalem : « Tu n’as plus d’affection pour moi maintenant, mais je me souviens du temps où tu en avais. Je me souviens de ton amour lorsque tu étais fiancée. »

Mon enthousiasme pour Jésus-Christ est-il resté le même ? Ai-je gardé intacts mon amour et mon dévouement pour lui, ou bien me suis-je repris, et ma prudence a-t-elle diminué mon amour ? Suis-je assez attaché à lui pour accepter d’aller avec lui n’importe où, ou bien préoccupé de ce qui m’est dû, et en train de calculer jusqu’à quel point je dois renoncer à mes aises ?
Si, me remémorant ce que Dieu voit dans mon passé, je m’aperçois que Dieu n’est plus pour moi ce qu’il était alors, puisse cette découverte me couvrir de honte et d’humiliation, car de cette honte naîtra la tristesse selon Dieu et la vraie métamorphose de la pensée.

Oswald Chambers.

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Jésus-Christ pleurant sur Jérusalem http://www.blogdei.com/12351/jesus-christ-pleurant-sur-jerusalem/ http://www.blogdei.com/12351/jesus-christ-pleurant-sur-jerusalem/#comments Sun, 16 Jan 2011 09:47:42 +0000 colibri http://www.blogdei.com/?p=12351

soleil d’orient

extrait de : le siège de Paris

par Ernest Dhombres (1824-1894)

« Discours prononcé le 4 septembre 1870 au Temple du SE »


NOTE

Le jour où ce discours fut prononcé, la France passait en quelques heures du régime impérial à la forme républicaine. Cette révolution s’accomplit, grâces à Dieu, sans effusion de sang.

La veille, les désastreuses nouvelles du théâtre de la guerre avaient transpiré dans le public à travers les réticences embarrassées du gouvernement et les coupables illusions dont il n’avait cessé de bercer notre pays. Ces nouvelles avaient été confirmées au Corps législatif dans une courte séance de nuit, et, dès les premières heures du 4 septembre, Paris consterné lisait sur les affiches qui couvraient ses murs la catastrophe de Sedan ! Il apprenait que l’empereur s’était constitué prisonnier de guerre, avait rendu son épée au roi de Prusse, et imposé une capitulation sans nom à une armée de 100 000 hommes qui allait prendre, humiliée et frémissante, le chemin de l’exil, tandis que les forces ennemies étaient libres de se jeter sur la route de Paris.

La douleur, l’indignation, la honte remplissaient les âmes. Pendant la célébration du culte, le reflet de ces impressions désolées était visible sur tous les visages, et l’auditoire le retrouvait sans doute dans la voix altérée et sur le front pâli du prédicateur.

Après le service, en nous promenant à travers Paris, nous trouvâmes son aspect modifié depuis le matin. Le bruit d’un changement de gouvernement commençait à se répandre, et les cœurs soulagés se rouvraient à l’espoir. Vers quatre heures, des groupes nombreux se forment, de longs cortèges défilent sur les boulevards. On y voit, au milieu d’une foule immense, des gardes nationaux portant des bouquets au bout de leur fusil, et l’on entend sortir de ces rangs pressés, mais s’avançant en bon ordre, le cri joyeux de : Vive la République!

En effet, elle venait de reparaître pour la troisième fois dans notre histoire, cette forme de gouvernement qui, faisant appel à toutes les forces vives d’une nation, se présente et s’impose comme d’elle-même à l’heure des grandes crises. Le 4 septembre elle était l’irrésistible expression d’une réaction unanime contre le pouvoir personnel, et, en rappelant les campagnes de 1792, elle semblait assurer à la France l’expulsion de l’étranger. Nous n’avons point à nous prononcer ici sur la manière dont elle fut proclamée. A cinq heures elle était un fait accompli et un nouveau gouvernement, qui prit le nom de Gouvernement de la défense nationale, était installé à l’Hôtel-de-Ville. « Le peuple, lisons-nous dans la première proclamation qui fut affichée sur les murs de Paris, le peuple a devancé la Chambre, qui hésitait. Pour sauver la patrie en danger, il a demandé la République. Il a mis ses représentants non au pouvoir, mais au péril. »

Vers cinq heures et demie, je me dirigeai vers le jardin des Tuileries que je trouvai presque désert. Je m’avançai jusqu’au palais qui était entouré par une population nombreuse mais paisible, et gardé par de simples citoyens. L’impératrice venait de quitter ces lieux témoins de tant de splendeurs, mais aussi de tant de déceptions et de larmes. Quelle que fût mon indignation contre un régime qui avait amené ma patrie à ce degré d’humiliation et de douleur, je ne pus me défendre de cette émotion profonde et attendrie qui saisit toujours l’âme humaine à la vue d’une grande infortune, et je demandai ardemment à Dieu de bénir l’ère nouvelle qui se levait sur la France.

Pendant la soirée et pendant une partie de la nuit, des groupes nombreux parcoururent la grande ville, mais sans désordre et sans tumulte ; et Paris s’endormit dans cette double pensée : le pouvoir impérial est tombé, l’élan national sauvera la France. Ces deux idées s’associaient dans tous les esprits ; mais tout homme sérieux se disait à lui-même que la chute d’un trône était plus facile que le relèvement d’une nation ; car pour renverser un pouvoir il suffit de quelques heures, tandis que pour sauver un peuple du double péril de l’invasion et d’une formidable crise intérieure, il faut l’effort héroïque des armées, les vertus de tous les citoyens et une insigne bénédiction de Dieu.

Jésus-Christ pleurant sur Jérusalem

« Lorsque Jésus fut proche de la ville, en la voyant il pleura sur elle et dit : oh ! si tu avais reconnu, au moins en ce jour qui t’est donné, les choses qui appartiennent à ta paix ! Mais maintenant elles sont cachées à tes yeux. Car les jours viendront que tes ennemis t’environneront de tranchées et t’enfermeront et te serreront de toutes parts ; et ils te détruiront entièrement, toi et tes enfants qui sont au milieu de toi ; et ils ne te laisseront pierre sur pierre, parce que tu n’as point connu le temps de ta visitation. » (Luc 19.41-44)

Jésus nous instruit jusque par ses larmes. Quand il pleure au sépulcre de Lazare, il nous apparaît comme éprouvant et consacrant les grandes douleurs de la vie. Dans ce deuil, il porte tous nos deuils ; dans cette tombe, il voit s’ouvrir toutes nos tombes et s’unit à nos adieux funèbres.

Quand il pleure sur Jérusalem, Jésus nous apparaît comme éprouvant et consacrant un autre ordre de douleurs, les douleurs patriotiques. Toutes les souffrances que causent à un citoyen l’oppression de l’étranger, l’humiliation de son peuple, les désastres du sol natal, trouvent un écho vibrant dans son cœur.

Mais il faut pénétrer jusqu’aux sources les plus profondes des larmes de Jésus. Près du sépulcre de Lazare, ce n’est pas seulement sur le deuil et la mort qu’il gémit, c’est sur le péché, cause première des douleurs humaines. En présence de Jérusalem vouée à la ruine, ce n’est pas seulement sur sa perte matérielle qu’il pleure, c’est sur sa perte morale ; et s’il laisse échapper cette plainte prophétique : Les jours viendront que tes ennemis t’environneront de tranchées et te serreront de toutes parts ; il ne s’écrie pas avec moins de tristesse : Oh ! si tu eusses reconnu, au moins en ce jour qui t’est donné, les choses qui appartiennent à ta paix !…Mais maintenant elles sont cachées à tes yeux.

Contemplons aujourd’hui cette double douleur de Jésus.

Si la parole de Dieu, toujours actuelle parce qu’elle est éternelle, a pu quelquefois retentir à nos esprits distraits comme une voix, étrangère, indirecte, lointaine…aujourd’hui, comme elle répondit nos préoccupations les plus vives ! comme elle va droit à nos cœurs angoissés ! La distance des temps et des lieux s’efface, dix-huit siècles s’évanouissent, et il semble que Jésus lui-même, présent au milieu de nous, prononce sur notre peuple et sur notre propre cité les paroles désolées qu’il prononça sur Jérusalem.

Notre Sauveur éprouve toutes les douleurs du patriotisme parce qu’il en éprouve toutes les affections. Celui qui était venu du ciel, mais né de la terre, devait connaître cet instinct sacré qui attache l’homme au sol natal. Son patriotisme était exempt d’étroitesse, de préjugés, de passion, d’injustice, dominé par la pensée de Dieu, agrandi par les horizons éternels, mais réel, profond, intense comme tous les sentiments purs de l’âme humaine. Aussi, lorsque de cette route de Béthanie à Jérusalem où la foule lui décerne un touchant mais passager triomphe, il voit tout d’un coup apparaître la colline de Sion, la cité Sainte et son temple magnifique, lui qui sait tout ce qui se cache de déchéance et d’infortune morale sous cette splendeur apparente, lui qui lit dans un avenir prochain la sentence de condamnation prononcée sur la ville rebelle, lui qui entend déjà comme les pas précipités des légions romaines et comme le vol des aigles s’assemblant autour de ce corps mort qui fut la race élue ! — il s’émeut d’une immense compassion pour cette patrie si ingrate mais si malheureuse, et, ne pouvant contenir le flot de douleur qui monte à son cœur d’Israélite, il le laisse s’épancher en un torrent de larmes !…Voici, les jours viennent que tes ennemis t’environneront de tranchées et te serreront de toutes parts…et ils ne te laisseront pierre sur pierre, parce que tu n’as pas connu le temps de ta visitation.

….

Ces jours sont arrivés (NDE : 1870), et notre patriotisme, comme celui de Jésus, doit se répandre tout entier en douleur. Depuis cette guerre funeste dans laquelle nous avons été jetés par des pouvoirs et par des initiatives, par des desseins et par des paroles que nous n’avons pas à juger ici, mais, que Dieu et l’histoire jugeront… ; quelle série de revers et de souffrances ! Ces premiers chocs supportés avec tant de vaillance par nos soldats qui luttaient un contre dix ; ces provinces envahies, et déjà traitées en pays conquis ; une ville qui nous est deux fois chère subissant un siège conduit avec barbarie ; nos forces désorganisées cherchant à se rejoindre par une succession de combats malheureux qui devaient aboutir à un désastre sans exemple et à une capitulation sans nom…, et en perspective l’accomplissement littéral pour notre belle capitale de ces paroles de Jésus : Voici tes ennemis t’environneront de tranchées et te serreront de toutes parts! — ah ! pleurons ! Quelle que soit l’espérance que nous avons au cœur, quelle que soit notre confiance en ce Dieu qui, lorsqu’il le voudra, nous enverra la délivrance, pleurons, pleurons encore ! Malheur à celui qui pourrait respirer à l’aise tant que le pied de l’étranger foule le sol de la patrie ! Malheur à celui qui ne se sentirait pas outragé par ce qui outrage la France, prisonnier avec ses captifs, gémissant avec ses blessés, mourant avec ses morts, en deuil avec ses familles en deuil ! Pleurs de Jésus, coulez de nos yeux ! Et pendant que nos soldats versent les flots de leur sang, nous, au moins, répandons sous les voûtes de ce temple toutes nos larmes de français et de chrétiens !

Mais ce n’est pas sur les dévastations de sa patrie que Jésus pleure, c’est sur le désastre moral dont cette ruine est le châtiment. Oh ! si tu eusses connu, en ce jour qui t’est donné, les choses qui appartiennent à ta paix ! Mais maintenant elles sont cachées à tes yeux ! Ces choses qui appartiennent à la paix de Jérusalem et qu’elle n’a pas voulu connaître, ce sont les miséricordieux desseins de Dieu à son égard, qui se résument dans le don de son Fils. Recevoir Jésus-Christ, voilà la paix de Jérusalem : le rejeter, voilà sa perte. Tout, au sein du peuple Israélite, est dirigé de Dieu pour l’amener aux pieds de Jésus-Christ. La loi a pour but de tenir en éveil sa conscience, de le convaincre de péché et de le faire soupirer après un Rédempteur. La prophétie lui montre le Christ et rattache à sa venue le relèvement de Sion. Les institutions cérémonielles préfigurent dans leur ensemble et par mille détails la médiation souveraine qui doit réconcilier l’homme avec Dieu. L’histoire, par ses alternatives de succès et de revers, d’humiliations et de délivrances, est destinée à ne jamais laisser le peuple satisfait du présent et à porter ses regards sur l’avenir Messianique qui seul réalisera son infatigable espérance. Eh bien, il résiste à toutes ces lumières, il tourne en. dissolution toutes ces grâces. La loi, il l’amoindrit et l’abaisse, et à son tour elle l’endort dans une fausse sécurité, au lieu d’être pour lui un pressant aiguillon. La prophétie, dénaturée par ses rêves charnels, ne fait qu’exalter son orgueil. Son culte, plein de majestueux symboles, se pétrifie en un formalisme étroit et sans vie. L’histoire, avec ses déceptions cruelles, ne lui enseigne ni l’humilité, ni le retour à Dieu…Le Christ paraît ; il descend sur cette terre de Judée qui contemple sa gloire ; il parle sur la pente de ses montagnes ou sur le bord de ses lacs comme nul homme ne parla ; il y accomplit des œuvres que nul autre n’a faites ; il y brille de cette sainteté sans tache qui est comme le vêtement transparent de sa divinité…Mais les siens ne l’ont point reçu… Les Israélites entrent dans une lutte, sourde d’abord, puis ouverte avec celui qui leur apporte la paix ; ils ferment peu à peu leurs cœurs à cette vérité vivante,1 ils préfèrent leurs ténèbres à cette pure lumière, et s’enfonçant dans une incrédulité et une haine croissantes, ils rejettent enfin le Christ, et avec lui le salut et la vie !…Oh ! Voyez-vous Jésus suivant dans le secret des cœurs le progrès de cet endurcissennent et son terme nécessaire, la ruine ! Le voyez-vous contemplant la suprême catastrophe de Jérusalem et ne pouvant l’empêcher, malgré toutes ses compassions, car ce sont ses compassions mêmes que Jérusalem rejette, comme un malheureux englouti par les flots repousserait la main qui lui est tendue et périrait sous l’œil désolé de son libérateur ! Comprenez-vous maintenant toute l’amertume des larmes de Jésus ? Comprenez-vous tout ce qu’il y a d’incompréhensible douleur dans cette parole : Oh ! si tu eusses connu, au moins en ce jour qui t’est donné, les choses qui appartiennent à ta paix…Mais maintenant elles sont cachées à tes yeux !

Revenons à nous-mêmes, mes frères. En présence des grands événements qui s’accomplissent, le chrétien se recueille pour écouter la voix de Dieu. De la scène bruyante et agitée du monde extérieur, il porte ses regards sur le monde intérieur et se demande si ce n’est pas là qu’il faut chercher les causes secrètes des bouleversements dont il est témoin. Or quand il considère soit en lui, soit autour de lui l’état général des âmes, y voit-il régner l’ordre, la justice, l’harmonie, le bien, la volonté de Dieu ? Et n’entend-il pas la voix attristée de Jésus-Christ dire à cette génération : Oh ! si tu eusses connu les choses qui appartiennent à ta paix !…

Ces choses qui appartiennent à notre paix, ne sont-elles pas pour nous comme pour Israël, et avec une évidence plus pressante encore, celles qui se résument dans ce grand mot : l’Évangile, dans ce grand nom : Jésus-Christ ? Recevoir l’Évangile, recevoir Jésus-Christ, n’est-ce pas, après une expérience de dix-huit siècles, la paix de nos âmes, la paix de nos familles, la paix de notre peuple ? Que lui manquerait-il à ce peuple, s’il connaissait l’Évangile, s’il connaissait Jésus-Christ ?…Mais regardez où nous en sommes, avec tous nos signes extérieurs de christianisme. Quelle incrédulité, quel scepticisme, quelle ignorance, quelle indifférence, quel athéisme pratique ! Dieu et le ciel, ces réalités que le Christ rend vivantes, semblent se voiler et disparaître, et les âmes se courbent vers la terre. Où Dieu ne règne plus, le monde règne avec ses convoitises ; où les instincts supérieurs s’affaiblissent, les instincts inférieurs se renforcent, et l’homme s’asservit de plus en plus, à des degrés divers et sous des formes diverses, au culte de l’égoïsme et des intérêts matériels. De là, dans la vie publique, la faiblesse des convictions, la frayeur des responsabilités et des initiatives, l’acceptation docile du fait accompli, le désintéressement des grands devoirs patriotiques et du bien général, l’abdication insouciante aux mains du pouvoir qu’on sait bien critiquer mais non contrôler sérieusement, et auquel on laisse tout faire, pourvu qu’il garantisse notre repos, nos positions et nos biens ; et avec cela, une prodigieuse infatuation de nous-mêmes, une illusion permanente sur notre force nationale, un dédain de l’étranger qui n’est égalé que par notre ignorance. D’autre part, dans les mœurs privées, un relâchement qui frappe l’observateur le moins sévère. Où est l’antique simplicité ? où est l’antique bonne foi ? où est l’antique pudeur ? Le sentiment du devoir s’affaiblit, la conscience est molle et complaisante, les vertus de famille sont rares, les habitudes sobres et laborieuses se perdent, chacun veut gagner et jouir, la soif du luxe et du bien-être s’empare de toutes les âmes ; et la corruption à laquelle notre siècle offre des facilités inconnues, la corruption excitée par la littérature, par les arts, par les spectacles, va se propageant dans les provinces les plus reculées, et atteint dans les grandes villes, dans notre capitale surtout, ces proportions colossales qui appellent un jour ou l’autre, sur un pays les jugements de Dieu !

Si ce jour ne venait pas, mes frères, si à certains moments de l’histoire, la puissance du mal n’apparaissait pas comme une puissance de malédiction, il n’y aurait point de limite à ses ravages et la perte morale d’une nation serait irréparable…Mais tout-à-coup Dieu se lève pour juger la terre. Il dit aux péchés des princes et aux péchés des peuples, aux péchés des familles et aux péchés des individus : portez vos fruits amers…et ils les portent, et nous somme forcés de les savourer. Un fléau se déchaîne, la guerre, le plus terrible de tous parce qu’ici l’homme châtie l’homme avec tout l’acharnement de ses passions, avec toutes les ressources de son génie. Alors la fiction d’une fraternité universelle se dissipe en un instant, la civilisation la plus brillante se tourne en sanglante barbarie, le vice d’une politique énervante se révèle soudain, une grande nation se cherche elle-même et ne se trouve plus, l’édifice d’une prospérité factice s’écroule, la richesse tant convoitée fait place à une ruine rapide, le bien-être tant recherché se change en souffrance, et Babylone assoupie dans l’ivresse du plaisir se réveille dans le sang !

Humilions-nous donc sous la puissante main de Dieu et reconnaissons que dans ces campagnes ravagées, dans ces récoltes anéanties, dans ces villes assiégées, dans ces armées jonchant le sol, ou emmenées prisonnières, dans ces désastres consommés et dans ceux qui nous menacent encore, c’est Dieu qui frappe et qui châtie les péchés de notre politique, les péchés de notre littérature, les péchés de notre civilisation, les péchés de nos riches et de nos pauvres, les péchés de notre peuple, les péchés de nos Églises…. oui, les péchés de nos Églises, car nous tous qui avons une foi au cœur, nous n’avons pas été à la hauteur des devoirs qu’elle créait pour nous : nous n’avons pas été le sel de la terre, la lumière du monde ; nous avons été plus ou moins les complices de l’iniquité générale, si ce n’est par une participation directe, du moins par une participation indirecte, par « cette faiblesse du bien (une voix austère l’a dit au milieu de nous) plus redoutable que la puissance du mal » ! Ne nous distinguons donc pas de notre peuple humilié et châtié, mais plutôt mettons-nous à sa tête, pour jeter avec lui, du fond de l’abîme, ce cri de la détresse humaine à la pitié céleste « O Dieu, nous avons péché ! O Dieu aie pitié de nous ! »

Et Il aura pitié de nous, mes frères ! Ah ! malgré toutes nos misères, nous espérons que nous n’avons pas encore atteint ce degré d’endurcissement qui précède la ruine irréparable. Non, nous n’avons pas définitivement rejeté l’Évangile, nous n’avons pas repoussé, nous ne voulons pas repousser Jésus-Christ. Non, nous ne voulons pas méconnaître le jour de notre visitation. Non, les choses qui appartiennent à notre paix ne sont, point cachées à nos yeux. Elles nous apparaissent, au contraire, avec plus de puissance que jamais à la lueur du terrible orage !


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Les Juifs consultant Jérémie (ou nos petits arrangements avec la Conscience), par Alexandre Vinet http://www.blogdei.com/11673/les-juifs-consultant-jeremie-ou-nos-petits-arrangements-avec-la-conscience-par-alexandre-vinet/ http://www.blogdei.com/11673/les-juifs-consultant-jeremie-ou-nos-petits-arrangements-avec-la-conscience-par-alexandre-vinet/#comments Wed, 24 Nov 2010 14:06:41 +0000 colibri http://www.blogdei.com/?p=11673

(Jérémie 42. 1 à 43. 4)

Après avoir longtemps averti, longtemps conjuré, longtemps menacé, l’Éternel avait enfin frappé. La Judée envahie, Jérusalem prise et dévastée, la famille royale massacrée, le roi lui-même privé de la lumière et emmené par les vainqueurs sur les rives de l’Euphrate avec une multitude de ses sujets captifs comme lui, tels avaient été les jugements de Dieu sur un peuple rebelle. Un petit nombre de Juifs avaient été laissés dans la Judée, colons pour ainsi dire dans leur terre natale, fermiers du monarque d’Assyrie, étrangers dans les mêmes lieux où ils avaient été citoyens. Ils n’obéissaient plus à des autorités nationales ; un officier du roi de Babylone les gouvernait au nom de son prince.

Toutefois, dans ce profond abaissement, et dans une servitude universelle qui confondait tous les rangs, un homme, un Juif était resté, qui gouvernait, au moins par la parole et dans une sphère plus élevée que celle de la politique, cette nation vaincue et malheureuse. Un homme était resté, en qui l’ancienne dignité et la première gloire du peuple juif se conservaient tout entières, et vers qui tous avec respect, et plusieurs avec espérance, élevaient un regard timide. Cet homme était Jérémie, depuis longtemps habitué au martyre, victime depuis longtemps de l’ingratitude de ses concitoyens, et néanmoins l’objet de leur vénération involontaire. Non moins respecté des vainqueurs eux-mêmes, il avait été libre de les suivre à Babylone, où la considération publique et les honneurs l’attendaient. Il eût mené là, libre parmi des captifs, une vie tranquille, et plus heureuse, humainement parlant, que celle que lui avaient faite ses ingrats concitoyens dans leur commune patrie et dans le temps de leur prospérité. Maître de choisir entre Babylone et son pays, il choisit son pays : c’était presque choisir l’exil. Il ne se demanda pas où il se trouverait mieux, mais où il serait plus utile, où il était le plus nécessaire, et il n’hésita pas. Bientôt en effet l’occasion d’exercer son ministère se présenta de nouveau à Jérémie dans cette contrée désolée. Une conspiration sans portée et presque sans but vint aggraver la position de ces misérables Juifs, esclaves dans leur propre pays. Sans prévoir, sans calculer aucune conséquence, obéissant à une colère aveugle, ils tuèrent l’homme qui les gouvernait au nom du roi d’Assyrie ; et son sang était à peine versé qu’ils connurent l’imprudence de leur crime et le danger de leur situation. Incapables de profiter de la mort du gouverneur pour recouvrer l’indépendance, ils cherchèrent seulement comment ils pourraient échapper à la colère du roi de Babylone ; et alors, comme à l’ordinaire, leurs yeux se tournèrent vers l’Egypte.

Toutefois, avant de se mettre en marche vers ce pays, ancien témoin de l’esclavage de leurs pères, et d’où l’Eternel les avait tirés à main forte et à bras étendu, ils consultèrent le prophète que Dieu avait laissé au milieu d’eux ; et cette consultation est le sujet du chapitre que vous venez de lire. Elle fera aussi le sujet des réflexions que nous allons vous présenter. Etudions d’abord cette histoire en elle-même, et voyons ensuite si elle est sans application à l’homme de tous les temps et à nous-mêmes tels que nous nous connaissons.

Que veulent savoir les enfants de Juda ? Que demandent-ils à Jérémie ? Ils attendent que Dieu leur déclare par son moyen le chemin qu’ils doivent prendre, et ce qu’ils ont à faire. Mais pourquoi le demandent-ils ? Ne le savent-ils pas ? Avait-elle cessé de retentir à leurs oreilles, la malédiction que, moins d’un siècle auparavant, Esaïe dénonçait à leurs pères dans ces mémorables paroles : Malheur à ceux qui descendent en Egypte pour avoir du secours. Et quand ils l’auraient oubliée, ne savaient-ils pas que ce refuge leur était interdit, et que le seul qui leur fût permis, c’étaient les bras et le sein de l’Eternel lui-même ? Telle était l’alliance qu’il avait conclue avec eux. Son secours leur était assuré, mais ils n’en devaient chercher aucun autre. Après avoir, pour eux, en tant d’occasions, interrompu les lois de la nature et remué la terre et les cieux, l’Eternel avait droit, de leur part, à un entier abandon. Il pouvait, sans une ombre d’injustice, leur interdire ce que, dans des conditions différentes, il n’interdit à aucun peuple, la liberté de chercher un appui auprès des peuples étrangers. En les bénissant d’une manière extraordinaire, en faisant pour eux ce qu’il n’a fait pour aucune autre nation, il se réservait d’exiger d’eux ce qu’il n’a exigé aussi d’aucune autre nation. Ils avaient accepté les bénéfices inouïs de cette alliance, ils en devaient accepter les charges. Le motif de ces dispensations sans exemple leur était d’ailleurs bien connu, et les leur devait rendre non seulement respectables, mais sacrées. C’est à ces conditions qu’au milieu d’un monde idolâtre, ils étaient, dans toute la force du terme, le peuple de Dieu. C’était en faisant exception, pour eux, à la loi générale d’association qui s’applique aux nations entre elles comme aux individus entre eux, c’était en les isolant au milieu de tous les peuples, que Dieu les voulait soustraire à l’universelle contagion de cette impiété qui, se déguisant en religion, avait, chez tous les peuples, substitué au culte du vrai Dieu ou les forces de la nature, ou des hommes, ou des démons. Juda savait par expérience combien cet isolement était nécessaire ; car, dans l’irrésistible force d’erreur qui livrait l’humanité tout entière au culte des idoles, le moindre contact, les relations les plus passagères avec l’étranger, n’avaient jamais manqué de l’entraîner dans la commune infidélité. Sa sûreté, ses privilèges, sa gloire, son éternel intérêt dépendaient donc de cette solitude sévère au milieu de l’humanité égarée ; à cette condition seulement il accomplissait les desseins de Dieu, et conservait à sa postérité, à l’univers entier, le dépôt de la première des vérités ; à cette condition il était le terrain fort et lentement préparé où l’arbre du christianisme devait être planté et d’où il devait étendre sur toute la terre son ombre bénie.

Le peuple savait donc que, quels que fussent ses dangers, il ne devait point aller en Egypte. C’était pour lui une question de foi et d’obéissance depuis longtemps résolue. Les chefs qui, en son nom, consultaient Jérémie, le savaient sans doute ; et plusieurs peut-être se représentaient ces maximes célèbres de l’ancien prophète : Votre force est dans le repos ; votre force est d’attendre en repos la délivrance de l’Eternel. Et c’est peut-être parce qu’ils le savaient trop bien, et parce qu’ils savaient que Jérémie s’en souvenait mieux encore, que le nom de l’Egypte ne paraît point dans leur requête. Ils le suppriment avec un soin, dirai-je avec une affectation ? Qui ne fait pénétrer que mieux au fond de leur pensée. Peut-être espèrent-ils, par cette réticence, rendre service à Jérémie, s’assurer sa complicité s’il est infidèle de cœur comme eux, et le mettre en état, par le vague de leur question, de leur faire une de ces réponses vagues auxquelles celui qui les donne est libre, après l’événement, d’attacher le sens qu’il lui plaît. Quoi qu’il en soit, ils se bornent à demander au prophète : Quel chemin devons-nous prendre ? Ou de quel côté devons-nous diriger nos pas ?

Mais pourquoi donc consulter le prophète ? N’était-il pas plus simple et plus court, une fois leur parti pris, de le suivre sans demander conseil ? La démarche n’est-elle pas étrange ? Elle serait plus étrange si c’était le peuple qui la fît. Mais ce n’est pas le peuple, ce sont ses chefs qui consultent Jérémie. Et leur dessein sans doute est de s’autoriser auprès du peuple de la réponse du prophète, réponse qu’ils ont peut-être quelque espoir d’obtenir favorable à leur dessein. Forts du consentement d’un homme aussi vénéré, que le peuple, tout en le maltraitant, n’a cessé de considérer comme le prophète du Très-Haut, ils entraîneront où ils voudront ce reste malheureux de la nation. Mais quand même ce serait le peuple lui-même, le peuple entier, qui consulterait Jérémie (et dans le fait il est présent à la consultation), il ne faudrait pas s’étonner. Si vous dites : Mais qui donc ce peuple veut-il tromper ? Nous répondrons : Ce peuple veut se tromper lui-même. Ce peuple qui voudrait se passer de Dieu et qui ne le peut, ce peuple accoutumé à trouver sa volonté jusque dans ses sabbats, c’est-à-dire dans ses actes mêmes d’obéissance et de religion, ne saurait ni agir selon Dieu, ni agir sans Dieu ; il a besoin à la fois de suivre sa propre pensée et de s’imaginer qu’il suit la pensée divine ; et il ne sera tranquille et content que lorsqu’il sera parvenu, tant bien que mal, à se faire illusion là-dessus. Peu lui importe que le consentement du prophète lui soit extorqué ou résulte d’une méprise, peu lui importe que la réponse soit douteuse ; on n’a pas de peine à être trompé quand on veut l’être ; et la plus grossière apparence suffit à la passion bien décidée et bien obstinée ; mais il lui faut cette apparence ; il lui faut une parole, un mot. La conscience du peuple juif ne demande pas davantage, mais elle ne demande pas moins. Il faut que le prophète parle : on ne partira pas qu’il n’ait parlé ; mais quoi qu’il dise, on partira.

Avez-vous remarqué dans quels termes les chefs du peuple abordent ce même Jérémie, que peu de temps auparavant ils avaient fait jeter dans une fosse pleine de boue, pour le punir de leur avoir dit la vérité ? Reçois favorablement notre prière. Cette humilité, si nouvelle de leur part, était peu nécessaire. Si l’Eternel devait être consulté, il n’était pas besoin de supplier Jérémie de s’adresser à lui de la part du peuple. C’était sa charge, c’était son devoir. Mais on ne voit en lui qu’un homme faible. Il faut d’abord apaiser cet homme qu’on a si gravement offensé ; il faut ensuite le gagner par des louanges et par des hommages ; il faut, en feignant de s’en remettre à son jugement, ou plutôt au jugement de Dieu, le mettre sur la voie du conseil qu’on désire, et lui dicter l’oracle qu’on attend de lui ; on le lui inspire tout au moins ; on parle déjà d’un chemin qu’il faut prendre ; on laisse entrevoir la pensée d’une expatriation ; on cherche à l’émouvoir (et certes cela n’était que trop aisé !) sur ce reste, sur ce dernier reste d’un grand peuple ; car, dit-on, nous sommes restés peu de beaucoup que nous étions, comme tu le vois de tes yeux. On a tout fait pour obtenir la réponse désirée ; aller plus loin, ce serait manquer le but ; Jérémie ne pourrait feindre de n’avoir pas compris ; et à force d’avoir été clair, on le forcerait lui-même de l’être.

Le discours des chefs du peuple fut assez clair pour Jérémie. Il connaissait son peuple, il connaissait l’homme. Je vous ai entendus, dit-il. Non seulement vos paroles, mais votre pensée. Je vous ai entendus, mieux que vous ne vous entendez vous-mêmes. Je sais ce que vous attendez de moi ; mais sachez à votre tour, sachez bien ce que vous devez attendre. Je vous prends à vos paroles ; je m’y tiens ; je me soucie peu de votre secret désir, et je ne veux rien comprendre à vos insinuations. Voici, je vais faire requête à l’Eternel votre Dieu, comme vous l’avez dit ; car ce Dieu, que vous appelez mon Dieu, est aussi le vôtre ; et je vous déclarerai tout ce que l’Eternel vous répondra ; car sachez qu’en me consultant, c’est lui que vous avez consulté ; et je ne vous cacherai pas un mot. — Comprend-on qu’après ces paroles, prononcées sans doute avec gravité, et graves en tout cas dans la bouche d’un martyr, ces hommes aient osé répondre à Jérémie : L’Eternel soit témoin véritable et fidèle entre nous, si nous ne faisons ce que l’Eternel ton Dieu nous aura fait dire en t’envoyant vers nous. Soit bien, soit mal (c’est-à-dire, soit que ton conseil nous plaise ou nous contrarie), nous obéirons à la voix de l’Eternel notre Dieu vers lequel nous t’envoyons ; afin qu’il nous arrive du bien quand nous aurons obéi à la voix de l’Eternel notre Dieu. On voudrait pour ne pas voir dans ces paroles le témoignage d’une hypocrisie qui va jusqu’au blasphème, on voudrait supposer que la voix, que la vue du prophète avait fait rentrer ces hommes en eux-mêmes, et que, dans ce moment du moins, ils étaient de bonne foi ; mais le peut-on, quand on lit avec quelque attention la suite de ce chapitre, et particulièrement ces paroles : Vous avez usé de fraude contre vous-mêmes, quand vous m’avez envoyé vers l’Eternel votre Dieu, en me disant : Fais requête envers l’Eternel notre Dieu pour nous, et nous déclare tout ce que l’Eternel notre Dieu te dira pour nous, et nous le ferons ? Le peut-on ? Nous vous en laissons juges.

Dix jours s’écoulèrent depuis ce moment à celui où Jérémie apporta au peuple la réponse de l’Eternel. Comment se passèrent ces dix jours ? A quoi furent-ils employés par le peuple et par le prophète ? Nous l’ignorons ; mais on peut l’imaginer. Peut-être le peuple, à qui Jérémie reproche si expressément, si hautement, d’avoir affecté la soumission quand il était décidé à n’obéir qu’à soi-même, avait-il, dans cet intervalle, fourni au prophète des armes contre lui, en essayant de le corrompre ou de l’intimider. Quant à Jérémie lui-même, qui peut douter qu’il n’ait passé dans la retraite, dans la prière et dans les larmes cet intervalle bien mal employé par les chefs de sa déplorable nation ? Il s’agissait pour lui de conjurer loin de cette nation une grande infidélité et un immense péril. Il s’agissait de recueillir de la bouche même de Dieu les paroles que le peuple devait entendre. Car, d’ailleurs, le prophète savait d’avance la volonté de Dieu ; cette volonté n’était pas un ordre nouveau, un règlement pour le cas particulier : c’était une loi générale pour tous les cas semblables, une loi antique et fondamentale, une règle qu’on ne pouvait ignorer sans ignorer en même temps l’ensemble et l’esprit de toute l’économie sous laquelle cette nation vivait depuis des siècles ; et si Jérémie eût pu ne pas connaître d’avance la volonté de Dieu dans cette occasion, comment reprocherions-nous au peuple de l’avoir ignorée ou méconnue ? Il est vrai que Jérémie ne leur adresse point ce reproche, et qu’il se borne à leur déclarer que s’ils demeurent dans leur patrie, ils y seront maintenus et affermis, malgré tous les dangers auxquels ils semblent s’exposer en y demeurant ; tandis que, s’ils se rendent en Egypte, ils y trouveront tous les maux qu’ils ont voulu éviter, et d’autres plus grands encore. Mais n’est-il pas visible que ces promesses et ces menaces n’étaient que l’application, dans un cas particulier, et la sanction prochaine, de cette loi antique, immuable et connue de tous, qui leur défendait de recourir, même dans les plus extrêmes dangers, aux secours d’un peuple infidèle ? Mais, quoi qu’il en soit, et c’est là ce qui doit fixer notre attention, il résulte du discours de Jérémie, et mieux encore de ce qui suivit, que si le peuple avait cru, sur une question si simple et résolue d’avance, avoir besoin de consulter, toujours avait-il consulté sans sincérité, puisque, après avoir déclaré qu’il ferait la volonté de Dieu, il répondit au prophète qui la lui faisait connaître : Tu mens ! L’Eternel notre Dieu ne t’a point envoyé pour dire : N’entrez point en Egypte pour y demeurer. Mais c’est Baruc, fils de Nérija, qui t’incite, afin de nous livrer entre les mains des Chaldéens, pour nous faire mourir, et pour nous faire transporter à Babylone. Ainsi cet homme à qui on avait protesté solennellement qu’on croirait à tout ce qu’il déclarerait de la part de Dieu, on lui dit : Tu mens ! Ainsi cet homme que peut-être on a essayé, mais vainement, de corrompre, on l’accuse de n’avoir pas résisté à la corruption, et d’avoir vendu l’autorité de sa voix prophétique à ceux qui pouvaient mieux la payer ! Ainsi ce vieux martyr, cet homme qui, préférant l’opprobre du Jourdain aux délices de l’Euphrate, avait consacré à ses frères malheureux les restes d’une vie qui n’était nulle part aussi menacée que parmi eux, on l’accusait de les avoir livrés à leurs ennemis, et d’avoir vendu à des conquérants barbares les misérables restes de sa misérable nation ! Mais à ceux qui se faisaient un jeu du nom même de Dieu, et qui l’insultaient par un hommage dérisoire d’obéissance, devait-il en coûter beaucoup de calomnier un homme, fût-ce même un prophète, fût-ce même un bienfaiteur ?

Ah ! Ne soyons pourtant pas trop sévères envers ce malheureux peuple. Plaignons-le d’avoir manqué de foi et de sincérité ; mais quand notre bouche s’ouvre à des paroles d’indignation et de mépris, mettons la main sur notre bouche. Ces outrages à un homme, ces outrages à Dieu, ces injustices, cette infidélité, tout était compris d’avance dans ce manque de foi aux promesses du Dieu dont Israël avait mille fois éprouvé la puissance et la miséricorde. Mais, à la place d’Israël, aurions-nous eu plus de foi ? Et quand même, portés pour ainsi dire sur les ailes de Dieu, nous serions parvenus, triomphants, dans l’heureux pays que nous habitons, quand même des prodiges incessamment renouvelés seraient venus nous rappeler chaque jour la présence et la bonté de Dieu, quand même nous aurions marché durant des années, durant des siècles, par la vue et non par la foi, est-ce que, à l’approche d’un danger tel que celui qui menaçait d’écraser les restes de Juda, notre foi aurait mieux résisté que la sienne ? Aurions-nous, avec moins d’empressement et moins d’obstination que lui, tourné nos regards vers l’Egypte ? Aurions-nous accepté sans objection, sans murmure, la déclaration du prophète ? Serions-nous, sans hésiter, demeurés sur un sol tout prêt à nous engloutir ? N’aurions-nous éprouvé aucune tentation de nous mentir à nous-mêmes, et de dire à la vérité : Tu mens ? Vous le savez, vous pouvez le savoir : car si ce n’est pas un prodige que votre longue paix et votre longue félicité, ce sont au moins des bienfaits, ce sont des témoignages de la patience de Dieu, ce sont des titres qu’il a acquis à votre confiance et à votre dévouement ; et faites-vous pour lui, en proportion, ce que vous trouvez qu’auraient dû faire les Israélites, dans leur position et dans la mesure des bienfaits reçus ? Si vous dites : Non, vous nous dispensez de le dire ; si vous dites : Oui, nous n’avons rien à dire non plus : la conscience aura son jour, et nous voulons bien l’attendre.

Le peuple consomma son iniquité, et Dieu sa justice. Les restes de Juda descendirent en Egypte. Un abîme appelle un autre abîme. Dans cette terre d’idolâtrie, ils redevinrent idolâtres. Ils brûlèrent de l’encens sur les autels de ces dieux impurs à l’adoration desquels Moïse avait arraché leurs pères. La famine, l’épée, la mortalité les suivirent dans cet asile perfide, et les forcèrent de croire à la fidélité de Dieu. Il ne demeura plus qu’un reste de ce reste malheureux qui avait cru, en fuyant loin de son vainqueur, échapper à l’anéantissement. Le vainqueur les sut trouver dans ce pays de sûreté ; car il n’y a point de pays de sûreté pour ceux que Dieu abandonne. Le roi qui devait les protéger eut lui-même besoin de protection, et n’en trouva point. Il succomba sous les coups de ce Nébucadnetsar, pour un temps le fléau de Dieu. Et que faisait cependant Jérémie ? S’était-il éteint loin de son peuple dans la vieillesse et dans le deuil ? Achevait-il, près des ruines de Jérusalem, des jours usés par le dévouement et par la douleur ? Non ; inséparable compagnon du malheur, attaché à son peuple comme la branche au tronc dont elle est née, n’ayant pu retenir ses compatriotes dans leur pays, il voulut les suivre en Egypte. Ces infortunés, pensa-t-il, ne tarderaient pas à payer la peine de leur infidélité ; ils seraient infailliblement exposés à en commettre de nouvelles ; d’autres crimes, comme d’autres misères, les attendaient en Egypte ; ils auraient besoin d’exhortations, d’encouragements, de consolations, que dis-je ? De menaces nouvelles au milieu du terrible accomplissement des anciennes menaces : ils auraient besoin de ce Jérémie, si dédaigné, si outragé. Jérémie, disciple par avance de Celui qui devait venir au monde pour servir et non pour être servi, Jérémie chargea sa croix et suivit son peuple. Sans doute, il savait ce qu’il en coûte, surtout au déclin de l’âge, pour quitter la terre de ses aïeux, lui qui s’écriait jadis avec un accent si pénétrant d’amour et de douleur : Ne pleurez pas sur celui qui meurt, et ne faites point de condoléance ; mais pleurez amèrement sur celui qui s’en va en exil ; car il ne retournera plus, et il ne reverra plus le pays de sa naissance3. Mais Jérémie, qui eût voulu mourir près des tombeaux paternels, ne sacrifia pas aux restes inanimés de ses aïeux les restes vivants de cette nation dont Dieu lui avait confié la garde et la défense ; là où était son peuple, là était son pays. Ce profond attachement pour son peuple, même ingrat, est un trait qu’il eut de commun avec tous ceux qui, comme lui, furent auprès d’Israël les organes de la sagesse de Dieu. Ces prophètes étaient de grands citoyens ; ces serviteurs de Dieu étaient d’excellents patriotes.

L’histoire que nous venons de raconter est susceptible de plusieurs applications : nous en avons indiqué quelques-unes ; nous nous arrêterons sur une seule.

Nous n’avons pas besoin de vous prouver que la consultation des Juifs manquait de sincérité. La question qu’ils avaient adressée à Jérémie revenait évidemment à ceci : Devons-nous aller en Egypte ? Et d’avance ils se soumettaient à l’ordre qu’ils recevraient du prophète, c’est-à-dire de Dieu même, consulté par lui dans cette affaire. Mais parce que sa réponse est contraire à leur désir ou secret ou avoué, ils lui disent : Tu prononces des mensonges ! Et ils prennent le funeste parti d’aller chercher un asile dans la terre de la servitude et de l’idolâtrie.

Le prophète pouvait s’y attendre et il s’y était attendu, lorsqu’il s’était vu consulté par eux sur une question qui n’en était pas une, et qui, de tout temps, était résolue dans leur conscience. S’ils eussent été décidés en tout cas à faire la volonté de Dieu, ils n’eussent pas consulté ; car cette volonté, ils la connaissaient. Le premier symptôme de la mauvaise foi, le premier présage de la désobéissance, c’est de consulter lorsqu’on sait déjà ce que l’on doit faire.

Mais pourquoi consulter ? Pourquoi se lier quand on veut être libre ? Pourquoi s’exposer à fouler aux pieds deux autorités, et celle qu’on trouvait au dedans de soi, et celle que, volontairement, on est allé chercher hors de soi ? Cette conduite, singulière en apparence, est fort naturelle.

Nous avons besoin de nous tromper, même grossièrement, et de nous imaginer, quand nous agissons mal, que nous agissons bien. Et lorsque, livrés à nous-mêmes, tête à tête avec notre raison ou notre conscience, nous n’y parvenons pas, nous cherchons autour de nous quelque chose ou quelqu’un qui nous aide à nous tromper. Nous ne croyons pas nous tromper quand quelqu’un se trompe avec nous ; nous croyons pécher moins quand quelqu’un veut bien pécher avec nous. La raison d’autrui, même de l’homme qui nous inspire à l’ordinaire peu de confiance, nous paraît respectable et pleine d’autorité, aussitôt qu’elle parle comme notre passion. Les signes les plus équivoques nous paraissent clairs pour peu que nous puissions leur donner un sens conforme à nos désirs. Le plus faible appui est assez fort quand nous voulons pécher. Quelque attachés que nous soyons à notre propre sens, nous devenons modestes et pleins de déférence pour les opinions qui nous plaisent. Nous nous exagérons à plaisir la gravité du personnage qui nous conseille, ou l’importance de l’indice qui nous détermine. Il ne nous faut pas davantage, mais il ne nous faut pas moins. S’il est difficile de se résoudre à bien faire tout seul, il ne l’est pas moins de se résoudre à mal agir tout seul. On veut avoir un homme, une raison, une preuve, un signe pour soi. Et parce qu’au bout du compte, rien n’est plus facile à trouver, on consulte, quoique la conscience ait assez clairement parlé, ou quoique la passion ait déjà pris son parti.

Quelquefois, il est vrai, on rencontre mal, c’est-à-dire trop bien. C’est le cas des Juifs consultant Jérémie. L’homme ou le livre à qui nous demandions conseil s’avise de parler comme notre conscience ; il se fait son allié contre nous, au lieu de se liguer avec nous contre elle. Moment critique et grave ! Se soumettra-t-on ? ou bien, comme les Juifs, dira-t-on à cet importun Jérémie : Tu mens ? Hélas ! il est bien probable que, quand on n’a cherché des conseils étrangers que pour échapper à ceux de la conscience, on ne les écoutera pas mieux qu’on ne l’a écoutée, et qu’à la voix du dehors comme à celle du dedans, on dira sans hésiter : Tu mens !

Sans doute il faut distinguer. Le principe de ces consultations inutiles est quelquefois une sorte de paresse spirituelle beaucoup trop commune, une peur de la responsabilité, un besoin de servitude, qui nous porte à nous décharger de notre conscience sur la conscience d’autrui, ou qui nous fait chercher nos inspirations tout ailleurs que dans notre raison éclairée par la Parole de Dieu, ou dans la Parole de Dieu appliquée par notre raison. Une autre fois, nous combattrons cette paresse, qui prend en vain toutes sortes de noms et de formes. Aujourd’hui c’est à un autre ennemi que nous avons affaire. Ce n’était pas la paresse, ce n’était pas une sorte de servilité de la conscience, qui inspirait les malheureux Juifs : c’était un ennemi plus habile et plus subtil, qui ne rencontre pas les doutes, mais qui les crée et les grossit. La conscience qui n’est que paresseuse pourra bien se soumettre à la vérité, si elle a le bonheur de rencontrer la vérité ; la conscience séduite par la passion ne se soumettra pas si aisément, et trouvera bien quelque raison, quelque moyen de résister à la voix de la vérité qui lui résiste en face, et de lui dire, comme les Juifs à Jérémie : Tu mens !

Or, nous ne venons pas à notre tour lui dire : Tu mens ! Nous lui laisserons le soin de se le dire à elle-même quand le moment sera venu. Ce que nous avons à cœur aujourd’hui, c’est de vous signaler cette inclination que nous avons tous à consulter autrui pour éviter de nous consulter nous-mêmes. Et comme le rempart derrière lequel se réfugient les âmes qui répugnent à s’interroger, c’est le grand nombre de cas difficiles et douteux dans lesquels peut se rencontrer la conscience, nous nous attacherons à montrer qu’il n’en est pas ainsi, et que c’est nous qui multiplions ces prétendus cas de conscience. Il est clair, d’ailleurs, que ce que nous allons dire s’adresse, d’un même temps, aux consciences paresseuses dont nous avons parlé.

Vous ne supposerez pas que nous ayons la pensée de nier qu’il puisse se présenter, même aux plus sincères, des questions de conscience difficiles, épineuses, ni que, pour les résoudre, il soit légitime de s’entourer de conseils.

Des cas difficiles ! il y en a sans doute ; et chacun en a rencontré de pareils. Mais à quoi cela tient-il ? Première question. Cela tient-il à la nature de la morale elle-même et à l’insuffisance de celle de nos facultés qu’on pourrait appeler la raison morale, et qu’on est convenu d’appeler la conscience ? On conçoit très bien que Dieu ait semé de difficultés les différents champs où s’exerce notre activité ; qu’il nous ait rendu difficiles et le triomphe sur la nature, et l’explication des lois qui la régissent ; qu’il ait hérissé d’obstacles le chemin qui mène à la science comme celui qui mène à la fortune ; qu’il nous ait condamnés à manger à la sueur de notre front le pain qui nourrit l’intelligence, le pain qui nourrit le corps. On peut concevoir encore qu’il ait rendu l’accomplissement du devoir plus difficile aux uns, plus facile aux autres, quoique, à y regarder de plus près, l’égalité reparaisse, Dieu exigeant davantage de celui à qui il a donné davantage. Il est des natures plus heureuses, mieux douées, à qui la vertu coûte moins, et en qui, s’il est permis de parler ainsi, elle est déjà commencée. Reste à savoir, et Dieu seul le sait, de combien ces âmes privilégiées doivent devancer et surpasser les autres pour les égaler seulement. Mais la lumière de la conscience est la même pour tous ; pour tous le chemin du devoir est facile à discerner. La loi morale est une chose simple ; elle entre dans les yeux de l’âme comme la lumière du soleil dans les yeux du corps ; et il ne faut pas, pour ouvrir les uns, plus d’effort que pour ouvrir les autres. Cela devait être ; une seule chose était absolument nécessaire, c’était d’obéir ; le reste, en comparaison, importait peu ; il importait peu que nous fussions riches, savants, honorés : il importait, au-delà de toute expression, que nous fussions vertueux. Cela importait à tous également ; pas plus, pas moins au pauvre qu’au riche, à l’artisan qu’au philosophe. Il fallait donc, pour atteindre ce but suprême de la vie, non pas que nous fussions exempts de tout travail ; aussi y a-t-il un travail de la conscience ; aussi chacun, dans l’intérêt de son salut, est-il invité à penser ; et bien penser est, selon la judicieuse remarque d’un grand homme, le principe de la morale ; mais ce qu’il fallait, c’est que chacun pût faire ce travail, pût penser ses actions ; ce qu’il fallait, c’est que chacun, quelle que fût sa condition, pût se promettre, au terme de ce travail, de rencontrer la vérité, je veux dire la vérité sur ses devoirs. Nous sentons tous qu’il y a là justice, nécessité, et à moins de renverser les idées que nous nous faisons de Dieu, nous ne saurions nous représenter qu’il ait fait de la vertu, ou de la vérité pratique, le privilège du grand loisir ou de la subtilité d’esprit. Tout le monde a assez de loisir pour être vertueux, assez d’esprit pour se sauver.

Que ferions-nous, au milieu des difficultés de la vie extérieure, au milieu des obscurités et des incertitudes que la raison ne peut pas toujours dissiper et que souvent elle multiplie, que ferions-nous sans cette boussole divine, qui, quelque position que prenne notre navire, et de quelques flots qu’il soit agité, s’obstine constamment à nous montrer le pôle ? Si la morale était une chose aussi peu simple que tout le reste, ou si elle était le moins du monde subordonnée à tout le reste, que ferions-nous pour nous décider ? qui consulterions-nous ? Le hasard, ou l’intérêt. Du premier de ces conseillers, nous n’avons rien à dire : il a suffi de le nommer. Et quant à l’intérêt, sans compter que l’admettre comme arbitre, c’est le proclamer souverain, et d’un même coup, une fois pour toutes, détrôner le devoir, c’est, dans la plupart des cas, une pauvre boussole que l’intérêt. Ce n’est pas tout de chercher notre avantage, notre plus grand avantage, un avantage qui ne puisse jamais devenir une perte, il faut le discerner ; et pour le discerner, que de connaissances, que de recherches, que de travail souvent ne faut-il pas ! Et puis, comment s’imaginer, si Dieu existe, et si la justice est la nécessité suprême, par conséquent le suprême intérêt, comment s’imaginer qu’en ne cherchant que l’intérêt, on le trouvera ? Comment ne pas être certain, au contraire, qu’on le manque par cela seul qu’on n’a cherché que lui ? Comment croire que cette boussole conduise au port, et que le ciel, promis à ceux qui se sont dépouillés d’eux-mêmes pour se revêtir de Dieu, soit également ouvert à ceux qui se sont dépouillés de Dieu pour se revêtir d’eux-mêmes ? Or, le ciel, n’est-ce pas le nom de notre universel, de notre suprême, de notre unique intérêt ? La conscience est donc l’arbitre naturel, nécessaire, dans tous les cas où la raison et l’intérêt ne nous éclairent pas suffisamment ; le bien, le plus grand bien possible, c’est-à-dire ce qui est conforme et le plus conforme à la volonté de Dieu, voilà l’astre qui se lève pour nous montrer notre route quand tous les autres sont obscurcis. Il faut donc que ce soit le seul que tous les yeux puissent voir, et dont aucun nuage ne puisse intercepter les rayons. Il faut que ce qui est destiné à tout simplifier, soit simple.

Nous parlons ici comme si l’Evangile n’existait pas, et nous disons ce que le bon sens eût pu dire sans l’Evangile et a dit effectivement avant lui. A présent, croyez-vous que l’Evangile ait, sous ce rapport, empiré notre condition ou qu’il l’ait améliorée ? Sa morale est-elle moins simple, moins évidente, et peut-on dire qu’il ait, sur ce point et d’une manière quelconque, émoussé le tranchant de la conscience ? Vous ne le pensez pas.

L’Evangile, bien loin d’ajouter aux complications dont l’homme, comme nous le dirons bientôt, avait embarrassé la morale, l’a, au contraire, simplifiée, en la renouant à son seul principe, loin duquel, cessant de former une gerbe unique et serrée, elle se décompose, et retombe de côté et d’autre en mille tiges fragiles. L’Evangile a simplifié la morale, en lui donnant pour centre, en donnant pour objet à tous les devoirs, pour but à toute la vie, la volonté d’un Dieu dont il nous a révélé tout le caractère, et qu’il nous a fait aimer en nous le faisant connaître. L’Evangile a simplifié l’œil de notre âme, c’est-à-dire qu’il a donné au regard de cet œil une direction constante, fixe et unique ; le chrétien, s’il nous est permis de suivre cette image, ne voit pas double ; le devoir se présente à lui dans sa simplicité ; il a renoncé à chercher beaucoup de discours ; à travers tous ces discours, à travers tous les raisonnements de la passion, et tous les prestiges du langage, il va droit au but, et son amour pour Dieu est une ligne droite qui, ne tenant compte du chemin tortueux de la passion, arrive au terme à travers les mille et les mille sinuosités qu’il va coupant sans cesse. Pour le chrétien, en un mot, toutes les questions sont plus simples, la lumière qui les éclaire est plus vive ; l’Evangile a, en quelque sorte, popularisé la morale, et tout ce qu’il y a de plus haut et de plus délicat dans la morale.

Vous insistez néanmoins et vous dites : Il y a pourtant des questions de pratique difficiles, et ce qu’on appelle des cas de conscience embarrassants. Y en aurait-il autant, y en aurait-il beaucoup si nous ne cherchions pas beaucoup de discours ? N’est-ce pas nous, le plus souvent, qui créons les difficultés, et qui serrons le nœud qui nous coûte tant de peine à dénouer ? Je ne veux que rappeler à chacun de vous un souvenir. C’est celui du lendemain de telle action que vous avez faite dans l’intérêt de quelqu’une de vos passions, vanité, vengeance, avarice, égoïsme, sensualité. L’acte consommé, votre passion assouvie, des écailles tombent de vos yeux ; vous regardez l’action que vous avez commise, et du premier coup d’œil vous reconnaissez que vous avez péché. Je dis du premier coup d’œil : vous n’avez pas examiné, discuté de nouveau : il a suffi de regarder. Que s’est-il donc passé ? La passion s’est calmée en s’assouvissant ; et avec elle sont tombés en un clin d’œil tous ces brouillards qu’elle avait soulevés autour de votre conscience. Ces raisonnements, ces apparences, ces analogies auxquels vos désirs donnaient tant de force, tout cela s’est évanoui ; et vous ne concevez plus même comment tout cela a pu vous en imposer. Or, ce que vous jugez vrai dans l’absence de la passion, n’est-il pas la vérité ? Et si la passion avait été tenue à l’écart lorsque vous délibériez, n’auriez-vous pas conclu tout autrement que vous n’avez fait ? La question, pour un cœur simple, n’était-elle pas simple ? Si elle a manqué de simplicité, n’est-ce pas essentiellement parce que votre cœur en manquait ? Cherchez si, dans les cas où votre passion n’a pas été en jeu, cherchez encore si, lorsqu’il est question d’autrui, il se présente à vous tant et de si difficiles questions. Nous osons vous assurer que celui qui veut sérieusement arriver au but risque peu de manquer le chemin, qu’il n’hésitera même que rarement, et que la conscience, à l’ordinaire, parle assez distinctement à quiconque veut l’écouter.

Que si, pour les plus sincères et pour les plus calmes, il est, dans la vie morale, de pénibles moments d’incertitude et de perplexité, nous avons bien lieu de croire que tout comme la passion, dans tel ou tel cas particulier, aveugle ou éblouit la conscience, l’habitude de prêter l’oreille à la passion, l’influence des maximes d’un monde corrompu, les préjugés d’une mauvaise éducation, exercent sur la conscience une influence qui l’affaiblit, et la rend peu propre à nous déterminer d’une manière prompte et nette, même dans les cas où nous ne sommes pas sous l’empire de quelque passion. Chez tous les hommes, la conscience est plus ou moins obscurcie ; tous, créés droits, cherchent beaucoup de discours ; tous ont l’esprit partagé parce qu’ils ont le cœur partagé : pour tous la morale se hérisse de questions difficiles dont la semence épineuse est dans les replis d’un cœur sans droiture. Le bon, le vrai, le juste, ont perdu leur évidence ; on ne voit plus, on ne connaît plus avec l’âme ; tout finit par faire question ; et l’homme simple ne saurait s’imaginer tout ce qui, dans un certain monde, devient, entre les gens d’esprit, l’objet de discussions en forme. C’est à mesure que pénètre dans le cœur l’Esprit du Dieu de l’Evangile, c’est à mesure qu’on l’aime et qu’on le préfère à tout, que toutes les pensées éparses reviennent pour ainsi dire au logis, que tous les ruisseaux retournent au fleuve, et le fleuve à la mer, c’est-à-dire, que toute la vie se subordonne à un même principe et se laisse gouverner par lui. C’est alors, et de jour en jour davantage, que la vérité sur nos devoirs nous devient plus claire et plus évidente ; la lumière se lève sur le chemin du juste, et grandit sans cesse jusqu’à ce que le jour soit dans sa perfection. Sans témérité, sans obstination, avec humilité au contraire et avec déférence, le chrétien marche d’un pas ferme et sur une ligne invariable, au milieu d’un monde qui ne se décide jamais. Il peut être indécis tour à tour sur mille choses, il ne l’est jamais longtemps sur le devoir. Son chemin est rude peut-être, escarpé, mais direct. Il aime mieux, en route vers l’éternité, se blesser que s’égarer. Peu importe qu’il arrive brisé, sanglant, pourvu qu’il arrive. Et chacun de ses pas, tracé dans la même ligne que le précédent, l’approche du but.

Ne croyez pas à je ne sais quelle inspiration surnaturelle, à je ne sais quel instinct mystérieux qui exclurait la réflexion. Il est vrai qu’à mesure que le chrétien devient plus chrétien, les vérités qui autrefois étaient hors et loin de lui s’approchent de lui, s’unissent à lui, deviennent une partie de lui-même, et que du premier mouvement il fait beaucoup de choses qui lui coûtaient naguère de longues réflexions, ou que même, après de longues réflexions, souvent il ne faisait point. Il se forme une pente vers le bien comme il s’en était formé une vers le mal. La régénération est le don d’une seconde nature ; et le chrétien, dans un sens glorieux, est aussi un homme naturel. Dieu soit loué de nous donner par sa grâce un cœur net et un esprit droit, à qui la vérité convient comme un air pur convient à notre poitrine ! Mais nous n’avons point dit que l’homme régénéré, qui, bien que régénéré, n’est point dans la même condition que l’homme avant sa chute, se conduise, en chaque occasion, par une vue intérieure et involontaire de la vérité, et par un entraînement dont il ne peut se rendre compte. Penser est pour lui, même en morale, le moyen de connaître ; et si ce n’est pas celui qui pense le plus qui agit le mieux, c’est du moins celui qui pense le mieux. Le chrétien est, dans un sens excellent, un homme de pensée, mais de cette pensée simple, naturelle, voisine de l’âme, qui occupe l’esprit sans le fatiguer et sans dévorer le temps. Quand nous ne serions pas dans le cas de penser pour éviter le mal, il faudrait penser pour accomplir le bien. Il faudrait tous les jours examiner, et sans doute examiner avec soin, ce qui est agréable au Seigneur. Doux et digne emploi de l’intelligence que le Seigneur nous a donnée ! Noble exercice, aussi propre à développer les facultés de notre esprit que celles de notre cœur ! Et enfin, nous ne prétendons pas nier que l’homme ne soit plus ou moins souvent appelé à délibérer sur des cas de conscience, c’est-à-dire sur des questions que la conscience se pose et qu’elle ne résout pas du premier coup. Or, que les difficultés qui se présentent viennent de nous ou des choses mêmes, que nous en soyons innocents de toute manière, ou que nous devions attribuer notre état de doute au peu de soin que nous avons eu de vivre en présence de Dieu, et de nous rendre familières les vérités de sa Parole, il n’importe : c’est sans doute notre devoir d’examiner, de nous déterminer, de conclure. Que ferons-nous dans ces occasions ?

Nous avons tâché de montrer que les cas de conscience vraiment embarrassants sont beaucoup plus rares qu’on ne prétend ; mais enfin, quand il s’en présentera de pareils, faudra-t-il s’interdire de consulter ceux de qui, raisonnablement, on peut attendre des lumières ? Qui pourrait le penser ? Quoi ! Enlever aux relations chrétiennes leur objet le plus pur et leur plus grand intérêt ? Tout permettre à la charité, excepté l’un des plus grands services qu’elle puisse rendre, et tout prétendre de l’amour fraternel, excepté le plus précieux et le plus irrécusable de ses témoignages ? Ordonner aux chrétiens d’être, les uns envers les autres, prodigues de tout, excepté de lumière et de vérité ?… Que fais-je en ce moment moi-même que d’associer ma faiblesse à votre faiblesse, et, sous l’invocation de Dieu, qui est notre force commune, d’essayer si je ne pourrai pas jeter quelque lumière sur la route, encore obscure, de quelques-uns du moins d’entre vous ? Non, nous devons tous nous exhorter, nous exciter au bien ; n’est-ce pas dire, en d’autres termes, que chacun, avec sa conscience, doit venir en aide à la conscience de son prochain ? Une conscience a donc quelque chose à apprendre à une autre conscience. Toutes, également capables de s’éclairer, ne sont pas également éclairées ; et, dans cette sphère comme dans toute autre, celui qui sait moins est appelé à demander conseil à celui qui sait davantage.

Ces derniers mots renferment la première règle que vous avez à suivre dans vos consultations. Que celui qui sait moins consulte celui qui sait davantage ; qu’il aille vers le plus éclairé, vers le plus désintéressé, vers le plus consciencieux, vers le plus sévère. Certes, on n’a pas grande envie d’être éclairé, on cherche moins un conseiller qu’un complice, on use, comme dit le prophète, de fraude contre soi-même, quand on consulte au hasard, et surtout lorsqu’on s’adresse de préférence à ceux qui, ayant besoin d’être ménagés, ont quelque intérêt à nous ménager aussi. On ne consulte, au dehors, un prétendu Jérémie, un prétendu prophète, que pour voir si l’on ne pourra point échapper au prophète du dedans, à ce Jérémie invisible, qui gémit, qui proteste dans le cœur de chaque homme. De même, on agit inconsidérément ou sans bonne foi, quand, avant d’avoir épuisé tous les autres moyens, et sondé son cœur devant Dieu, on consulte ces oracles muets qui, ne disant rien, disent tout, et à qui, par conséquent, on fait dire tout ce qu’on veut. Je compte dans le nombre ces signes, ces rencontres, ces prétendus appels, ces impressions vagues que nous appelons des voix intérieures, et dans lesquelles, si des mondains nous les alléguaient en des cas analogues au nôtre, nous ne verrions que des sympathies ou des antipathies naturelles, indignes d’être prises en considération ; j’y comprends encore, sans hésiter, cette Parole de Dieu consultée au moyen du sort, et qui n’est plus alors la Parole de Dieu, mais une parole humaine, trouvée par nous ou plutôt mise par nous dans le volume de la Bible. Eh quoi ! Pourrions-nous vous dire avec le prophète, aller aux morts pour les vivants ! S’en rapporter à des signes arbitraires ou équivoques plutôt qu’à notre conscience ! quoi de plus contraire à cette loi parfaite de liberté, à cette stature d’hommes faits, à ce caractère d’enfants et non plus d’esclaves, d’enfants, dis-je, admis dans la confidence de leur Père, et toujours libres de l’entretenir et de l’interroger ? Quoi de plus contraire à la confiance due à la promesse qu’il nous a faite de nous assister en tout temps par son Esprit ? Avons-nous foi à cette promesse quand nous demandons conseil à la matière et au hasard ? Consultons-nous plus sérieusement quand nous consultons des hommes de qui nous n’avons à attendre aucune lumière ? Ah ! Qu’il est bien plus probable, si nous agissons de la sorte, que ce que nous désirons véritablement, ce n’est pas de connaître la volonté de Dieu, mais de l’ignorer ! Aussi, combien de fois n’arrive-t-il pas qu’après avoir consulté, avec un grand air de confiance, quelque ami qui a pris notre requête plus au sérieux que nous ne le souhaitions, nous le combattons comme s’il nous eût attaqués, nous lui déclarons que, nonobstant les avis qu’il a bien voulu nous donner, nous persistons dans le nôtre, en un mot, nous lui disons, non pas comme les Juifs à Jérémie : Tu mens ! Mais, avec cette politesse qui a fait de grands progrès depuis Jérémie : Vous n’avez pas compris mon affaire et vous vous trompez !

Consulter ceux qui sont les plus capables de nous comprendre et de nous diriger, premier signe de sérieux et de bonne foi dans nos consultations. Le second, qui est une suite naturelle du premier, c’est d’exposer avec une entière franchise le cas de conscience dont il s’agit. On manque trop souvent, et même sans s’en douter, à cette règle essentielle. On prétend avoir tout dit, on se le persuade ; et l’on a tout dit en effet hors un mot qui, changeant toute la question, changerait aussi toute la réponse. L’a-t-on omis par pure distraction ? Mais, dans des questions graves, et qui engagent à la fois notre responsabilité et celle d’autrui, la distraction est-elle permise ? Est-elle excusable ? Avouons qu’elle n’est pas même probable. Peut-être que le mot qu’il fallait dire, le détail qu’il fallait donner, a refusé de sortir de nos lèvres ou de couler de notre plume, non parce qu’il avait trop peu d’importance, mais parce qu’il en avait trop. Un instinct prudent, si ce n’est une intention expresse, l’a retenu en chemin ; il s’était bien présenté à notre pensée, mais nous l’avons écarté sans faire semblant de le voir. Si nous avions été parfaitement sincères, nous n’en aurions pas moins répugné sans doute à dire ce mot, à donner ce détail ; mais cette répugnance ne nous aurait pas échappé ; nous aurions voulu en avoir raison ; nous en aurions sondé les motifs ; et peut-être cette recherche, apportant dans la question qui nous occupe une lumière inattendue, nous aurait fait renoncer à chercher ailleurs des conseils désormais inutiles.

Mais tout cela ne suffit pas encore : ce n’est pas tout d’avoir bien choisi notre conseiller, et de lui avoir exposé le véritable état de la question, sans lui faire mystère de certaines circonstances. Nous ne devons à personne une confiance aveugle, et nous ne devons céder qu’à la conviction. C’est donc avec notre conscience que nous devons consulter la conscience d’autrui ; c’est avec notre conscience que nous devons écouter la conscience d’autrui ; c’est notre conscience qui doit apprécier les conseils qu’on nous donne et prononcer en dernier ressort. C’est un droit, ou plutôt c’est un dépôt dont nous ne pouvons jamais nous dessaisir en faveur d’aucun homme ; c’est un pouvoir que nous ne pourrions abdiquer qu’entre les mains de Dieu même lorsqu’il nous aurait distinctement fait entendre sa voix ; et ce serait encore un acte de conscience que cet abandon de notre conscience. Les conseils d’autrui peuvent nous aider à réduire à des termes simples une question compliquée ; ils peuvent encore rétablir dans leur première clarté des principes de conscience que la passion a obscurcis au dedans de nous ; ils peuvent nous faire rentrer en nous-mêmes ; mais remarquez cette expression, que je n’invente pas, et que vous employez tous les jours ; si c’est revenir au vrai que de rentrer en nous-mêmes, c’est que nous avons en nous-mêmes un témoin et un juge du vrai, et qu’il suffit de nous remettre en sa présence et de nous obliger à soutenir de près son regard, pour nous remettre dans la voie de la vérité et de la justice.

A moins donc que Dieu ne vous ait dit de tel ou tel de nos semblables : « Tout ce qu’il vous dira, vous le croirez ; tout ce qu’il ne vous aura pas dit, vous l’ignorerez, » vous ne pouvez rejeter sur aucun homme la responsabilité de vos déterminations ; elle retombe et repose sur vous ; c’est à vous, nous le répétons, que votre âme sera redemandée. Et soit que vous ayez purement et simplement emprunté la conscience d’autrui pour vous décharger de l’embarras de recourir à la vôtre, soit que, pressentant de la part de votre conscience de sévères conseils, vous ayez tenté d’en extorquer de plus doux à la conscience d’autrui, vous êtes hors des conditions de l’alliance de Dieu, qui, partout, honorant en vous la liberté qu’il vous a donnée, vous oblige, en dépit de votre paresse ou de votre manque de droiture, à vous faire juges entre vous et lui, à vous prononcer vous-mêmes, et nettement, entre vous et lui. Vous ne pouvez pas alléguer ici la modestie, ni l’humilité ; ce serait une fausse humilité, une absurde modestie, que celles qui vous feraient manquer à votre qualité d’hommes et à la loi de Dieu ; tout le monde est capable d’obéir ; et presque toujours obéir, c’est choisir.

La règle que nous vous proposons est celle que vous proposeront, s’ils sont vraiment chrétiens, les amis mêmes que vous consulterez. Ils vous diront, comme saint Paul : Jugez vous-mêmes si ce que nous vous disons est raisonnable. Bien loin de se poser comme arbitres entre Dieu et vous, ils érigeront Dieu en arbitre entre vous et eux. Suivez le premier conseil qu’ils vous donnent, de ne vous conformer à leurs autres conseils que de l’aveu de votre conscience, et de ne pas rejeter sur eux une responsabilité qui doit, quoi qu’il arrive, peser tout entière sur vous. N’allez pas croire que votre faute, si vous en commettez une d’après leur avis, s’impute par moitié à eux et à vous ; croyez plutôt que, si la conscience n’a guidé ni eux ni vous, votre faute pèsera tout entière sur eux, et tout entière sur vous.

En vous engageant à vous consulter vous-mêmes avant de consulter autrui, à vous consulter encore après avoir consulté autrui, prétendons-nous dire que vous ne vous tromperez jamais ? Prétendons-nous que vous arriverez toujours à une entière certitude sur le parti que vous devez prendre ? Nous n’osons pas vous en répondre ; mais pour qui seront de préférence la lumière et la paix, pour qui, en tout cas, l’approbation de Dieu et sa bénédiction ? Est-ce pour celui qui aura fait de ses facultés, jusqu’à la fin, l’usage qu’il en devait faire, pour celui qui, jusqu’au bout, se sera conduit en homme et en chrétien, ou pour celui qui se sera déchargé sur autrui du fardeau de sa liberté, comme si la conscience était un de ces héritages qui peuvent se substituer ? Si toutes nos facultés se fortifient par l’exercice, pourquoi donc l’exercice ne profiterait-il pas à la conscience ? Pourquoi ne deviendrait-elle pas toujours plus sensible, plus délicate et plus sûre ? Comment la lumière, selon la promesse même de Dieu, ne grandirait-elle pas sur le chemin du juste ? Après tout, soit qu’il plaise à Dieu ou qu’il ne lui plaise pas d’éclairer complètement notre route, il faut toujours compter sur la fidélité de Dieu.

Ah ! De quelque manière que ce soit, il se fait trouver de ceux qui le cherchent ; il n’abandonne pas à une éternelle perplexité les cœurs sincères, et il les en affranchit tantôt en répondant à la question qu’ils lui adressent, tantôt en la faisant disparaître. Souvent sa providence tranche les nœuds que nous n’avions pu dénouer ; il enlève inopinément le sujet de notre trouble. Quoi qu’il en soit, nous pouvons toujours être tranquilles sur les résultats d’une recherche sincère ; c’est avoir trouvé la volonté de Dieu que de l’avoir cherchée, et à celui qui a tout fait pour s’éclairer, l’erreur est imputée comme vérité.

Ne pas consulter sans nécessité, ne pas consulter aveuglément, voilà, en résumé, le conseil que nous vous donnons aujourd’hui. Mais quand nous vous aurions indiqué la marche à suivre dans chacun des cas difficiles qui peuvent se rencontrer, qu’aurions-nous gagné si, avant tout, vous n’étiez décidés d’une manière générale à préférer la volonté de Dieu à la vôtre ? Et si nous pouvions former dans votre cœur cette résolution générale, combien ne serions-nous pas rassurés sur votre conduite dans tous les cas particuliers ! Voilà l’essentiel en effet : la volonté générale de Dieu vous est clairement révélée dans sa Parole ; son Esprit, invoqué, l’interprète à votre conscience ; et bien vouloir, une fois pour toutes, ce que Dieu veut, donner la volonté de Dieu pour but et pour inspiration à toute notre vie, subordonner toutes nos démarches à cette unique pensée, voilà de quoi éclairer à mesure toutes les obscurités de notre route ; voilà de quoi résoudre d’avance presque tous les problèmes qui pourront se poser devant nous ; voilà de quoi remplacer et annuler la science des casuistes. Heureux celui qui ne veut qu’une seule chose, et qui la connaît bien ! Or, vous n’en doutez pas, la vie humaine, l’homme lui-même est une unité, ou bien la vie et l’homme ne seraient pas l’ouvrage de Dieu : l’homme qui veut plus d’une chose n’a pas l’Esprit de Dieu ; on ne peut pas servir deux maîtres ; et pour quelque maître que nous nous prononcions, que ce soit le Dieu du ciel, que ce soit le dieu de ce siècle, il nous réclame tout entiers. Heureux donc qui n’aura, en général, d’autre volonté que celle de Dieu ! Or, la volonté de Dieu, c’est notre sanctification. Voilà ce que Dieu veut avant tout, absolument, et toujours. Voilà ce que nous pouvons toujours vouloir sans hésitation et sans crainte. Voilà une volonté qui n’empêchera aucun bien, qui servira à tout bien, puisqu’elle est elle-même le bien universel, suprême et absolu. Voilà notre bien, le bien de nos enfants, le bien de nos frères, le bien du présent, le bien de l’avenir, le bien de notre patrie, le bien de l’humanité. Voilà ce qui convient à tous les intérêts, ce qui ne blesse aucun droit, voilà ce qui a une valeur en soi, voilà ce qui, bon dans le temps, sera bon aussi dans l’éternité. La sanctification ! si dans ce mot seul ne se trouve pas d’abord la solution de chacun de nos doutes, et s’il y faut joindre, dans chaque cas particulier, la réflexion et l’examen, c’est du moins la lumière sous les rayons de laquelle nous examinerons chacun de ces cas particuliers, la seule lumière dans laquelle tous les objets nous apparaîtront dans leur vraie forme, dans leur vraie grandeur et dans leurs vrais rapports.

Tenons-nous dans cette lumière. Nos doutes et nos perplexités viennent, la plupart, de nous tenir dans un jour moins pur. Tenons-nous dans cette lumière. Enveloppons-nous, par la prière, par une recherche habituelle de la présence et de l’entretien de Dieu, d’une atmosphère lumineuse et pure, où ne puissent pénétrer nulle illusion, nul fantôme. Si votre œil est simple, a dit le Sauveur, tout votre corps sera éclairé. Or, nous aurons cet œil simple, à qui rien n’apparaît ni double, ni confus, si nous voyons toujours et en toutes choses Dieu seul, si nous ne voyons toutes choses qu’en Dieu. Nous trouverons bien moins de questions difficiles, quand la loi de Dieu, au lieu d’être au dehors de nous, sera, selon l’expression du prophète, au dedans de nos entrailles, que nous en posséderons, non la lettre seulement, mais l’esprit, que nous aimerons son Auteur, que nous vivrons habituellement en communion avec lui. Il sera lui-même, selon sa promesse, la lumière par laquelle nous serons éclairés. Il nous parlera de dehors par les saintes Ecritures, de dedans par son Esprit. Enseignement doux, uniforme et continu, jour pur également répandu sur toute la vie, vérité qui s’écoulera de nous en s’écoulant de lui, union intime de la vérité avec notre conscience, habitude du vrai, instinct du bon, goût de pure lumière, quels fantômes pourraient s’élever devant nous, quels fantômes, s’ils s’élèvent, pourraient subsister, se fixer dans notre esprit, et y prendre à la longue la place de la vérité ! O Seigneur ! Donne-nous cet œil simple ; rends-le plus simple de jour en jour ; lave-le, purifie-le chaque matin ; consacre-nous chaque matin à toi ; enseigne-nous dans chaque occasion à faire ta volonté ; mais surtout inspire-nous et entretiens en nous le désir de faire ta volonté dans chaque nouvelle occasion ; fais-nous aimer ta volonté avant même de la connaître. Nous ne te demandons pas des inspirations surnaturelles, ni de nous révéler, heure par heure, ce que nous devons faire, ni de nous exempter d’employer, à ta gloire, les facultés de notre raison et les lumières de notre conscience ; nous te demandons de nous mettre en présence de notre raison, de notre conscience et de ta Parole, et de nous donner le besoin et l’intention ferme d’écouter notre raison, notre conscience et ta Parole ; de faire taire en nous la voix de la chair et du sang, de faire que nous restions seul à seul avec la vérité. O Dieu, nous sommes nés pour le combat, et nous ne prions pas d’être dispensés ni des fatigues ni des dangers de cette guerre sainte ; mais rends-toi présent et sensible à notre cœur tandis que nous combattons ; fortifie-nous par le combat même ; rends notre direction toujours plus décidée, notre marche toujours plus ferme, notre bras toujours plus fort, jusqu’à ce qu’enfin les doutes, les illusions, les tentations, les fantômes de la passion et du monde, tous nos ennemis, sans nous attendre, s’enfuient de devant nous, ou plutôt de devant toi, ô Dieu, notre allié, notre sûreté et notre victoire ! Ainsi soit-il !

Alexandre Vinet

Epelorient

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La Foi de nos pères

La psychologie peut être le moyen le plus efficace employé par Satan pour imiter le spirituel, plongeant ensuite l’âme dans une détresse profonde et souvent inextricable.
Pour beaucoup, les paroles adressées au « roi de Babylone » dans Esaïe 14, ont une application bien plus large qu’il n’y paraît. Si nous discernons que ces paroles font référence à un être angélique d’antan, elles seront alors pleinement comprises. Des déclarations autres ainsi que des allusions trouvées dans la Bible, comme par exemple Jude 6 ; 2 Pierre 2 : 4 et Luc 10 : 18, corroborent fortement cette assertion.
Si ce qui précède est vrai, nous sommes alors éclairés au sujet des trois étapes qui ont conduit Satan à sa chute. Ces situations évoquent également le déclin de nombreuses autres choses qui ont pourtant bien commencé. Le sujet n’est certes pas plaisant, toutefois cette leçon comporte nombre d’enseignements utiles et solennels, que nous pouvons apprendre.

SIMULATION

« Je serai semblable au Très-haut », Esaïe 14 : 14

Les Ecritures renferment suffisamment d’exemples démontrant que l’une des méthodes les plus utilisées par Satan est l’imitation de Dieu et l’imitation de la vérité de Dieu. L’évidence de cette vérité conduit la Parole à insister très fortement sur le besoin de posséder le discernement spirituel en tant que don, ce dernier étant une marque de l’onction. Ceci caractérise « celui qui est spirituel » –l’homme spirituel. Nous pouvons affirmer que l’une des fonctions fondamentales de l’Esprit Saint est le discernement. L’Esprit de Dieu est dénommé, ou représenté, comme Celui qui a « sept yeux », ce qui signifie la perfection de la vision spirituelle. Dans ce contexte, la citation d’un paragraphe évocateur de Mr. Tozer paraît ici appropriée :

Ne serait-ce pas ici notre plus grand besoin ?

« Lorsque nous observons la scène religieuse aujourd’hui, focalisés sur quelque faiblesse, nous sommes enclins à exprimer : « C’est ceci qui ne va pas dans l’Eglise. Si cette chose pouvait être corrigée, nous pourrions alors retrouver la gloire de l’Eglise primitive. Nous connaîtrions à nouveau des temps bénis de l’Esprit. » Cette tendance à trop simplifier la condition actuelle est en elle-même une faiblesse et devrait être évitée avec soin. Pour cette raison, j’hésite à évoquer même un seul défaut du Christianisme contemporain, et à contingenter tous nos problèmes à une cause unique. Sans aucun doute, ce qui est appelé la foi chrétienne souffre d’un déclin rapide ; cependant, en découvrir la cause n’est pas chose aisée. Néanmoins, je peux dire que j’ai observé une lacune de taille parmi les chrétiens évangéliques, peut-être est-ce la raison principale de l’ensemble de nos troubles spirituels ? Si ceci est vrai, alors la correction de ce manque pourrait s’avérer être ce dont nous avons le plus besoin aujourd’hui.
La grande déficience à laquelle je fais référence est le manque de discernement spirituel, surtout en ce qui concerne nos conducteurs. Comment est-il possible d’avoir autant d’enseignements bibliques tout en ayant si peu de lumière et si peu de conséquence morale ? C’est l’une des plus déroutante énigme d’aujourd’hui. Sans doute y a-t-il beaucoup de livres chrétiens publiés aujourd’hui, plus qu’à n’importe quelle autre époque ; et jamais les écoles bibliques n’ont-elles eu autant d’influence que présentement. Si la connaissance de doctrines bibliques était une garantie de spiritualité, notre époque serait indubitablement la plus pieuse de toute l’histoire de l’Eglise. Bien au contraire, notre époque peut être considérée comme étant celle de la captivité babylonienne de l’Eglise ; ou encore celle de la mondanité, où l’Epouse de Christ s’est laissée courtiser par les hommes déchus. Les chrétiens évangéliques, sous des influences issues du diable, se sont laissés emporter par le monde. Indéniablement, ils s’y sont totalement abandonnés.

Que cette disgracieuse infidélité se soit produite aux yeux de tous, avec l’accord tacite de nos conducteurs et docteurs évangéliques, est l’une des plus tragiques affaires de l’histoire de l’Eglise. Malgré tout, je ne peux croire que cette grande reddition fut faite par des hommes fondamentalement mauvais et qui s’engagèrent consciemment dans la destruction de la foi de nos pères. De nombreuses personnes, dévouées et bienveillantes, ont collaboré avec les traîtres qui nous ont trompé. Pour quelle raison ? Une seule réponse possible : par manque de vision spirituelle. Quelque chose de semblable à une nébulosité s’est abattue sur l’Eglise comme « le voile qui couvre tous les peuples, et la couverture qui est étendue sur toutes les nations. » Un tel voile est tombé jadis sur Israël, ce fut un temps tragique pour cette nation. Dieu suscita l’Eglise et délaissa temporairement Israël, Il ne pouvait confier Son témoignage à un peuple aveugle. Nous avons assurément besoin de recouvrer notre vue spirituelle si nous espérons échapper au même fléau qu’Israël. Aucun doute n’est possible : l’un des plus importants impératifs pour aujourd’hui est d’obtenir des conducteurs possédant une vision prophétique. Nous avons désespérément besoin d’hommes dotés d’une vision spirituelle pénétrant la brume épaisse qui s’est abattue sur nous. A moins que le Seigneur ne les suscite rapidement, il sera trop tard pour cette génération. S’ils venaient, sans doute en crucifierions-nous quelques uns au nom de notre orthodoxie mondaine. Mais la croix est toujours l’annonce de la résurrection. L’évangélisation n’est pas ce dont nous avons besoin, car elle ne fait que répandre de la religiosité, quelle qu’en soit la nature. Au détriment de la qualité de ce que nous prêchons, c’est le plus grand nombre de gens qui est constamment recherché. La tragédie évangélique actuelle réside dans l’acceptation d’une forme dégénérée de la foi chrétienne, annoncée comme étant celle des apôtres. Nous y introduisons de nouveaux convertis sans que ceux-ci ne se posent la moindre question. Pendant ce temps, nous nous éloignons de plus en plus du modèle du Nouveau Testament. Nous devons connaître un renouveau spirituel. Une coupure intransigeante et sans compromis avec cette pseudo religion s’avère nécessaire. De façon totalement irresponsable, elle ne fait que satisfaire les chercheurs de divertissement profane présenté comme chrétien. Cette fausse foi chrétienne s’étend par tout le monde, encouragée par des hommes charnels employant des méthodes contraires aux Ecritures pour parvenir à l’accomplissement de leurs ambitions. »

Dans le Nouveau Testament bien des choses avaient pour but d’établir le témoignage de Christ, d’édifier le Corps de Christ, de glorifier Christ. Pour ces raisons mêmes, elles ont été usurpées par Satan. Elles ont été imitées, simulées, puis ont été présentées comme étant la vérité. Ces méthodes de l’ennemi n’ont servi qu’à discréditer le Seigneur. Ces choses ressemblent tant à ce qui est vrai, que beaucoup parmi le peuple de Dieu se retrouvent trompés, perplexes et conduits dans l’erreur. Depuis le commencement, le mélange du vrai et du faux a toujours été une méthode efficace de séduction. Dieu est imité par l’idolâtrie, par la fausse adoration. Christ est imité par les anti-christs. L’Esprit Saint est imité par des « dons » et des « prophéties ». L’homme est séduit par le psychique en imitation du spirituel. Des chrétiens se trouvant dans des situations difficiles, accablés par le stress, par des traumatismes divers, par des accusations et suspicions en tout genre se ruent chez les psychiatres. Les méthodes employées pour les « libérer » de leur condition, est de les laisser s’exprimer, révélant des choses personnelles, parfois même par l’hypnotisme. Tout ceci a des effets psychologiques et les patients se sentent soulagés. Ce qui est recherché avant tout est l’expression du Moi. Certains témoignent même que les remèdes des psychiatres sont parfois plus révolutionnaires que la nouvelle naissance elle-même ! Mais la situation de ces mêmes personnes, quelque temps plus tard, est plus désastreuse que jamais.

La psychologie – la science de l’âme – peut être le moyen le plus efficace employé par Satan pour imiter le spirituel, plongeant ensuite l’âme dans une détresse profonde et souvent inextricable.

Une certaine libération de l’esprit peut être obtenue dans la prière et la louange, parfois l’esprit ne peut être soulagé que par ces moyens-là. Ajoutons que la communion fraternelle peut être tout autant une panacée en vue d’une telle bénédiction. En revanche, il existe une contrefaçon, une falsification, qui se manifeste par des activités de l’âme au travers de ce qui est bruyant, extravagant et répétitif. Par exemple, la musique peut se révéler à la fois une grande bénédiction et un grand danger. « En esprit » est le critère divin.

EXAGERATION

« Je monterai sur les hauteurs des nues. »

Tout ce passage du prophète Esaïe 14 est une exagération. Ce qui est insinué ici et exprimé par des superlatifs, sont l’excès, la démesure et l’outrance.

« Je monterai… J’élèverai… Je m’assiérai… », signifie en fait « Je surpasserai » ; c’est l’ambition intarissable poussée jusqu’à la folie. C’est l’orgueil effréné et démesuré, c’est une attitude qui ne connaît ni la modestie, ni l’humilité ou la dépendance. C’est la mégalomanie parvenue à son paroxysme. C’est l’amplification, comme si c’était possible, de ce qui est louable et vrai. C’est aller au-delà de tout critère, c’est le surenchérissement absolu. C’est ici le péril de l’âme, ambitieuse, orgueilleuse, sans frein. Si Satan ne peut pas retenir et entraver l’œuvre de Dieu, il incitera aux excès et aux errements. Si jamais il trouve une consécration sincère, il tentera de la pousser jusqu’à l’aberration. S’il décèle une âme dévouée, il essaiera d’ajouter à la vérité de façon à ce que la vérité devienne une erreur.

Toutes les démesures de la personnalité, du « Moi » se trouvent dans l’appellation : « le roi de Babylone », « N’est-ce pas ici Babylone la grande, que j’ai bâtie ? ». Le « Je », l’ego, le Moi, s’affirment, se mettent en avant et prédominent. L’autorité, l’habilité naturelle et le don de conduire deviennent alors autocratiques, dictatoriaux voire tyranniques. Bien souvent, il existe une subtile différence entre l’autocratie et l’autorité spirituelle ; c’est précisément ici que le discernement spirituel est essentiel. Les forces naturelles, celles de l’âme, contraignent et imposent leurs lois. La conduite spirituelle, au contraire, est issue de la souffrance, d’une relation étroite avec Dieu. Elle établit un niveau de critère élevé et le préserve. Une telle autorité peut être difficile à accepter par la chair, et sera souvent mal interprétée. L’autorité et la conduite spirituelles sont un don de très grande importance, personne n’ira loin sans elles. C’est pourquoi Satan a toujours suivi de près ces hommes afin d’exagérer ce don et, si possible, de détourner son but. L’attachement et l’intimité envers le Seigneur sont le refuge du conducteur spirituel, et le Seigneur veille à ce qu’il en soit ainsi.

Il existe actuellement beaucoup de mouvements extrêmes parmi les chrétiens. L’enseignement est souvent poussé au delà de la vérité : s’il contient des choses bonnes et vraies, il débouche sur des excès. Apparemment, de tels enseignements sont très spirituels et profonds, mais la vérité étant altérée, il s’ensuit la confusion aujourd’hui si fréquente. Ceci à bien souvent mené des groupes à devenir excentriques, farfelus et même sectaires. La tendance à Athènes était sans cesse d’« ouïr quelque nouvelle », ce qui impliquait le plus souvent de nouvelles sensations. Combien Satan attise de telles exagérations et donne aux erreurs des proportions extravagantes ! C’est à dessein que l’ennemi agit de la sorte : il veut remplir le monde de personnes désillusionnées ne croyant plus en rien, y compris en la vérité. Cet état de chose poussait ardemment l’apôtre Jean, presque avec véhémence, à démontrer la vérité en répétant constamment cette petite phrase « c’est ici… ». Relisez ses lettres, et notez son insistance sur « [l’]onction vous enseigne à l’égard de toutes choses ». Le contexte de ces épîtres traduit les déceptions des anti-christs.

PREDOMINANCE

« J’élèverai mon trône au-dessus…. »

Les mots « j’élèverai » et « au-dessus » expriment l’objet et le but des aspirations de Satan. Tout ceci semble bien rocambolesque et insensé, or ce ne l’est pas autant qu’il y paraît à première vue. N’est-ce pas ici la motivation et le stimulus de toute force politique ? Si nous considérons bien ces choses, elles sont la raison de l’incarnation parce que tous les péchés proviennent de la même source. La naissance, l’enfance, l’humanité, l’enseignement et la croix de Jésus Christ étaient un renversement manifeste et effectif de toutes les puissances et gloires de ce monde. Jamais le Seigneur n’a cherché à impressionner, ni à rallier qui que ce soit à Sa cause par le prestige, les raffinements, les détours mal intentionnés, ni par une démonstration de gloire naturelle.

Il s’« est anéanti lui-même » jusque dans ses légitimes gloire et statut célestes. Son Royaume et sa Royauté ne sont pas de ce monde. Son avènement se produisit afin de défaire ce qui avait été corrompu. L’homme rend un culte à ce qui est populaire et à ce qu’il considère comme la réussite. Nous nourrissons une idée fausse au sujet de la force, la puissance et l’importance ; Jésus est venu remédier à ces choses par sa propre Personne. « Tu l’as fait dominer », oui mais sans dimension égocentrique : « amenant plusieurs fils à la gloire ». C’est la gloire de sa Grâce infinie, une faveur sans aucun mérite ! « Nous régnerons aussi avec lui », oui mais en tant qu’adorateurs de l’Agneau !

Le test de toutes choses est : Est-ce que ceci exalte et glorifie vraiment Christ ? Pas en paroles uniquement, car ceci peut être une forme de simulation et d’exagération. A Philippe, la servante possédée par un démon promouvait et annonçait l’Evangile, mais ce n’était qu’une des « profondeurs de Satan » ; et l’apôtre n’était pas prêt à présenter un Evangile au rabais afin de gagner la popularité ! La sainteté de Christ est le seul critère.

Ainsi, nous avons très brièvement noté, les voies de Satan ; celles-là mêmes qui l’ont conduit à sa chute. Le jugement de sa simulation, exagération et prédominance fut exprimé ainsi : « On t’a fait descendre dans le shéol, au fond de la fosse ».

Face à toute fausseté, que le Seigneur produise ce qui est conforme à la vérité, ce qui magnifie Christ ; ce qui promeut la véritable exaltation et suprématie de Christ !

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Jésus est-il Dieu? par Richard Wurmbrand http://www.blogdei.com/10596/jesus-est-il-dieu-par-richard-wurmbrand/ http://www.blogdei.com/10596/jesus-est-il-dieu-par-richard-wurmbrand/#comments Sun, 12 Sep 2010 18:22:07 +0000 nicolas http://www.blogdei.com/?p=10596

La foi de nos pères

Il existe un grand nombre de Juifs prêts à accepter la morale chrétienne, mais qui refusent la doctrine chrétienne relative à la divinité de Jésus.

Je me trouvais un jour dans le bureau d’un intellectuel qui pensait ainsi.
- Etes-vous vraiment capable de faire du code de morale chrétienne une réalité de votre vie, lui demandai-je ? Vous dites que vous acceptez ce code et vous avez même dit qu’il était merveilleux.

Il se mit à rire. Il est déprimant de constater à quel point il est difficile d’entamer une discussion vraiment séreuse avec quelqu’un.
- Oui, me dit-il, mais on ne peut exiger qu’il soit mis en pratique.
- A mon, il est aussi ridicule de donner à l’humanité un code de morale auquel il est impossible d’obéir que de fabriquer de merveilleuses chaussures que personne ne pourrait mettre. Il se peut que le code de morale chrétienne paraisse impossible à suivre mais il n’en est pas ainsi pour tout le monde. Il faut que soient remplies les conditions nécessaires pour la pratiquer. Tout homme d’affaires sait que le revenu doit couvrir les dépenses. La morale chrétienne comporte certaines dépenses : aimer, servir, secourir. Mais où trouver la force suffisante pour cela ? Dans la foi, trésor de vérités révélées par Dieu.
- Non, non, répondit-il. Les dogmes chrétiens sont absurdes. Comment croire qu’un charpentier juif, qui achetait du bois, faisait chauffer sa colle, vendait son ouvrage et se comportait dans la vie quotidienne comme un homme ordinaire, pourrait être Dieu ? La seule forme de christianisme à laquelle pourraient un jour adhérer les Juifs serait l’Unitarisme. Jésus est peut-être un grand docteur, un grand prophète, mais il ne peut être Dieu.
- Cette possibilité n’existe pas. Jésus s’est attribué des droits divins et il a accepté d’être l’objet d’un culte qui n’appartient qu’à Dieu. S’Il n’est pas Dieu, Il n’a pu être un grand docteur mais seulement un imposteur ou un fanatique frappé de folie. Et vous n’oseriez pas Le considérer comme tel. Le seul autre terme de l’alternative est donc de L’accepter comme Dieu.
- Nous sommes dans le domaine des mots, coupa-t-il. Dans l’antiquité beaucoup de gens étaient considérés comme des dieux, et il en est de même des corps célestes. Hercule, Romulus, les empereurs Jules César et Auguste étaient acceptés comme des dieux. Caligula, ce fou, fut lui-même élevé au rang divin. On a considéré comme dieu le philosophe Epicure, et chez les premiers pères de l’Eglise chrétienne, certains affirmaient même que les chrétiens devenaient des dieux. Dans la langue des hommes, le mot dieu n’est pas réservé au sel Créateur. Nous pourrions peut-être, en ce sens, dire de Jésus qu’il est divin, comme nous pourrions le dire de Platon, ou parler de la divine musique de Beethoven. Mais pas davantage !

La position d’un protestant, quand il discute avec un Juif, est beaucoup plus facile que celle d’un orthodoxe ou d’un catholique. Les protestants se complaisent dans leur liberté de pensée, et n’ont jamais besoin de redouter d’affirmer par inadvertance ce qu’un catholique considèrerait comme hérétique.

Ma réponse fut donc celle-ci :
- Aussitôt que nous attribuons le caractère divin à une personne ou à une chose, nous nous plaçons sur un plan où les mots ont perdu leur pouvoir. En quoi Jésus est-il divin ? Et en quoi le Père céleste est-il divin ? Les Français ont raison de dire qu’un Dieu défini est un Dieu fini. Lao-Tseu a dit qu’un Dieu nommé n’est pas le vrai Dieu. Quand je dis que Jésus est Dieu je veux dire qu’Il ne peut être comparé à d’autres êtres humains. Son caractère est miraculeux : Il ne peut être expliqué par référence à des lois génétiques, à des lois de la nature ni à rien de tel. On trouve en Lui une combinaison heureuse des quatre types humains : sanguin, bilieux, flegmatique et mélancolique. La vie de Jésus ne peut s’expliquer qu’en admettant qu’Il vient d’une sphère plus haute que celle des hommes.

« Elevé dans un atelier de charpentier, sans accès à la sagesse d’autres peuples et d’autres races, Il a donné au monde, à l’âge de trente ans, un code moral incomparable. Sa mort, entre deux criminels, fut suivie d’une propagation miraculeuse de Sa religion. La meilleure explication de ces faits, c’est la divinité de Jésus.

« On ne peut juger sur le fondement de la sympathie ou de l’antipathie, mais sur le seul fondement des preuves. Permettez à votre intelligence de fonctionner comme un tribunal impartial qui rend son verdict sur la base des preuves qui lui ont été soumises. Cinq arguments, hautement convaincants, existent en faveur de la nature divine de Jésus.

Premièrement : Il a vaincu la mort, ce qu’aucun autre humain n’a fait.

Deuxièmement : Il a triomphé des lois physiques que l’homme ne saurait dominer (ressusciter les morts, guérir les léreux, multiplier les pains et les poissons, et ainsi de suite)

Troisièmement : Il a eu raison du Judaïsme qui voulait Le maintenir dans l’obscurité. De faux messies, qui ont été acceptés par les Juifs, tels que Bar-Kochba et Sabetai Zvi, sont inconnus du reste du monde, alors que Jésus, que nous avons rejeté, est adoré par des centaines de millions d’êtres.

Quatrièmement : Il a conquis l’empire romain. Julien l’Apostat, le grand persécuteur du christianisme, est mort en disant : « Ô Galiléen, tu as vaincu ! » La victoire est au plus fort et si Jésus a vaincu des rois, Il est le Roi des rois.

Cinquièmement : Par la folie de la croix Il a vaincu la sagesse humaine. Les systèmes philosophiques sont détruits les uns après les autres. Qui donc se souvient de Celse le philosophe antichrétien, ou du culte de la Raison institué par la Révolution française ? Qui mène encore sa vie selon le Talmud ? Mais les paroles du charpentier, à la fois homme et Dieu – le ciel et la terre passeront mais mes paroles ne passeront pas (Matt.24;35) – ont conservé toute leur valeur. D’un point de vue purement humain il n’y avait absolument aucune chance pour que la parole de Jésus fût accomplie ni pour que sa prophétie selon laquelle Son évangile serait propagé aux extrémités de la terre se réalisât jamais.

D’aucune façon Jésus n’a pu être qu’une personne humaine, et c’est pourquoi nous croyons qu’Il est Dieu sous l’aspect d’un homme.

Il est important de savoir cela. Si, en effet, le conseil médical que donne l’assistant d’un médecin a très peu de poids, le conseil qui émane d’un médecin très connu est de tout autre importance. Il devient possible de mener une vie chrétienne lorsqu’on sait que ces impératifs ne viennent pas d’une personne quelconque, aussi faillible que soi, mais de Dieu. Et c’est cela qui permet de garder les commandements de Dieu.

L’intellectuel juif resta sans réponse. Il était devenu pensif. J’étais las d’avoir eu le dernier mot : il est plus sage de le laisser à l’adversaire. Il est difficile de gagner à la foi celui qu’on a battu dans une discussion car on aura ainsi blessé son orgueil. En l’occurrence, j’avais eu le dernier mot, mais n’avais pu le convaincre.

Tiré de « Rue des Juifs », de Richard Wurmbrand, éditions Paulines

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A-t-on perdu l’art de prêcher avec flamme? par Leonard Ravenhill http://www.blogdei.com/10593/a-t-on-perdu-lart-de-precher-avec-flamme-par-leonard-ravenhill/ http://www.blogdei.com/10593/a-t-on-perdu-lart-de-precher-avec-flamme-par-leonard-ravenhill/#comments Sun, 12 Sep 2010 18:00:21 +0000 nicolas http://www.blogdei.com/?p=10593

La Foi de nos pères


Leonard Ravenhil, 1907-1994

L’Evangile, ce n’est pas de l’histoire ancienne, archaïque, remise au goût du jour. C’est un feu dans l’esprit, nourri par la flamme de l’amour immortel; et, malheur à nous si, par notre négligence à ranimer le don de Dieu qui se trouve en nous, ce feu s’éteint.
Dr. R. Moffat Gautrey

Le plus grand miracle qui eut lieu ce jour-là (le jour de la Pentecôte), fut la transformation opérée dans ces disciples qui attendaient. Leur baptême de feu les métamorphosa.
Samuel Chadwick

L’emblème du christianisme n’est pas une croix, mais une langue de feu.
Samuel Chadwick

La véritable prédication fait transpirer des goutelettes de sang.
Joseph Parker

A-T-ON PERDU L’ART DE PRECHER AVEC FLAMME ?

Des siècles se sont écoulés depuis le jour où le réformateur suisse, Oecolampadius, lança cette phrase: « Quelques hommes justes et fervents influeraient infiniment plus le ministère qu’une myriade de pasteurs tièdes ! » Le temps qui passe n’a rien retiré de la causticité de cette déclaration. Nous avons besoin de plus de prédicateurs « justes et fervents ». Esaïe appartenait à cette catégorie, à preuve sa confession désespérée: « Malheur à moi ! je suis perdu, car je suis un homme dont les lèvres sont impures, j’habite au milieu d’un peuple dont les lèvres sont impures » (6;5). Paul en faisait aussi partie par son appel incontournable. « Malheur à moi si je n’annonce pas l’Evangile ! » « 1 Cor.9;16).

Aucun de ces hommes envoyés de Dieu n’avait une vision plus vaste de l’importance de sa tâche que Richard Baxter en Angleterre. Voyez ce qu’il répondait à ceux qui l’accusaient d’oisiveté: « Le pire que je vous souhaite, c’est d’avoir mes aises au lieu de votre travail. J’ai des raisons de me considérer comme le moindre de tous les saints, et cependant je ne crains pas de rétorquer à quiconque m’accuse que je considère le travail de la plupart des commerçants en ville comme un plaisir pour le corps, comparé au mien, bien que je ne l’échangerais pas avec le plus grand prince. Leur travail préserve la santé, le mien la consume. Ils travaillent sans souffrir, moi, dans des douleurs incessantes. Ils ont des heures et des jours de congé; j’ai à peine le temps de manger et de boire. Nul ne les moleste pour leur activité, alors que moi, plus j’en fais, plus j’attire haine et tempêtes sur moi. »

On retrouve dans cette réflexion sur la prédication quelques éléments de la culture spirituelle du Nouveau Testament. Voilà le Baxter qui s’efforçait toujours de prêcher comme un homme à l’agonie à des hommes à l’agonie. Une génération de prédicateurs avec une âme semblable à la sienne sauverait cette génération de pécheurs de la gueule béante de l’enfer.

Les églises peuvent être bondées, mais parallèlement la vie spirituelle peut être au plus bas. C’est peut-être à juste titre que, dans le passé, on dénonça le libéralisme comme le séducteur de l’humanité.

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Le perfectionnemment des saints pour leur croissance jusqu’à maturité http://www.blogdei.com/9892/le-perfectionnemment-des-saints-pour-leurs-croissances-jusqua-leurs-maturite/ http://www.blogdei.com/9892/le-perfectionnemment-des-saints-pour-leurs-croissances-jusqua-leurs-maturite/#comments Sun, 25 Jul 2010 16:11:10 +0000 jean T http://www.blogdei.com/?p=9892

Source : Connaître Christ.net
par Chip Brogden
TheSchoolOfChrist.Org
« Et il a donné les uns comme apôtres, les autres comme prophètes, les autres comme évangélistes, les autres comme pasteurs et docteurs, pour le perfectionnement des saints en vue de l’oeuvre du ministère et de l’édification du corps de Christ, jusqu’à ce que nous soyons tous parvenus à l’unité de la foi et de la connaissance du Fils de Dieu, à l’état d’homme fait, à la mesure de la stature parfaite de Christ. » (Ephésiens 4:11-13)

Dans quel but Dieu a-t-Il donné des apôtres, des prophètes, des évangélistes, des pasteurs et des enseignants? Le verset 12 nous dit que c’est pour « le perfectionnement des saints en vue de l’oeuvre du ministère et de l’édification du corps de Christ ». Cela ne veut bien sûr pas dire que les saints sont supposés être parfaits dans le sens où ils ne commettent plus d’erreur ou ne peuvent pas faire le mal. « La perfection » signifie ici « la maturité », et il serait bon de se rappeler que chaque fois que nous voyons le mot « parfait » utilisé dans ce contexte nous devrions penser à « spirituellement mature ».

Le perfectionnement des saints signifie la maturation des saints, c’est le processus qui conduit les saints hors de l’immaturité spirituelle et vers l’état d’adulte spirituel. C’est le but des dons de ministères. Nous ne sommes pas nés adultes; nous devons « grandir en grâce et dans la connaissance de notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ » (2 Pierre 3:18a). En langage biblique, « être parfait » c’est être parfaitement développé. Par exemple, « Ma force est rendue parfaite dans la faiblesse » (2 Corinthiens 12:9ss). Qu’est-ce que cela signifie? « Votre force est rendue mature à travers vos faiblesses, et elle est entièrement développée chez celui qui arrive à la fin de sa force naturelle. »

Après plus de vingt ans d’expérience chrétienne, Paul explique qu’il ne l’a pas encore atteint, et qu’il n’est pas encore parfait (cf. Philippiens 3:12a). Il s’attend clairement à être parfait un jour, mais il ne l’a pas encore atteint. Mais que veut-il atteindre? La perfection sans péché? Non. Il lutte pour la maturité spirituelle, qu’il définit comme une relation expérimentale, intime, pleinement développée avec Jésus-Christ (« afin de Le connaître »). Ensuite il dit que tous ceux qui sont parfaits (c’est à dire, spirituellement matures), auront une même pensée dans leur démarche pour connaître Christ.

Paul dit qu’il a prêché Christ: « … exhortant tout homme, et instruisant tout homme en toute sagesse, afin de présenter à Dieu tout homme, devenu parfait en Christ » (Colossiens 1:28). C’est l’essence et le but de tout vrai ministère, que ce soit le ministère d’apôtre, de prophète, d’évangéliste, de pasteur ou d’enseignant. C’est prêcher CHRIST, et emmener tous les hommes dans une relation spirituelle mature avec Lui. Christ est la tête de toute chose, Il est le centre de toute activité, nous commençons avec Lui et nous terminons avec Lui.

Quand nous rencontrons un nouveau ministère et que nous voulons tester son authenticité et sa valeur spirituelle, nous n’avons qu’à nous poser deux questions: ce ministère est-il centré sur Jésus-Christ, et emmène-t-il les gens dans une connaissance plus profonde et plus expérimentale de Christ?

Si nous voulons évaluer quelqu’un qui se proclame apôtre, prophète, évangéliste, pasteur ou enseignant, nous pouvons lui appliquer le même test: cette personne est-elle centrée sur Jésus-Christ? Et quoiqu’elle fasse (prêcher, enseigner, prophétiser, chanter, implanter des églises, etc.), emmène-t-elle les gens dans une connaissance plus profonde et plus expérimentale de Christ?

Certains penseront que ce test est trop sévère. Pourquoi, parce que si nous appliquions ce critère à tous les ministères et serviteurs dans ce monde, cela disqualifierait sûrement une majorité d’ouvriers et d’oeuvres qui travaillent dans l’Eglise et qui rendent de grands services. Oui, cela se passerait probablement ainsi. Pourtant en termes de valeur pour le Royaume de Dieu, si le travail n’est pas centré sur Christ et ne fait rien pour emmener les gens dans une relation plus mûre avec Lui, alors il est sans valeur aux yeux de Dieu. Si nous ne prêchons pas Christ alors nous prêchons quelque chose ou quelqu’un d’autre; et si nous n’emmenons pas les gens dans les profondeurs de Jésus par notre vie et notre travail alors nous les laisserons soit comme ils sont, soit même pires qu’ils ne l’étaient quand nous les avons rencontrés. Nous devenons une distraction et un frein pour la croissance des autres.

Si le serviteur ou le ministère ne prêchent pas Christ et n’emmènent pas les gens vers la maturité spirituelle, ils accomplissent alors l’opposé de la volonté de Dieu – ils deviennent eux-mêmes le centre et rendent les gens dépendants d’eux-mêmes, garantissant ainsi l’immaturité spirituelle de ceux qui leur sont affiliés. Une congrégation qui est dépendante de son pasteur pour recevoir une parole de Dieu pour elle-même, pour lui apporter un message, pour prier pour ses besoins, et pour prendre la responsabilité de sa propre croissance spirituelle est condamnée à l’infantilisme et à l’immaturité spirituelle. Si le pasteur accepte cette situation, il renforce alors la dépendance de la congrégation par rapport à lui. Au lieu d’orienter les brebis vers Christ en tant que Leur Berger et de les aider à se maintenir debout seules, le pasteur devient leur mère nourricière. Malheureusement, c’est précisément là où en sont de nombreuses églises aujourd’hui.« Nous laissons le travail spirituel au pasteur, pendant que nous assistons aux cultes.»

Le ministère de prophète est tout aussi coupable. Les « prophètes » ou « prophétesses » et leurs « paroles » deviennent le point de focalisation de tout. Au lieu d’emmener les gens à Christ et leur enseigner comment discerner la voix de Dieu par eux-mêmes, ils prennent la responsabilité de leur apporter des messages de la part de Dieu. Ainsi les gens sont passivement dépendants du ministère prophétique pour connaître la direction de Dieu au lieu de grandir en Christ et de développer leur propre discernement et habileté à entendre Sa petite et douce voix. J’ai récemment lu au sujet d’un « prophète » qui disait donner des paroles prophétiques personnelles à plus de 500 personnes par semaine. Je n’ai pas besoin de savoir ce qui a été dit pour savoir que la conception du « ministère prophétique » de cette personne laissera les personnes spirituellement faibles et incapables d’entendre de la part de Dieu par elles-mêmes. Pourquoi devraient-elles développer leurs sens spirituels puisqu’elles ont un « prophète » qui vient et qui leur donne une « parole » chaque fois qu’elles le désirent.

Le fait de POUVOIR donner une parole ne signifie pas que nous DEVRIONS donner une parole. Le but n’est pas de donner une parole aux gens, mais de leur donner Christ comme leur PAROLE. Une autre façon de dire est: le but du ministère n’est pas de leur donner du pain chaque jour, mais de leur montrer comment obtenir tout le pain dont ils ont besoin en Christ qui est le Pain de Vie. Voyez-vous la différence? Si mon seul but est de donner aux gens un sermon chaque semaine ou une parole prophétique chaque jour, alors celui qui apporte la parole et ceux qui la reçoivent passeront à coté du Plan de Dieu, qui est la maturité spirituelle et connaître Christ spirituellement. Si les gens viennent vers moi pour obtenir du pain chaque fois qu’ils ont faim alors ils sont dépendants de moi pour les nourrir. Cela n’est acceptable que tant qu’ils sont des enfants qui ne peuvent se nourrir par eux-mêmes. Mais si je leur montre où ils peuvent avoir du pain par eux-mêmes, ils n’auront donc plus besoin de venir à moi; et ça c’est le but. Ensuite ils pourront être nourris directement à la source, qui est Christ Lui-même. La vérité est que vendre du pain est un gros business, et les ministères, dont la survie dépend de la vente du pain, VEULENT en fait que les gens reviennent vers eux toujours à nouveau pour être nourris.

Que nous puissions voir devant Dieu que Christ est l’objet et la raison de tout ministère. Notre But n’est pas de voir quelqu’un devenir dépendant de nous, de notre ministère, de notre travail ou de nos paroles; notre but n’est pas de leur donner du pain, mais plutôt de les encourager à expérimenter les profondeurs de Jésus-Christ expérimentalement et personnellement – de leur montrer où est le Pain de Vie.

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Témoignage de George Muller: Un jeune homme peu recommandable http://www.blogdei.com/7747/temoignage-de-george-muller-un-jeune-homme-peu-recommandable/ http://www.blogdei.com/7747/temoignage-de-george-muller-un-jeune-homme-peu-recommandable/#comments Tue, 27 Apr 2010 20:03:48 +0000 Myriam Michoud http://www.blogdei.com/index.php/2010/04/27/temoignage-de-george-muller-un-jeune-homme-peu-recommandable

CroixSens.net

George Muller, c’est d’abord un adolescent plein de problèmes qui cause beaucoup de soucis à ses parents, puis un jeune homme peu recommandable: alcool, jeux, prison… Avec beaucoup de franchise, il nous raconte lui-même sa vie d’étudiant débridé, sa recherche du bonheur en même temps que ses tentatives sincères pour se dégager de l’emprise du vice. Soudain c’est le demi-tour complet: une soirée va bouleverser son existence entière. Et nous assistons, émerveillés, à la reconstruction de sa vie sur de nouvelles bases. Étape comme étape, les échecs comme les réussites sont notés avec une sincérité émouvante.
Étudiant à Halle , je touchais enfin au but que je m’étais proposé! J’étais désormais membre de l’université et j’y avais été admis avec une mention très honorable. Par là j’obtenais le droit de prêcher dans l’Église luthérienne; et cependant j’étais toujours aussi malheureux, toujours aussi éloigné de Dieu! J’avais pris, en arrivant à Halle, les plus énergiques résolutions: désormais j’allais aiguiller ma vie dans une tout autre direction et changer de conduite. Il le fallait absolument… Hélas! j’étais à peine arrivé à l’université que toutes mes résolutions s’effondrèrent. Plus que jamais auparavant, j’étais maintenant mon seul maître; aucun contrôle ne s’exerçait plus sur moi. J’étais maintenant étudiant en théologie, et pourtant je retombai dans les habitudes vicieuses. Lorsque je n’eux plus d’argent, j’empruntai sur gages et je me séparai de ma montre, de mon linge, enfin de mes habits, ce qui ne m’empêcha pas de contracter encore d’autres emprunts. Cette vie de dissipation, cette vie misérable, était loin de me satisfaire, et je n’y trouvais pas de joie. Mais j’ignorais la tristesse selon Dieu, celle qui découle du sentiment de l’avoir offensé…Une fois de plus, je dois faire l’expérience que les efforts de l’homme qui s’appuie sur ses propres forces sont inutiles.

Nous étions alors 1200 étudiants à l’université. Sur ce nombre 900 étudiaient la théologie et avaient l’autorisation de prêcher. Mais je crois bien qu’entre nous tous on n’aurait pas trouvé 9 jeunes gens craignant Dieu… Je ne possédais pas de Bible et je n’avais pas ouvert ce livre depuis des années. Je n’allais que rarement à l’église; mais comme c’était la coutume, je communiais 2 fois par an. Jusqu’au commencement de 1825 je n’avais encore jamais entendu prêcher l’Évangile. Jamais personne ne m’avait dit vouloir vivre selon les enseignements de l’Écriture avec l’aide de Dieu. Bref, je croyais que tout le monde me ressemblait plus ou moins, à des degrés différents.

Samedi soir de novembre 1825 lors d’une réunion chez un commerçant chrétien du nom de Wagner. Après le chant d’un cantique, le frère Kayser s’agenouille pour demander à Dieu de bénir la réunion. Cette manière de se présenter devant Dieu fait sur moi une impression profonde. Jamais encore je n’ai vu personne s’agenouiller! Jamais je ne me suis mis à genoux pour prier!

Ensuite on lit la Bible et un sermon imprimé (en Prusse, il est interdit de commenter les Écritures, si un pasteur consacré n’est pas présent). Après le chant d’un nouveau cantique, M. Wagner termine la réunion par la prière. Je sens nettement que malgré tout mon savoir, je serais incapable de prier comme cet homme illetré: je suis profondément impressionné, heureux, mais je ne saurais expliquer pourquoi.

En retournant à la maison, je dis à mon ami: «Tous ce que nous avons vu en Suisse, tous nos plaisirs passés ne sont rien en comparaison de cette soirée». Lorsque je me couchai, la joie et la paix habitaient dans mon coeur.

Dès lors ma vie change. J’abandonne la compagnie de mes anciens amis; je ne remets plus les pieds dans les tavernes; je renonce à dire des mensonges, bien qu’exceptionnellement il m’arrive encore de m’écarter de la vérité.

Désormais je ne vis plus de façon habituelle dans le péché, bien que celui-ci réussisse parfois à me dominer encore: mais alors j’en ressens la plus profonde tristesse. Je lis la Bible, je prie souvent, j’aime les frères, je vais à l’église avec les sentiments que Dieu demande, et je reste fidèle à Christ malgré toutes les moqueries des étudiants.

Ce que n’avaient pu faire les exhortations, ni les préceptes de mon père ou ceux de ses amis, ce que n’avaient pu faire mes bonnes résolutions, l’amour de Jésus l’accomplisait en moi et m’amenait à renoncer à ma vie de péché. Quiconque veut trouver la force de vaincre le mal, doit la chercher en Christ. Il la trouvera là, parce que, sur le Calvaire, Christ a répandu son sang pour nous.

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Histoire d’un puissant réveil : Vie de William Bramwell (1759-1818) http://www.blogdei.com/7646/histoire-dun-puissant-reveil-vie-de-william-bramwell-1759-1818/ http://www.blogdei.com/7646/histoire-dun-puissant-reveil-vie-de-william-bramwell-1759-1818/#comments Sat, 24 Apr 2010 17:16:56 +0000 nicolas http://www.blogdei.com/?p=7646

blogdei / La foi de nos pères

NDLR: Jeune homme, jeune fille, voici un puissant témoignage venu du fond des âges, qui te parle d’humilité, en notre époque où même les ministres de l’Evangile se croient grands. Puisses-tu entrer dans le service de Ton Maître avec les mêmes sentiments que ce puissant homme de Dieu. Pour lire une biographie de Bramwell, cliquez ici (Google books) et pour lire l’intégralité de cet ouvrage, cliquez ici.

Le ruisseau de Dieu
est plein d’eau
Psaume 65;9
 
 
 
» Sanctification
» La plénitude de Dieu
» Mon âme est tout amour
» Je suis moins que rien
» Le vrai repos
» Conseils aux prédicateurs
» Le Saint-Esprit dirige tout
» Toutes choses ne sont rien comparées à Dieu
» La grâce suffit dans la maladie
» Prêt pour la gloire éternelle


Sanctification

L’immense avantage qui découle pour nous d’une entière sanctification, est pour moi plus que jamais évident. Une entière sanctification garde l’âme en repos à travers tous les orages de la vie; elle rend pleinement satisfait de la place où Dieu nous met, quelle qu’elle soit; elle approuve pleinement les ordres de Dieu; celui qui la possède est complètement délivré de lui-même, préoccupé de la gloire de Dieu et possédé d’un ardent désir de faire le bonheur d’autrui.

Quand nous sommes entièrement sanctifiés, le monde pour nous n’est plus, nous vivons en haut, « nous demeurons en Dieu et Dieu demeure en nous; » nous pouvons parler quand nous voulons et nous taire de même.

Une pareille victoire, un pareil salut, est pour nous chose acquise. Et nous ne sommes rien, nous le sentons. Nous ne pouvons rien sans Dieu, c’est pourquoi nous Lui rendons gloire pour toute bonne pensée et toute bonne action.

Demeurez toujours dans l’amour de Dieu. J’ai connu bien des personnes qui ont reçu cet amour et qui l’ont perdu. Mais nous pouvons le garder, rester debout; car Dieu est capable de nous garder à jamais. Vivez dans cet amour, parler, prêchez en lui.

Si nous faisons cela, l’enfer, le monde et beaucoup de gens qui font profession d’être chrétiens chercheront à empêcher nos succès. Mais prions sans jamais nous arrêter, sans nous laisser émouvoir et sans reculer d’une ligne…


La plénitude de Dieu

(Eph.3;19)

La plénitude de Dieu est tout d’abord l’ensemble des grâces que Dieu a promises pour l’accomplissement de notre plein salut ici- bas, de notre entière préparation à la gloire éternelle. Etre rempli de toute la plénitude de Dieu, c’est avoir le coeur vidé et purifié de tout péché et de toute souillure; et rempli d’humilité, de douceur, de patience, de bonté, de sainteté, de justice, de miséricorde, de vérité, d’amour pour Dieu et pour les hommes.

La possession de toutes ces vertus dans leur plénitude implique, évidemment, l’enlèvement complet de tout ce qui n’est pas de Dieu et ne conduit pas à Lui; car ce que Dieu remplit, ni le péché, ni Satan ne peuvent le remplir, ni l’occuper à aucun degré.

Quand un vase est rempli d’un liquide, pas une goutte d’un autre liquide ne peut y entrer sans en déplacer une quantité équivalente. Et l’on ne peut dire que Dieu remplisse notre âme quand une partie quelconque de notre être est remplie, plus ou moins occupée par le péché ou par Satan. Ni le péché, ni Satan ne peuvent être à aucun degré où Dieu remplit le tout. L’exaucement de la prière de Paul comporte donc que Satan soit entièrement expulsé de notre être et n’ait plus aucune prise sur nous.

La plénitude de l’humilité exclut tout orgueil; la plénitude de la douceur exclut toute colère; la plénitude de la patience exclut toute impatience; la plénitude de l’amabilité exclut toute dureté, toute brusquerie, toute rudesse, toute méchanceté; la plénitude de la charité exclut toute aigreur, toute amertume, toute irritation, toute mauvaise humeur; la plénitude de la justice exclut toute injustice; la plénitude de la sainteté exclut tout péché; la plénitude de la miséricorde exclut tout ressentiment, toute vengeance; la plénitude de la vérité exclut toute dissimulation, toute fausseté.

Chez celui qui aime Dieu de tout son coeur, de toute son âme, de toute sa pensée et de toute sa force, il n’y a plus aucune place pour l’inimitié à l’égard de Dieu, ou à l’égard de ce qui est de Lui, aucune place pour l’avarice, l’amour du monde et les choses qui sont au monde. Celui qui aime son prochain comme lui-même, ne lui fera jamais aucun mal; au contraire, il lui fera tout le bien qu’il pourra.

Etre rempli de toute la plénitude de Dieu produira donc une obéissance à Dieu constante, remplie de joie, d’amour et d’adoration, ainsi qu’une bonté inaltérable envers le prochain, quel qu’il soit. Celui qui est rempli de toute la plénitude de Dieu est sauvé de tout péché, la loi est accomplie en lui; il possède l’amour divin; il n’agit que par cet amour, amour pour Dieu et pour l’homme, amour qui est l’accomplissement de la loi. »


Mon âme est tout amour

A la Conférence de 1801, Bramwell fut désigné pour le Circuit de Leeds. Il y commença son ministère le 6 septembre, avec son zèle ordinaire, et Dieu fut tellement avec lui, ainsi qu’avec ses collègues, qu’en deux ans, cinq cents membres furent ajoutés à la Société wesleyenne. Sa correspondance pendant ce temps fut moins étendue que précédemment, mais elle montre, toujours grandissant, la même foi, le même renoncement, le même amour pour les âmes.

Le Révérend Blackett, Conducteur de deux des classes de Leeds, dit qu’à cette époque il semblait que tous les habitants de la ville allaient être convertis; les pécheurs étaient tellement troublés, qu’on voyait les hommes les plus dépravés, les persécuteurs les plus violents, témoigner de la repentance et se mettre à prier. « Je visitai chacune des maisons de la High street dit le Révérend Blackett, je parlai à chacun du salut de son âme, et il se trouva qu’un grand nombre de personnes dont je n’attendais pas grand chose, avaient la conscience réveillée et cherchaient Dieu en secret. Beaucoup de gens désiraient venir aux réunions de classe, mais ne l’osaient pas, parce qu’ils n’étaient pas invités. Ils furent remplis de joie quand je leur dis que je venais chercher les brebis perdues et que je les invitais à venir recevoir instruction dans les réunions des enfants de Dieu.  »

Bramwell écrit de Leeds, à la date du 16 décembre 1801, au Révérend Drake

 » J’ai besoin d’avoir de vos nouvelles, vous pesez beaucoup sur mon cœur et je prie beaucoup pour vous.

 » Vous avez une grande croix à porter, mais vous pouvez la recevoir avec joie de la main du Seigneur; c’est ainsi qu’elle produira une gloire infiniment excellente. Ce n’est que par la prière et la foi que vous serez rendu capable de surmonter la douleur, mais la chose est possible…

O mon frère, le temps est court, il faut que nous le mettions à profit… Je me suis de nouveau consacré à Dieu pour être à Lui en sacrifice continuel et qu’il soit mon tout en toutes choses. Je vis avec Lui et j’attends chaque jour son appel.  » Mon ami monte plus haut,  » dira-t-il bientôt.

 » Je n’ai pas toujours recueilli tout le fruit que j’aurais pu recueillir des croix que Dieu m’a envoyées j’en suis honteux, confondu, et je me prosterne devant le Seigneur dans la plus profonde humiliation.

 » Ma femme est véritablement consacrée au Seigneur et notre petit John est une joie pour nous. Beaucoup d’âmes ici et dans d’autres localités du circuit se tournent vers le Seigneur. Cependant l’ennemi me tente souvent; il voudrait me faire abandonner tout mon travail. Lisez, veillez, priez; en toutes choses, soyez comme l’apôtre Paul.  »

Le 30 novembre 1802, Bramwell écrivait de Leeds, à son ami Taft, une lettre qui a trait à la crise dont nous venons de parler; nous en extrayons quelques lignes.

Je suis toujours témoin de grandes choses à Leeds; beaucoup d’âmes sont sauvées dans la ville, —pas autant dans la campagne. Nous avons eu dans une des rues de la ville une œuvre comme j’en ai rarement vu : beaucoup de ceux qui étaient les pires sont devenus les meilleurs.

 » Je n’ai pas le secours dont j’ai besoin, et je me dis parfois :  » Malheur à moi! car je suis assiégé par toutes les puissances de l’enfer.  » Vous seriez bien surpris si vous saviez quelles machinations j’ai découvertes; on voulait empêcher notre victoire sur le Prince des ténèbres, cependant la main de Celui qui déjoue les manœuvres de l’ennemi se fait sentir. Mais l’œuvre n’a pas pris l’extension que je désirais; j’en pleure et j’attends la délivrance.

 » Jamais je n’ai autant vécu avec Dieu qu’à présent. Je puis dire que ma vie est une prière semblable souvent à une agonie. J’attends constamment l’appel de Dieu qui me fera monter plus haut; cependant je pense parfois que pour moi la plus grande œuvre est encore à faire. Oh! que Dieu me garde prêt pour la vie comme pour la mort!

A la Conférence de Manchester en 1803, Bramwell fut nommé prédicateur itinérant du Circuit de Wetherby. Il avait alors quarante-quatre ans. Pendant huit ans, il avait travaillé dans des districts populeux, oh les sociétés étaient importantes, les congrégations nombreuses et l’œuvre étendue, souvent glorieuse; il se trouvait maintenant au milieu d’une population rurale relativement peu nombreuse, et son action paraissait fort restreinte. Mais c’est parfois dans l’ombre que le serviteur de Dieu se développe le mieux. Il devait en être ainsi, pendant un an, pour Bramwell dont la vie était une prière continuelle. Il écrit de Wetherby à un ami intime:

 » Le temps est maintenant venu pour moi d’être façonné comme il convient pour occuper la place dans la gloire où Dieu va m’appeler. Je combats chaque jour de toute mon âme; et jamais je n’ai joui d’une plus grande puissance et d’un plus grand amour. Je vois des âmes arriver au salut à peu près chaque soir. Mais dans quel état de mort est ce circuit! chaque jour je suis dans l’agonie pour obtenir le réveil de quelques âmes. »

 » Mon âme est toute amour! gloire à mon Sauveur!  » dit-il dans une autre lettre datée de Wetherby.

A son ami Drake, il écrit:

 » Nous sommes tous bien et beaucoup d’âmes sont sauvées. Le circuit de Wetherby est confortable, mais petit; notre action y est fort limitée. On me sollicite vivement de me rendre dans un circuit plus important et je devrai probablement me rendre à cet appel.

 » Mon cher frère, ma vie est une prière continuelle. Je vous assure que je suis comme dans le ciel. Le ciel, c’est le Seigneur.  »

« Nous avons eu dimanche passé une grande réunion dans une grange d’une vingtaine de mètres de longueur. Il y vint des personnes de presque toutes les communes du Yorkshire. Je n’ai, je crois, jamais vu un plus grand nombre d’âmes être remplies du Saint-Esprit; il y eut, en outre, beaucoup de pécheurs qui reçurent le pardon de leurs péchés. »


Je suis moins que rien

La Conférence de 1804 jugea comme beaucoup des amis de Bramwell; elle pensa qu’il devait être placé dans un circuit plus important, aussi l’appela-t-elle à celui de Huil, ainsi que Walter Griffith et Samuel Taylor qui étaient comme lui, des hommes « remplis de foi et du Saint-Esprit.  »

Bramwell travailla deux ans avec grand succès dans ce nouveau circuit et vit de quatre à cinq cents nouveaux membres s’ajouter à la Société wesleyenne. Aucune croix n’était pour lui trop lourde, aucune privation trop rude, aucun service trop pénible, quand il s’agissait de sauver des âmes.

En octobre 1804, il écrit de Huil

 » J’ai eu trois semaines d’agonie, mais maintenant je vois le Seigneur à l’œuvre. Depuis quelque temps je ne prêche plus sans voir quelque fruit de mon travail. Le Seigneur sauve des âmes. Oh! que rien ne vienne y faire obstacle. Priez, priez beaucoup pour moi! Que le Seigneur vous bénisse!  »

 » Trois semaines d’agonie,  » aussi ne nous étonnerons-nous pas que ses armes aient été  » puissantes  »

pour renverser les forteresses de l’ennemi « . Cette même puissance, il la désirait ardemment pour ses frères. Nous lisons dans une lettre qu’il écrit le 29 novembre 1804

Mon cher frère Cranswick,

 » Je pense chaque jour à vous et à votre famille. J’ai besoin souvent de savoir comment vous êtes tous. Satan usera de mille moyens pour refroidir notre amour; il fera tout ce qu’il pourra pour donner à toutes choses le plus triste aspect; puis il nous dira que nous ferions aussi bien d’abandonner notre œuvre… Mais, bien que nous ne puissions sauver tout le monde, ni peut-être beaucoup de personnes, il n’en est pas moins vrai qu’une seule âme a la plus grande importance. Les églises, quoique petites, ont une valeur infinie. Rappelez-vous comment vous avez été sauvé, aussi ne négligez jamais la moindre prière. C’est en priant continuellement que nous conservons la grâce : j’en suis plus convaincu que jamais. Oh! abandonnez tout à Dieu, qu’il ait tout! Votre chère femme et vos précieux enfants sont à lui; remettez-les entre ses mains chaque matin, faites cet acte à genoux. Dieu vous répondra; il aplanira votre chemin et vous verrez sa gloire.

Je sais, cependant, que ce n’est que par un combat continuel que nous pouvons rester debout au milieu de l’incrédulité générale. Faites toute l’œuvre que vous avez à faire dans votre maison, avec le moins de paroles possible. Soyez toujours bon avec tous, même avec les ingrats. Vous en retirerez les plus grandes bénédictions. Vivez pour Dieu, en toutes choses; soyez entièrement abandonné entre ses mains. Je désire vous voir bientôt. Que chacun de nous porte ses frères à Dieu, et ne brisons jamais les liens célestes qui nous unissent !  »

Le 30 mai 1805, Bramwell écrit de Huil à M. John Angrave

« Mon cher père dans le Seigneur Jésus,

 » J’ai été tout réjoui en recevant des nouvelles de vous et de votre famille. J’ai confiance que vous marchez toujours dans le même chemin et que vous avez toujours les mêmes sentiments. J’ai été souvent édifié en méditant ces paroles de saint Jacques qui nous parlent du  » Père des lumières chez qui il n’y a ni changement ni ombre de variation.  » Quelle révélation! Quelle certitude de recevoir le plein salut !.. .Prenez donc et efforcez-vous de prendre le tout. La prière continuelle sera le moyen; heurtez, heurtez souvent et fort, allez avec assurance; ne dites pas, j’y suis allé ce matin, ce soir; allez à Dieu continuellement…

 » Je suis moins que rien, et cependant je sens en moi un grand accroissement de l’amour et de la puissance de Dieu. Je vous retrouverai bientôt là où il n’y aura plus de séparation. Que le Seigneur dirige toutes choses pour sa gloire! etc.  »

Le 30 juin il écrit: « Marcher, voir, parler, souffrir dans le Seigneur, c’est le ciel sur la terre. Dans la gloire, il n’y aura pas la plus petite chose qui ne soit en Dieu…  »

Les progrès de Bramwell dans l’amour, la lumière et la puissance de Dieu sont encore affirmés dans la lettre suivante adressée à William Burrows, un de ses amis intimes qu’il s’efforçait d’encourager:

Hull, 27 novembre 1805

« Que la grâce vous soit multipliée ainsi qu’à toute votre famille. J’ai pensé à vous presque chaque jour…

« Oh! la patience de Dieu! Combien il est opposé à notre destruction! et prêt à pardonner, à bénir, à nous purifier de tout péché! Bien plus, à nous purifier de toute notre vieille nature! Il n’est jamais fatigué d’encourager ses enfants et de les remplir de son Esprit. Je suis émerveillé de son amour…

 » Combien l’incrédulité déshonore son nom! Hésiter, ne fût-ce qu’un instant, dans la confiance en Lui, quel outrage envers sa personne! Je suis de plus en plus choqué à la pensée de l’incrédulité. Le péché, la mondanité, les ténèbres, la mort, en voilà l’effet immédiat; tandis que la vie, la lumière, la sainteté, le ciel, sont les fruits de la foi.

 » J’ai confiance que vous persévérez dans vos efforts, que vous courez, que vous combattez, que vous croyez, que vous êtes un homme faible qui a été rendu puissant, un pauvre rendu riche, un malheureux qui a été mis en état de se réjouir éternellement…

 » Ne faiblissez jamais, quand même d’autres autour de vous cèdent. Rester debout, même seul, c’est la plus grande gloire.

 » Je bénis Dieu, je fais des progrès dans la grâce, je vis dans l’union avec Jésus, je suis plus près que jamais du trône. Satan me poursuit toujours davantage, il veut détruire les fruits de notre travail; mais je le combats journellement et j’ai l’espoir de le vaincre. Je vois le Seigneur faire son œuvre;

il opère plus puissamment qu’au commencement mais l’œuvre n’est pas encore générale. Des âmes sont sauvées; mais combien il me tarde de voir davantage ! Quand je prêche, je suis plus que jamais rempli de la Puissance d’En Haut! Priez, priez, priez pour moi!  »

Le 30 mai 1805, Bramwell écrit:

 » Le Seigneur est avec nous, il émonde, il taille, il plante. Quelques âmes sont sauvées dans nos réunions.

Un mois après, il dit encore

« Dieu opère dans notre circuit, Dans une localité quarante personnes se sont jointes à notre société; plusieurs étaient des catholiques romains; dans le nombre se trouve un beau jeune homme qui était clerc d’un prêtre, ce qui a fort irrité les gens de son Église. n

Le 16 décembre 1806, il écrit:

 » Je suis plus que jamais uni à Dieu. Je vois des âmes arriver au salut, mais l’œuvre n’est pas générale.

Le 6 janvier 1806, il peut enfin écrire

 » Le salut, la flamme de l’amour brille maintenant de toutes parts à Huil. Je connais que nous ne pouvons pas jeûner et prier en vain.  »

Bramwell n’en dit pas davantage; mais de tout œ que l’on pouvait souhaiter de connaître, c’est là le point capital. Un réveil général des âmes vint donc couronner ses efforts pendant le dernier semestre de son activité dans le Circuit de Huil.

Plusieurs exaucements à ses prières et à celles de ses amis furent notés pendant les deux ans qu’il passa dans ce circuit.

A la suite d’une chute, M. Brayshaw, de Huil, se trouva dans un état désespéré. La gangrène l’envahissait, et l’on n’attendait que sa mort. Il prit en conséquence, congé des siens et leur donna ce qu’il croyait être sa dernière bénédiction. A ce moment, Bramwell et son collègue Griffiths vinrent le voir, et Mme Brayshaw leur recommanda de prier dans la réunion de chrétiens où ils se rendaient. Ils le firent; et pendant qu’ils le faisaient une effusion extraordinaire du Saint-Esprit était accordée à l’assemblée. M. Brayshaw entra aussitôt en voie de guérison et fut bientôt entièrement rétabli. Pour sa famille et ses amis, la réponse aux prières fut évidente.


Le vrai repos

En 1806, Bramwell fut nommé prédicateur de l’important Circuit de Sunderland. Il y fut reçu avec une affection toute particulière. « Nous avons une trop belle maison, écrit-il peu après son arrivée à Sunderland, et les amis ici sont trop bons pour nous; j’ai beaucoup à veiller, à prier et à jeûner, de peur que les bonnes choses ne causent notre ruine. »

Les doctrines pernicieuses d’un certain M. Cooke et ses pamphlets qui avaient été fort répandus, avaient profondément divisé les sociétés du circuit et avaient fait un mal considérable. Bramwell pensa que la meilleure manière de combattre le mal, était d’annoncer pleinement la vérité sans parler de l’erreur. Il ne fit donc aucune controverse et prêcha d’emblée et hardiment un  » plein et entier salut  » offert présentement et gratuitement à tous. Il n’avait d’autre objet en vue que de sauver les âmes, sauver les chrétiens de l’esprit de dispute qui s’était emparé d’eux. Aussi s’efforça-il de répandre partout l’esprit de prière, ce à quoi il réussit.

Dès le commencement de ses travaux dans ce nouveau circuit, il écrit à un de ses collègues

« Je suis à présent adonné à la prière. L’esprit et les doctrines de Cooke ont aveuglé le peuple; ce circuit donne cependant de grandes espérances.

Les foules viennent entendre la prédication de l’Évangile et les yeux commencent à s’ouvrir. Dans l’agape que nous avons eue dimanche passé, Dieu nous a accordé une abondante effusion de son Esprit; c’était une vraie averse: dix personnes sont arrivées à la glorieuse liberté des enfants de Dieu.

Un réveil général ne tarda pas à se manifester. « L’œuvre devient de plus en plus profonde dans tout le circuit; quand j’y suis arrivé, on ne connaissait rien de la sanctification entière; et, à ce sujet, j’ai encore lieu de gémir; mais j’ai formé un groupe de chrétiens choisis et j’espère que tous recevront la bénédiction. Priez pour moi que je puisse faire toute la volonté de Dieu. Je pense que ma femme a une plus puissante foi que moi : toutes ses classes sont embrasées du feu de l’amour divin.  »

Au bout d’une année, cinq cents nouveaux membres, dans le Circuit de Sunderland, étaient entrés dans la société.

 » La paille, le foin et le chaume de Cooke ont été maintenant balayés, écrit Bramwell.

Quarante soldats ont été convertis, et un bon nombre ont abandonné leurs habitudes mondaines pour entrer dans les classes. n

Cette œuvre excellente se continua et, dans tout le circuit, un grand nombre d’âmes furent ajoutées aux églises.

Dans une lettre adressée par Bramwell au Rév.

Dunn, le 7 février 1807, nous lisons

 » Environ deux cents personnes se sont jointes à nous pendant ce dernier trimestre, et parmi elles soixante soldats, lions qui ont été changés en agneaux.

J’admire l’œuvre de Dieu parmi ces hommes. Nous en avons maintenant soixante et dix dans nos

classes; et ces gens ont prouvé qu’ils étaient tout à fait changés. Le réveil commence en plusieurs localités. A Durham nous avons jeté les fondements d’une nouvelle chapelle.

« Satan m’assaille avec une violence extraordinaire;

et cependant je grandis dans la grâce de Dieu. Mon cher frère, remettez toutes choses entre les mains du Seigneur et votre chemin sera aplani, votre âme sera vivifiée et vos travaux seront couronnés de succès. Le temps est court, tout ici-bas menace ruine; mais Dieu est et sera avec nous.

Priez pour moi. J’ai confiance que j’aurai toujours raison de vous aimer en Jésus. »

Bramwell recherchait si ardemment le salut des pêcheurs, qu’il arrêtait souvent les personnes dans les rues pour leur parler du salut de leur âme. La gloire de Dieu était sa préoccupation constante.

Passant la nuit avec un de ses collègues chez un excellent frère, Bramwell apprend que la famille de son hôte est dans une grande anxiété. Le propriétaire veut qu’elle évacue la maison et il n’y a pas moyen d’en trouver une autre convenable. Bramwell et son collègue prient jusqu’à l’aube. Le lendemain toute difficulté est aplanie, et l’hôte reconnaît que « la prière fervente du juste a une grande efficacité. »

A peu près à la même époque notre ami écrit à William Burrows

« Je suis affligé de ce que mon amour n’est pas plus puissant et de ce que je ne suis pas plus semblable à notre Sauveur… je me jette à ses pieds avec honte.

Comment se fait-il qu’une seule âme ayant un si grand prix, que Dieu étant si grand et l’éternité si proche, nous n’en soyons pas davantage émus? Peut-être pourrez-vous répondre à cette question.

« La vérité, sa profondeur, la grandeur des promesses de Dieu, ce sont des choses qui me submergent entièrement; je suis perdu dans l’admiration et la louange. Mon âme pénètre en Jésus-Christ. Sa parole me saisit plus fortement que jamais. Oh! combien je puis lire, pleurer, aimer, souffrir! Oh! oui, que ne pourrais-je souffrir, quand je vois le Seigneur comme je le vois maintenant! Être justifié est une grande chose; être purifié est une grande chose; mais qu’est-ce que la justification et la purification comparées à la grâce d’être ainsi incorporé à Sa personne?

Le monde et tout son bruit a entièrement disparu et l’âme porte la pleine empreinte de l’image de Dieu… »

 » O mon cher frère, priez, priez, persévérez dans la prière, plaidez avec Dieu, pleurez et gémissez dans la prière et la supplication. Vous connaissez le chemin; le Seigneur vous a montré son grand salut; vous ne pouvez pas rester en repos comme les autres et être heureux; non! vous devez tout obtenir, rien moins que toute la bénédiction ne peut mettre votre esprit en repos. Ne vous relâchez en rien!… »

Si l’âme sanctifiée n’a plus à  » lutter contre la chair et le sang,  » elle n’en est pas moins assaillie par  » les dominations, les autorités, les princes de ce monde de ténèbres, les esprits méchants qui sont dans les airs.  » (Eph. VI, 12.)

L’ennemi sera même d’autant plus terrible au dehors, qu’il aura perdu toute position au dedans.

C’est ce qu’éprouvait Bramwell, les fragments de

lettres suivants en donnent mainte preuve.

 » Ces derniers temps mes regards ont pénétré plus profondément dans l’Evangile. Nos corps sont  » les

temples du Saint-Esprit  » : je suis convaincu que, quant à notre corps particulièrement, notre gloire est peu de chose en comparaison de œ qu’elle pourrait être. Il est nécessaire au plus haut point d’être pur quant à l’homme extérieur. Il faut pour cela être dans la prière continuelle, les yeux toujours fixés sur Jésus-Christ…

« Quant à rechercher la gloire qui vient des hommes, le monde, ou quant à se rechercher soi-même, cela est devenu si choquant pour moi, que je m’étonne que nous ne tombions pas tous morts quand si peu que ce soit d’un pareil péché vient à se produire parmi nous.

« Quand je fais de la peine au Seigneur, j’en ai immédiatement conscience, l’Esprit me le dit… Mon âme est sujette à la paresse; et je dois prendre de la peine, je vous assure, pour que tous mes devoirs soient faits aussi vite que possible.

 » Je suis aussi fort corporellement que je l’ai jamais été, mais ma vue baisse rapidement : c’est un coup retentissant frappé à ma porte.  »

« La guerre pour moi se prolonge, je suis entouré des puissances des ténèbres. Mes tentations à me relâcher, à mettre moins d’ardeur et de travail dans la prédication et la prière, sont plus grandes que jamais. Les invitations que je reçois de beaucoup d’amis fortunés sont plus nombreuses ici, à Sunderland, que dans toutes les localités que j’ai habitées précédemment, et ces invitations tendent à produire ce relâchement. Mais je reste dans le Seigneur, je demeure ferme en Lui. Je suis gardé par la puissance de Dieu; de cela, j’ai pleine certitude. Je grandis et je deviens plus petit; je suis plus honteux de moi-même, plus dépendant de mon Père céleste que jamais. Ma communion avec Lui est devenue plus étroite, plus constante; et mon amour pour Lui, plus puissant. Quant à ma prédication, je suis peiné au plus haut point : elle est tellement au-dessous de son sujet, la rédemption, le plein salut! Je tremble autant que jamais en présence de mes auditeurs.

Dans une lettre datée de 1807, Bramwell montre la grandeur des bénédictions dont il jouit et il exprime l’ardent désir que ses frères aient part aux mêmes grâces

 » J’espère que vous conserverez toute votre foi et toute votre patience. Plus nous nous approchons de Dieu, plus nous devenons conscients du moindre péché et de la moindre tentation. Ce qui pour moi est le meilleur, c’est de demeurer continuellement dans le Seigneur. Sentir que tout lui est abandonné, qu’on dépend de lui pour toutes choses, qu’on est un avec lui, et ne jamais être distrait de sa présence, c’est le ciel continuellement sur la terre.

 » Être constamment prêt pour la gloire: tel est, en effet, notre privilège. Oh! quel grand salut!

Tout ce qui est mauvais a été enlevé, toute grâce est obtenue, l’enfer est vaincu et Christ est sans cesse glorifié!

Le 20 mars de la même année, il écrit encore de Sunderland:

 » Mon cher frère,

« Il y a quelques temps que je pense à vous écrire, car je n’oublie pas mes amis; au contraire, je me sens toujours plus uni à eux et parfois je désire beaucoup les voir, afin que nous puissions, eux et moi lutter ensemble les uns pour les autres dans la prière et recevoir du Seigneur une grande puissance pour accomplir notre œuvre. Encore un peu de temps et la bataille sera gagnée. Nous devons vaincre pleinement par le sang de l’Agneau. La vieille nature doit être détruite. Le Seigneur qui a créé le monde d’un mot, peut d’un mot nous sauver; et l’incrédulité seule peut empêcher notre plein salut.

 » Oh! combien la vie est douce, calme et sereine quand toute guerre contre le péché et le mal intérieur est terminée!

 » Priez! oh! priez! mon frère. Ne vous dessaisissez jamais, jamais, de la pleine bénédiction que vous avez reçue. Je suis étonné que nous ne prions pas davantage et même que nous ne vivions pas à chaque instant comme sur le bord du royaume éternel…

J’espère que vous passerez au travers des choses périssables les yeux fixés sur celles qui sont d’En-Haut.

« Quand nous sommes purifiés du péché, il semble que nous ne faisons que commencer à vivre; se reposer alors sur Dieu, n’être jamais distrait par les choses de la terre, croître de toute façon en  » Celui qui est la tête  » ne jamais voir ni sentir que Lui, faisant tout en Lui et pour Lui, c’est le ciel commencé sur la terre…


Conseils aux prédicateurs

Bramwell avait à Sunderland plusieurs jeunes prédicateurs sous ses soins, l’un d’entre eux demeurait même sous son toit; et leur état spirituel était pour lui un grand sujet de préoccupation.

Le 6 décembre 1806, il écrit à l’un de ceux qui venaient de le quitter pour entrer dans le ministère:

 » Certainement Dieu est prêt à faire toutes choses nouvelles dans votre circuit; il sera avec quiconque a un œil simple et ne cherche qu’à sauver les âmes. Que vous vous trouviez si incapable, si honteux devant Dieu, ce n’est pas une preuve que vous ne soyez pas appelé au ministère.

 » A seize ans nous croyons savoir quelque chose, à vingt ans nous croyons savoir beaucoup; mais si nous croissons dans la connaissance, nous arrivons à savoir que nous ne sommes rien… dites–moi tout l’état de votre âme dès que vous le jugerez bon. Levez-vous de bonne heure. Ne restez jamais tard au lit à moins d’y être obligé. Priez lisez, priez!

A un second de ces jeunes gens il écrit:

 » Mon cher frère, levez-vous de bonne heure, lisez, écrivez, remettez tout entre les mains du Seigneur; il aplanira alors votre sentier, votre âme prospèrera et votre travail aura du succès.

Le temps est court… Priez pour moi. J’ai confiance que j’aurai toutes les raisons possibles pour vous aimer en Jésus-Christ…  »

A un troisième, il écrit une longue lettre dont nous extrayons les lignes suivantes qui auront une grande importance pour quiconque cherche avant tout la sanctification

 » Vous avez bien commencé, vous avez continué, vous êtes dans la faveur de Dieu; maintenant, mon cher frère, devenez semblable à Dieu; oh!

soyez l’image de votre Seigneur! Soyez pur de cœur, jamais orgueilleux, jamais colère, jamais de mauvaise humeur, jamais irrité. Que tout en vous soit du ciel, de Dieu qui est votre tout. J’ai confiance que vous n’aurez pas de repos que vous n’ayez reçu cette grâce; et que dans peu de jours, quand je vous verrai, vous pourrez me dire:  » Je me suis donné tout entier à Dieu, je lui ai tout abandonné, j’ai lutté avec lui, comme Jacob, lui disant que je ne le laisserais point aller qu’il ne m’eût béni, et il a purifié mon âme. Je le sens, tout mal a été enlevé de mon cœur. Je vis dans l’amour, tout en moi est amour, amour uniquement. n Dieu peut faire cela, il le fera pour vous. Le temps est court, votre œuvre est grande; ne craignez rien, soyez saint et vivez dans la plus étroite union avec votre Créateur et Sauveur.  »

En décembre 1807, Bramwell écrit de nouveau au même jeune prédicateur

« Les prédicateurs de notre circuit prospèrent et sont bien unis; nous nous réunissons chaque samedi et nous sommes pleinement bénis. Cependant la prédication de la sanctification et la possession de cette sanctification sont beaucoup en déclin parmi nous. Comment y remédier? Je ne sais. Cela finira mal, si cette gloire ne peut être rétablie. Je gémis et je me lamente. O Seigneur! montre ton bras et sauve-nous ! Un bon nombre de personnes dans ce circuit, ont obtenu la bénédiction dernièrement (la délivrance de toute tendance au péché), un nombre beaucoup plus grand en a faim et soif; mais la recevoir par la foi seule, voilà la difficulté. Il nous est presque impossible de persuader ces personnes que Dieu veut leur accorder cette grâce maintenant.

 » J’espère, mon cher frère, que ce plein salut vous tient à cœur.

 » J’espère que vous utilisez votre temps, particulièrement le matin. Oh! combien Satan va vous tenter pour vous faire rester au lit pendant ces froides matinées! tandis que vous devriez être engagé dans la prière, dans votre cabinet, chaque matin, dès cinq heures, ou même plus tôt.

« En ayant l’habitude de telles prières matinales, quelles merveilles vous obtiendrez de Dieu pour votre âme et pour ceux qui vous entourent! Oh! levez-vous de bonne heure, mon cher frère.

Vous quitterez bientôt cette terre;  » notre salut est maintenant plus proche que lorsque nous avons cru.  » Rappelez-vous de la Fléchère qui, lion qu’il était, fut changé en agneau. Que Dieu soit avec vous!

 » Oh! soyez une merveille dans votre circuit, une merveille dans la prédication, une merveille.

de zèle pour le salut des âmes. Soyez un puissant homme de Dieu! Je prie pour vous, je demande à Dieu que votre cœur, vos paroles, vos actions lui soient agréables et qu’il puisse vous dire au dernier jour:  » Cela va bien, bon et fidèle serviteur.  »

Les lignes suivantes sont adressées au Révérend,

A. F., jeune homme que Bramwell avait recommandé comme prédicateur, et aux progrès duquel il s’intéressait vivement.

7 décembre 1807

 » Mon cher Abraham,

« …Pour bien utiliser votre temps, vous verrez qu’il est nécessaire, votre œuvre terminée, de vous coucher aussi tôt que possible et de vous lever de bonne heure. Vous aurez à endurer le froid; ayez votre briquet et votre amadou prés de vous… Mais ayez grand soin d’entretenir le feu intérieur :  » c’est l’onction, disait M. de la Fléchère, qui fait le prédicateur. n Ayez toujours le cœur pur, soyez sauvé de tout péché et témoignez de cette œuvre de Dieu toutes les fois que vous en aurez une occasion convenable. Ne soyez jamais trop long dans ce que vous dites, ou dans vos visites, même dans la société la mieux disposée. Vous trouverez facilement le moyen de terminer vos discours et vos visites, et par là vous conserverez votre dignité. Ne dites jamais de mal d’une autre localité ou d’une autre société que celle où vous êtes. Ne dites jamais de mal de personne. Vous éviterez ainsi beaucoup de maux.

 » Quand vous prêchez, ne commencez pas sur un ton trop élevé; vous pouvez avoir autant de

force en parlant plus bas…

« Soyez un homme de Dieu, un prédicateur utile, amenant beaucoup d’âmes à la gloire; étudiez-vous à cela et vous y arriverez. Que votre but soit toujours le salut du monde. Écrivez tous vos semions avant de les prêcher, mais n’écrivez pas trop et ne soyez pas trop attaché à votre plan. Ne soyez jamais dur, fatigant ou ennuyeux.

Cependant ne soyez pas trop court… Faites en sorte que vos auditeurs reçoivent beaucoup en peu de mots.

 » Que vos discours soient modestes et graves, pleins de douceur et de simplicité…  »

Dans une lettre de Bramwell adressée à Mme Pawson, « sa chère mère selon l’Évangile, n et datée de Sunderland, janvier 1808, nous lisons:

 » Je dois vous le dire,  » ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi. n J’ai travaillé plusieurs mois à ce que rien ne vînt jamais me distraire de Dieu, pas même un instant; et le Seigneur m’a donné d’y parvenir. Je fais maintenant la pleine expérience de cette parole :  » Il demeure en Dieu et Dieu demeure en lui .

 » En effet, je vis en Dieu. Oh! quelle vue de toutes choses j’ai maintenant! la création, la rédemption, le plein salut, l’état du monde, — avec quelle clarté je les vois! Je suis attristé, mais c’est en Dieu, je me réjouis, mais c’est en Dieu; je parle, mais je constate que c’est en Dieu; j’ai beaucoup de tentations, mais je suis inébranlable en Dieu.

Oh! combien il me tarde que l’Église connaisse ce grand salut! Et cependant je puis m’accommoder aux faibles mieux que jamais. Je suis confus devant le Seigneur; je ne puis rien sans lui; je m’étonne qu’il puisse m’aimer…

 » Chère Mme Pawson, que devons-nous faire

pour persuader l’Église de la possibilité d’une telle union avec Dieu? Etre purifié de tout péché est une grande chose, il est vrai; mais avoir la gloire demeurant en soi et qu’elle y soit pleinement efficace : voilà le salut.

Le Seigneur veille, attendant le moment où

il pourra accomplir ses promesses. Comme un bon père, et bien davantage, il désire que ses enfants aient la totalité des choses qu’il leur a promises. J’espère que vous progressez. Ne craignez rien; il vous a sauvée, il vous protège et il le fera jusqu’à la fin.

Bramwell avait une grande crainte que la simplicité et la puissance spirituelle qui distinguaient la première génération des prédicateurs wesleyens ne fissent place à un esprit mondain et sectaire. Il craignait particulièrement que la doctrine de l’entière sanctification ne fût de plus en plus abandonnée. Aussi employait-il toute son influence pour que la Société wesleyenne s’assurât des candidats au ministère pleins de foi et du Saint-Esprit. Ces préoccupations se montrent dans toutes ses lettres.

Dans les premiers jours de 1808, il écrit à un jeune prédicateur

 » Vous devez user de tous les moyens pour croître en intelligence, en zèle, en compassion pour autrui; vous devez être ému jusqu’aux larmes à la vue de ce monde qui se perd.

« Plaidez avec Dieu de toute votre âme pour obtenir le plein salut. Je sais que vous pouvez l’avoir, ne souffrez pas que rien l’empêche. Vous savez que  » toutes choses sont prêtes n présentement. Que tout votre être soit amour; soyez perdu en Dieu, et demeurez ainsi. Quand vous prêchez, que chaque mot et chaque regard témoignent de la plus grande affection pour vos auditeurs et que tout en vous montre que vous avez le plus ardent désir qu’ils soient sauvés. Faites preuve du plus profond respect pour eux et gardez-vous de tout ce qui serait dur. Dites les choses les plus fortes, mais que votre épée soit douce ; tous alors vous aimeront, même ceux qui ne délaisseront pas leur péché, et vous conserverez votre influence.

Jésus portait les agneaux sur son sein.

 » Il faut donc que vous acquerriez le pouvoir de vous  » faire tout à tous,  » et que vous soyez toujours attentif à être le serviteur de tous pour l’amour de Jésus-Christ.

 » Que votre exemple soit celui de la sainteté. Soyez beaucoup avec Dieu et votre physionomie resplendira. Que chacun voie en vous la nouvelle création. Je ne désire pas seulement que vous soyez un chrétien, je désire que vous receviez  » toute la plénitude de Dieu.  »

Bramwell écrit au Révérend Pilter, un de ses collègues

 » Mon cher frère,

 » … Notre œuvre, comme ministres de l’Évangile, est d’une telle importance que souvent je suis tout tremblant avant de monter en chaire; et je m’étonne que j’aie jamais pu m’engager dans une telle œuvre. Cependant quand ma prédication est commencée, je suis fréquemment pénétré de la présence divine à un tel point que pour rien au monde je ne voudrais cesser l’œuvre. Oh! combien notre Dieu Sauveur est miséricordieux! Il fortifie nos mains; il nous sauve!

 » En avant! mon cher frère : prêchez et priez,

arrachez et plantez. Faites tout en Dieu et il sera

avec vous, il opérera parmi vos auditeurs.

 » O mon frère, vivez dans l’entière sanctification, purifié de tout péché; vivez dans l’amour, dans la plénitude de Dieu. Soyez un ouvrier; faites toute la volonté de Dieu dans l’Église, puis allez partout dans le circuit à la recherche des âmes. Qu’une seule chose vous satisfasse : les amener à Dieu! c’est ainsi que vous vous sauverez vous-même et que vous sauverez ceux qui vous écouteront.

 » Ici, tout va bien par la bonté de Dieu. Un grand nombre d’âmes se tournent vers le Sauveur, pas autant cependant qu’il y a une année.

 » Oh! être prêt, être prêt! c’est pour cela que je travaille, que je lutte. Je vis et je grandis en Dieu; il est tout pour moi, en toutes choses. 0h! cette union avec Dieu! c’est le ciel. Jamais je ne me suis vu si petit; mais je suis gardé par sa toute puissance. Seigneur aide-moi et aide tous les tiens à chanter tes louanges à jamais  »

La lettre suivante est adressée à un jeune prédicateur qui faisait alors ses débuts.

 » J’apprends que vous êtes tout à fait satisfait de votre œuvre, je parle de celle de prédicateur itinérant, une œuvre qui, même jusqu’à maintenant, me fait trembler devant Dieu. Je suis toujours persuadé que seule la toute-puissance qui a ressuscité Jésus des morts peut nous soutenir dans l’accomplissement d’une telle œuvre.

 » Ce serait facile de l’accomplir comme une affaire de ce monde, comme une pure forme, de manière à ne pas s’en faire plus de souci que des choses ordinaires de la vie. Mais faut-il que le Seigneur nous ait adressé un appel céleste, qu’il nous ait revêtu de l’Esprit de zèle et de puissance et qu’il nous ait envoyé sauver les pécheurs de la perdition éternelle, pour qu’après tout cela nous perdions l’esprit de notre vocation? Quel compte alors pourrions-nous lui rendre? Comment pourrions-nous nous présenter devant son tribunal sans être couverts de honte? Il n’y a que le bon emploi de notre temps, de nos talents et de toutes nos ressources qui pourra nous excuser en ce moment-là.

 » Réfléchissez à tout cela, mon cher frère, et examinez-vous vous-même avec le plus grand soin. Vous adonnez-vous à la lecture et à la prière ? Vous donnez-vous vous-même à ce ministère?

Quand vous êtes en société faites-vous tourner toutes choses au profit des âmes? Êtes-vous un homme de Dieu en esprit, en paroles, et en actions? L’Esprit de Dieu vous rend-il clairement témoignage que vous êtes entièrement sanctifié?

et rendez-vous témoignage de cette œuvre?

 » Je désire que vous soyez un prédicateur accompli; et, dans ce but, ne serait-ce pas bien à vous de lire les Écritures sans commentaires, et d’en découvrir la largeur, la longueur, la profondeur et la hauteur, en les approfondissant, en priant et en recevant la lumière de Dieu? Quiconque dépend d’un commentaire sera très superficiel et ne parlera jamais avec l’assurance nécessaire. Vous pourrez parfois lire un commentaire, pour voir quelle différence il peut y avoir entre l’auteur et vous, mais faites-le après votre travail, jamais avant.

 » Écrivez chaque jour quelque chose ; ayez un cahier spécial pour cela et ne perdez jamais une idée que Dieu, dans sa bonté, vous aurait donnée. En prêchant, ne soyez jamais ennuyeux; le monde n’a jamais supporté cela, et ne le supportera jamais.

« Que votre exorde soit une courte introduction au sermon, qu’elle prépare vos auditeurs à ce que vous avez à leur dire. Que votre sermon soit clair et fort, atteignant le cœur de chacun.  » Sauve-toi et sauve ceux qui t’écoutent! n

 » Si vous n’avez pas d’autre but que d’amener des âmes à Dieu, cet esprit pourvoira à peu près à tout. Luttez pour qu’à chaque sermon des âmes soient gagnées. Dieu sera alors avec vous et vous bénira; il vous donnera le désir de votre cœur. Soyez propre et convenable dans vos vêtements et dans toute votre personne; mais jamais de raideur, ni d’élégance! Soyez en harmonie avec le Seigneur Jésus, qu’il soit toujours devant vos yeux.

 » Ne soyez jamais cérémonieux; soyez poli et bon, jamais sombre, jamais léger. O mon frère, vivez pour l’éternité. Le Seigneur est tout proche; soyez à chaque instant prêt pour la gloire, et toujours aussi prêt à quitter la terre que vous l’êtes le soir à vous livrer au repos. Priez, priez, priez, et ne cessez jamais !

Dans une lettre écrite à un autre jeune prédicateur, nous lisons

 » Ayez fort à cœur le salut des âmes : avec cela, tout ira bien; vous lirez, vous étudierez, vous mettrez le temps à profit, vous prêcherez et travaillerez de toute façon. Si le salut des âmes vous est infiniment cher, vous vous lèverez de bonne heure et vous ferez chaque jour tout le travail que vous pourrez. Oh! l’importance du salut! ne fut-ce que d’une seule âme! Je m’étonne que nous ne soyons pas mille fois plus vivants dans notre service pour Dieu. Paul dit qu’il sert le Seigneur avec une entière humilité, avec beaucoup de larmes, enseignant publiquement et de maison en maison.  » Faites de cela votre devoir de chaque instant et abandonnez votre avenir à Dieu; c’est ainsi que vous serez toujours heureux car Dieu pourvoira à tout.

 » Ce grand salut est fort négligé parmi nous; prêchez-le dans chaque occasion favorable; soyez-en un témoin, et rendez-en témoignage toutes les fois que vous le pouvez. Vous trouverez des contradicteurs, mais n’y faites aucune attention, ne discutez pas, mais allez de l’avant avec patience.

Aimez vos ennemis; faites du bien à ceux qui vous haïssent; ne soyez jamais paresseux en faisant le bien et vous moissonnerez en conséquence. »

Au Rév. J. Everett pour lequel il avait la plus haute estime, Bramwell écrit:

« Je vous porte sur mon cœur et je ne puis penser à vous sans amour et gratitude. Comme vous, je suis convaincu que seul le plein salut, l’entière sanctification, peut nous rendre heureux, nous qui avons reçu tant de lumières. Comment échapperons-nous si nous le négligeons? Ne tomberions-nous pas tôt ou tard? Les Juifs pouvaient atteindre à un certain degré de gloire sans avoir cette entière sanctification; mais nous qui avons été élevés jusqu’au ciel ?… J’espère que vous avez le témoignage clair et net de l’Esprit de Dieu comme quoi vous êtes purifié de tout péché par le sang de Jésus et que vous êtes prêt pour la gloire. Ne perdez jamais rien de votre zèle; vous pouvez le garder tout entier sans cependant faire ce travail extraordinaire qui, je le sais, est souvent au-dessus de vos forces.  »

La lettre suivante montre bien les vigoureux efforts que doit faire toute âme qui veut croître dans la grâce, vaincre le monde et le péché.

« . ..La lutte contre le péché extérieur est rude, la lutte contre les restes de la vieille nature l’est davantage; mais quand l’âme reçoit le sang qui purifie de tout péché, quand Dieu habite dans le cœur, et règne seul sur lui. — c’est alors que nous connaissons le grand salut que nous a conquis Jésus-Christ. Tout en nous est calme et paisible; l’eau, le feu, les hommes, les démons, rien ne peut nous troubler; et nous sommes prêts pour toute bonne œuvre; nous pouvons prier, prêcher et tout remettre entre les mains de Dieu.

« Quelques-uns disent:  » C’est bon; d’autres:

« C’est mauvais;  » mais nous ne cessons de donner gloire à Dieu et de continuer notre œuvre. Heureuse œuvre, heureuses gens, heureuse fin!

 » J’espère que vous n’avez pas décliné, que vous n’avez rien abandonné de votre foi ou de votre union avec Dieu. Nous endormirons-nous quand tant d’âmes s’en vont vers l’enfer? Pouvez-vous voir les pécheurs descendre plus bas? ne sont-ils pas déjà assez bas? Par la grâce de Dieu, il nous faut au moins retirer quelques tisons du feu. Si vous sauvez une âme par mois, songez à la couronne de gloire que cela vous fera! Et quand vous ne seriez pas encouragé à poursuivre votre œuvre, que la pensée de la place qui vous attend auprès de Dieu vous incite à glorifier le Seigneur, soit par votre vie, soit par votre mort.

 » Je crois que vous n’avez pas encore reçu toute la promesse. Quand nous entrons dans le pays, tout est si délicieux, que nous contemplons les fleurs et les campagnes, au lieu de nous hâter vers la gloire. Être tout en Dieu et Dieu en vous, voilà votre gloire. Ne vous arrêtez pas parce que d’autres s’arrêtent. Ayez de bonnes paroles pour tous, mais ne vous attardez avec personne. Tout ce que vous ferez pour Dieu sur la terre sera un pas vers le ciel. Les affaires elles-mêmes vous souriront si elle sont faites pour Dieu; vous verrez Dieu en toutes choses; vous ne pouvez, du reste, rien faire sans lui.

 » Vivez, mon cher frère, avec Abraham dans la foi; avec Elie dans la prière; avec Daniel dans le courage; avec Jean dans l’amour; avec Paul dans la commisération à l’égard du monde qui se perd (rappelez-vous ces larmes versées nuit et jour).

 » Les discussions sont en général stériles; évitez les, si possible, même sur les sujets les plus édifiants.

Soyez toujours bon et affectionné envers ceux qui pensent autrement que vous, bénissez ceux qui vous maudissent. Que le Seigneur soit avec vous!  »

Les lignes suivantes sont tirées d’une lettre à un jeune prédicateur, écrite peu de temps après les précédentes:

 » L’immense avantage qui découle pour nous d’une entière sanctification, est pour moi plus que jamais évident. Une entière sanctification garde l’âme en repos à travers tous les orages de la vie; elle rend pleinement satisfait de la place où Dieu nous met, quelle qu’elle soit; elle approuve pleinement les ordres de Dieu; celui qui la possède est complètement délivré de lui-même, préoccupé de la gloire de Dieu et possédé d’un ardent désir de faire le bonheur d’autrui. Quand nous sommes entièrement sanctifiés, le monde pour nous n’est plus, nous vivons en haut,  » nous demeurons en Dieu et Dieu demeure en nous;  » nous pouvons parler quand nous voulons et nous taire de même.

Une pareille victoire, un pareil salut est pour nous chose acquise. Et nous ne sommes rien, nous le sentons. Nous ne pouvons rien sans Dieu, c’est pourquoi nous lui rendons gloire pour toute bonne pensée et pour toute bonne action.

 » Demeurez toujours dans l’amour de Dieu. J’ai connu bien des personnes qui ont reçu cet amour et qui l’ont perdu. Mais nous pouvons le garder, rester debout; car Dieu est capable de nous garder à jamais. Vivez dans cet amour, parlez, prêchez en lui. Si nous faisons cela, l’enfer, le monde et beaucoup de gens qui font profession d’être chrétiens chercheront à empêcher nos succès. Mais prions sans jamais nous arrêter, sans nous laisser émouvoir et sans reculer d’une ligne…

« S’il y a quelque chose d’extravagant dans votre manière de faire, soyez toujours prêt à le reconnaître; mais prenez garde que, sans vous en apercevoir, vous ne soyez tiré hors de la vie pour tomber dans la grande masse de ceux qui sont morts.

Je voudrais parfois travailler jour et nuit pour avoir de bons sermons; et je pense que vous en pouvez dire autant. Mais faites bien attention que le but de vos lectures et de vos études soit de sauver des âmes, n’ayez que ce but en vue. Il n’y a que trop de prédicateurs qui travaillent pour être populaires.

On m’a dit qu’à la Conférence, un homme prêcha pendant une heure pour montrer aux membres de la Conférence qu’il savait quelque chose. Quel misérable travail! Quel compte rendront-ils à Dieu ceux qui agissent ainsi? Un homme se rend dans un circuit avec cette pensée: « Je leur ferai voir que je suis quelque chose!!! n Mon cher frère, le salut des âmes, et, si possible, une âme amenée à Dieu à chacune de nos journées de travail, voilà quelque chose de grand.  »

Le Rév. A. Bell qui avait été amené à Dieu par Bramwell, alors qu’il demeurait à Sunderland, a laissé quelques pages dont nous extrayons ce qui suit

 » J’ai fait connaissance de M. Bramwell en 1807, La piété et les succès extraordinaires de cet homme de Dieu étaient cause qu’on parlait beaucoup de lui, aussi me décidai-je à aller l’entendre. Ce fut pour moi une heure mémorable. Il avait pris pour texte Esaïe LXII, Sa gravité, sa manière sentie de lire les cantiques, la puissance de son esprit de prière

et d’intercession, puis sa prédication passionnée, énergique, non seulement rivèrent mon attention au sujet qu’il traitait, mais firent sur moi une telle impression que je fus à l’instant décidé : je me donnai à Dieu et à son peuple. J’obtins le salut et je me joignis à la Société. Depuis œ moment j’eus très souvent l’occasion de profiter de ce ministère si puissant pour réveiller et vivifier les âmes, et qui pour moi n’avait pas d’égal. Je ne perdais pas une occasion d’entendre M. Bramwell et chaque fois j’en étais encouragé et fortifié.

 » Il venait souvent, l’après-midi, dans de petits villages où il prêchait dans les cottages des pauvres, ce qui contribuait à amener du monde aux prédications du soir. Ses visites, tout inspirées par l’amour des âmes, contribuaient aussi à augmenter les auditoires qui étaient extraordinairement nombreux.

 » Après la prédication du soir, M. Bramwell réunissait la Société autour de lui, ou s’en allait chez quelques frères pour prier avec eux. Il prêchait en outre très souvent à cinq heures du matin.

« Partout où il allait, Dieu était avec lui; les auditeurs étaient grandement édifiés et l’on regardait ses visites comme un  » temps de rafraîchissement de la part du Seigneur.  »

 » Dans les réunions de la Société nous avions l’avantage de recevoir ses conseils, affectueux et instructifs au plus haut point. Sa grande expérience des choses de Dieu, sa connaissance des pièges de Satan et de la seule manière de les éviter, rendaient ses allocutions infiniment précieuses à toutes les classes de personnes composant la société. Les chrétiens les plus avancés, comme les nouveaux convertis, étaient suspendus à ses lèvres, pleins de joie et d’admiration pour les enseignements qu’ils recevaient. Avec la simplicité, l’affection et le saint zèle qui lui étaient habituels, il s’efforçait de convaincre chacun de la nécessité d’une piété vécue et pratique.

 » M. Bramwell faisait preuve d’une grande sagesse dans l’emploi de la discipline; il n’était en cela ni rigide, ni dur; il n’y avait rien en lui qui ressemblât à de la brusquerie. En fidèle surveillant de l’Église de Dieu, il usait de la discipline,  » selon le pouvoir que Dieu lui avait donné pour édifier et non pour détruire. > Il prit souvent les règles de la société pour texte de ses discours dans les réunions de société; et il eut toujours fort à cœur de répandre la connaissance de ces règles. Après s’être adonné quelque temps à cette œuvre, il exclut de la société plusieurs personnes qui n’avaient pas une conduite en harmonie avec ses principes. Plusieurs des conducteurs de classe exprimèrent la crainte qu’en voulant arracher l’ivraie, il n’arrachât le bon grain, mais il accomplit jusqu’au bout son devoir et en laissa les conséquences à Dieu.

Une des premières personnes exclues ainsi était une femme qui le fut pour avoir épousé un incrédule. Quand son mari apprit le fait, il prit la résolution d’aller entendre M. Bramwell. Il le fit et fut aussitôt profondément convaincu de péché; il chercha le Seigneur de tout son cœur et obtint l’assurance de son pardon, de sorte que dès la première visite que fit M. Bramwell dans la localité qu’il habitait, le serviteur de Dieu eut la joie d’admettre le mari et de réadmettre la femme dans la société.

 » J’étais présent, un soir, à la prédication que fit M. Bramwell dans une localité qui avait passé en proverbe pour l’état de mort spirituelle dans lequel elle se trouvait; mais l’Esprit de Dieu réveilla les auditeurs de sorte que vingt-cinq d’entre eux se présentèrent ce soir-là même comme candidats à l’admission dans la société, ce qui produisit un effet merveilleux sur les anciens membres qui furent contraints de chanter:

 » Que les arbres des forêts poussent des cris de joie,

Jésus ramène à Dieu les pêcheurs.  »

 » Tandis que l’œuvre de Dieu s’étendait, elle s’approfondissait chez un grand nombre de conducteurs de classes et de prédicateurs laïques qui furent conduits à chercher la sanctification et la puissance du Saint-Esprit. Beaucoup de ceux dont l’amour s’était refroidi,  » se repentirent et firent leurs premières œuvres.  »

Plusieurs jeunes gens, après avoir obtenu la purification du cœur, s’en allèrent de village en village et de maison en maison appeler les pêcheurs à la repentance; ils les invitaient aussi à venir entendre les prédications et à prendre part aux réunions de prières qu’ils avaient établies. Ils eurent ainsi de grands succès. Ils rencontrèrent beaucoup d’opposition, mais plusieurs de leurs adversaires les plus violents furent amenés à Dieu par leur fidélité.

 » Ma dernière entrevue avec M. Bramwell, dit encore M. Bell, eut lieu en 1816. Une grande assemblée de chrétiens s’était réunie pour l’entendre. Dans le chant et dans la prière toute son âme se répandait en une ardente aspiration vers l’immortalité glorieuse. Dans son allocution sur les privilèges du croyant, je me sentis humilié jusque dans la poussière devant Dieu; j’étais honteux de ma nullité à côté de cet homme de Dieu qui évidemment vivait sur le seuil même du sanctuaire éternel. Cependant je fus contraint de m’écrier: « Seigneur Jésus, il fait bon ici. »

 » Après la réunion, M. Bramwell me pressa de passer la nuit avec lui et j’acceptai. Pendant notre conversation, il m’apprit que douze des jeunes gens qui avaient été convertis lors du réveil de Sunderland étaient maintenant prédicateurs de l’Évangile.

 » Le lendemain matin, entre quatre et cinq heures, j’entendis dans le cabinet d’étude M. Bramwell qui se livrait à la prière selon son habitude. Peu après il vint m’inviter à me joindre à lui, et je n’oublierai jamais ses conseils paternels et ses prières ferventes pour le succès de mon ministère.

 » Après le déjeuner, quand je me séparai de lui, il me donna sa bénédiction avec tant d’affection et d’une manière si touchante que, malgré les trente années qui se sont passées depuis lors, j’en ai gardé un souvenir que rien ne pourra jamais effacer.

Oh! que le manteau de cet homme de Dieu tombe sur nous en ce jour!  »

Comme le remarquent les contemporains de Bramwell, il n’y avait pas d’alternance de hauts et de bas dans sa vie spirituelle, son cœur  » était fixé en Dieu;  » il n’y avait ni faux pas, ni halte dans sa course; entièrement purifiée, son âme croissait d’une façon normale et rapide; les progrès qu’il faisait dans la connaissance et l’amour de Dieu étaient continuels.

Pendant ses deux années de travail dans le Circuit de Sunderland, mille membres furent ajoutés à la société dans ce circuit; et l’œuvre de la grâce fut approfondie et affermie dans une multitude d’autres.


Le Saint-Esprit dirige tout

A la Conférence de 1808, Bramwell fut nommé, pour la seconde fois, prédicateur du Circuit de Liverpool. Six mois après il écrivait à un ami

« J’ai trouvé la société de ce circuit dans un misérable état; et, pendant le premier semestre, à Liverpool, j’ai dû exclure une centaine de membres. Pendant le second semestre, j’en ai regagné cent trente et j’ai vu revenir à Dieu un bon nombre de ceux qui avaient perdu la foi; j’ai vu aussi l’Esprit agir puissamment dans les auditoires, de sorte que l’œuvre a été renouvelée. Quand j’arrivai je ne trouvai que bien peu de personnes qui eussent gardé la bénédiction de la sanctification entière; mais un bon nombre l’ont retrouvée dernièrement. Il se fait une œuvre bénie dans toute la Société. Dans une réunion six ou huit personnes ont été sauvées en même temps. Il n’arrive guère qu’une classe se réunisse sans que les membres soient bénis. Samedi, à la réunion pour les âmes repentantes, douze personnes ont été sauvées. Des pauvres et des riches sont réveillés; plusieurs dames de la plus haute condition, et dont les noms vous sont familiers, ont été véritablement sauvées.  »

Bramwell jouissait constamment de cette pleine bénédiction dont il parle si souvent et qu’il désigne d’une manière diverse; tantôt c’est l’amour parfait qui bannit toute crainte, tantôt la glorieuse liberté, tantôt l’entière sanctification, tantôt le plein salut; et son grand souci est toujours d’y faire arriver les autres. Le 5 juillet 1809, il écrit à une Miss Brew :

« Vous avez reçu le pardon de vos péchés, c’est une bénédiction d’une grandeur inexprimable. Mais vous n’en resterez pas là; car en lisant la Bible, vous trouverez de  » grandes et précieuses promesses  » qui sont toutes pour vous; vous êtes à Christ :  » toutes choses sont à vous. « Qui pourra l’empêcher? n’est-ce pas Dieu qui a parlé, et ne vous donnera-t-il pas toutes choses?

« A vous d’avoir faim et soif, de prier, de plaider, par la puissance de l’Esprit qui est mise à votre disposition. Et si vous le faites, Dieu ne prendra-t-il pas votre cause en main? Ne craignez rien, vous trouverez  » le sang qui purifie de tout péché,  » vous recevrez l’Esprit de Christ; et souvenez-vous que ce ne sera jamais que par la foi.

 » Oh! quelle foi bénie que cette foi puissante qui amène la bénédiction! Quand vous l’aurez, vous ne serez plus rien à vos propres yeux, vous sentirez que tout en vous ne sera que par Dieu.

 » Le sacrifice de vous-même étant complet, votre âme sera complètement changée à la ressemblance de Dieu. Alors vous  » supporterez tout, vous croirez tout, vous espérerez tout.  »

Vous ne pouvez pas encore savoir en vue de quelle gloire Dieu vous a rendu heureuse comme vous l’êtes… »

A un M. Preston, Bramwell écrit:

Je crie à Dieu, chaque jour, à chaque heure, constamment, pour recevoir mille fois plus de son amour. Le sacrifice a été consommé; tout ce qui est de moi doit disparaître. Me perdre en Dieu, c’est ma gloire. Je ne veux rien en moi que Christ: dans mes pensées, dans mes paroles, dans ma prédication, dans mes prières, etc. ..Je pénètre de plus en plus en Lui. Là, le bruit du moi, du monde et du péché, n’existe plus; tout est amour, calme et repos; les yeux fixés sur Lui, le cœur est ferme, la langue déliée; l’Esprit dirige tout… C’est là le salut acquis à tous les croyants; c’est la glorieuse liberté des enfants de Dieu. C’est un bien qui est pour vous et je demande à Dieu que vous ne puissiez jamais être satisfait tant que vous ne le possédez pas.

« Si les Méthodistes en général en sont dépourvus, c’est qu’il y a parmi eux trop de sommeil, pas assez de piété et de renoncement, de travail pour le salut des âmes; trop de conversation mondaine, trop de prédications; c’est trop: entendre, entendre, entendre, et pas assez s’examiner, sonder son cœur et ses voies dans la prière. Beaucoup passent tout le dimanche en public, et quand ils n’entendraient que des anges, ils n’en seraient pas moins rétrogrades. C’est étonnant de voir avec quelle facilité Satan dupe les chrétiens; en un instant il remplit les cerveaux et vide les cœurs…

 » Dans toute les églises, Satan s’est servi de la beauté extérieure, celle de la forme, pour faire oublier la beauté intérieure, celle de la pureté du cœur. Est-ce trop tard pour comprendre?…

Bramwell faisait profession d’avoir reçu l’entière sanctification par la plénitude de l’Esprit obtenu dès le commencement de son ministère. Des faits sans nombre ont montré la valeur de son témoignage, et ceux que nous allons citer ont frappé même les moins clairvoyants. Ils y ont vu la preuve d’une communion avec Dieu toute particulière, une approbation toute spéciale par conséquent, donnée de Dieu à son serviteur.

A Liverpool, en 1809, une pieuse jeune femme, membre de la société, voulut aller faire un séjour chez des amis qu’elle avait à la Jamaïque. Elle prit son billet de passage à bord d’un navire qui devait partir le lendemain, et elle y fit transporter ses effets.

Mais comme elle avait une profonde vénération pour M. Bramwell, elle alla le voir avant de partir et lui demanda de prier pour elle. Le pasteur s’agenouilla et la recommanda à Dieu. Mais soudain il s’arrête et dit à la jeune femme: « Ma chère sœur, vous ne devez pas partir demain; Dieu vient de me dire qu’il ne le veut pas.  » La jeune dame fut surprise; mais Bramwell fut très catégorique; il la décida à renvoyer son voyage et se rendit avec elle sur le vaisseau pour lui aider à retirer son bagage. Le vaisseau partit le lendemain et peu après on recevait la nouvelle qu’il était perdu, corps et biens, sans qu’on eût pu sauver un seul de ceux qui le montaient.


Toutes choses ne sont rien comparées à Dieu

A la Conférence de 1810, sur les instantes requêtes des frères de Sheffield, Bramwell fut nommé une seconde fois au poste de cette ville. Et, dès la première assemblée, il déclara publiquement à ses auditeurs qu’il était résolu à ne savoir autre chose parmi eux que Jésus crucifié.  » Je ne permettrai à personne, dit-il, de me parler en particulier de dissensions entre des frères; mais je verrai toujours l’accusateur et l’accusé face à face; et je ne formerai de jugement, ni me ferai d’opinion sur aucun homme, avant de l’avoir entendu parler pour sa défense.  »

Cette décision, cette vigueur, cette parfaite justice en même temps que cet amour pour le prochain, ce sont bien là des signes auxquels on reconnaît l’âme remplie du Saint-Esprit. Bramwell retrouvait sa chère et belle Église de Sheffield passablement changée; beaucoup de ceux qui en avaient été les colonnes avaient passé dans un monde meilleur. Son intime ami, M. Longden, bien vieilli et très faible l’accueillit en lui disant qu’il venait remplir le dernier devoir de l’amitié.  » Vous remettrez mes restes à la terre, lui dit-il, et vous tacherez de faire profiter les survivants des expériences bénies que Dieu m’a donné de faire  » ce qui arriva en effet, mais deux ans plus tard.

Bien que ses forces physiques eussent décliné, l’infatigable pasteur institua de nouveau, à cinq heures du matin, des réunions de prières où beaucoup d’âmes furent vivifiées et un bon nombre sauvées. Et sous son influence les dissensions qui existaient à son arrivée disparurent promptement.

Bramwell prêchait très souvent sur la nature et la nécessité de la sainteté; il témoignait du don que Dieu lui en avait fait et chacun pouvait se convaincre de la réalité de ce don. Il insistait beaucoup sur le fait que cette sainteté est à la portée de tous ceux qui sont justifiés, et il pressait ses auditeurs de la rechercher de tout leur cœur. Il savait que s’ils ne le faisaient pas et n’avançaient pas vers cette perfection, ils étaient en danger de se perdre irrémédiablement, aussi insistait-il avec une grande force.  » La raison pour laquelle tant de chrétiens cherchent à être délivrés de tout reste de leur vieille nature et n’y parviennent pas, dit-il, c’est qu’ils sont secrètement retombés et ont perdu la justification. S’ils voyaient clair sur l’état de leur âme, ils verraient qu’ils ont tout de nouveau besoin d’être justifiés par la repentance et la foi en Jésus.  »

Nous reproduirons quelques fragments d’une lettre de Bramwell écrite peu après son installation à Sheffield, et adressée à sa fille.

Sheffield, 5 novembre 1810
Ma chère Amie,

 » J’ai reçu ta bonne lettre. Combien je me réjouis ’apprendre que tu es rentrée dans l’amour de Celui qui a répandu pour toi son sang sur la croix!

je vois que maintenant tu vas croître dans cet amour…

 » Etre délivrée de tout reste de mauvais caractère, être changée dans l’Esprit du Christ à l’image de Dieu, et vivre pour le louer et se réjouir en Lui éternellement, c’est ta gloire, ta vie éternelle…

« Un peu de religion ne peut jamais rendre heureux, mais la plénitude te rendra heureuse dans toutes les circonstances, quelles qu’elles soient. Je prie pour toi: il me tarde de te voir:

tu es continuellement sur mon cœur. Le Seigneur te rendra — il le doit, puis-je dire, — il te rendra sainte comme Lui.  »

A peu près à la même date il écrit à M. Burrows:

 » Je n’ai jamais autant vécu dans le ciel que maintenant. Prier continuellement, racheter le temps, ne passer que peu d’heures au lit, travailler beaucoup ce sont les moyens d’obtenir le repos continuel. Etre purifié du péché intérieur, c’est beaucoup, et Dieu me le donne; mais, dans sa grande miséricorde, il me donne beaucoup plus encore : il remplit mon âme de son amour.

 » Le Seigneur a répandu son Esprit sur nous pendant ce dernier trimestre; cent trente personnes ont été sauvées. Nous avons un réveil à Great Gomersal, à Little Gomersal, à Littletown, à Birkenshaw et à Drighlington. Beaucoup de personnes sont véritablement vivantes pour Dieu; un bon nombre sont entrées dans la liberté parfaite.

Le 22 février 1812, M. Longden mourut dans le complet triomphe de la foi. Bramwell fit la prédication funèbre. A ce sujet, il écrit:

 » . ..Un chrétien, un ami, un homme de Dieu, nous a quittés. Des milliers assistaient à ses funérailles, je n’ai jamais vu une pareille foule en telle occasion…. Toutes choses ne sont rien comparées à Dieu; une vue de sa gloire éclipse tout… »

Peu avant sa mort, Longden avait écrit un rapport sur l’activité de Bramwell pendant son second séjour à Sheffield. Nous y lisons, entre autres, que ~œ fidèle ministre avait été, dans la main de Dieu, un moyen de salut pour des milliers d’âmes et qu’il en était devenu extrêmement vénérable aux yeux des chrétiens.


La grâce suffit dans la maladie

La Conférence de 1812 plaça Bramwell à Birstal.

Il y avait dix-neuf ans qu’il avait quitté ce circuit, depuis lors ses forces physiques avaient beaucoup baissé; les effets de l’âge et d’un travail excessif se faisaient sentir. Le serviteur de Dieu venait, en outre, de ressentir les premières attaques d’un mal qui devait l’emporter; il n’en continua pas moins ses travaux avec un redoublement de zèle.

Dès le premier dimanche à Birstal, il réunit la société et fait remarquer à ses frères que  » chanter bas et lentement, faire de longues prières, de longues réunions et arriver tard aux services, était indubitablement la marque d’un état spirituel peu prospère.  » Puis il leur recommande de mettre la plus grande diligence à user des moyens de grâce, particulièrement des réunions de classes et des réunions de prières. Il leur annonce qu’il passera toutes ses soirées dans les différentes localités du circuit afin de pouvoir visiter tous les membres de la société; puis il leur dit que tous les efforts humains étant stériles sans l’opération du Saint-Esprit, il les prie tous instamment de s’unir à lui dans la prière pour obtenir cette divine efficace.

Il termine enfin en disant, avec une énergie qui lui était particulière:  » Je connais un homme qui prie pour Birstal treize fois par jour sur ses genoux; et qui de temps en temps reste quatre heures de suite en prières.  »

Ses efforts joints à ceux de ses fidèles collègues furent bientôt couronnés de succès. Avant la fin de 1812 il put écrire:

« En plusieurs localités du circuit il y a, dans les âmes une détresse telle que je n’en ai jamais vue. Un grand nombre se tournent vers Dieu…

« Pendant ce dernier trimestre, le Seigneur a abondamment répandu son Esprit, environ cent trente personnes ont été sauvées. Il y a un réveil en plusieurs localités du circuit.

 » A Birstal plusieurs familles se sont jointes à nous; et beaucoup de chrétiens dans cette ville sont vraiment vivants.

 » Une réunion des conducteurs de classes et des prédicateurs a lieu chaque jeudi après la prédication et le Seigneur est avec nous…

« La pauvreté est très grande et ne fait que s’accroître en plusieurs localités. Quand donc la guerre cessera-t-elle? Dieu châtie cette nation.

Oh! si elle pouvait se repentir et être sauvée!  »

Précédemment les conducteurs de classes de Birstal ne s’assemblaient que tous les quinze jours; Bramwell les réunit chaque semaine. Dans chaque localité du circuit, il réunit ceux de la localité après la prédication qu’il y fait le soir pendant la semaine.

Chaque année, il faisait un examen des conducteurs et leur posait entre autres, les questions suivantes:

1- Avez-vous des dettes?

2- Avez-vous la pleine assurance de votre réconciliation avec Dieu?

3- Etes-vous entièrement sanctifié?

4- Commencez-vous vos réunions à l’heure convenue, que les membres de la classe soient présents ou non?

5- Priez-vous avec votre famille matin et soir? etc.

Quelques mois plus tard, toujours avant la fin de 1812, il peut écrire ces paroles qui ne doivent pas rester inaperçues:

« Une œuvre glorieuse s’est faite dans notre circuit; de trois à quatre cents âmes ont été amenées au Sauveur. Nos assemblées de culte, agapes, réunions d’associations particulières, etc., ont été renouvelées par la présence de Dieu. Non seulement des pauvres; mais un bon nombre de gens de haute condition, et même par familles entières, se sont donnés à Dieu ! Oh. que cette œuvre puisse continuer Priez, priez, priez! Je prie continuellement.  »

II écrit aussi à son fils aîné:

« Mon cher John,

 » Je suis plus que jamais persuadé de la nécessité d’être constamment prêt à entrer dans la gloire éternelle. J’ai eu dernièrement une vue du monde à venir hautement bénie. Toutes choses ne sont que de la boue comparées à Jésus-Christ et à la gloire de son royaume. J’ai faim et soif~ je prie et me voue au service de Dieu de toute mon âme.

Le 5 mai 1813, Bramwell écrit de Birstal:

 » Vivez pour Dieu, mon frère Cranswick. Faites toujours marcher de front l’accomplissement de ces trois devoirs : actif au travail, fervent d’esprit, servant le Seigneur. Et c’est par beaucoup de prière, le matin, avant de vous mêler au monde, et beaucoup de vigilance, que vous y parviendrez.

Dites à vos chers amis, vos voisins, d’être persévérants, fermes dans le Seigneur. Nous en aurons bientôt fini avec toutes les choses de la terre et dès que nous quitterons ce monde, notre place sera fixée pour toute l’éternité. J’y pense souvent. L’entière sanctification, le plein salut, c’est la gloire de notre dispensation. Parlez-en dans votre classe et en chaire; insistez sur ce sujet et pressez vos auditeurs de vivre tous dans cette sanctification. Dieu sera avec vous; et, malgré la rage de l’enfer et l’opposition des hommes, un bon nombre croiront et seront sauvés… »

Dans une lettre du mois d’août 1813, nous lisons:

Ce matin, je me suis appliqué à résoudre ces questions :  » Suis-je prêt à entrer dans la gloire du ciel? Suis-je prêt à quitter cette terre en ce moment même? Suis-je prêt quant à mes devoirs envers Dieu et envers moi-même? Suis-je prêt comme prédicateur? comme époux? comme père? Est-ce que je fais tout ce que je puis chaque jour, dans chacune des fonctions que Dieu m’a assignées? O mon âme, ne peux-tu vivre beaucoup plus près de Dieu, jouir beaucoup plus de Lui, être remplie de toute sa plénitude?  » Et immédiatement je plaidai avec Dieu pour obtenir toute sa plénitude, et je n’aurai aucun repos que je ne l’aie obtenue.  »

 » Je suis certain que la plénitude de la gloire a été acquise à chacun de ceux qui croient; et j’espère que nous croirons pleinement de manière à recevoir pleinement.

Pendant la seconde année de ce second ministère à Birstal, Bramwell eut une grave attaque de fièvre rhumatismale qui commença un samedi. Il n’en prêcha pas moins le lendemain deux fois à Cleckheaton; mais incapable de remonter à cheval pour rentrer chez lui, il fut porté dans la maison d’un ami où il passa huit ou neuf jours.

Ses douleurs étaient grandes, mais il ne laissa jamais entendre aucune plainte; par contre, on l’entendit souvent s’écrier :  » Gloire à Dieu! ceci vaut mieux que les douleurs de l’enfer.  »

L’hiver suivant la maladie revint avec violence; et la santé de Bramwell en resta gravement atteinte; mais la souffrance avait rendu le serviteur de Dieu encore plus tendre dans sa sympathie pour tous ceux qui souffrent.

Nous donnerons ici quelques lignes d’une lettre, adressée au père d’un pasteur.

 » Cher frère,

 » Je tenais beaucoup à voir toute votre famille et je suis bien triste de n’avoir pu me rendre auprès de vous. J’espère que vous agissez en vue du monde à venir. Votre salut est de la plus haute importance; si vous vivez dans la liberté que donne Jésus-Christ, votre chemin sera paisible et agréable.

Vous savez que seule l’image du Seigneur, reproduite en vous, causera l’union avec Lui et la qualification nécessaire pour entrer dans la gloire éternelle. La prière continuelle est absolument nécessaire. Il vous faut prier non seulement avec votre famille, mais le matin et le soir dans le secret de votre cabinet. Et vous devez de même vous retirer quelques minutes dans la solitude pendant la journée…

« Soyez un homme de Dieu, entièrement consacré à son service; soyez saint, vivez une vie d’amour, de patience, d’espérance et de joie. Ces grâces sont vôtres, en Jésus-Christ…  »

Pendant les deux années du second ministère de Bramwell à Birstal, cinq cents nouveaux membres furent ajoutés à la société, dans le circuit de cette ville; et les anciens membres furent extraordinairement bénis, fortifiés et encouragés.


Prêt pour la gloire éternelle

A la Conférence de 1814 Bramwell fut nommé prédicateur du Circuit Ouest de Londres. La société qu’il allait rencontrer là, différait tellement du peuple simple et rustique du West Riding dans le Yorkshire, que cette nomination lui causa une grande anxiété et qu’il ne cessa de prier à ce sujet. Mais s’il partit en tremblant, il fut reçu avec des démonstrations de joie; sa réputation l’avait précédé.

Il ne lui fallut pas longtemps pour constater qu’il pouvait être plus utile dans la capitale que partout ailleurs. Il y rencontrait, entre autres, un grand nombre de gens haut placés et d’une grande influence, qui avaient la plus haute estime pour son ministère. Il oublia donc bientôt ses craintes et se sentit tout à fait à sa place. Il fit alors plus que jamais l’expérience de cette promesse de Dieu:

 » J’honorerai ceux qui m’honorent.  »

Il eut à Londres les collègues les plus aimables et les plus affectionnés, tous jeunes gens qu’il avait visités autrefois chez leurs parents. Le savant et vénérable Joseph Sutcliffe écrivait plus tard, alors qu’il était le dernier survivant de la seconde génération des ministres wesleyens

 » L’année que j’ai passée avec M. Bramwell dans le Circuit Ouest de Londres l’a été dans une véritable communion avec lui; nous pensions et parlions de même.

 » Cet homme de Dieu se plaignit parfois que dans cette grande cité, il ressentait quelque peu de la crainte des hommes, mais je crois qu’il en fut délivré dès ses premières prédications.

 » Je l’entendis à Lambeth Chapel; il avait pris pour texte cette parole: « Si tu peux croire, toutes choses sont possibles à celui qui croit;  » et assurément son Maître était avec lui. Chaque phrase prononcée par lui était un trait de lumière accompagné de la puissance de Dieu; et je ne crois pas qu’il soit possible d’être plus à son aise qu’il le fut.

 » C’est dans œ Circuit que Dieu le fit passer par la fournaise de l’épreuve. Il fut pris de goutte rhumatismale pendant trois mois d’hiver, et pendant deux mois ses souffrances furent telles, jour et nuit, qu’il lui fut impossible de dormir. A la grande édification de tous ceux qui l’entouraient, il fit preuve de toute la foi et de toute la patience qu’il avait si longtemps prêchées aux autres.

 » Un jour ses souffrances cessèrent tout à coup, ce qui naturellement le remplit de reconnaissance. Il était si heureux qu’il lui sembla, pendant une demi-heure, que Jésus-Christ et les anges remplissaient la chambre. Il fallut cependant encore tout l’été suivant avant que sa santé fût complètement rétablie.  »

La lettre suivante adressée à M. Thomas Crowtlier, montre les dispositions de Bramwell peu après son arrivée à Londres.

 » J’ai dû soutenir une vive lutte quand j’ai été appelé ici; mais dès ma première réunion à Londres, le Seigneur a répandu son Esprit sur les auditeurs. Un homme en fut tellement rempli qu’il louait Dieu à haute voix. Je vis alors, et je l’ai toujours vu depuis, que c’était bien Dieu qui m’avait appelé ici. J’ai eu depuis lors plusieurs moments extraordinairement bénis.

 » Je suis corporellement plus faible que jamais; et il ne faut rien moins que la toute-puissance de Dieu pour me maintenir dans le poste où je suis.

 » Nous prêchons seulement deux fois le dimanche; puis nous avons une réunion de sociétés. Ma tournée régulière est d’environ cinquante kilomètres par semaine; mais en plusieurs localités des amis me logent pour la nuit. Je suis pleinement satisfait de ma position.

 » Mais quelle douleur quand je considère l’état de Londres! Plus d’un million d’habitants, trente mille prostituées, et si peu de gens qui craignent Dieu! En voyant les magnifiques édifices de cette ville, je pense souvent à cette parole de Jésus-Christ :  » Vous voyez ces belles pierres, ces magnifiques monuments : tout cela sera détruit. « La pensée que tant de milliers de gens s’en vont à la perdition, est parfois plus que je n’en puis supporter; cependant avec l’aide de Dieu je continue mon chemin. Oh! envoie ton Esprit, Dieu tout-puissant! Que de ton trône un fleuve d’eau vive vienne à nous; et qu’il vienne bientôt! Amen et amen!  »

A son vieil ami, M. Wilkinson de Sheffield, Bramwell écrit le 22 septembre 1814

 » … Je prie sans cesse, et je suis pleinement convaincu que je suis à ma place. Dieu est véritablement avec moi. Mais je n’ai jamais été plus tenté que maintenant. Chaque fois que je vais prêcher, Satan me suggère que cela devrait être pour la dernière fois. Avec quelle violence l’enfer s’acharne contre moi! Peut-être que le Seigneur, dans sa miséricorde, me mettra de côté. Père, que Ta volonté soit faite! Puissé-je boire la coupe de la crainte et du tremblement jusqu’à ce que je voie Ta gloire!… »

 » Oh! quelle grâce que d’être tout à fait prêt à entrer dans la gloire éternelle, et de l’être continuellement!

 » N’ayez aucun repos que vous ne puissiez dire :  » Seigneur, ton sang m’a purifié de tout péché.  » Oh! quelle grâce de le sentir et de le prêcher!

 » De plusieurs villes de France nous sont venues des demandes de prédicateurs; nous n’avons jamais eu connaissance d’autant de portes ouvertes pour nous dans ce pays…  »

A son vieil ami Thomas Crowther, Bramwell écrit:

 » 11 avril 1805

 » Mon cher frère,

 » … Je n’ai jamais eu, dans la prédication, une puissance aussi grande que maintenant et je vois des fruits bénis presque à chacun de mes sermons. Je n’ai jamais vécu dans une union aussi intime avec Dieu que présentement. Je travaille à être prêt à chaque instant. La vue que j’ai eue de Dieu et de la vie éternelle pendant ma maladie a été extraordinaire. Avoir continuellement le sentiment de la présence de Dieu, c’est notre gloire en ce monde : il faut vivre en lui et en avoir conscience.

Quel grand salut! salut de tout péché! rien moins que la gloire de l’Évangile,  » être changé à l’image de Jésus-Christ!  » Je me perds dans l’admiration, l’amour et la louange. Oh! buvons toujours plus profondément dans l’océan des eaux vives. Vous savez comment: prière constante, prière privée. J’ai dû quitter mon lit dernièrement, pendant la nuit, pour répandre mon cœur devant Dieu; je sentais que je ne priais jamais assez; la prière est ma vie, mon tout en Lui.

J’ai été grandement troublé à Londres, navré! nos missionnaires nous rapportent qu’en France, on permet aux prêtres de prendre les bibles que les prisonniers français ont rapportées dans leur pays et de les brûler; et qu’un grand nombre de bibles envoyées en Espagne ont été saisies et renvoyées à leur lieu d’origine. Cependant il s’est produit, depuis cela, un grand changement en France. Quelle chose étonnante que Bonaparte ait pu reprendre son trône! Nous aurons de nouveau de grands événements. Je prie ardemment que Dieu empêche, s’il le trouve bon, la grande effusion de sang qui se prépare. Plusieurs des hommes les plus pieux de notre société, officiers et soldats, sont de nouveau appelés sous les armes. On se prépare en toute hâte pour la guerre; toutes les mains y travaillent. Je devais partir pour Dunkerque, aussi secrètement que possible, car nous avons une congrégation dans cette ville; mais ce projet est abandonné pour le moment.

 » O Seigneur viens!

A M. Sigston, de Leeds, le 25 mai 1815, Bramwell écrit:

 » Je prie continuellement pour vous, que vous puissiez faire l’expérience de la purification de tout péché, de la vie dans l’amour parfait et la pratique de toute la volonté de Dieu.  »

Le 3 juin, il écrit à son fils John

 » Je désire qu’il ne soit pas question maintenant de notre départ de Chelsea. Je suis tellement béni au milieu de ce peuple que je ne le quitterais qu’avec la plus grande peine. Et cependant s’il est vrai, selon l’opinion de la faculté, que je ne puis rester encore un hiver ici sans être atteint de rhumatisme, je partirai par devoir. Que Dieu me montre mon chemin!  »

Et il écrit peu après à un ami:

 » Quant à mon départ de Londres, je n’ai jamais été plus béni dans la prédication que maintenant, et jamais plus heureux dans mon âme. Nous avons eu un bon nombre d’âmes sauvées dimanche dernier; l’effusion du Saint-Esprit a été véritablement une averse dans la chapelle de Queen street.

Nous avons déjà remarqué que Bramwell rend constamment témoignage non seulement de l’entière purification du péché intérieur qu’il a obtenue par la foi au sang de Christ, et par le Saint-Esprit, mais encore des progrès continuels que l’Esprit lui fait faire dans la connaissance et dans l’amour de Dieu; et que l’entière sanctification, loin d’être la fin du progrès, en est plutôt le commencement et la condition. Or, voici ce que dit Bramwell, dans une lettre datée de Londres, le 27 juillet 1815, c’est-à-dire après avoir constamment rendu témoignage de son entière sanctification pendant trente et un ans:

 » Je fais toujours effort pour obtenir davantage, sans quoi j’enfoncerais et je mourrais; la prière m’est plus nécessaire que jamais.  »

A la même époque cependant, il écrit à sa fille:

 » Tu ne manqueras pas de t’unir à moi pour louer Dieu quand je te dirai que j’ai reçu ce que j’appelle une extraordinaire plénitude de l’Esprit. Je ne sais pas si, après une pareille grâce je prêcherai mieux ou si je verrai mieux toutes choses comme voient les anges; mais il est certain que j’ai fait l’expérience d’une communion avec Dieu et avec les choses d’En Haut, telle que je n’en avais jamais connu auparavant.

Oh! la gloire qui sera révélée! Il est impossible d’en dire la grandeur. Je suis submergé, perdu en Dieu, dans les lieux célestes.

Vu l’état misérable de la santé de Madame Bramwell et la crainte où l’on était qu’un nouvel hiver passé à Londres ne fût fatal à son mari, la Conférence de 18i 5 appela ce dernier au poste de Newcastle-on-Tyne. Le départ de Londres fut très pénible, mais Bramwell s’y soumit comme à un ordre de Dieu; du reste, il lui était indifférent de résider ici ou là, pourvu qu’il fît la volonté de Dieu.

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