Jérôme Savonarole
Par ..., mercredi 20 janvier 2010 à 10:00 :: #343 :: rss
Un Italien né à Ferrare en septembre 1452 et mort sur le bûcher à Florence le 23 mai 1498. Un homme étonnant qui fut peut-être un peu précurseur de la réforme.
Il fut connu pour ses prêches enflammés contre les vanités de ce monde et la corruption du clergé, sans toutefois remettre en cause l’enseignement de l’église catholique.....
Il obtient un diplôme en arts, mais dès sa jeunesse, il s’intéresse aux saintes écritures et étudie avec ardeur Aristote, Platon, et Saint Thomas d’Aquin parmi bien d’autres encore. Il a un penchant anti-clérical assez prononcé.
Sa prise de position contre l’immoralité du clergé corrompu a été clairement énoncée dans un poème en 1475, sur la destruction du monde, intitulé «de Ruina Mundi» (Sur la chute du monde) il décrit la Curie Romaine comme une putain fière et menteuse…
Publiquement il dénonçait les désordres de la papauté et du haut clergé disant : ils prêchent la chasteté mais ils ont des maîtresses, il dénonçait leur vanité et leurs ambitions, il disait qu’ils pensaient bien plus aux biens terrestres et ne s’occupaient pas des biens spirituels.
Il faut dire que cette période est bien sombre à Rome. Le pape Alexandre VI est un espagnol du nom de Borgia et nous connaissons la débauche de cette famille, de cet homme avec sa fille Lucrèce qui se partageait indifféremment ses faveurs entre son père et ses frères, Ce pape Alexandre avait 6 enfants….
L’historien Thomas écrit: «Que cette famille avait fait de Rome une caverne de brigands, un sanctuaire d’iniquités. Il serait impossible, ajoute l’historien, de raconter tous les meurtres, les viols et les incestes qui se commettaient chaque jour à la cour du pape; et c’est à peine si la vie d’un homme suffirait à transcrire les noms des victimes poignardées, empoisonnées et jetées vivantes dans le Tibre»
Il faudrait plusieurs pages pour décrire les horreurs de cette famille et celle du pape lui-même…
Il est entré au couvent Dominicain de Saint Dominique de Bologne où il occupera des simples fonctions avant de prendre l’habit de moine en 1476 et y vivra dans un strict ascétisme et reprend des études théologiques avant de repartir à Ferrare pour enseigner au couvent ou ne restera que peu de temps avant de partir à celui de Saint Marc de Florence.
Il est envoyé pour prêcher dans les différentes villes de la région, c’est alors que commence sa véritable carrière de prédicateur stricte, exhortant le peuple à revenir aux préceptes de l’évangile et n’hésitant pas à attaquer la toute puissante famille des Médicis…
C’est l’époque ou les moines, dans de nombreuses régions se font marchands d’indulgences. Savonarole s’oppose à toutes ces pratiques.
Ses sermons vont conduire à une réforme sociale, Savonarole n’est pas théologien, (il ne fait pas de découverte comme Luther ou Calvin). Il prêche simplement que la vie des chrétiens doit avoir de la bonté, et ne pas vivre dans le luxe et la débauche. Il ne cherche pas à corriger les excès de théologie de l’église de Rome. Il est seulement contre la dépravation des puissants et leur recherche de profit. Mais rapidement il dénonce Alexandre VI et la curie romaine comme les incarnations de l’antéchrist !
On raconte que : Laurent de Médicis (1449-1492) un souverain de Florence et mécène de nombreux artistes de la renaissance, appela Savonarole sur son lit de mort,. Comme il hésitait à venir, Laurent de Médicis envoya un messager avec la promesse que si il venait, il ferait tout ce qu’il demanderait, voulant soulager sa conscience avec une confession.
C’est ainsi qu’il déclara regretter les mauvais traitements envers Savonarole et les crimes qu’il n’avait pas oubliés et les différents pillages dont il était responsable.
Savonarole répondit que trois choses devaient être faites:
- Avoir la foi dans le pardon de Dieu,
- Restituer ce qu’il avait volé dans la mesure du possible,
- Laisser la possibilité aux Florentins de constituer un gouvernement démocratique.
À cette dernière demande, Laurent de Médicis aurait tourné le dos à Savonarole, qui lui aurait refusé l’absolution.
Après sa mort, sa prédication prend de l’assurance et il parlait de la crainte de Dieu, de l’amour de la république, de l’oubli des injures passées et de l’égalité des hommes devant la loi. Il attaque encore plus férocement la papauté, pour lui c’était une institution fatale qui donnait à un seul homme le privilège d’asservir ses semblables, de les corrompre, de les dépouiller et de les massacrer…
Savonarole fit aussi un certain nombre de prédictions assez curieuses dont toutes ne se réalisèrent pas tout à fait comme il l’avait dit. Mais il voyait un nouveau Cyrus venir en Italie pour y mettre de l’ordre devant la débauche et le péché qui régnait. Aussi lorsque l’armée française de Charles VIII arriva il crut en sa vision prophétique.
Il négociera avec le roi de France les conditions de la paix, et évite la mise à sac de la ville. Puis les florentins seront autorisés par le roi de France à choisir leur gouvernement. Savonarole devient alors le dirigeant de la cité.
Il institue une sorte de régime qu’il décrit comme une «république chrétienne et religieuse». Il change un certain nombre de lois, durcissant certaines assouplissant d’autres.
Il rend possible la peine de mort pour tout acte de sodomie qui auparavant n’était punie que d’une amende. Prend des lois plus dures contre l’usure. Mais il aboli la torture. Il établit une cour d’appel et un système de secours aux pauvres.
Ses pires ennemis seront le Duc de Milan et le pape Alexandre VI.
Ses jeunes disciples parcourent les rues de la cité pour encourager de faire des aumônes, parfois peut-être un peu forcé !!! Et ils élèveront un bûcher des vanités sur le quel on jettera tout objet lié à la corruption : miroirs, cosmétiques, images licencieuses, livres non religieux, les jeux, les nus peints sur les couvercles des boites, des livres de poètes jugés immoraux, de nombreuses peintures que l’on qualifieraient d’œuvres d’art !
Mais las de tout cela des bandes de jeunes déclenchent des émeutes, les tavernes vont rouvrir, les jeux reprennent.
Savonarole est arrêté. Un procès d’inquisition est mené par les dominicains. Aucune preuve d’hérésie ne fut apportée, en dehors qu’il affirmait être un prophète parlant sous l’inspiration divine. Deux moines seront condamnés avec lui pour l’avoir confirmé en public.
Pour le jour de l’exécution une foule immense s’est réunie, alors qu’ils arrivent pour être mis au bûcher survint une pluie si violente qu’elle éteignit les flammes et obligea a remettre au lendemain l’exécution…
Il fut donc accusé d’avoir employé le secours du démon pour faire tomber de l’eau et éviter la terrible épreuve. Savonarole fut donc appliqué à la torture ordinaire et extraordinaire pour avoir à se reconnaître coupable de sorcellerie…
Mais sous la torture il signa ce que les bourreaux lui présentaient, mais à peine détaché du chevalet, il se rétractait… et en conséquence il était à nouveau soumis à la torture… L’historien raconte que cela dura 7 fois. Pour finir Alexandre envoya de Rome deux inquisiteurs qui instruirent un nouveau procès et le condamnèrent à être brûlé vif…
Le légat du pape vient voir Savonarole et ses deux compagnons, pour leur déclarer qu'ils sont condamnés comme hérétiques et schismatiques, en conséquence ils seront exclus de l'Église, l'Église sur terre et l'Église des cieux. «Vous pouvez nous exclure de l’Église temporelle, mais vous n’avez aucune autorité sur la seconde» répond Savonarole.
Ils seront pendus et brûlés le 23 mai 1498 et les cendres jetés dans l’Arno.

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