Ces dernières années, en côtoyant les frères et sœurs, dans les assemblées, quelque chose de fort s’est imposé à moi. J’ai compris que nous vivions de moins en moins le « les uns les autres », le « mutuellement », expressions citées de nombreuses fois dans l’Évangile de Jean notamment, par le Seigneur Jésus Lui-même, mais reprises dans toutes les épîtres de Paul, Jean, Jacques et Pierre[1].

Si cette expression revient autant, tout au long de ces écrits bibliques, c’est bien parce qu’il risquait d’y avoir un problème majeur, dans les églises.

Et ce problème est là, très présent maintenant ; il est un des fruits empoisonnés de ce monde moderne, rempli de technologies de pointe qui isolent les gens « les uns des autres ». C’est une stratégie très primée de l’ennemi de Dieu, le diable, le diviseur.

L’inconvénient, c’est que ce « principe » a pu envahir les églises.

Bien sûr, il y a des tentatives louables de « rassemblements » de frères, autour d’un repas, d’une fête, lors d’une intervention d’aide à plusieurs chez une personne.

Mais, même dans ces tentatives-là, je ressens ce problème. Tant que le « partage » reste à une distance raisonnable de notre vie privée, de notre Moi, ça va aller ; on va même y mettre un certain enthousiasme.

Mais si jamais les limites du « partage » vont trop loin et se rapprochent dangereusement de notre petite vie, là ce n’est plus pareil.

Ce qui fait que, ce que nous appelons « partage », n’est en fait que l’expression de notre égoïsme. Ces partages ou interventions sont tous bien calculés, limités, comptés. Ça ne nous dérange pas trop ; ça n’exige pas grand chose de nous.

J’ai été attristé à chaque fois que j’ai entendu un frère et une sœur me dire avec sérieux que pour la Cène, c’est « chacun pour soi devant Dieu ». Était-ce de cette façon que Jésus lui-même avait institué la Cène ? [2] D’ailleurs, on a peine à croire que Jésus et ses disciples prenaient le vin de la Cène dans plusieurs petits récipients individuels tels que nous les voyons dans 99% des églises autour de nous. C’était plutôt une même coupe commune dans laquelle chacun buvait sans gêne, sans jugement envers les autres, et dans la joie avec le Seigneur. C’est bien sûr un détail et cela ne changerait pas forcément grand-chose dans le fond. Mais c’est tout de même révélateur d’une certaine façon de penser ; par souci d’hygiène et par esprit pratique, on préfère se garder son petit « shot » de vin pour trinquer au même moment avec les autres.

De la même façon, si nous voyons une église sombrer dans l’hérésie et le péché, il faut sauver sa peau et fuir etc. Attention ; bien sûr qu’il ne faut pas se laisser entraîner par de faux enseignements et ne pas cautionner une pratique/doctrine anti-biblique. Mais notre devoir de Chrétien responsable devant Dieu et aimant envers ses frères et sœurs est justement d’avertir, de dénoncer et, si possible, solutionner avec un amour véritable ce qui n’est pas à la gloire de Dieu une telle église.

Nous qui sommes plusieurs, nous formons un seul corps en Christ, et nous sommes tous membres les uns des autres. Romains 12:5

Hormis le « culte du dimanche », où sont donc passés les moments de franche communion entre frères et sœurs, sous un même toit ? Où est donc passée la spontanéité qui fait que l’on prend des nouvelles des uns et des autres ? Où est donc ce partage de la vie en Christ qui fait que nous sommes un même corps ? Romains 12 :5 nous dit pourtant « Nous qui sommes plusieurs, nous formons un seul corps en Christ, et nous sommes tous membres les uns des autres. » Ce corps de Christ fonctionne quand tous les membres et tous les organes travaillent de concert pour un même but ; un organe ne peut faire sécession et demander son indépendance. Ou bien nous sommes du corps de Christ, ou bien nous n’en sommes pas. Alors « on » va prétexter être trop occupé pour ça, avoir trop de responsabilités, faire de son mieux mais ce n’est jamais assez, ne pas être parfait etc. Les excuses abondent. Elles sont en effet parfois légitimes. Mais quand elles sont répétées, cela entraîne une frustration et une déception qui conduisent à une réelle tristesse voire à une solitude forcée. Les uns qui sont délaissés ont bientôt peur de déranger les autres qui filent bon train. Est-ce une attitude normale ? Quel témoignage cela donne pour les non Chrétiens ? Pourrait-on seulement encore entendre de nos jours « Voyez comme ils s’aiment » ?

Voilà ce que produit l’égoïsme des cœurs : l’individualisme.

C’est du chacun pour soi pratiquement partout, sous des formes très spirituelles et fraternelles… Ce n’est pas « LES UNS LES AUTRES ».

Maranatha.

[1]Liste non exhaustive de ces passages sur le site https://stephanekapitaniuk.toutpoursagloire.com/25-exhortations-bibliques-se-faire-les-uns-les-autres/

[2]Voir Marc 14 ; Matthieu 26 ; Luc 22 sur la Dernière Cène ou le Dernier Repas.

Et vous, qu'en pensez-vous ?