Il y a un temps pour tout et tout a une fin. C’est du moins ce que l’on dit. Pour certains, le temps est court – tempus fugit. Et, comme on l’entend dire par une population branchée, on ne vit qu’une fois. C’est la raison pour laquelle certains individus voudront volontiers se surpasser pour profiter de cette vie qui leur est offerte et faire tout ce qu’ils ont envie de faire, le plus vite possible, le mieux possible, plus possible.

La devise des Jeux Olympiques ne dit-elle pas Citius, Altius, Fortius ? Depuis les olympiades des Grecs d’une époque a priori révolue, cette devise n’a pas cessé pour autant d’être appliquée, amplifiée et réadaptée. Les hommes de tous temps ont voulu aller plus loin, faire mieux, etc. On pourrait se demander pourquoi tant d’acharnement à repousser sans cesse des limites souvent bien fragile. Par nécessité ? Par orgueil ? Par esprit de compétition ? Par curiosité ? Serait-ce une combinaison de ces quatre éléments plus d’autres encore ?

Une chose est sûre cependant : l’homme rationnel aime se fixer des objectifs. Ces objectifs n’ont pas forcément de vocation professionnelle ou scientifique. Cela peut se traduire dans le simple fait de se lever tous les matins à la même heure. Mais cette volonté caractéristique qui fait que l’homme est toujours dans une course effrénée pour atteindre son objectif en fait un spécimen animal tout à fait singulier et unique en son genre.

Est-ce une bonne chose ? Tout dépend des objectifs choisis. Ce mode de vie est une épée de Damoclès à jamais tendue au-dessus de tous. Se fixer des objectifs conduit à se fixer encore plus d’objectifs. L’homme est un être parfois insatiable ; sa raison peut être mise de côté pour satisfaire des besoins charnels. Il pourra courir sans cesse vers une vision de perfection individuelle qu’il ne pourra jamais rattraper, à la manière de l’âne qui avance grâce à une carotte attachée à un bâton.

Cette course peut ne jamais finir. Ou alors elle finira quand l’homme n’aura plus ses capacités physiques, psychiques et intellectuelles pour continuer. De nos jours, l’esprit de compétition est exacerbé et pousse les travailleurs du monde moderne à se battre pour être meilleur. Cette bataille fait, qu’on le veuille ou non, des dégâts, que ce soit chez l’individu ou chez son compétiteur.

Le monde a besoin de chacun, selon ses capacitésLes dommages peuvent être réparables ; dans ce cas, si l’homme a retenu sa leçon, la compétition s’arrête ou se recentre sur un autre objectif, hélas, moins élevé. S’il ne l’a pas retenue, il repartira à la charge coûte que coûte. Si les dommages ne sont pas réparables, l’homme passera le reste de sa vie dans le remord, la culpabilité et la honte. Il sera diminué et pourra ou non se relever mais ce sera avec grande difficulté et au prix de certains sacrifices irrévocables.

L’homme par conséquent ne veut souvent pas admettre qu’il est un être limité et qu’un individu a des qualités qui varient et le différencient de son congénère. Cette recherche de perfection et d’augmentation de soi est un moulin auquel Don Quichotte s’attaquerait volontiers. Il faut s’y résoudre : le 100% n’existe pas. Ce n’est pas pour autant qu’il faut baisser les bras et rester oisif. Le monde a besoin de chacun selon ses capacités propres et ses dispositions.

Ce qui peut paraître « peu » ou « insuffisant » à vos yeux peut être perçu comme un chef-d’œuvre par d’autres. Ce qui vous semble sans charisme peut être une merveille pour votre voisin. Ce que vous jetez par crainte de non acceptation peut être récupéré et peut avoir une utilité.

Qu’on se le dise, le mieux est l’ennemi du bien. C’est en voulant trop faire que l’on finit par tout gâcher. L’excès est nocif. On a tous le droit à l’erreur. On a tous le droit d’être soi-même avec ses défauts, ses qualités et ses limites. Pensez-y avant qu’il ne soit trop tard.

Et vous, qu'en pensez-vous ?