Ajustons la lecture du Psaume 87, « cantique des fils de Koré », pour en donner le contexte. De nos jours, le vagabondage et l’aspiration à l’autarcie des vieilles vertus chrétiennes, selon la formule de G.K Chesterston, aboutissent à une surinterprétation des textes au gré des pulsions produites par l’actualité…

Nous assistons à une transposition, dans le champ de la foi, du concept d’identité heureuse, de l’énarque bien trempé Alain Juppé. Il serait outrageant de considérer les fils de Koré comme des prophètes de malheur, après un tel Psaume. Les Écritures relèvent de faux appels à la confiance, lancés par des prophètes officiels du royaume d’Israël, comme le fut Hanania face à Jérémie.

Un phénomène d’ampleur est aussi à prendre en compte, c’est l’établissement d’un corps pastoral plus soucieux de confectionner des aromates auprès des rois que de sonner du tocsin. Ou tout simplement d’aboyer, s’ils sont encore « chiens de berger », comme le dit Esaïe 56.

Ce chapitre 87 des Psaumes évoque avec éloges la montagne de Sion, portes de Sa résidence, du sanctuaire où se trouve Sa ville : Jérusalem. Il est une convocation urbi et orbi à puiser aux sources de la montagne sainte. Force est de souligner la vocation d’Israël dans la dispensation de la Thora et la connaissance du seul Dieu auprès des nations. Elles se manifestent continuellement dans le récit de l’Histoire de ce peuple. Rahab et Ruth en sont des exemples emblématiques.

Tout d’abord, le mot hébreux « Rahav/Rahab/Rachab » du verset 4, mentionné dans les versions Semeur, Martin 1744 ou Ostervald signifie « vaste, orgueilleux, tumultueux ». Cette précision nous permet de mieux comprendre l’inspiration des psalmistes.

De toutes les vastes, orgueilleuses et tumultueuses contrées – en l’occurrence l’Égypte, la Mésopotamie (Babylone), la Philistie, la Phénicie et l’Éthiopie – sont appelés des gens des Nations, qui sont dénombrés et inscrits en tant que « Justes parmi les Nations », si je peux me permettre l’analogie. Il s’agit bien effectivement de portions définies, pas forcément nombreuses, de peuples qui sont « rebaptisés », « naturalisés » en Jérusalem comme le fut Rahab, la Cananéenne, et Ruth, la Moabite. De ces dernières sera enfantée la descendance du Roi d’Israël, David et de laquelle est issu le Messie.

Ruth à Naomi : « Où tu iras j’irai, où tu demeureras je demeurerai ; ton peuple sera mon peuple, et ton Dieu sera mon Dieu ; où tu mourras je mourrai, et j’y serai enterrée. » (Livre de Ruth, chapitre 1, versets 16 et 17)

Il est à noter, dans ce passage, que la notion de terre et de peuple sont étroitement liées. L’Étranger se dévoue par son profond attachement à la terre et par sa nouvelle et résolue appartenance au peuple d’Israël, ce qui est tout à fait remarquable et édifiant.

Le propagationnisme, qui ne date pas d’aujourd’hui, a toujours la même aspiration : devoir rendre plaisante l’approche biblique pour enthousiasmer ceux de l’extra ecclesiam afin de gagner leur suffrage. Dans sa version actuelle, il en viendrait à subvertir la fameuse locution latine par : « Intra Ecclesiam nulla salus » (hors de l’Eglise, point de salut).
Il donne abusivement et aveuglement une portée universelle par l’économie du sine qua non d’une renaissance personnelle, d’une naturalisation (ce que l’on peut remarquer, par exemple, chez les disciples : Céphas fut appelé Pierre). Il conduit subrepticement au désengagement, à s’abstenir de l’ascension de la montagne sainte, à ne pas laisser l’Écriture prendre pleinement vie en nous mais plutôt placer l’Écriture dans le fil de nos vies.

Rahab, la prostituée cananéenne de Jéricho, est mentionnée à la fois dans l’Épître aux Hébreux et dans l’Épître de Jacques qui est loin d’être une « épître de paille » quand on saisit l’acception du mot « œuvre » dans les Écritures. L’œuvre de Rahab fut sa bienveillance envers les espions envoyés par Josué dans Jéricho. Elle mentit (pas bien !) pour les protéger et cela lui fut imputé à justice (Jacques 2 :25, Hébreux 11 : 31). Elle fait, par conséquent, partie de la « grande nuée de témoins » dont parle l’auteur de l’Épître aux Hébreux (Chap. 12, verset 1)

Colmater la digue devient de plus en plus pressant pour ceux qui se considèrent porteurs de l’authenticité du message évangélique. Cette référence des Écritures pourrait nous apporter l’alerte salutaire :

« Mais ce que j’ai contre toi, c’est que tu as abandonné ton premier amour. Souviens-toi donc d’où tu es tombé, repens-toi, et pratique tes premières œuvres ; sinon, je viendrai à toi, et j’ôterai ton chandelier de sa place, à moins que tu ne te repentes. » Apocalypse 2:4-5

Et vous, qu'en pensez-vous ?