"Holocauste: où était Dieu?" d'Arthur Katz (3ème partie : interprétation de l'Holocauste)
Par Jokebed , dimanche 21 janvier 2007 à 09:19 :: Etudes bibliques :: #106 :: rss
Interprétation du sens de l’Holocauste
L’Holocauste contredit toutes nos analyses conventionnelles.
Il nous oblige à examiner des réalités sur lesquelles nous n’aurions jamais consenti à nous pencher si ce n’était que l’événement le plus douloureux de notre temps nous y contraint.
C’est un sujet tellement grave, tellement profond, tellement saint.
Ne sommes-nous pas indignes de l’interpréter?
Pourtant, il vient un jour où il nous est demandé d’agir, et d’amener les hommes à prendre conscience du fait que c’est Dieu qui est l’auteur invisible de ces choses: lui seul était en mesure de permettre pareille dévastation.
Lorsqu’un événement de cette ampleur-là intervient dans le cours de l’histoire, des conséquences incalculables s’attachent soit à l’interprétation qu’on en donne, soit à l’absence d’interprétation. Ce qui pourrait arriver de plus tragique serait que l’événement lui-même ne fût pas compris comme Dieu voulait qu’il le fût. Le but de ce livre est d’examiner cette question.
Je suis allé à Dachau au début des années cinquante, moi, un Juif rempli d’indignation et de propre justice, tout brûlant de haine envers les Allemands.
L’aspect du camp n’avait guère changé depuis les années de la guerre; les poteaux pour les condamnés au fouet et les barbelés électrifiés étaient toujours là, dans toute leur monstruosité. C’était l’horreur. La puanteur de la mort était encore présente; rien n’adoucissait le spectacle sinistre des charniers renfermant les corps des victimes; les fours étaient encore remplis d’ossements et de cendres. Des réfugiés habitaient encore dans le camp.
Je me souviens d’avoir posé la main sur la grande cheminée, pour essayer tant bien que mal de me convaincre que tout cela était bien réel.
Quelque chose s’est brisé au-dedans de moi.
Désormais, il m’était impossible de conserver cette vision naïve d’un monde où il y a d’un côté «les bons» et de l’autre «les méchants».
J’étais confronté là à des réalités bien tangibles, dont l’âpreté blessante dépassait tout ce que j’étais capable de concevoir.
Jusque-là, j’avais cru comprendre l’Holocauste parce qu’il avait constamment fait partie de mes préoccupations les plus profondes; mais je venais de toucher du doigt une horreur qui dépassait de beaucoup mes catégories naïves de pensée.
Dès lors, pour moi, il n’y eut plus que «les méchants», et j’étais l’un d’eux.
L’Holocauste vient pulvériser toute cette pensée selon laquelle le vingtième siècle est une époque de progrès, d’amélioration de l’homme, ou de quelque autre espérance humaine; et cela d’autant plus que les organisateurs de l’Holocauste appartenaient à la nation la plus éclairée de la terre.
C’est justement ce fait-là qui enfonce le couteau dans la plaie jusqu’à la garde.
Si l’Holocauste avait été perpétré par quelque nation obscure et primitive, nous comprendrions mieux; mais là, l’Allemagne nous impose une contradiction sans pareille.
Ceux qui consentiront à sonder cette contradiction y découvriront des révélations profondes au sujet de la condition humaine et au sujet de Dieu.
Partout dans le monde, les Juifs étaient tellement ravagés, stupéfiés et traumatisés qu’au cours des vingt années suivantes, ils n’ont pas écrit grand-chose. C’est seulement au bout de ce temps-là que nous avons trouvé le courage de revenir sur les lieux et de nous livrer à un examen. Nous avons même émis l’idée que l’Holocauste échappe à toute démarche critique, à toute compréhension; qu’il dépasse tout ce que l’homme est capable de saisir.
Si cela est vrai, la situation n’en est que plus tragique.
Se peut-il que dans le cours de l’histoire il y ait des faits impossibles à interpréter, des faits qu’il faille donc qualifier d’absurdes?
Admettre cela, c’est ouvrir au sein de l’humanité la voie à une forme de pensée qui est en elle-même une dévastation.Cette prétendue incapacité de comprendre de tels événements nous priverait de tout équilibre mental, de toute valeur; elle justifierait ce scandale grandissant qu’est une société amorale, une société capable de toutes les violences, de tous les massacres
Elle réduirait la vie à l’état de chaos, la dépouillant de tout ordre, de tout sens, de tout but.
Nous voulons le redire: pour douloureuse que soit la tâche, il nous faut, par respect pour les victimes, essayer de comprendre, d’interpréter, d’évaluer.
Cette tâche est bien plus pénible pour ceux qui s’y livrent dans le cadre de leur foi en l’existence de Dieu.
C’est une chose que d’expliquer l’Holocauste dans un monde où Dieu ne serait pas; mais c’en est une autre, bien plus douloureuse, que de l’expliquer dans un monde où nous croyons que Dieu est.
Ne pas examiner en profondeur l’Holocauste, c’est nous rendre coupables de négligence criminelle.
Choisir de l’ignorer, ou bien nous satisfaire d’une explication superficielle, c’est en un sens signer notre propre arrêt de mort.
Comme l’écrit le théologien Ulrich Simon, «Auschwitz a pour l’humanité une signification durable en tant que révélateur de la condition humaine. Dans un cadre de pensée purement humain, il y a là un problème qui n’a ni sens ni solution... Auschwitz écarte les théologies purement terrestres et exige une révélation donnée d’en haut.»* * Ulrich E. Simon, «A Theology of Auschwitz», Editions Victor Gollancz, Londres, 1967.
Autrement dit, pour pouvoir interpréter l’Holocauste, on a besoin d’une vision et d’une explication qui dépassent tout ce que les humanistes sont en mesure de proposer.
L’Holocauste rend caduques leurs analyses et exige une vision céleste, une explication divine.
L’Holocauste est fait pour acculer les hommes à une situation dans laquelle ni notre intelligence propre, ni la sociologie, ni l’analyse historique, ni la critique ne peuvent apporter de réponse.
Le phénomène en lui-même n’est pas nouveau; ce qui l’est, c’est son ampleur, ainsi que l’horreur de le savoir si proche de nous dans le temps. Cette manifestation du mal à l’état pur met en lumière une dimension démoniaque et satanique qui s’était dissimulée jusque-là. Elle nous contraint de chercher à comprendre quelque chose du monde spirituel, ce qui ne va pas dans le sens de la pensée juive séculière et rationaliste.
L’Holocauste a porté à nos idées sur Dieu, à la confiance et à la foi qui étaient nôtres un coup si fatal qu’on peut se demander si nous nous en sommes déjà remis.
En effet, de deux choses l’une: ou bien il n’y avait pas de Dieu, ou bien Dieu était effectivement présent, mais à une telle profondeur que pour comprendre cette contradiction, et pour creuser jusqu’à ce que nous trouvions sa présence, il nous faut accueillir une révélation sans commune mesure avec l’idée que nous nous faisions de lui au départ.
Ou bien l’homme rejettera un Dieu qui ne correspond pas à son idée de la divinité, ou bien il se livrera à une recherche en profondeur et acquerra une perception de Dieu dépassant tout ce qu’il savait de lui jusque-là.
Ce sera l’un ou l’autre.
Nous perdrons notre foi traditionnelle, ou alors nous verrons s’ouvrir devant nous la perspective d’une foi authentique et profonde, d’une foi telle que, si nous en avions été remplis auparavant, il n’y aurait probablement pas eu d’Holocauste.
Tout, dans le regard que nous portons sur un phénomène donné, révèle notre mentalité, notre perception du réel.
Si notre relation avec Dieu est fondée sur des abstractions, sur des suppositions imaginaires, alors nous vivons dans l’inauthenticité, non seulement vis-à-vis de Dieu, mais vis-à-vis de tout.
Or, le fondement de toute réalité, c’est Dieu, non pas tel que nous nous le représentons, non pas avec les attributs que nous voudrions lui conférer, mais tel qu’il s’est manifesté lui-même au travers des sévères leçons qu’il a administrées à son propre peuple, comme aussi au travers des actes de miséricorde qui ont suivi ces leçons.
Quel enseignement remarquable nous trouvons dans l’Holocauste, au sujet du temps et de l’éternité!
Les profondeurs contenues dans cet enseignement-là n’auraient pu se trouver nulle part ailleurs.
Combien d’entre nous, parmi les Juifs, avons entendu prononcer le nom de Dieu sur un ton qui exigeait de nous une écoute grave et respectueuse?
Combien sommes-nous à avoir entendu parler de lui d’une manière qui témoignait de cette possibilité qu’il nous offre de le connaître, et de comprendre qu’il est notre Créateur?
D’une manière qui témoignait de son rôle tout au long de notre histoire, et de l’appel qu’il nous adresse, à nous son peuple?
Nous ignorons pratiquement tout des prophètes; Dieu nous en fait le reproche: nous périssons faute de le connaître (Osée 4.6).
Non seulement la vision qu’avaient les prophètes, ainsi que les bénédictions et les malédictions de l’alliance deutéronomique, nous sont devenues étrangères – «Choisissez aujourd’hui la vie ou la mort» – mais c’est à la vision biblique toute entière que nous avons renoncé.
Nous avons une mentalité profane, nous avons renoncé à la vision selon Dieu. Impuissants que nous sommes à examiner nos calamités à sa lumière, nous en rejetons la responsabilité sur Hitler, sur le peuple allemand, voir sur Dieu lui-même.
Extrait du livre "Holocauste: où était Dieu" d'Arthur Katz, disponible dans les librairies chrétiennes ou aux Editions RDF
www.rdf-editions.com

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