"Holocauste: où était Dieu?" d'Arthur Katz (2ème partie: introduction)
Par Jokebed , dimanche 21 janvier 2007 à 09:20 :: Etudes bibliques :: #105 :: rss
Arthur Katz introduit la lecture de son ouvrage, comme il convient de préparer chaque croyant à la rencontre de son Dieu.
Introduction
L’Holocauste, cette destruction systématique des Juifs européens, tient une place tout à fait centrale dans ma formation d’homme du vingtième siècle.
Alors même que j’étais encore athée, je savais par intuition que la clé de l’existence humaine et des malheurs de la vie se trouvait dans les sépulcres des victimes.
Dès l’adolescence, ma vie fut une sorte de cri, une quête de sens et d’authenticité mettant en cause mon existence même. Juif de ce siècle, je fus élevé à New York et parvins à l’âge adulte au cours de la deuxième guerre mondiale. Les statistiques au sujet de l’Holocauste me plongèrent dans un accablement total, comme ce fut le cas pour nombre de Juifs.
Cette préoccupation ne m’a jamais quitté; elle m’a motivé pour essayer de pénétrer ce mystère: comment se fait-il que nous ayons été systématiquement annihilés, non par je ne sais quelle peuplade sauvage et primitive, mais par l’Allemagne, la nation la plus éminemment civilisée de la terre?
Depuis bien longtemps, nous étions épris de ce peuple, au point de glorifier une Allemagne qui nous tenait lieu d’espérance messianique.
Plus d’un Juif s’est imaginé que, si seulement le monde entier pouvait être à l’image de la civilisation allemande, alors ce serait là l’équivalent de l’avènement du Messie.
Depuis longtemps déjà, nous avions perdu l’espérance biblique, la remplaçant par des réalités éthiques, morales et culturelles qui nous impressionnaient.
Ne perdons pas de vue que c’est précisément cette nation-là qui nous a détruits de la manière la plus brutale, la plus bestiale.
Il y a dans ce fait un enseignement destiné à nous atteindre au plus profond de nous-mêmes; et rejeter cet enseignement, ou bien nous abstenir de le rechercher, revient à nous condamner nous-mêmes, presque immanquablement, à revivre des événements semblables.
L’Holocauste, c’est la chose impossible à digérer; c’est aussi l’élément qui a les incidences les plus fortes sur la vie actuelle des Juifs, car il s’est déroulé sur une si vaste échelle. Ces faits sans précédent sont l’événement le plus accablant de notre temps, et cela non seulement pour les Juifs, mais encore pour le monde moderne dans son ensemble. A moins que nous ne parvenions à en comprendre et à en évaluer la portée, l’humanité aussi bien que le peuple juif subiront une perte inestimable.
Le propre de la souffrance, c’est sa capacité incomparable à mettre en lumière la question de l’authenticité et de la vérité.
La seule chose qui, pour nous autres Juifs, pourrait être plus tragique encore, ce serait d’avoir subi cette souffrance à nulle autre pareille, sans avoir pour autant compris le pourquoi de la souffrance dans le plan de Dieu, et cela parce que nous restons tout bonnement incapables de croire que c’est Dieu qui en est l’auteur.
Aucun fait de l’histoire contemporaine n’a suscité plus d’ouvrages, plus de recherches, plus de littérature. Le volume en est énorme: il faudrait des myriades de bibliothèques pour contenir les ouvrages exhaustifs qui passent au crible l’Holocauste, qui traitent des victimes, de la fabrication des gaz, de la montée du nazisme, de l’histoire de l’antisémitisme, et de tant d’autres sujets qui ont fait l’objet des recherches et des réflexions des historiens.
Mais il y a très peu d’ouvrages, si tant est qu’il y en ait, sur cette question: où donc était Dieu, et pourquoi a-t-il permis ces choses?
Nous sommes en mesure de dire comment tout cela s’est passé, mais non pas pourquoi.
Ne l’oublions pas: le «comment» et le «pourquoi» sont deux questions totalement différentes.
Nous savons comment les choses se sont passées; les historiens ont passé au crible les ossements des victimes; ils se sont livrés, là-dessus, à des études exhaustives. Ils sont même en mesure d’expliquer les raisons de la montée du nazisme et de la haine antisémite dont Hitler était animé à notre égard. Mais tout cela ne répond pas à la question essentielle; et je ne connais d’ailleurs pas d’ouvrages qui y répondent.
Voici ce que l’Holocauste met en lumière: naïfs et romantiques que nous sommes, nous avons souscrit aux idées conventionnelles au sujet de Dieu. Ces idées-là ont fait d’épouvantables dégâts dans nos émotions, dans nos pensées, dans notre esprit.
D’après nos pensées propres, lorsque ce «Dieu» auquel nous souscrivons aurait dû se manifester avec puissance et intervenir avec efficacité, il a gardé le silence. Nous en arrivons donc à l’une des conclusions suivantes: ou bien il y a faillite morale de la part d’un «Dieu» qui est indifférent à la souffrance (et en particulier à celle de son propre peuple), ou bien «Dieu» est impuissant à changer le cours des choses; ou bien encore «Dieu» n’est pas, tout simplement.
Nous sommes un peuple brillant, qui écrit beaucoup d’ouvrages. On nous appelle «le peuple du Livre», mais la grande aberration qui nous caractérise, c’est que nous ne connaissons pas ce Livre par lequel nous sommes connus!
Même quand nous sommes religieux, notre connaissance du Livre n’est pas ce qu’elle devrait être.
En effet, nous nous préoccupons davantage des commentaires rabbiniques que du Livre lui-même. Nous restons tout simplement incapables de croire que le Dieu qui a inspiré ce Livre peut aussi nous donner de l’interpréter correctement.
Notre devoir à présent est donc de commencer à examiner nos calamités des siècles passés, puis l’Holocauste, ainsi que la perspective de calamités futures à la lumière de ce qui est écrit.
Nos Ecritures sont abondantes, et le sens en est clair. Pourtant, parmi ceux qui se sont cassé la tête à essayer de sonder le sens de cette grande catastrophe, il en est peu qui se tournent vers les Ecritures en quête d’explication. Non, nous ouvrons des «Musées de l’Holocauste» dans l’espoir que l’instruction permettra d’écarter tout autre désastre semblable. Mais à notre honte, nous n’avons pas pris en compte ce facteur-ci: l’Holocauste de la période hitlérienne fut le fait d’une nation brillante entre toutes par son degré d’instruction.
Cela montre simplement à quel point notre foi juive est mal placée: elle nous donne à croire obstinément que si nous éduquons les hommes, nous éviterons un nouveau désastre; et pendant tout ce temps, nous refusons de tenir compte des explications et des avertissements alarmants que contiennent nos propres Ecritures.
Les pages qui suivent ne sont pas destinées à satisfaire notre curiosité vis-à-vis de l’histoire; mais concernant le présent et l’avenir, elles ont une portée considérable.
Nous ne pouvons pas nous permettre de négliger d’examiner les calamités, sous peine d’ouvrir la voie à d’autres calamités semblables.
Ne pas nous poser les questions profondes que soulève l’Holocauste revient, à mon sens, à commettre envers ses victimes une injustice encore pire que le refus pur et simple d’en évoquer les faits.
Introduction extraite du livre d'Arthur Katz: "Holocauste: où était Dieu?" disponible dans les librairies chrétiennes ou aux Editions RDF sur le site www.rdf-editions.com

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