
Depuis « Corpus Christi » (1997), Jérôme Prieur et Gérard Mordillat poursuivent leur recherche sur les textes et l'histoire des premiers chrétiens. « L'Apocalypse » sera diffusée sur ARTE en décembre. Une avant-première a lieu ce soir à Strasbourg.
- Pourquoi avoir choisi l'Apocalypse pour parler de l'essor du christianisme ?
Jérôme Prieur : - C'est le dernier livre du Nouveau Testament. Il manifeste combien les premiers chrétiens attendaient la fin des temps de façon imminente. Ils avaient l'espoir d'un avènement proche, concret, matériel, du Royaume de Dieu. Pour nous, c'est un tremplin pour raconter comment la christianisation de l'Empire romain a eu lieu, de façon inattendue.
- L'Apocalypse est un livre fantastique, une sorte de Harry Potter du Nouveau Testament...
J.P. - C'est un texte codé, mystérieux, fantasmagorique, d'autant qu'on n'a plus les clefs qu'avait un contemporain du Ier siècle. Ce qui nous frappe, Gérard Mordillat et moi, c'est que c'est le texte le plus juif du Nouveau Testament : ce devrait être son texte inaugural, le plus proche des premiers chrétiens, or il le conclut. Et avec des phrases de haine contre la Grande Prostituée, Babylone, la Bête, qui sont des personnifications de Rome...
- Rome sera pourtant le meilleur allié du christianisme ?
J.P. - C'est par Rome que le christianisme, trois siècles et demi plus tard, deviendra la religion officielle d'un empire immense ! Ce retournement nous obsède depuis Corpus Christi : comment Jésus, juif galiléen, vivant sous la loi de Moïse, crucifié par les Romains comme « roi des Juifs », devient le point de départ d'une religion catholique, apostolique et romaine !
Un appel à l'esprit critique
- Comment avez-vous choisi les chercheurs ?
Gérard Mordillat. - Nous n'avons pas de quotas : tant de catholiques, de protestants, de juifs, d'agnostiques, etc. Cela passe par la lecture de leurs oeuvres. Ensuite, c'est une rencontre, pour leur proposer une forme de protocole de tournage : nous ne sommes pas en rapport d'interview, nous échangeons sur des points décidés en commun. Nous ne filmons pas des porte-paroles ou des diplômes universitaires, mais des personnes.
- Se prêtent-ils volontiers au jeu de voir rapprochés leurs propos, y compris leurs désaccords ?
G.M. - Oui, parce que la règle est claire : l'entretien de cinq ou six heures est travaillé, et le sens se dégagera de la somme des différences exprimées. C'est passionnant pour le téléspectateur, qui peut exercer son esprit critique, et pour nous. Il n'y a pas l'effet étourdissant du débat télévisé habituel: voir qui criera le plus fort !
- Vous montrez avec beaucoup de soin des manuscrits anciens. Pourquoi ?
G.M. - Il n'y a quasiment aucun vestige historique du christianisme du Ier siècle. Il n'y a rien à montrer. Les seuls témoins fiables de cette histoire sont les textes qui témoignent au moins de l'époque à laquelle ils ont été écrits. Autant nos chercheurs finissent par incarner l'un Constantin, l'autre Marcion, un autre Arius, Origène, etc, autant nos paysages, ce sont les livres. C'est bien parce que Jésus a été écrit que son histoire s'est construite.
Propos recueillis par Jacques Fortier
Jeudi 20 novembre.- 19 h30 / Palais universitaire de Strasbourg, salle Pasteur. Projection de l'épisode 11, L'an zéro du christianisme, débat avec les auteurs-réalisateurs et le Pr Alexandre Faivre (faculté de théologie catholique de Strasbourg). Du 3 au 20 décembre sur ARTE.- L'Apocalypse, coproduction ARTE France/ Archipel 33, 12 x 52 mn, les mercredis et samedis à 21 h.













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