CHRISTIAN BIBOLLET, GROUPE DE TRAVAIL SUR L’ISLAM/RESEAU EVANGELIQUE | 12 Juillet 2008 | 00h05

Faudra-t-il un jour autoriser les mariages polygames en Suisse? La question est moins absurde qu'il n'y paraît. En Australie, des leaders musulmans ont récemment réclamé que le mariage polygame soit autorisé, puisque la demande existe dans le pays. Et le 30 juin, Hani Ramadan affirmait dans sa réponse à une lettre de lecteur parue dans la Tribune que «c'est arbitrairement que l'on assimile aujourd'hui l'idée de monogamie au christianisme».

A l'appui de cette affirmation, il prétend que «l'islam est la seule religion qui ait limité la polygamie, en précisant qu'il n'est pas possible pour un homme d'avoir plus de quatre épouses».

Dans la foulée, il n'hésite pas à affirmer que les prophètes bibliques auraient été fréquemment polygames et que Jésus lui-même ne se serait pas opposé à cette pratique. En d'autres termes, Ancien et Nouveau Testament auraient une attitude de laisser faire envers la polygamie tandis que l'islam en aurait limité la pratique pour éviter les abus.

En lisant cela, on ne peut s'empêcher de demander pourquoi Mohammed ne s'est pas lui-même soumis à cette prescription puisqu'il a pris au moins neuf épouses et pourquoi l'actuel roi d'Arabie saoudite en entretient trente-deux?

Et si les textes bibliques sont plutôt laxistes vis-à-vis de la polygamie, on ne comprend pas non plus pourquoi l'Australie refuse aujourd'hui de légaliser le mariage polygame au nom des valeurs judéo-chrétiennes.

Si, au lieu de se contenter de relever dans la Bible ce qui semble confirmer ses croyances, notre auteur revenait un instant au livre des origines, il comprendrait son erreur. Genèse 1.27 affirme en effet: «Dieu créa l'homme à son image: il le créa à l'image de Dieu, homme et femme il les créa». En clair, ce texte affirme la dignité égale de l'homme et de la femme, tous deux créés à son image. Puis le second chapitre met en évidence la conséquence de cette égalité dans l'institution du mariage. «C'est pourquoi, l'homme quittera son père et sa mère et s'attachera à sa femme, et ils deviendront une seule chair».

Dès l'origine, l'homme est appelé à s'attacher à sa femme, et la femme à son mari. Mais, après la chute et l'entrée du mal dans le monde, la polygamie est devenue une pratique courante qu'on retrouve en particulier chez les rois de l'antiquité et, en Israël, chez David et Salomon.

Que la Bible constate une telle pratique ne signifie pas qu'elle l'approuve. Lorsque des chefs religieux se sont approchés de Jésus pour lui demander s'il était permis à un homme de répudier sa femme, il les a renvoyés au texte cité plus haut en insistant sur le fait qu'en se mariant, l'homme et la femme prenaient un engagement sacré l'un envers l'autre. Si Jésus disqualifie ainsi les unions successives, qu'aurait-il dit, à plus forte raison, d'unions simultanées?

Outre que la Bible ne cautionne absolument pas la pratique de la polygamie, il faut reconnaître que ce système matrimonial souffre de graves défauts.

D'abord, il va à l'encontre de la dignité des femmes et fait fi de leurs aspirations légitimes à être l'épouse exclusive de leur mari. C'est très clairement ce qui transparaît d'une déclaration récente de Ratna Batara Munti (Association des femmes indonésiennes pour la justice): «Si les femmes ont le choix, elles ne veulent pas de la polygamie; cette pratique se perpétue seulement parce qu'elles sont économiquement et légalement vulnérables et qu'elles ne peuvent pas faire valoir leurs droits humains».

Même si les partisans de la polygamie justifient cette pratique en invoquant ses bienfaits sociaux, (un père pour les orphelins, une nouvelle famille pour les veuves solitaires), dans les pays où elle est autorisée, chacun sait qu'elle est surtout un moyen d'échapper à un mariage malheureux ou un recours commode pour diversifier son plaisir sexuel en s'évitant les tracasseries d'un divorce.

Ensuite, permise dans notre société, cette pratique aurait des implications légales très complexes au niveau des impôts, des prestations sociales, dans les cas de divorces, de garde des enfants ou d'héritage. Il aurait aussi tout l'épineux problème du consentement de l'épouse vis-à-vis du mari désireux de prendre une seconde femme.

En résumé, sans même parler des charges économiques supplémentaires que doit assumer un homme polygame, on voit très bien qu'en termes de respect de la personne et de viabilité sociale, la polygamie ne constituerait pas un progrès pour notre société.

Source :