"Christ ayant souffert dans la chair, vous aussi armez-vous de cette même pensée" (I Pierre 4/1).
Un des grands encouragements de notre ministère est de constater avec quelle confiance beaucoup de chrétiens portent leurs épreuves. Il y a de véritables héros de la foi dans nos rangs, Il s'en trouve tout particulièrement parmi les humbles de coeur qui ont connu beaucoup de difficultés et qui souvent en ont encore. Que l'on ne s'imagine pas surtout que ces chrétiens soient des êtres tristes et tout repliés sur eux-mêmes1. La plupart du temps, ce sont eux qui savent le mieux voir les peines d'autrui et consoler ceux qui souffrent. Ils sont, comme le dit l'Ecriture, "consolés dans leur affliction pour consoler ceux qui s'y trouvent" (II Corinthiens 1/4). Je ne connais rien de plus émouvant que de les voir et de les entendre chanter, ces chrétiens à la foi victorieuse, avec la joie d'une solide conviction:
"Pour moi, chrétien, la terre est un exil; mais tout est bien, mais tout est bien. Il faut marcher de péril en péril; mais tout est bien, mais tout est bien." Quelques-unes des plus belles expressions, quelques-uns des plus doux sourires qu'il m'ait été donné de voir, je les ai observés sur les visages ravagés ou fatigués de ceux qui peinaient victorieusement.
Vous me demanderez, sans doute, si ces chrétiens éprouvés dans leur santé, dans leurs circonstances de famille ou de travail, sont arrivés facilement à cette sérénité édifiante. Je vous répondrai qu'il n'y a pas de chemin facile dans l'expérience chrétienne authentique. La facilité, ça n'existe pas, quoi qu'on en dise parfois dans les prédications ou dans les témoignages. Il n'y a pas de véritable progrès qui soit facile; en tout cas il n'y a pas de chemin de facilité pour le progrès spirituel. En fait, plusieurs de ces chrétiens évolués dont nous parlons se sont quelquefois durement, et parfois longuement achoppes à leurs épreuves et à l'apparente non-intervention de Dieu. Cela ne m'étonnerait pas que quelques-uns d'entre vous en soient précisément à ce stade et se posent les questions que Jérémie, le prophète, lançait vers le ciel: "Pourquoi - disait-il - pourquoi ma souffrance est-elle continuelle? Pourquoi ma plaie est-elle douloureuse et ne veut-elle pas guérir" (Jérémie 15/18)?
Il nous faut bien le reconnaître, chers amis, c'est surtout parmi nous, chrétiens qui avons été arrachés à la mort et à notre inertie spirituelle, que ces questions se posent avec le plus de fréquence et d'angoisse. Nous nous disons: Pourquoi, Seigneur, souffrir ainsi? Pourquoi n'interviens- Tu pas? -Au fond,cette réaction est très naturelle. Car, en effet, après que nous soyons nés de nouveau, nous avons su que "Jésus-Christ est le même hier, aujourd'hui et éternellement" (Hébreux 13/8). Nous savons que Dieu est un Dieu tout-puissant et bon. Nous avons cultivé notre foi dans l'art de demander des délivrances et Dieu nous en a accordé de nombreuses. Nous avons été et nous sommes encore des enfants choyés. Quelques-uns d'entre nous se souviennent du temps où ils étaient semblables à des oisillons dans un doux nid de plumes. Et comme ils étaient gâtés1. Ils n'avaient qu'à ouvrir la bouche dans la prière et ils étaient comblés, selon la belle expression du Psaume 81/11: "Ouvre ta bouche, et je la remplirai". Généralement, les jeunes convertis font cette expérience. Ils sont gâtés; ils demandent beaucoup de choses et le Seigneur les leur accorde. Mais l'oiseau reste-t-il toujours sous les plumes maternelles? Ne vient-il pas un temps où il est poussé hors du nid pour qu'il fasse l'expérience normale de la vie?
Eh bien ! voyez-vous, chers amis, c'est précisément ce passage dans l'expérience normale de la vie spirituelle qui, parfois, se fait mal chez certains chrétiens. Adultes, ils restent désemparés au bord du nid. Ils ne voudraient pas sortir de leur expérience première. Ils sont déconcertés de ne plus jouir des privilèges de leur enfance. Dans leur insatisfaction, ils pensent parfois que c'est le nid qui n'est plus bon et ils s'en vont sautillant d'un nid à l'autre. Il y a pourtant autre chose à réaliser1. Le régime du chrétien adulte n'est pas un régime de misère. Se pourrait-il qu'il se privât des joies de la fécondité et de celles du chant sur les plus hautes branches, même dans la tempête, parce qu'il refuserait sa vie d'adulte? Je m'empresse de dire que les chrétiens qui ne savent pas très bien déployer les ailes de la foi, pour passer du stade de l'enfance spirituelle à celui de l'apprentissage de la vie normale, ne sont pas toujours responsables de leurs difficultés. Bien souvent comme dans la vie, ce sont les fautes d'éducation première qui préparent les peines futures.
C'est pourquoi, en tant que conseiller spirituel, je serais tenté d'en vouloir à ces prédicateurs étonnants qui, lors de conventions ou de grandes campagnes d'évangélisation, promettent monts et merveilles à ceux qui sont appelés à se convertir. Ils les assurent qu'en donnant une réponse à l'appel de Dieu, c'est-à -dire en accordant sa place à Jésus dans leur coeur, ils jouiront de la paix et de la joie, ce qui est glorieusement vrai. Mais, ajoutent-ils, "le Seigneur réglera tous vos problèmes, vos affaires prospéreront, vous serez guéris de vos maladies, votre famille se convertira, etc. , etc..." En vérité, c'est le paradis sur la terre que promettent certains prédicateurs à ceux qui doivent se convertir. Est-il étonnant qu'après l'euphorie que crée leur ministère, il y ait ensuite de graves crises de déception et de découragement?
Je n'aime pas les revivalistes "commis-voyageurs". Car les promesses sans nuances, l'Evangile à l'eau de rosé annonçant ou bien le feu de l'enfer pour l' inconverti, ou bien alors la vie merveilleuse et pleine d'avantages et de succès, cet Evangile-là n'est pas du tout l'Evangile de Jésus-Christ. Non, quoi qu'on en dise, ce n'est pas là le plein Evangile. " Certes, Dieu peut nous guérir; il est vrai que nous sommes exhortés à prier pour notre santé; bien entendu, le Seigneur peut nous secourir en nous délivrant de certaines de nos difficultés. Notre Dieu est un Dieu de délivrances. Sur ce chapitre, nous pourrions multiplier les témoignages. Ah !, que de fois ne nous a-t-il pas relevés, guéris, sauvés, encouragés !. Nous aussi nous croyons que toutes ces bénédictions auxquelles nous avons goûté découlent de la croix et qu'elles sont annoncées dans l'Evangile. Mais les délivrances divines ne sont pas que des grâces. Elles sont des signes, des prophéties, des témoignages de la puissance de Dieu, de l'action du Christ et de son REGNE qui vient. Dans la dispensation présente, Dieu ne nous les doit pas automatiquement, même quand nous manifestons une grande foi. L'Ecriture sainte et l'expérience s'accordent pour nous rappeler qu'il y a eu et qu'il y a encore des héros de la foi qui n'ont pas obtenu ce qu'ils souhaitaient (Hébreux 11/36-39). Dieu est souverain, II agit avec amour et sagesse. Il sait ce qu'il fait quand II nous dit OUI. Il sait ce qu'il fait quand II nous dit NON !. Le christianisme authentique ne saurait jamais être une « assurance tous risques ». La foi la plus grande n'est pas le talisman quasi magique que certains annoncent à l'aide de textes sortis et isolés de l'esprit et des principes de l'Evangile. Non, l'expérience chrétienne ne doit pas être envisagée comme une garantie contre la souffrance. Jésus, à rencontre de ce que promettent les vendeurs d'un certain Evangile, Jésus, Lui, n'a jamais promis cela. Qu'a-t-Il promis? Il a promis d'habiter dans le coeur des pécheurs repentants (Apocalypse 3/20). Il a promis d'être avec ceux qui se placeraient sous sa seigneurie (Matthieu 28/20). Il a promis de baptiser du Saint-Esprit ceux qui voudraient Le servir (Actes 1, 8 et 2/38-39). lia promis de revenir et de nous introduire dans son Royaume (Jean 14/3).
Mais II nous a aussi parlé d'une croix à porter, la nôtre (Matthieu 10/38). La croix, c'est le signe du sacrifice librement consenti. Notre croix, c'est le sacrifice que nous acceptons pour suivre Jésus. Ce sacrifice peut être celui de notre volonté ou même d'une promesse générale de Dieu. Le Maître a connu cela (Matthieu 26/ 39, Matthieu 4/6,7). Il ne nous a pas caché que nous aurions des tribulations (Jean 16/33). Il nous a avertis que nous pourrions être haïs (Matthieu 10/22) et même persécutés (Matthieu 5/11). Il nous a demandé de ne pas craindre ceux qui tuent le corps, non pas parce que ceux-ci n'arriveraient jamais à tuer notre corps, mais parce que nous sommes porteurs de la vie éternelle (Matthieu 10/28). Il nous a rappelé, Lui, l'homme de douleur habitué à la souffrance (Esaie 53/3), que le disciple n'est pas plus que le Maître (Luc 6/40). Vous le constatez: Jésus n'a jamais trompé ceux qui veulent Le suivre par de flatteuses promesses de facilité. Non, pas Lui !.
C'est le même message viril que reprennent les apôtres. Consultez le Nouveau Testament et vous ne pourrez pas être autrement que frappés par les différences fondamentales qui existent entre son message et celui de l'Ancien Testament concernant les souffrances des vrais enfants de Dieu. J'aimerais bien souligner le fait que je crois à l'inspiration divine de l'Ancien Testament. Mais il est bien évident qu'il représente le contrat de l'ancienne alliance. Cet ancien contrat avait ses préceptes, ses lois cérémonielles et ses promesses particulières. Les promesses de l'Ancien Testament faisaient surtout état de la bénédiction matérielle qui suivrait l'obéissance. Cette ancienne alliance a été accomplie par Je -sus et remplacée par une nouvelle alliance, le Nouveau Testament. Or, dans le Nouveau Testament, nous ne trouvons nulle part l'enseignement d'un système d'équivalence ou de vases communicants entre le bonheur, la santé, la prospérité, la réussite, d'une part, et la foi, la sainteté, la fidélité ou la consécration, d'autre part.
Le Nouveau Testament nous parle très simplement, sans aucune gêne, sans que de douloureuses questions soient posées, de chrétiens conséquents et fidèle s qui connurent des difficultés, des peines et des douleurs de toutes sortes. Il n'est pas caché ni déclaré a-normal que l'évangéliste Timothée souffrait de fréquentes indispositions d'estomac (I Timothée 5/23). Un autre ouvrier du Seigneur, Trophime, fut laissé par l'apôtre Paul "malade à Millet" (2 Timothée 4/20). Ce dernier fait nous rappelle que, non seulement l'on peut être un serviteur de Dieu et demeurer malade, mais aussi que l'apôtre Paul ne pouvait prétendre à la guérison obligatoire ni pour lui-même (2 Corinthiens 12/7 à 9) ni pour ses amis. Cet enseignement est conforme à la réalité ancienne et actuelle. Nous savons que les chrétiens de l'Eglise primitive étaient joyeux dans l'affliction. Tout comme nous, ils avaient à rencontrer les calamités naturelles ou nationales, les deuils et la mort, mort qui, est-il besoin de le rappeler, n'est pas le fait d'un instant, mais est l'aboutissement d'une dégénérescence physique qui va en s'accentuant dans "le corps de notre humiliation" (Philippiens 3/21). La mort est un long processus qui commence assez tôt dans la vie et contre lequel on ne peut pas grand'chose. Sachant cela, et malgré les merveilles dont ils avaient été les témoins, les apôtres n'ont pas leurré ceux auxquels ils se sont adressés de la part de Dieu. Pierre écrira dans sa 1ère épître: "Christ ayant souffert dans la chair, vous aussi armez-vous de la même pensée" (I Pierre 4/1). En d'autres termes: Faites-vous à l'idée que vous aussi vous aurez à souffrir dans vptre chair. Vous ne connaîtrez pas toujours la délivrance immédiate et rapide. Cela fait partie de votre humiliation présente.
Le même apôtre a soin de rappeler qu'il ne faut pas que les chrétiens s'étonnent d'avoir à souffrir. La chose est normale (I Pierre 4/12-19). L'apôtre Paul ira même jusqu'à dire que nous sommes "destinés à cela" (I Thessaloniciens 3/3). Tout ce qui précède nous amène à constater que, si la prospérité est la promesse de l'Ancien Testament, l'épreuve semble bien être celle du Nouveau Testament. Ce dont il faut nous étonner, ce n'est pas de nos épreuves, mais bien plutôt des nombreuses grâces et délivrances que nous avons connues et que nous connaissons encore. Au lieu de nous lamenter comme si Dieu ne savait pas ce qu'il fait quand Il ne nous délivre pas chaque fois miraculeusement, nous ferions bien d'être plus reconnaissants quand II le fait pour nous ou pour d'autres. Car, en vérité, ne nous a-t-il pas souvent délivrés, guéris, bénis, sauvés, soutenus? Oui, nous pouvons et devons le dire: C'est Lui qui pardonne !. C'est Lui qui délivre !. C'es: Lui qui guérit !. C'est Lui qui pourvoit !. C'est Lui qui revient !. Que son nom soit béni !. Ceci étant notre conviction, quand II ne nous accorde pas les délivrances que nous Lui demandons, ne devons-nous pas accepter les épreuves de la vie sans murmurer et sans que notre foi soit ébranlée? Aimerions-nous vraiment que Dieu nous épargnât toute souffrance?
Que penseriez-vous d'un directeur d'école qui épargnerait à son enfant les obligations de la discipline et les épreuves de la vie scolaire? Un tel homme n'aimerait pas son fils. Voyez-vous, il existe au sujet de l'amour de Dieu certaines conceptions fondamentalement fausses. Dans l'enfance de notre vie chrétienne, nous nous imaginons sa bonté comme devant correspondre à l'idée que nous nous en faisons. Le résultat est que, pour beaucoup, Dieu n'est pas tellement un Père céleste, avec tout ce que cela comporte, mais bien un "grand-papa céleste"'. En vérité, si Dieu intervenait toujours comme nous le désirons, nous chrétiens, nous serions les enfants pourris de l'univers. Ce n'est pas ce que Dieu veut. La facilité, la joie à tout prix, sont pour les enfants auxquels on s'intéresse peu. Les bâtards des rois etles princes de sang ne sont pas élevés à la même école. "C'est comme des fils que Dieu nous traite", dit l'Ecriture (Hébreux 12/7). C'est là une des raisons pour lesquelles II ne nous fait pas passer toujours miraculeusement à côté de l'école de la souffrance. Il veut faire de nous des hommes et des femmes de caractère, des êtres qui sachent souffrir et mourir en chrétiens. Son plan n'est pas que nous demeurions des enfants qui exigent toujours un régime d'exception ou qui veulent sans cesse se faire consoler ou" cocoler". Dieu veut que nous Le glorifiions hors de la souffrance, mais aussi dans la souffrance, quand II ne nous en fait pas sortir.
Je souhaite que ce qui a été dit nous fasse comprendre que l'absence de continuelles interventions surnaturelles dans la vie d'un chrétien ayant une foi entière en Dieu n'est pas une chose étrange. Au contraire, elle peut être parfois un compliment démontrant la confiance que le Seigneur met en notre constance spirituelle. Ceci explique pourquoi ce sont souvent les jeunes convertis qui font le plus d'expériences d'interventions divines, tandis que les aînés en connaissent peut-être moins, sans pour autant que leur foi soit émoussée.
Il faut oser le dire - et c'est heureux que ce soit un prédicateur qui croit à toute la puissance de Dieu qui ose le dire - le chrétien, d'une façon générale, à côté de toutes les grâces dont il jouit, a la vocation de la souffrance. Elle a été et sera l'accompagnatrice habituelle des enfants de Dieu les mieux aimés du Seigneur. La croix est son insigne !. Alors, dira quelqu'un, pourquoi recevoir Jésus comme Sauveur personnel, pourquoi se convertir? Mais, ami, pour ne pas pécher irrémédiablement, irrémissiblement contre le seul Sauveur que Dieu nous ait donné. Pour aimer Celui qui nous a aimés jusqu'à donner sa vie pour nous, afin de nous sauver de nos péchés et de la condamnation. Si tu ne te convertis pas, "la colère de Dieu demeure sur toi" (Jean 3/36). Pourquoi te convertir? Mais aussi pour avoir un Seigneur, un Berger, un Ami fidèle sur les sentiers de la vie tels qu'ils sont. Pour y connaître la paix et la joie de sa présence. Pourquoi devenir chrétien? Mais encore pour avoir, grâce au Christ en nous, un libre accès auprès du Père, maintenant et jusque dans l'éternité.
Mon frère, ma soeur, non, tu n'échapperas pas à la souffrance en devenant un chrétien, car "c'est au travers de beaucoup de tribulations qu'il nous faut entrer dans le Royaume de Dieu" (Actes 14"/22). Mais situ deviens un véritable chrétien aimant cordialement le. Seigneur et si tu marches à la lumière de l'Evangile, tu échapperas à ta solitude et à ta condamnation. Tu connaîtras une communion de vie avec Christ au service de tes frères, et jusque dans l'éternité.
Veux-tu devenir un chrétien fidèle et courageux par Christ en toi? Si tu le veux, dis-le maintenant au Seigneur qui écoute la réponse de ton coeur.













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