NDLR : Extraits d'un article de Leon J. Podles, déjà publié sur voxdei

Vous avez certainement remarqué que généralement, les hommes ont moins d'intérêt pour la religion que les femmes. De fait, si les hommes sont honnêtes, ils diront qu'ils ont le sentiment que l'église concerne les femmes. Ils ajouteront que les femmes sont plus "émotives et sensibles" que les hommes, où alors diront que l'église est une sorte de béquille dont les hommes n'ont pas besoin.

Dans mon livre " The Church impotent" (l'église impuissante) j'aborde "la féminisation du Christianisme" par rapport au manque d'hommes dans les églises occidentales. Je résume mes différentes conclusions sur le sujet comme suit : Premièrement, les hommes restent éloignés de l'église car ils la considèrent comme une menace pour leur masculinité conquise à haut prix. Deuxièmement, je relate les raisons qui font que l’église a été identifiée à la féminité. Troisièmement, j’explique comment cette féminisation a sapé la paternité, et je démontre de quelle manière l'église va pouvoir toucher les hommes pour les aider à être chrétiens et de bons pères chrétiens.

Les sociologues ont rassemblé des statistiques de ce qui se pratique ainsi que les différents avis. Il ressort de ces études une confirmation de l'impression courante: la religion et spécialement le christianisme, est largement une affaire de femmes dans la société occidentale. James H. Fichter pose la question; "Est ce que les hommes sont réellement moins intéressés par la religion que les femmes" il semble que ce soit le cas, c'est ce que confirme les études menées sur le sujet, et concerne toutes les églises chrétiennes, les diverses dénominations ainsi que les sectes de la civilisation occidentale.

Georges Barna a pu dire des Américains, que "les femmes sont deux fois plus déterminées à venir au culte toutes les semaines" et 50% mieux disposées que les hommes à affirmer qu'elles sont "entièrement engagées dans la foi chrétienne". Les différences se sont accentuées rapidement, et l'écart hommes-femmes est passé de 43% en 1992 pour la participation des hommes, puis a chuté terriblement en 1996 à 26%. En Amérique la fréquentation de l’église par les femmes se monte actuellement à 60% et celle des hommes à 40%. Plus la dénomination de la congrégation est libérale, plus élevé est le pourcentage de femmes dans l'église.

Femmes et hommes sont quasiment à égalité chez les fondamentalistes, et les seules religions qui parfois peuvent faire état d’une majorité d’hommes, sont les églises orthodoxes de l'Est, le judaïsme intégriste, l'Islam, les religions orientales et le Bouddhisme. Les hommes prétendent croire en Dieu autant que les femmes, mais quand il est question de pratiquer et de croire, ils sont moins enclins à l'avouer.

Partout où le christianisme occidental s'est répandu, l'église s'est "féminisée". Rosemary Reuther fait observer que: "En Allemagne, en France, en Norvège et en Irlande, les femmes constituent entre 60 et 65% des fidèles de l'église. En Corée, aux Indes, aux Philippines, plus encore, les femmes représentant entre 65 et 70% des fidèles de l'église". Ce n'est pas nouveau puisque la piété des femmes est déjà mentionnée bien avant la Réforme. Et même au cours du Moyen Age, des prédicateurs citent la piété des femmes et leur participation active dans l'église.

Une analyse plus poussée fait état d'informations sociologiques qui démontrent que ce n'est pas le fait d'être mâle ou femelle qui fait une différence sensible, mais bien le fait d'être masculin et féminin. Ce qui veut dire que les hommes à la personnalité féminine caractéristique vont plus souvent à l'église que les autres hommes. Et inversement, les femmes qui ont une personnalité masculine vont à l'église moins souvent que les autres femmes.

De la masculinité et de l'église Les anthropologues et les spécialistes du développement psychologique qui ont étudié la masculinité se sont mis d'accord sur la typologie de la masculinité. Je parlerai du développement de l'enfant parce que c'est un sujet qui nous est familier. Un bébé garçon est né d'une femme et il entretient avec elle, une relation très proche et étroite pendant les premières années de sa vie. Au début l'enfant n'est même pas conscient que sa maman est un autre être distinct de lui.

Quand il commence à réaliser que sa maman diffère de lui dans un domaine extrêmement important - elle est ce qu'il ne peut pas et ne devrait pas devenir - une femme. Le petit garçon doit briser cette relation intense et proche avec sa maman pour commencer à établir sa propre identité. La fille elle, est séparée mais peut devenir féminine en imitant sa mère. Le garçon ne peut pas devenir masculin en imitant sa mère; il doit se tourner vers d'autres modèles, son père, en principe. C'est une pression très forte pour le petit garçon que d'opérer cette coupure. S'il ne réussit pas, on va l'appeler le petit garçon à sa maman, on le traitera de fille, et d'autres termes encore plus méchants. Il doit apprendre qu'il doit devenir un homme à tout prix.

Un homme à d'autres responsabilités dans la vie; il acceptera peut-être un travail dangereux dans la société ou il s’investira totalement dans un travail en indépendant, ou pire encore il peut être tué à la guerre. Aux Etats Unis les hommes assurent des postes les plus dangereux de notre société, évalués selon le risque de mort ou de préjudice grave. Ce n'est que lorsqu'il a acquis "ses éperons" d'homme qu'il peut se reconnecter avec le monde des femmes en se mariant et en devenant père de famille.

En tant que garçon, son statut de mâle fait de lui un être protégé, on subvient à ses besoins d’homme, il devra à son tour protéger et subvenir aux besoins des autres, même au prix de sa propre vie. Ce mode de vie est presque universellement reconnu. Les sociétés d'aujourd'hui vivent dans ce que David Gilmode, de l'université de Yale, appelle "l'idéologie de la masculinité".

Les enfants mâles de par le monde doivent passer par des initiations et des épreuves probatoires afin de briser les liens d'avec leur maman. Les garçons doivent savoir endurer la douleur et les privations, afin qu'ils soient capables d'assumer les dangers et les oeuvres destructives que comportent toutes les sociétés. Le monde de la femme est (pour un homme) bien plus sûr. Mais l’homme n’a pas les aléas de la grossesse et de la naissance. C'est pourquoi il est sans cesse sous la pression de devoir se distancer du monde féminin. En retour, on lui accorde un plus haut statut pour assumer son rôle masculin, mais il en paye le prix. Michael Levin dit: " Si les rôles sexuels de chaque individu doivent être considérés comme un aboutissement à des tractations dont les hommes recevront en échange le rôle dominant qui leur vaudra parfois le risque de mort violente, il devient difficile alors de déterminer s'ils ont reçu la meilleure donne ou non."

Les chrétiens occidentaux ressentent le besoin de se distancer de l'église qui fait partie du monde féminin s'ils veulent atteindre leur pleine masculinité. Ils doivent s’éloigner du monde féminin dans lequel ils sont devenus partie intégrante. C'est ainsi que les hommes s'écartent des églises, spécialement s'ils se rendent compte que dans l'église les hommes sont moins masculins. Les dénominations les plus religieuses, celles qui l'affichent le plus ostensiblement ont ainsi la plus mauvaise réputation. Les catholiques Anglicans ont été traités d'efféminés par la presse Victorienne, pour s'être voués au culte « des statues de plâtre en robes. » (Dans certains cas, la critique était justifiée). Des études psychologiques ont détecté un rapport entre le côté féminin des hommes et l'intérêt religieux.

Il existe même une différence physique parmi les hommes, les footballeurs et les acteurs de cinéma ont le plus haut taux de testostérone alors que les ministres de l'Evangile ont le plus bas. A noter que le succès et l'estime de soi peuvent changer les taux hormonaux.

Pourquoi est ce que l'Eglise est "Féminine"? Y a-t-il quelque chose de foncièrement féminin dans le Christianisme? De nombreux Chrétiens attachés aux traditions le croient. Mais Dieu s'est incarné en homme et la vie de Jésus suit les caractéristiques du développement masculin. Il a du mettre une certaine distance entre Lui-même et sa mère; il ne l'a pas suivie alors qu'il était jeune adolescent pour rester dans le Temple pour enseigner et « s'occuper des affaires de Son Père. » Il l'a laissée pour entreprendre son ministère public; et Il l'a laissée pour mourir.

Le Dieu du Judaïsme Le Père de Jésus Christ est du type masculin car Il est un Dieu saint, ce qui veut dire qu'Il était dissocié de la Création. Le mot hébreu qui traduit le mot saint est "kaddosh" "séparé". Les Juifs ont appris à connaître sa nature au travers de ses actions, notamment lorsqu'il sépare. Il a séparé un peuple ; les Juifs des nations païennes, Il a séparé la lumière des ténèbres, les eaux de la mer Rouge. Il crée en séparant, et son peuple est un peuple séparé, mis à part du reste du monde. Les oeuvres de Jésus étaient celles de Dieu. Il a créé un nouveau peuple le séparant des Juifs. Il n'est pas venu apporter la paix, mais la division.

Lorsque le christianisme a commencé à se répandre, il a provoqué de fortes oppositions, des violences, des persécutions, des meurtres, depuis la Crucifixion de Jésus aux chrétiens crucifiés récemment au Soudan. Ce nouveau peuple est appelé à être saint, séparé du reste du monde. L'ère des martyrs et des Pères du premier millénaire, ne laisse pas du tout penser que le Christianisme était spécialement fait pour les femmes où qu'il pouvait être une menace pour la masculinité des hommes.

La féminisation du Christianisme Occidental peut être datée du 13ème siècle, au temps de Saint Dominique et de Saint François, c'est à ce moment-là que les femmes ont commencé à s'investir dans l'Eglise à tel point que tous deux, Saint François et Saint Dominique ont averti leurs condisciples de ne pas passer tout leur temps à prêcher aux femmes en ignorant les hommes...

Que se passe-t-il dans l'Eglise au Moyen Age? Dans son éminent sermon sur le Cantique des Cantiques, Bernard de Clairvaux (Saint Bernard ) enseigna que l'âme chrétienne était celle d'une épouse à son époux céleste. Il continue son exégèse allégorique en passant par Origène (II-IIIe siècle, théologien, prêtre et mystique chrétien). La prédication de Saint Bernard est tombée dans un terrain fertile, et fut acceptée par la piété populaire, subissant au passage de mystérieuses transformations que nous appellerons une piété sentimentale et affective, bien que ces mots ne soient pas totalement exacts. Les émotions et les sentiments ont toujours joué un rôle important dans la vie Chrétienne, mais pour une raison ignorée les émotions sont actuellement le fait des femmes. L'expression qu'utilise Saint Bernard pour parler de l'union de l'âme avec Dieu en termes érotiques fut très agréables aux oreilles des femmes. Valerie M. Lagorio dans son enquête sur la littérature mystique conclut par ses mots: " Dans les oeuvres des femmes visionnaires, on peut noter la prédominance de la Brautmystik ( la mystique nuptiale ); c'est-à-dire la description de l'union de l'âme et de Dieu en des termes empruntés directement à l'amour humain, dans la tradition du Cantique des Cantiques, la passion entre Christ et l'âme, qui conduit aux noces et au mariage. "Sainte Brigitte de Suède avait pour habitude de parler d'elle à la 3ème personne en tant qu' "épouse".

L'union nuptiale de l'âme avec Christ n'est pas simplement différente et plus élevée que le mariage terrestre, elle le remplace et emprunte un certain érotisme physique à l'union sexuelle manquante. C'est ainsi que Soeur Margaret Ebner pouvait dire que Jésus la transperçait "de sa lance d'amour" et lui aurait parlé en ces mots: "Ton doux amour me rejoint, je réponds à ton désir intérieur, ton amour brûlant m'attache à toi, ta vérité pure me retient, ton amour ardent me rapproche de toi. Je veux te donner le baiser d'amour qui est le délice de ton âme, un doux mouvement intérieur, un doux attachement". Elle avait entendu parler du baiser de Saint Bernard. "Je languis fort de recevoir ce baiser qu'a reçu Saint Bernard".

L'érotisme très explicite des mystiques du Moyen-Age continue de hanter l'église comme on peut s’en rendre compte en lisant l'Extase de Mariette (Hansen Ron). Des pseudo-mystiques qui ont des "fantasmes érotiques" à propos de Jésus ont imprégné l'Eglise Catholique. Ce sont des cas extrêmes mais la dévotion populaire a facilement adopté une version édulcorée de cet érotisme. Catholiques et Evangéliques parlent d'une relation personnelle avec Jésus. Certains ont fait la remarque à la sortie de mon livre " L'Eglise impuissante" que ce langage est compris comme une relation romantique avec Jésus, " tomber amoureux de Jésus". Non seulement au travers des vieux cantiques comme "O How I Love Jesus" (Oh comme j'aime Jésus!) mais également par le rock chrétien qui s'est emparé de chansons d'amour en vogue, substituant le nom de Jésus à celui de l'être aimé.

Je pense pouvoir dire que même la saine doctrine a été affectée par la féminisation de l'Eglise. La féminité est caractérisée par les thèmes tels que l'union, l'intégration, l'approfondissement des relations. L'Universalisme (doctrine selon laquelle Dieu veut le salut de tous les hommes) est reconnu dans la plupart des églises aujourd'hui. Universalisme pour tous les hommes, et même selon certains pour les anges déchus qui seront sauvés à la fin. L'Enfer, s'il existe sera vide. Julian de Norwich (XIVe siècle) une religieuse mystique visionnaire, entendit Jésus lui dire: " All shall be well and all shall be well and all manner of things " (Tout sera bien et tout sera bien, et tout, à tous égards, sera bien.) D'autres saints ont argumenté avec Dieu en lui demandant comment Il pouvait envoyer des pécheurs en enfer. Hans Urs von Balthasar, un favori de Jean-Paul II, écrivit : "Osons-nous espérer que tous les hommes soient sauvés?" sa réponse fut oui. Hans Urs von Balthasar penche clairement pour l'universalisme et fut extrêmement influencé par le Dr. Adrienne von Speyer (décédée en 1967) l'une des plus grandes mystiques stigmatisée du XXe siècle, auteur de 60 volumes qu'elle lui dicta..

Alors que nous espérons vivement et prions pour que tous les hommes soient sauvés, Jésus nous donne plusieurs sévères avertissements à propos de l’enfer où le ver ne meurt pas et où le feu ne s'éteint pas. Il séparera au dernier jour les brebis des boucs. Même dans les milieux ordinaires Chrétiens, le jugement, la damnation et l'enfer ont disparu des consciences, aussi bien que la pratique de la confession. Si nous devons tous aller au ciel, pourquoi se repentir? Pourquoi devenir Chrétiens ? Si le Christianisme est un jeu verbal, une décoration, les hommes ont mieux à faire de leur temps.

Les hommes ont cherché à se réaliser sur le plan religieux en dehors du Christianisme. Les Francs Maçons par exemple et d'autres organisations similaires ont mis en évidence la thématique mourir et renaître à un nouvel homme. Les sports sont devenus une nouvelle religion, tout comme la guerre, le nationalisme, le fascisme, et le Nazisme. Les hommes ont recherché et continuent de rechercher la transcendance, non pas dans le Christianisme, mais dans de nouvelles religions de la masculinité. Les hommes connaissent ce chemin « mourir pour renaître » parce qu'ils ont du un jour mourir au petit garçon qu'ils étaient et quitter la sécurité du monde maternel pour renaître hommes. Ils savent que pour être pleinement masculins, ils doivent mourir et renaître.

Le Christianisme est une religion qui s’articule autour de la mort et de la résurrection, mais la masculinité séparée du Christianisme offre trop souvent un simulacre de mort et de résurrection.

Faire des hommes des pères Chrétiens Ne peuvent enseigner les hommes que de vrais hommes, et trop nombreux sont les pasteurs qui ne sont pas de vrais hommes. Un pasteur m'a appelé à propos de mon livre. Il avait été ordonné selon les principes de l'Eglise Presbytérienne. Lorsqu'il est entré au séminaire il a du remplir des tests psychologiques et parler à un psychiatre. Celui-ci regarda le résultat des tests et la première question qu'il lui posa fut: « Etes vous un homosexuel. » Le candidat répondit, « non je ne suis pas homosexuel, pourquoi me posez-vous cette question. » Le psychiatre lui dit alors: « Vous avez le profil type d'un homosexuel, mais ne vous en faites pas tous les ministres admis dans votre dénomination ont le même profil.» Le problème, comme le réalisa le pasteur qui m'appelait après la lecture de mon livre, est que ceux qui deviennent pasteurs l'ont voulu pour avoir le plaisir de travailler dans un univers féminin et adoptent la mentalité féminine, les femmes étant leur principale audience. Un tel profil chez les hommes signifierait qu'ils sont efféminés.

Bien que la paternité soit un accomplissement de la virilité, cela demande une reconnexion avec le domaine féminin et le travail domestique que les hommes considèrent comme une menace pour leur masculinité, ou du moins à cet aspect de la masculinité qu'ils accomplissent, rejetant la sécurité féminine en s'engageant dans un travail où ils devront faire face aux défis et aux dangers de la vie. Le rôle de protecteur ou de "pourvoyeur" est aussi un défi encore plus aigu, que les hommes accepteront pour ne pas être bloqués dans le stade de l'adolescence enthousiaste. Si un homme jeune n'expérimente pas le Christianisme comme étant une menace envers sa masculinité, il acceptera de devenir un père d'un foyer chrétien.

Les pères chrétiens devraient instruire leurs enfants, en tout premier par l'exemple. Les pères doivent conduire leur famille spirituellement dans la prière et la lecture de la Bible, ainsi que les amener à l'église. La paternité devrait être accentuée par des sermons sur le sujet comme il est présenté dans la Bible. Les nombreuses instructions de l'Ancien Testament concernant la paternité, comment être un père et d'une importance capitale dans les foyers du Nouveau Testament. Enseignez tout l'Evangile, même les passages gênants concernant l'Enfer. L'Enfer et la damnation sont des réalités, il ne faut pas l'oublier. Le Christianisme est un sujet excessivement sérieux, bien plus que l'économie ou la politique. Le Christianisme est à même d'apporter une véritable initiation aux mystères de la vie et de la mort, du ciel et de l'Enfer, sur la guerre spirituelle et la destinée de la race humaine. Les hommes ont besoin d'être formés à une discipline spirituelle et ils penseront qu'elle est valable s'ils distinguent l'importance du Christianisme.

La responsabilité du père est de couper ses enfants de la dépendance juvénile et de les préparer pour la bataille de la vie... Tous ceux qui ont essayé de christianiser notre culture savent qu'il s'agit d'un combat et que l'Eglise a besoin de bien plus que de quelques hommes fidèles.