« La Politique arabe de la France » : cette expression désigne une ligne constante de la diplomatie française depuis plusieurs décennies, qui se traduit par un soutien appuyé aux régimes les plus rétrogrades du monde arabo-musulman et par une hostilité presque permanente envers Israël et le sionisme. A quand remonte cette politique ? Certains font de la guerre des Six Jours le grand « tournant » de la politique française envers l'Etat juif, autrefois considéré comme l'ami et l'allié de la France, et soudainement devenu l'empêcheur de tourner en rond... Depuis la fameuse déclaration du général De Gaulle sur le « peuple .sûr de lui et dominateur », jusqu'aux propos de table d'un ambassadeur de France sur le « petit Etat de m...», l'opposition à Israël est devenue un élément central de la politique étrangère française. Pourquoi ? Le livre de David Pryce-Jones apporte un éclairage inédit et passionnant sur cette question qui taraude de nombreux Juifs et amis d'Israël. Il montre que la «politique arabe de la France» est bien antérieure à la création de l'Etat juif, et qu'elle s'inscrit dans une tradition anti-juive profondément ancrée chez les acteurs de la diplomatie française. Historien, né à Vienne en 1936, Pryce-Jones a en effet choisi d'aborder ce thème sous un angle nouveau : celui des relations entre le Quai d'Orsay et les Juifs. Comme il l'explique dans son introduction, « la notion de politique arabe de la France a pris une importance démesurée dans la conduite de la diplomatie française depuis De Gaulle », mais « rien n'a été écrit sur la manière don! les diplomates français ont perçu les Juifs en tant que Juifs ». C'est cette lacune étonnante que comble le livre de Pryce-Jones : au-delà des considérations de « Realpolitik » et des intérêts économiques de la France dans le monde arabe, il montre que la politique française dans notre région obéit aussi - et peut-être surtout - à des choix dictés par l'image négative que les hommes du Quai d'Orsay ont des Juifs et du peuple d'Israël. L'auteur dresse ainsi des portraits stupéfiants (et peu flatteurs) des hommes qui font la politique étrangère de la France depuis un siècle.

Les préjugés anti-juifs de l'élite française

On reste abasourdi en lisant les descriptions des Juifs sous la plume des plus illustres diplomates français, qui «aiment à se piquer de littérature» -comme fait remarquer Pryce-Jones avec ironie - mais dont le ton évoque plus celui de Gringoire et de la presse vichyste que les classiques des Lettres françaises. Ainsi, Jules Laroche, ambassadeur de France à Varsovie dans les années 1930, parle des « Juifs malpropres » qui « grouillent dans chat/ne bourg polonais », et affirme qu'en Pologne. « le seul moyen contre les Juifs parait être lepogrome »... On pourrait multiplier les citations de ce genre. Cette prose nauséabonde n'est pas, précisons-le, l'œuvre de sous-fifres ou d'employés subalternes, mais celle d'éminents représentants du Quai d'Orsay, qui occupent des postes clés et se considèrent comme l'élite de la France.

Le tour de force de l'auteur - qui confère à son livre la valeur d'un document exceptionnel - est de montrer comment les préjugés antijuifs des hommes du « Quai » ont joué un rôle essentiel dans la fixation des grandes lignes de la politique française au Moyen-Orient, depuis la fin du 19e siècle et jusqu'à nos jours. On pourrait croire en effet que les ministres des Affaires étrangères savent mettre de côté leurs préjugés et leurs opinions personnelles, lorsqu'il est question des intérêts supérieurs de la France... Or il n'en est rien : ces préjugés anti-juifs entrent en ligne de compte de manière déterminante dans la prise de décisions qui vont souvent à l'encontre des intérêts bien compris de la France. Pryce-Jones démontre notamment comment cette hostilité aux Juifs explique l'attitude de la diplomatie française à l'égard du mouvement sioniste, considéré avec circonspection, sinon avec mépris, alors même que l'Angleterre parvient à jouer un rôle important dans la région, en utilisant son soutien - très éphémère - au sionisme, lors de la Déclaration Balfour. Aveuglés par leurs sentiments et par la piètre opinion qu'ils ont des Juifs, les diplomates français privent la France de sa place légitime dans les affaires du Moyen-Orient. Cette remarque reste valable après la création de l'Etat d'Israël, que la France - après une brève « lune de miel » - considérera toujours comme un Etat voué à disparaître, rejoignant ainsi la conception arabe et islamiste de l'Etat croisé.

La lecture de ce livre est indispensable pour comprendre la politique française à l'endroit d'Israël et du sionisme, et pour apprécier les motivations de ceux qui ont toujours soutenu les pires ennemis de l'Etat juif, du Mufti pronazi AI-Husseini à Arafat et Abou Mazen.