NDLR : « 1 Corinthiens 1:19 Aussi est-il écrit: Je détruirai la sagesse des sages, et j’anéantirai l’intelligence des intelligents. » + «Jérémie 1:12 Et l’Eternel me dit: Tu as bien vu; car je veille sur ma parole, pour l’exécuter. »

L'invitation des écrivains israéliens, à l'occasion du soixantième anniversaire de la fondation de l'Etat d'Israël, à la Foire du livre de Turin, a entraîné une avalanche de protestations de la part des défenseurs de la cause palestinienne. Un appel au boycottage de la manifestation, lancé début janvier par une association d'écrivains arabes et appuyé par Tarîq Ramadan, a été repris par plusieurs intellectuels italiens. Un groupe de militants alter mondialistes a occupé symboliquement les bureaux de la Foire du livre, le 4 février, promettant d'autres actions tandis que les esprits se sont échauffés au point que des graffitis dénonçant « l'holocauste palestinien » ont recouvert les murs du bâtiment qui doit accueillir la manifestation. On peut inviter la Chine, la Corée du Nord, Cuba ou la Syrie à la Foire du livre mais on ne peut rien tolérer qui vienne d'un Etat juif.

Parmi les loups qui hurlent à l’effacement des Juifs de la surface de la Terre, on ne différencie plus au juste nos ennemis de notre propre « famille ». C'est dans ce contexte que pour la première fois de son histoire, La Foire du Livre de Turin, qui se tiendra du 8 au 12 mai, sera inaugurée par le Président de la République italienne, afin de calmer les esprits. Même Valentino Parlato, le fondateur du quotidien II Manifeste, très engagé dans la cause palestinienne, s'est prononcé contre cet absurde appel au boycottage : « Discutons, affrontons-nous, mais envoyons le boycottage . au diable, car le boycottage est muet, c'est un non sans argument ».

Qui alors, tandis que la tension est retombée, a dit : « Je ne considère pas qu 'un Etat qui maintient une occupation en commettant quotidiennement des crimes contre des civils mérite d'être invité à une semaine culturelle quelle qu'elle soit » ? Il s'agit du poète juif israélien Aharon Shabtaï qui avait déjà refusé l'invitation du Salon du livre de Paris, qui aura également Israël comme invité d'honneur.

On pense, bien sûr, à Groucho Marx : «Jamais je ne voudrais faire partie d'un club qui accepterait de m'avoir pour membre ». Jean-Claude Mimer a divisé les Juifs en deux genres : les Juifs d'affirmation et les Juifs de négation. Les premiers sont des Juifs en tant que tels, Juifs concrets, cibles vivantes et souffrantes de l'antisémitisme, et qui loin de se renier, se redressent pour affirmer la fidélité aux générations qui les ont précédés. Ceux là, au lieu d'épouser le conformisme ambiant, reconnaissent et assument une communauté de destin, et partagent un souci commun de transmission de la continuité du peuple juif, de génération en génération. Au risque de s'attirer les foudres des bien-pensants, les disqualifications publiques, le mépris, le soupçon, le rejet. Les seconds se désolidarisent de l'Etat juif, se posent en juges et inquisiteurs des premiers pour rejoindre le concert des voix anti-sionistes et, du même coup, les plateaux télé et les tribunes dans la presse.

Eux n'ont pas perdu le sens du jugement, ne sont pas enfermés dans une structure tribale, et n'hésitent pas à dénoncer les racines du mal, au nom d'un humanisme qui fait d'eux une « exception admirable » (Edgard Morin). Esther Benbassa, qui se pose en s'opposant aux « intellectuels organiques » de la communauté juive, "ces derniers ayant perdu tout jugement critique", cite Edward Saïd : « Ma priorité a toujours été celle de la conscience intellectuelle plutôt que la conscience nationale ou tribale, malgré la solitude qu'un tel choix risque d'imposer ». Attitude pour le moins héroïque qui permet de s'offrir le beau rôle du cavalier seul s'élevant, dans sa tour d'ivoire, au dessus de son; appartenance, pour inscrire sa parole au rang de vérité suprême.

Sauf que, si Esther Benbassa, sans patrie ni attachement territorial, est devenue, en effet,! cette intellectuelle médiatique rejetant toute= attache, fidélité et loyauté envers les siens, on constatera que l'intellectuel qu'elle imite dans son « effort de désappartenance » s'était fait photographier en train de lancer une pierre par dessus la frontière israélo-libanaise, aux côtés de militants du Hezbollah... Jean Daniel, lui, invente un nouveau personnage: le Juif pris dans les fers d'une prison imaginaire, dans laquelle les autres Juifs sont reliés entre eux par des structures tribales. Le judaïsme est donc, comme dans le christianisme, cet anachronisme qu'il faut dépasser pour se prétendre libre, sauf que Daniel se dit, malgré tout, « condamné à l'appartenance ». Ni juif, ni totalement assimilé, il est pris dans une espèce d'entre-deux où sa part juive résiste à sa tentative toujours recommencée de trouver son salut en se libérant de sa: prison juive ».

Le problème est que ces tensions existentielles: ne s'énoncent pas nécessairement sur un divan freudien, et cette pulsion de mort ne se magnifie pas toujours dans l'écriture, mais elle a un incidence sur la politique et le réel puisque ces Juifs, tel Rony Brauman, ne cessent de tirer su l'ambulance, introduisant dans le débat de arguments irrecevables : « l 'Etat Juif est un Etat ethno-théocratique régi par le droit du sang incompatible avec l'égalité de tous les citoyens vivant sur un même sol ». Or, il s'agit là d'une idéologie profondément viciée puisqu'elle tait l'impasse, rien de moins, sur le paramètre national du peuple juif. On prendra aussi Edgard Morin, intellectuel juif, président de « l'Associai ion pour la Pensée Complexe », en flagrant délii de simplification militante, considérant qu'il est logique de qualifier les Juifs de « peuple élit qui agi! comme la race supérieure ».

Pire encore : derrière l'atteinte au sacré des synagogues ei des lombes juives en France, lors de la Seconde Intifada, il voit la main invisible de la « stratégie du Likoud ». Les Protocoles des sages de Sion sont forgés aujourd'hui non plus par la police tsariste mais par ces Juifs néga-sionistes, justifiant, pour le coup, consciemment ou pas, l'atmosphère pogromiste anti- juive et anti-israélienne. Dans le chapitre des « Enfants de Rifaa » intitulé « fin du peuple juif », Guy Sorman envisage sereinement comme un « scénario réaliste », « un nouvel Holocauste possible » : « Un monde sans Juifs es! envisageable ; il y subsisterait le souvenir des Juifs, une interprétation du inonde qui n'eût pas été possible sans leur faculté de décoder. Peut-être leur Å“uvre est-elle achevée et les temps sont-ils mûrs pour qu'Us se dissolvent dans l'Occident',',.. » Mais magnanime, il ajoute ; « Que cette vision d'Apocalypse soi! excessive ou fondée, Dieu seul le sait ». Cette façon d'envisager de façon obscène l'effacement de son propre peuple de la Terre, cette manière tranquille de penser qu'on assiste, au présent, à la brisure d'une page - la sienne- de l'histoire de l'humanité, glacent le sang.

[Cette minorité active se voit rehausser au rang de Juif des Juifs, et proposent de s'auto saborder afin d'éliminer l'obstacle juif qui obère le chemin menant vers la libération de l'Humanité . ]

Certes, celle haine des Juifs, envers eux même date de l'Antiquité, el lors de l'Affaire Dreyfus, la quasi totalité des Juifs approuvèrent le verdict du premier procès : Dreyfus coupable de trahison.1 " Mais ce qui esl nouveau aujourd'hui, c'est que les Juifs néga-sionisles vomissent Israël « en tant que Juifs ». Ce qui frappe, oui, ce qui est inquiétant, c'est qu'à l'inverse de la haine de soi antérieure, « les Alterjuifs condamnent la Judéité en son nom même » (Schmouel Trigano). Ainsi, alors que le peuple juif est toujours vivant, au sortir de la Catastrophe hitlérienne, le cheval de Troie de ces Juifs qui rêvent d'effacer leur propre nom, réglant des eompres psychologiques, politiques ou idéologiques sur le dos de leur peuple, donne le meilleur alibi aux durbanistes fantasmant sur une solution finale à la « question juive ». Celte minorité active se voit rehausser au rang de Juif des Juifs, et proposent de s'auto saborder afin d'éliminer l'obstacle juif qui obère le chemin menant vers la libération de l'Humanité. Les Juifs avaient déjà beaucoup affaire avec leurs ennemis qui jurent leur extinction (« la disparition d'Israël est inévitable. C'est une loi divine » vient de déclarer Nasrallah), peut-être n'était-il pas nécessaire que s'ajoute une pareille et si absurde épreuve.

Reste qu'il faut le savoir : parmi les loups qui hurlent à l'effacement des Juifs de la surface de la Terre, on ne différencie plus au juste nos ennemis de notre propre « famille ». Pourquoi celle nouvelle solitude des Juifs au sein même de leur peuple, et pourquoi -surtout-pour paraphraser Jankélévitch, fallait-il qu'elle fui réservée aux petits-enfants de la Shoah ? • (1) Une tragédie de la belle époque- L'affaire Dreyfus-INALCO-1994 On lira avec le plus grand intérêt le numéro 4 de la brillantissime revue « Controverses » de Shmouel Trigano. intitulé : a Les Alterjuifs », (http://obs. monde.juif.free.fr/)