A l’occasion du 5ème anniversaire des attentats du 11 septembre 2001, le président des États-Unis a confirmé à ses concitoyens que la guerre contre le « totalitarisme islamique » était engagée. Mais à y regarder de plus près, ce concept n’a aucune définition précise ce qui permet de cibler toutes sortes de groupes différents et de les diaboliser pour justifier a posteriori qu’on les attaque. Cédric Housez retrace ici l’usage que la propagande états-unienne a fait du terme « totalitarisme » de la Guerre froide à aujourd’hui.

« fascislamisme », « fascisme islamique », « nouveau fascisme », « nouveau totalitarisme »… il semble que la dernière mode dans la « guerre au terrorisme » soit au renouveau de l’appellation « fasciste » et au retour de la rhétorique anti-totalitaire. Même si ce phénomène n’est pas vraiment récent 1, il trouve aujourd’hui un écho considérable, particulièrement marquant dans l’actualité médiatique française de l’année 2006.

En France, au mois de mars 2006, une nouvelle revue traitant de politique internationale a été lancée par les éditions Denoël : Le Meilleur des mondes. Elle « revendique l’héritage politique, intellectuel et moral du courant antitotalitaire » 2 et rassemble dans son comité éditorial un grand nombre de personnalités médiatiques américanistes 3. Dans son éditorial, elle amalgame la lutte contre le communisme au temps de la Guerre froide et le combat actuel contre « l’islamisme », déplorant que la France ait montré ou montre de la complaisance pour chacun de ces mouvements.

À la même période, l’hebdomadaire satirique français Charlie Hebdo 4 qui s’était illustré quelques semaines auparavant en reprenant les caricatures de Mahomet diffusées initialement dans le Jyllands Posten 5 publia un manifeste intitulé « Ensemble contre le nouveau totalitarisme » 6. Dans son introduction, on lit que : « Après avoir vaincu le fascisme, le nazisme, et le stalinisme, le monde fait face à une nouvelle menace globale de type totalitaire : l’islamisme. ». Ce manifeste fut repris in extenso par l’hebdomadaire français L’Express, le mensuel français TOC et le quotidien suisse Le Temps et eut un certain écho international.

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