Prier pour la Turquie est certainement l'un des meilleurs services que les chrétiens occidentaux puissent rendre à ce pays. Il y a cent huit ans, 22% des Turcs étaient considérés comme chrétiens; maintenant ils ne représentent plus que 0,32% de la population (émigration massive).



Les trois chrétiens assassinés à Malatya.




A mi-décembre 2007, le ministre turc de l'Intérieur a réagi à une vague de protestations des médias visant le procureur et la manière dont se déroule le procès; un procureur a ouvert une enquête judiciaire au sujet de la prétendue collusion des représentants des autorités dans l'affaire du meurtre des trois chrétiens en avril 2007. Nous apportons des précisions au sujet de cette affaire, qui a déjà fait couler beaucoup d'encre, afin de montrer les difficultés que rencontrent les chrétiens à obtenir une protection appropriée dans des pays à prédominance islamique, en dépit de la constitution et du droit en vigueur.



Selon des preuves de plus en plus nombreuses, les cinq meurtriers ayant avoué leur forfait ont eu à plusieurs reprises des contacts directs avec des agents de la police locale, avec des membres d'une unité militaire spéciale et même avec un membre du parti du mouvement nationaliste (MHP). Un procureur en chef en fait également partie. Des reportages sur ce sujet ont fait les gros titres de plusieurs quotidiens nationaux; ils ont même occupé un créneau important dans les bulletins d'information de la télévision durant cinq jours consécutifs.

Le rappel des faits:

Deux chrétiens turcs convertis de l'islam, Necati Aydin et Ugur Yuksel, ont été liés, frappés, torturés et leur gorge tranchée. L'Allemand Christian Tilman Geske a subi le même sort. Les meurtres se sont déroulés le 18 avril 2007 dans les bureaux de Malatya de la Zirve Publishing, société distribuant des Bibles et de la littérature chrétienne. Il est difficile de mesurer pleinement les implications du drame. Pour quelle raison le bureau du procureur de Malatya a-t-il ignoré la relation entre les enregistrements téléphoniques des suspects et négligé d'enquêter sur deux lettres compromettantes des «informateurs», lesquels ont prétendu être proches des acteurs cachés derrière les cinq jeunes tueurs?

D'une façon mystérieuse, les dix jours d'enregistrement des caméras de contrôle placées dans la chambre d'hôpital du principal suspect n'ont rien montré; les bandes auraient été effacées par la police de sécurité. La preuve a été faite qu'une arme à feu retrouvée dans le bureau de la Zirve Publishing (où le crime a été perpétré) avait été confisquée par la police locale deux jours avant les meurtres!

Un représentant du Ministère de l'intérieur a fait la déclaration suivante dans le quotidien Radikal du 9 décembre 2007: «Suivant les résultats de l'enquête, une action en justice pourrait être intentée contre tout fonctionnaire de police impliqué.» Le 11 décembre 2007, le ministre de la Justice Mehmet Ali Sahin a été cité dans plusieurs quotidiens nationaux; il a admis se sentir très mal à l'aise au sujet des affirmations de la presse turque mentionnant des «fonctionnaires» qui auraient été en contact avec les meurtriers de Malatya, et a ajouté: «Nous suivons attentivement l'évolution de l'affaire... les services de sécurité ont engagé deux inspecteurs de police; nous enquêtons dans les moindres détails.»

La preuve des téléphones portables ignorée

Le premier scandale rapporté dans la presse de décembre 2007 se focalisait sur les téléphones portables des cinq jeunes meurtriers qui ont été arrêtés sur les lieux du crime. Les enregistrements des contacts téléphoniques entre les suspects et de leurs conversations au cours des six mois précédant le crime font état de ce que le quotidien Today's Zaman a qualifié de «relations troubles avec des individus au service d'agences officielles ou de l'armée».

Mais l'accusation ne mentionnait aucun détail de l'enquête préliminaire sur la mise en examen. Les avocats qui défendent les intérêts des familles des chrétiens assassinés, ont exigé les enregistrements complets des conversations téléphoniques; ils déplorent que l’enquête ait portée uniquement sur les appareils téléphoniques en possession des suspects lors de leur arrestation. De nouveaux témoignages précisent que les assassins ont utilisé au total cent seize téléphones portables. Le principal suspect Emre Gunaydin a changé de téléphone trente-cinq fois, Salih Gur1er trente-huit fois, Hamit Ceker dix-sept fois et Abuzer Yildirim seize fois! Il est inexplicable que le cinquième meurtrier, Cuma Ozdemir, ainsi que Kursat Kocadag (l'un des deux suspects de complicité), n'aient fait l'objet d'aucune investigation. De même pour les communications de deux autres téléphones enregistrés sous un autre nom que celui de leur propriétaire!

Connections avec un ultranationaliste

Un témoignage supplémentaire se focalise sur la personne de Ruhi Polat, membre du conseil provincial résidant à Malatya. Des enregistrements apportent la preuve que le suspect Emre Gunaydin a échangé dix-huit messages avec un portable enregistré au nom de Ruhi Polat entre le 15 mars et le 12 avril 2007.

Abuzer Yildirim a déclaré à la police: «Emre Gunaydin nous a dit qu'il détenait des informations sur les activités missionnaires et qu’il les aurait reçu par l’intermédiaire d'une personne appelée Ruhi Polat, qui était venu au lycée de son père et faisait des recherches sur l'alévisme (secte de l'islam qualifiée d'hérétique par les sunnites), la mission et le christianisme. Il a envoyé ses reportages aux autorités.» Au cours de ses déclarations à la police, Ruhi Polat a démenti avoir entretenu des relations étroites avec Emre Gunaydin; il a simplement rencontré ce dernier quelquefois au lycée. Sa fille, étudiante dans le lycée dirigé par le père du suspect, aurait utilisé le téléphone portable de ce dernier quand Emre l'a appelée à plusieurs reprises. De plus, le procureur en chef du district de Kartal à Istanbul déclarait avoir offert le portable utilisé par les suspects à un membre de sa parenté il y a plusieurs années. «Je n'ai pas parlé à Abuzer Yildirim et à aucun des autres suspects; je ne suis nullement impliqué dans le meurtre en question», a dit le procureur.

Conspiration

Durant l'audience d'ouverture du 23 novembre 2007 Ali Koc, avocat des plaignants, a demandé des explications aux avocats de la partie adverse qui auraient «omis» d'inclure le document sur papier d'un courriel adressé aux responsables de l'Alliance des églises protestantes de Turquie et qui avait été transmis au procureur général le 24 septembre 2007. Ecrit par quelqu'un affirmant connaître les auteurs du crime, le courriel disait que les personnes qui avaient encouragé et «aiguillé» Emre Gunaydin étaient «notre commissaire Mehmet Ulger et un assistant à la faculté de théologie, Ruhi Balat (Polat). Ruhi Balat a travaillé avec notre commissaire Ulger durant quatre à cinq mois. La première personne ayant contacté Ruhi Balat a été Halil Isler, commissaire du poste de police de l'université. Par la suite, des contacts avec le capitaine de notre régiment ont été établis par le sergent Mehmet Colak (nom de code « Seyhmus »). Ayant et après les meurtres, ces personnes se sont rencontrées très souvent." Au tribunal, le procureur de Malatya Seref Gurkan a dit que le courriel avait été transmis au quartier général de l'Infanterie de Malatya aux fins d'enquête, car le document mentionnait des accusations à l'encontre du personnel de l'armée.

Récemment le nom de Halil Isler est apparu dans un autre scandale : les dix premiers jours de l'enregistrement des caméras placées dans la chambre d’hopital du suspect blessé Emre Gunaydin, ont purement et simplement été effacés. Selon les dossiers du procès, le procureur de Malatya a demandé que les deux caméras vidéo placées dans la chambre de Emre soient remplacées parce quelles n'avaient aucun son. Les anciennes caméras enlevées, des représentants de la police de sécurité ont déclaré que suite à des «ennuis techniques» ils n'avaient pas pu copier les dix jours d'«enregistrement muet» et qu’ils les avaient détruits!

La presse turque a déclaré qu’il ne s’agissait pas d'une coïncidence car le lieutenant Halil Isler était celui qui était chargé par les plaignants de contrôler la caméra de surveillance placée dans la chambre de Emret Gunaydin. Le chef de la police de Malatya, Ali Kahya, a démenti que les enregistrements aient été effacés. D’après lui, ils auraient été transmis intacts à la cour. Cependant des copies scannées des documents publiés dans les quotidiens turcs prouvent le contraire. Les documents officiels signés par le personnel hospitalier ont confirmé que les disques étaient vides.

«Ces gens m'ont utilisé et ont détruit ma vie!»

Une deuxième lettre a été écrite par un des meurtriers emprisonnés à Mersin; cette personne déclare qu'elle a été membre du même mouvement de jeunesse ultranationaliste à Malatya que Emre Gunaydin. «Ces gens m'ont utilisé et ont détruit ma vie; ils ont aussi utilisé Emre», a déclaré Metin Doga dans une lettre au procureur de Malatya; il a aussi affirmé que la branche locale de « Ulku Ocaklari » (« forger l'idéal! ») était derrière le meurtre des chrétiens. Metin Doga a ajouté: «Je sais beaucoup de choses sur les meurtriers et la maison de publication chrétienne. Je sais qui a utilisé Emre, qui a été l'auteur des meurtres. Je veux faire une déclaration et présenter mes preuves. Il faut que je vous informe, je ne veux pas que l'un de mes frères soit aussi utilisé et que d'autres vies soient perdues.»

Un des accusés dénonce le meneur du groupe

Le premier des cinq jeunes musulmans jugés pour avoir torturé et tué trois chrétiens dans l'est de la Turquie a été récemment entendu; il nie catégoriquement que le groupe ait eu l'intention de tuer les chrétiens.

Le 14 janvier 2008, lors de son témoignage effroyable des dernières heures de Necati Aydin, de Ugur Yuksel et de Tilman Geske, l'accusé Hamit Ceker a déclaré devant la Cour criminelle de troisième instance de Malatya qu'au cours de la sauvage agression contre la Zirve Publishing Company le 18 avril 2007, il a vu le principal suspect Emre Gunaydin trancher la gorge de deux chrétiens. Bien qu'il confirme que chacun d’entre eux avait apporté des armes, une longue corde, un canif neuf, une paire de gants en plastique et la jawshan islamique (prière de protection), il a réaffirmé sa bonne foi, car selon lui, leur but était de rassembler des pièces à conviction contre les chrétiens, mais pas de les tuer. Il dit avoir vu Emre Gunaydin assassiner Tilman Geske et Necati Aydin, mais ignorer comment Ugur Yuksel est mort. «J'ai juste entendu Ugur Yuksel crier: «Jésus»!».

TURQUIE toujours…

Un juge relâche un mineur qui avait menacé de mort un pasteur

Le 26 janvier 2008 à Samsun, ville située sur la côte de la mer Noire, un juge a libéré un jeune homme qui avait pourtant reconnu avoir proféré des menaces de mort à l’encontre d’un pasteur et de ses fidèles; il avait été maintenu en garde à vue pendant une journée.

Le juge Sinan Sonmez du tribunal de Samsun, responsable des délits mineurs, s'est prononcé pour la libération du jeune Semih Seymen (17 ans) en raison de son jeune âge. Depuis le 29 décembre 2007, Semih avait téléphoné plusieurs fois au pasteur Orhan Picaklar de l'église Agapé de Samsun, menaçant de le tuer. Dans une lettre de protestation officielle enregistrée par le tribunal de Samsun, Orhan Picaklar a désapprouvé la décision de libérer l'inculpé. Il a déclaré au quotidien Taraf : «Semih a publiquement reconnu les faits. Il avait annoncé un massacre pour le jour suivant et la police l'a entendu nous le déclarer au téléphone. Mais elle l'a libéré parce qu'il est mineur!»…

  • Continuons à prier pour nos frères et sœurs en Turquie.