Le 12 mars dernier, Mohamed Dajani, Professeur de Science politique à l’Université palestinienne Al-Qods de Jérusalem, a tenu une conférence de presse à Jérusalem pour présenter son parti "Al-Wasatia". Le mouvement, qui signifie "modération" ou "centrisme", a été créé le 21 mars 2007.
A l’approche de son premier anniversaire, Mohamed Dajani, président-fondateur du mouvement, est revenu sur les objectifs, les projets et les ambitions du parti.
Et dès le début de la conférence, il est entré dans le vif du sujet : "Nos deux camps seront un jour en paix, et nous pouvons y arriver".
Toutefois, la paix dans la région passe forcément par la paix dans les territoires palestiniens. Pour y parvenir, le professeur s’est attardé sur trois points phares.
Tout d’abord, le consensus politique entre Palestiniens pour permettre l’établissement d’un gouvernement stable.
Ensuite, l’amélioration de la situation économique, condition indispensable pour la paix. La croissance, l’amélioration du pouvoir d’achat ou le travail étant des exemples concrets des besoins de la population palestinienne.
Enfin, le troisième et le plus important point de son programme est la religion. "La religion est très importante dans l’éducation, surtout dans cette région du monde, très attachée à ses croyances".
"Le Coran est le même pour tous certes, mais les commentaires de ses versets diffèrent selon les interprètes. Il y a de l’amour, de la tolérance et de la paix dans le Livre, mais ces messages sont souvent obscurcis par les commentateurs".
"Le Coran est écrit dans un niveau d’arabe très soutenu. C’est pourquoi beaucoup de musulmans qui ne comprennent pas certains versets, préfèrent s’en remettre aux discours simplifiés des interprètes" s’indigne-t-il.
Des explications très souvent erronées selon le professeur. "Beaucoup de commentaires sont faux et radicaux". Et c’est là tout le défi d’Al-Wasatia : inculquer les idées modérées de l’Islam à la société palestinienne.
Depuis que le Hamas a remporté les élections en juin 2006, le mouvement islamiste détient le monopole de l’éducation religieuse et radicalise les interprétations du Coran. "C’est ce que nous voulons changer" ambitionne M.Dajani.
Pour cela, il souhaite modifier le comportement de trois sources de diffusion de l’information. Et parmi eux, les imams dont "les discours sont trop politisés et n’ont souvent rien à voir avec la religion. Il n’est pas normal d’entendre "mort à l’Amérique, à Bush, ou à Israël" à chaque fin de prière" argumente-t-il.
L’éducation des enfants palestiniens est également dans le collimateur de M.Dajani. " Les enfants ne vont à l’école qu’à partir des cours élémentaires, explique t-il, ainsi, entre 3 ans et 6 ans ils ne reçoivent aucune éducation".
"Un manque comblé par le Hamas qui tente de faire de ces enfants de "bons musulmans" en les instrumentalisant dès le premier âge" poursuit le professeur.
Le problème des médias serait enfin la troisième source de danger. "Dans l’ensemble, la télévision et les journaux enflamment la population plutôt que de transmettre l’information".
C’est donc un projet ambitieux que tente de réaliser Mohammed Dajani avec son parti. La paix est possible selon lui, et doit passer non pas seulement par des négociations israélo-palestiniennes, mais également et surtout par des réformes et des changements internes à la société palestinienne.
Et la tolérance, la justice, la modération, sont autant de mots oubliés chez les Palestiniens qu’il compte bien remettre au centre des débats avec son mouvement Al-Wasatia explique t-il. Une détermination qui surprend tant elle est dissonante.
D’ailleurs, lorsqu’on lui demande comment est reçu ce nouveau parti auprès de la population, l’interrogé répond : "Nous avons créé le parti parce que nous avons senti une demande de la population qui souhaite vivre en paix".
Plus mitigé lorsqu’on le questionne sur l’accueil réservé par le Hamas ou le Fatah à son parti, il réplique : "Si un jour quelqu’un me menace, je lui dirais "qu’au lieu de me critiquer moi, asseyons-nous à une table et parlons de nos différences politiques" ".
Ambitieux et idéaliste sans pour autant renoncer à être pragmatique, Mohammed Dajani affirme que Al-Wasatia se veut être le parti du peuple palestinien, qui pourra lui apporter prospérité et sécurité.
Dans ce schéma-là, Israël pourrait être un Etat susceptible d’apporter beaucoup au peuple palestinien. La question est de savoir si Al-Wasatia parlera assez fort pour se faire entendre dans le vacarme politique qui règne actuellement à Gaza et à Ramallah













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