Les parents qui enseignent à leurs enfants à la maison en Californie viennent de se voir apposer une nouvelle étiquette: criminels.



Dans une décision controversée, un juge de Los Angeles a statué que l'enseignement à domicile «n'est pas un droit reconnu par la Constitution». Le juge ajoute que seuls les enseignants accrédités ont le droit de tenir des classes à la maison.

La décision a soulevé un tollé dans l'État, où plus de 200 000 enfants reçoivent une éducation en dehors du système scolaire. «Ça fait peur, a dit Julie Lamb, une mère de la région d'Oakdale qui représente une association de parents qui enseignent à la maison. Si le jugement est maintenu, ça ferait de la Californie l'un des plus restrictifs des États-Unis.»

Le sujet est devenu tellement controversé que le gouverneur Arnold Schwarzenegger a dû intervenir pour calmer le jeu. La semaine dernière, Schwarzenegger s'est dit «choqué» par la décision, qui devrait être renversée selon lui.

«Chaque enfant en Californie a droit à une éducation de qualité, et les parents devraient avoir le droit de décider ce qui est le mieux pour eux, a-t-il dit. Les parents ne devraient pas être pénalisés parce qu'ils veulent agir dans le meilleur intérêt de leur enfant.»

Le sujet de l'éducation à la maison est épineux aux États-Unis, où plus de 2 millions d'enfants reçoivent ce type de formation, selon le gouvernement fédéral. Au plan national, environ la moitié des parents disent choisir cette avenue en raison de la «qualité préoccupante de l'éducation publique». Le tiers des parents affirment faire ce choix pour des questions religieuses.

La crise actuelle a été déclenchée par la décision d'un juge de la Cour d'appel de la Californie, qui se penchait sur le dossier d'un couple de Los Angeles dont l'enfant a été victime de «mauvais traitements physiques et psychologiques» pendant des cours à domicile.

Le père de l'enfant, Phillip Long, veut maintenant porter sa cause devant la Cour suprême de l'État. «J'ai des convictions religieuses très fortes, a-t-il dit. L'école publique entre en conflit avec ces convictions. Je dois faire ce que ma conscience me dicte de faire.»

Pour Rachel Ross, une mère de Los Angeles qui enseigne à sa fille Samantha, 13 ans, la décision est incompréhensible. «Ma fille subit les mêmes tests que les élèves de l'école, et elle réussit mieux. Je ne vois pas pourquoi on remettrait en question un système qui marche, un système qui a fait ses preuves», dit-elle.

Mieux qualifiés

Pour le président de l'Association des enseignants californiens, David Sanchez, les professeurs qui travaillent dans les écoles sont les seuls capables de donner un enseignement de qualité. «Ils sont les plus qualifiés pour la tâche, ce sont ceux qui ont suivi le processus d'accréditation», dit-il, ajoutant que le système scolaire n'a pas les ressources nécessaires pour accueillir les quelque 200 000 élèves qui étudient à la maison.

Stephen D. Sugarman, professeur de doit à l'Université Berkeley, croit quant à lui que les parents qui enseignent à la maison pourraient se retrouver dans l'embarras si ce jugement devait être maintenu, une éventualité qu'il juge peu probable.

«Les districts locaux ont beaucoup d'autonomie, et pourraient se mettre à intenter des poursuites, dit-il. Mais je ne pense pas qu'ils vont choisir cette avenue. Je pense que les choses vont demeurer inchangées, et que tout le monde va continuer à faire comme avant.»