Des menaces existentielles pèsent sur Israel. On s’en doutait mais deux anciens officiels israéliens ont confirmé cette crainte lors d’une conférence à l’Université Hébraïque de Jérusalem mardi 11 mars dernier. L’ancien chef d’état-major de l’armée israélienne, Shlomo Gazit et l’ancien homme politique Moshe Arens en ont profité pour livrer leur analyse d’un problème qui est d’actualité depuis 60 ans…

"Si la politique ne tient pas compte des conseils de l’armée, elle ne peut avoir qu’une vision faussée ou non exacte de la situation, ce qui l’amènera forcément à faire de mauvais choix" a a expliqué l’ancien ministre Moshe Arens convaincu de l’importance des liens entre les directions politiques et militaires.

Une allusion directe à la seconde guerre du Liban de 2006 au cours de laquelle le manque de communication entre ces deux échelons a été fortement dénoncé.

Moshe Arens s’exprimait à l’institut de relations internationales Léonard David, situé à l’Université Hébraïque de Jérusalem, lors d’un colloque de deux jours, consacré aux " menaces existentielles pour Israël".

A ses côtés, l’ancien chef d’état-major de l’armée israélienne, Shlomo Gazit qui est revenu sur les menaces qui pèsent sur Israël depuis sa création en 1948.

Des menaces qu’il a justifiées par une phrase courte mais efficace : "Les pays arabes de la région veulent détruire dans son intégralité l’Etat d’Israël".

A l’heure actuelle, celles-ci seraient au nombre de quatre : - La guerre conventionnelle qui conduirait les Etats arabes de la région à entrer en conflit avec l’Etat hébreu pour l’occuper ou le détruire.

- L’utilisation d’armes de destruction massives. "Aux vues des événements, je pense évidemment à l’arme nucléaire mais je pense également aux autres dangers comme les armes chimiques ou bactériologiques".

- Le terrorisme politique et économique car "de graves décisions politiques et économiques tels que le boycott, l’embargo pétrolier ou le blocus maritime, sont des atteintes à l’existence d’Israël".

- Et enfin ‘la menace démographique’puisque "si Israël perd son identité juive, alors l’Etat juif prendra fin". C’est pourquoi, " la question du retour des millions de Palestiniens en Israël est inenvisageable pour la sécurité et la survie de l’Etat" a poursuivi Shlomo Gazit.

Après avoir analysé les différents types de menaces, ce dernier est revenu sur les attaques subies par Israël au cours de sa jeune histoire afin de comprendre si elles ont été, des menaces existentielles.

"La première menace existentielle date des premières immigrations juives en Palestine du XIXe siècle. Ces attaques de la part des Arabes palestiniens ont visé à empêcher indirectement la création de l’Etat".

La guerre d’Indépendance et la guerre de Kippour constituèrent véritablement des conflits pour la survie du pays puisque c’est l’existence même de l’Etat qui fut menacée selon Shlomo Gazit. "On aurait bien dû mal à imaginer la Syrie stopper ses attaques après avoir récupéré le Golan"…

La guerre de Suez en 1956, la guerre des Six jours en 1968 et la première guerre du Liban en 1982 ne furent pas directement des guerres pour la survie d’Israël dans la mesure où elles furent des guerres préventives.

Cependant, "il paraît évident que sur le long terme, Israël a assuré sa pérennité en effectuant ces guerres, et donc sa survie" a justifié Shlomo Gazit.

Enfin, l’intervention atypique des avions de chasses de l’armée contre les réacteurs nucléaires d’Osirak en 1981 a également été, d’une certaine manière, une guerre préventive pour la survie de l’Etat selon lui. "Le risque de laisser l’Irak de Saddam Hussein disposer de l’arme atomique aurait été une menace pour Israël ".

La situation actuelle a évidemment été abordée par Shlomo Gazit. "Les récentes attaques de roquettes contre Israël menacent la stabilité et la pérennité de l’Etat à long terme" a affirmé ce dernier, justifiant ainsi les ripostes de Tsahal.

Le futur de l’Etat d’Israël serait également menacé, indirectement par la volonté de l’Iran d’obtenir l’arme atomique, et directement, par ses appels à la destruction de l’Etat juif.

Enfin pour l’ancien militaire, une guerre prochaine avec les Etats arabes de la région serait également envisageable puisque, pour une bonne partie d’entre eux, Israël reste le grand ennemi de la région.

Un bilan réaliste qui n’a laissé que peu de place à un quelconque avenir de paix pour Israël…