
Casablanca, (Etudiantcongolais.com) - L’Eglise Protestante a fêté ses 100 ans cette année. A cette occasion son président, le pasteur Jean-Luc Blanc répond à quelques-unes de nos questions.
Propos recueillis par ALAIN BOUITHY
Etudiantcongolais.com: L’Eglise Evangélique Au Maroc fête ses 100 ans. Comment a commencé cette histoire ?
Pasteur Jean-Luc BlancC’est le 23 décembre 1907 qu’a eu lieu le premier service religieux protestant dans la « chapelle anglaise » à Casablanca et en Mai 1908 qu’ont commencé les premiers cultes protestants réguliers, toujours dans cette même chapelle. A l’époque les pasteurs venaient d’Oran. Dès 1913 les cultes commencent à Tanger, en 1914, à Oujda, en 1920 à Marrakech,en 1924, à El Jadida…etc. Nos bâtiments, les temples ont été construits à partir de 1919. Jusque là, nos communautés se réunissaient dans l’Eglise Anglicane à Casablanca ou dans des salles prêtées par les ambassades. Je vous fait remarquer que notre histoire commence avant le protectorat (1912).
De qui était composée cette Eglise ?
Bien entendu, la physionomie de l’Eglise a évolué au cours de l’histoire. Composée majoritairement de français, de Suisses et d’Allemands venus faire des affaires au Maroc au début, elle a reçu ensuite de nombreux « colons » à l’époque du protectorat. Puis, à partir de l’indépendance (1956), les français sont devenus de moins en moins nombreux, des paroisses ont été fermées (Safi, Khourigba, Oujda, El Jadida…). Suisses et allemands composaient l’essentiel de l’Eglise à cette période. Mais… eux aussi allaient petit à petit quitter le Maroc. Dans les années 1980, il ne restait que peu de monde et l’Eglise se posait beaucoup de questions sur son avenir.
Mais aujourd’hui, elle a retrouvé un nouveau dynamisme….
Oui, c’est vrai. Le Maroc s’est ouvert aux étudiants africains qui constituent aujourd’hui les forces vives de cette Eglise, au tourisme, ce qui amène des chrétiens dans les villes touristiques, aux entreprises étrangères qui envoient des expatriés et aux retraités européens qui préfèrent venir passer leur retraite sous le soleil marocain que dans les brumes d’Europe du Nord. Il y a aussi les réfugiés et migrants. Aujourd’hui, l’Elise Evangélique Au Maroc compte à nouveau 11 lieux de culte au Maroc et 6 pasteurs.
Les étudiants africains ont du trouver difficile de s’intégrer dans une Eglise différente de ce dont ils avaient l’habitude…
Oui, l’ouverture à l’interculturel n’est jamais évidente. On cherche tous à vivre l’Eglise comme au pays. Le problème, c’est qu’on vient de pays et d’Eglises très diverses ! Aujourd’hui, l’Eglise Evangélique Au Maroc veut rester interculturelle. La Bible ne dit-elle pas qu’en Christ, il n’y a plus ni juifs, ni grecs… ? Certains le vivent comme une richesse, d’autres ont plus de difficultés et ne peuvent pas accepter une Eglise qui n’est pas « comme au pays ». Pour nous, en tous cas, c’est une richesse et un cadeau de Dieu que de voir arriver tous ces étudiants.
Avez vous des relations avec les autres Eglises d’Afrique ?
Oui, bien sûr. Nous sommes membres de divers organismes internationaux, comme par exemple la Conférence des Eglises de Toute l’Afrique qui sont des lieux de rencontre, des réseaux de relation avec ces autres Eglises. Nous avons reçu, en novembre 2006, l’Assemblée Générale de la Cevaa (Communauté d’Eglises en Mission) ici au Maroc et là, de nombreux responsables d’Eglises de la plupart des pays d’Afrique ont pu faire connaissance avec notre Eglise. Nous avons aussi des relations privilégiées avec nos Eglises sœurs d’Algérie, de Tunisie, d’Egypte, du Liban…
Actuellement nous développons plusieurs programmes avec ces Eglises pour les réfugiés et migrants, pour la formation théologique de nos étudiants, et bien d’autres choses encore.
Justement, y a-t-il des programmes spécifiques pour les étudiants ?
Oui, bien sûr, dans chaque paroisse, il y a un groupe de jeunes constitué majoritairement d’étudiants. Nous organisons des camps, des séminaires. Nous avons tout un programme de formation théologique auquel participent des pasteurs et théologiens de divers pays d’Afrique, d’Europe et du monde arabe. Nous avons aussi un programme de bourses pur aider certains étudiants à terminer leurs études quand ils ont des problèmes pour cela. Et un tout nouveau programme de soutien à la création de projets professionnels au Congo Brazzaville.
Pourquoi au Congo ?
Tout simplement parce que ce sont des congolais qui en ont pris l’initiative et que notre Eglise soeur au Congo, l’Eglise Evangélique du Congo, a accepté d’entrer en partenariat sur ce programme. Mais, après quelques exemples au Congo, peut être d’autres reprendront l’idée. Il s’agira de sélectionner ici au Maroc quelques projets professionnels répondant à des critères de solidarité, de fiabilité, de faisabilité… et d’aider, par des appuis techniques, par des prêts d’argent…etc. la (ou les) personne(s) concernée (s) à le mettre en place. Une commission de suivi qui comprendra des anciens étudiants du Maroc est entrain de se mettre en place au Congo pour assurer le suivi sur place. Nous sommes bien conscients des nombreux pièges d’une telle démarche mais nous essaierons de profiter de l’expérience de la Cevaa (qui fait le lien entre nos deux Eglises et qui a l’habitude de gérer des programmes en Afrique), de la nôtre et de celle de l’EEC. J’étais moi-même au Congo en décembre 2007 pour discuter de cela avec les responsables de l’Eglise Evangélique du Congo.
Vous avez déjà des expériences de ce type ?
En tant qu’Eglise au Maroc, c’est la première fois que nous initions ce type d’action en Afrique subsaharienne, mais nous avons une longue expérience de gestion de projets ici au Maroc dans le cadre de notre Comité d’Entraide Internationale ou d’une association créée par l’Eglise (l’Alcesdam) qui travaille à des projets de développement dans le sud du Maroc.
Il faut bien que nos cent ans d’expérience nous soient utiles à quelque chose !!
Encore un mot ?
Oui, je voudrais juste rappeler que tous ces programmes d’entraide ne doivent pas masquer le reste. Nous voulons avant tout être une Eglise où l’on adore Dieu et où on le prie. Le culte, la prière, la prédication de l’Evangile, l’étude de la Bible veulent rester le centre de notre vie d’Eglise. Propos recueillis par ALAIN BOUITHY (Etudiantcongolais.com)













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