mardi 12 février 2008.

Pourquoi le protestantisme réformé est-il aussi peu accrocheur dans les médias ? Télévision, journaux, Internet, les exigences du monde de la presse et des nouvelles technologies sont désormais incontournables. Pour être entendue, une parole doit être relayée dans l’ensemble des médias écrits et audiovisuels. Tour d’horizon des enjeux actuels et perspectives d’avenir.

Pour être vus et entendus : les quatre points cardinaux

A l’heure du multimédia, les Eglises sont confrontées à de nouveaux enjeux pour se faire entendre et se faire voir. Si ces changements sont vraiment de l’ordre de la communication – qui oserait en douter – les réponses doivent partir de ces mondes. Dans quatre directions différentes selon Michel Kocher, chef du Service protestant de radio.

De l’écriture à la programmation

L’affichage des fameuses thèses de Luther, en 1517, a marqué le véritable coup d’envoi de la Réforme. En bon lettré qu’il était, le Réformateur a rédigé une série de propositions ou de protestations. Si cette capacité d’écrire reste nécessaire, elle exige aujourd’hui un travail plus large : il faut lancer un véritable programme. A notre époque, il y en a de toutes sortes, du théâtre au développement durable, en passant par la catéchèse et la science… Quelle est la spécificité d’un programme chrétien ? Assigner à une seule et même démarche, tout ce qu’il est essentiel de comprendre, de vivre, de partager pour sa vie autour d’une parole ou d’une promesse qui vient de Dieu. Même s’il y a bien des échecs, les exemples de programmes religieux réussis ne manquent pas. Pensez au programme de lutte contre le racisme du COE, ou la décennie contre la violence. A noter qu’aujourd’hui les programmes intègrent le plus souvent le multimédia (arts visuels, sonores, démarches militantes…).

Des imprimés aux modulations

L’invention de l’imprimerie a permis d’atteindre une population qui n’était pas engagée dans la transmission institutionnelle de la foi. On a voulu intéresser les non-spécialistes, les non-théologiens, sans tomber dans la manipulation ou l’intrusion. Il s’agissait d’une démarche de communication ouverte. Par la circulation de l’imprimé, le débat pouvait naître… et il est bel et bien né.

Depuis la découverte de l’électricité, un nouveau vecteur de diffusion est entré dans la danse, obligeant le papier à trouver une autre place. La fonction qu’un livre ou d’un journal suit aujourd’hui une distribution qui n’est plus celle du papier, mais de la modulation – même si le papier peut toujours être à la fin de la chaîne de distribution, comme c’est le cas dans la presse « people » ou gratuite. Moduler, ce terme technique signifie glisser une « information » (voix, image, parole…) sur un signal porteur (une onde électrique, radio ou TV). Mais il y a une conséquence : moduler, c’est s’exposer, offrir quelque chose de soi qui est comme capté et offert à autrui. C’est un risque ! En son temps, le christianisme l’a pris en faisant circuler ses textes imprimés… hors de ses réseaux habituels. Qui module aujourd’hui dans le monde des médias et d’Internet ?

De la traduction au décodage

La liste des acteurs qui ont contribué à traduire la Bible ne commence pas avec les Réformateurs. Au IVe siècle, saint Jérôme traduisit la Bible en latin, complétée par mille autres. S’il n’est jamais vraiment fini, ce service de la traduction est en voie d’achèvement. Car la traduction n’est qu’une déclinaison, historiquement et médiatiquement située, d’un effort plus fondamental encore, celui du décodage. Décoder, c’est supprimer les brouillages. Aujourd’hui les héritiers de la Bible, chrétiens et juifs, doivent s’interroger : quels sont aujourd’hui les brouillages dans l’accès à ce formidable patrimoine ? Ils ne sont pas simplement linguistiques, ils sont aussi littéraires et historiques, symboliques... La tâche est immense, scientifique, Å“cuménique, abrahamique ! Impossible de ne pas penser que l’informatique, Internet sans doute aussi, seront des espaces clés pour ce travail. Avec ce rappel : celui qui s’attelle à ce travail de décodage s’engage à supprimer les brouillages… mais pas en même temps à donner le message.

Du livre au logiciel

Jean Calvin a écrit une Å“uvre majeure : « L’Insti-tution de la Religion Chrestienne. » Aujourd’hui ce travail s’apparenterait à celui d’un créateur de logiciel. Son objectif : remettre sur les rails la religion chrétienne, égarée dans différents travers. Calvin n’a jamais eu l’intention de fonder une nouvelle Eglise, mais a offert « un programme (de Réforme) déjà réalisé (à Genève) et prêt à l’emploi ». C’est la définition exacte d’un logiciel. Calvin lui-même n’est d’ailleurs pas allé jusqu’au bout des possibilités de son programme. D’autres s’en sont chargés, et s’en chargent encore, ce qui montre bien la valeur du logiciel ! Malheureusement ou heureusement, les tomes de « L’Institution de la Religion Chrestienne » ne permettent plus à eux seuls de traduire le projet de la Réforme. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard que le Musée international de la Réforme ait fait appel aux meilleurs muséographes pour créer un musée qui tienne un peu d’un logiciel – songez aux animations qui mettent en scène les Réformateurs eux-mêmes ! Reste que les logiciels d’aujourd’hui ne sont pas que faits pour des musées, tant s’en faut, d’autant que le logiciel réformé est en attente d’une nouvelle version.