Les chrétiens d’Angers se proposent de relever un défi interreligieux : « montrer que des catholiques, des juifs, des orthodoxes et des protestants de toutes tendances sont capables de se réunir autour de la Bible, pour montrer leur appartenance à une même famille ».

Ainsi, des Juifs, chrétiens, catholiques, orthodoxes et protestants d’Angers se sont donné la main pour organiser la lecture de la Bible en continu. Depuis dimanche et jusqu’à samedi, plus de 1 200 lecteurs vont se succéder jour et nuit. Atmosphère entre émotion et curiosité.

Un halo de lumière entoure le lecteur qui vient de prendre place derrière le pupitre, près d’une coupe où scintillent cinq bougies. Sa silhouette se détache du mur ocre parsemé d’ardoises, pour composer un tableau d’une beauté simple et lumineuse. Bienvenue à la lecture de la Bible en continu, organisée tour Saint-Aubin dont le clocher domine le centre-ville d’Angers. Pendant six jours et six nuits, plus de 1 200 hommes et femmes vont lire les Saintes Écritures, de la Genèse à l’Apocalypse, sans interruption, comme à Limoges en 2005 et à Lille, l’automne dernier. Ils ont été « recrutés » grâce au bouche à oreille, via les associations cultuelles et le site internet dédié.

C’est un défi interreligieux : « Nous voulons montrer que des catholiques, des juifs, des orthodoxes et des protestants de toutes tendances sont capables de se réunir autour de la Bible, pour montrer leur appartenance à une même famille », synthétise Gilles de Bouard, des Entrepreneurs et dirigeants chrétiens, responsables de l’évènement.

« Nous voulons diffuser un texte considéré comme historique, éthique, religieux qui interpelle les gens qui ont la foi mais aussi les incroyants qui reconnaissent sa portée universelle », ajoute Pierre Lazarus, pour la communauté juive. « C’est un beau projet, un élan », complète François Lauverjat, président du conseil presbytéral de l’église réformée.Il aurait aussi pu ajouter « une quête », comme l’illustre parfaitement Anne, une lectrice de 50 ans.

« La Bible, c’est une curiosité, une énigme, un labyrinthe. Et ce n’est pas évident à lire ! Je vais aller interroger un prêtre sur mes lectures de ce matin. Jusque-là, j’ai cru par habitude. Aujourd’hui, je veux aller plus loin, mieux connaître la famille des chrétiens. On a besoin de connaître sa généalogie pour se situer dans cet arbre de vie », chuchote-t-elle. Seul un paravent en toile la sépare du coin lecture, où quarante chaises sont tournées vers le pupitre.Dimanche, à 19 h, pour le début de ce marathon spirituel, tous les sièges étaient occupés. À 23 h, les rangs sont plus clairsemés.

Une dizaine de personnes écoutent religieusement cet homme dont la voix posée résonne sous la voûte romane : « L’Éternel fut avec Joseph et la réussite l’accompagna... ». Il prend confiance, interprète le texte avec passion, le vit même. Certains auditeurs suivent sur leur propre Bible ; beaucoup sont venus en couple partager ce moment forcément unique.Déjà, un homme aux tempes grisonnantes a pris le relais, les mains posées bien à plat sur le pupitre, droit face au texte sacré. Ce n’est pas encore le tour d’Isabelle, 55 ans, ravie que cette action prolonge la semaine de prière pour l’unité des chrétiens, qui vient de s’achever.

Trois passages de l’Ancien Testament, quatre du Nouveau : elle s’apprête à vivre un moment « extraordinaire » avec ses deux filles, entraînées dans l’aventure : « On a l’impression d’être un maillon dans une chaîne. »Le lendemain matin, Loïc est tout sourire. Ce sexagénaire est membre d’une communauté catholique à vocation oecuménique : il vit avec bonheur cette lecture interconfessionnelle. C’est aussi l’un des « veilleurs » qui se relaient toutes les trois heures pour accueillir, orienter, conseiller les auditeurs et les lecteurs.

Chaque intervention est programmée à la minute près, grâce à un logiciel. « Mais les gens ont tendance à lire trop vite... et pas suffisamment fort », constate Loïc, sans acrimonie.Dans le livre d’or, posé dans l’entrée face à des exemplaires de la Bible à 1,50 €, les témoignages parlent de « plaisir et d’émotion », « d’attention recueillie », décrivent « le sentiment étrange de lire la Bible », ou « de rentrer dans cette grande histoire ». Ils encensent « cette entreprise de paix » ou « cette belle chaîne de foi ».

Michel est encore plus explicite : « Tout ce qui peut rapprocher les hommes est un don de Dieu. »« Interpellés » par cette action hors norme, ces médecins chrétiens, qui animent un groupe de réflexion depuis 25 ans, sont quant à eux « venus d’un seul coeur », pour affirmer l’importance de ce livre. Ils quittent juste la tour Saint-Aubin au moment où d’autres auditeurs entrent, formant une sorte de chorégraphie sans cesse renouvelée, proche du flux et du reflux d’une lame de fond.

« Quel plaisir et quelle émotion de se retrouver autour de ce livre qui a inspiré tout notre monde », a griffonné une main anonyme sur le livre d’or, au beau milieu de la nuit. Cette même passion animera sans aucun doute la prochaine lecture de la bible en continu : le rendez-vous est fixé à Rome, en novembre, pendant le synode des évêques. En attendant, à Angers, la lecture se poursuit jusqu’à samedi : « C’est un acte de foi, pur, gratuit ».Laurent BEAUVALLET.La lecture se poursuit 24 heures sur 24, tour Saint-Aubin à Angers. L’entrée est évidemment libre.