Les chrétiens pris pour cible

Kamal, que nous connaissons bien, est pasteur d'une église de Bagdad. Un jour quelqu'un frappe à sa porte en même temps que le téléphone sonne. Kamal décroche d'abord le combiné et son visage devient tout pâle. Il entend son voisin lui dire tout excité: «Monsieur le pasteur, n'allez pas jusqu'à la porte, sinon vous êtes un homme mort! Les meurtriers islamiques sont devant votre porte. Ils sont armés. Fuyez vite par-dessus le mur et par notre cour!» Kamal est l'une des personnes qui, au dernier moment, a échappé à la mort.

«Nous vous tuons. Disparaissez!» est un message reçu par SMS. Les menaces de mort proférées par des fondamentalistes islamistes, que l'on retrouve sur des papillons distribués, sont à prendre au sérieux. Constamment les chrétiens sont la cible d'attaques menées par des extrémistes fanatiques. Ils sont victimes de menaces, d'enlèvements, de tortures et d'assassinats!

Même lorsque des proches désespérés versent une rançon, les chrétiens visés ne sont pas rendus vivants à leur famille! Beaucoup de fois les dépouilles sont dans un état lamentable, complètement mutilées. Homme ou femme, enfant ou vieillard, prêtre ou nonne, en Irak les chrétiens ne sont nulle part en sécurité. Ils sont agressés sur le chemin de l'école ou en se rendant à leur travail, à la maison, dans les magasins, etc. Des jeunes filles et des femmes, voire des nonnes sont assassinées après avoir été violées. Les églises sont systématiquement bombardées, les croix et autres symboles chrétiens purement et simplement détruits.

Chrétiens depuis la période apostolique

Du temps de Saddam Hussein, on comptait en Irak plus d'un million de chrétiens, c'est-à-dire trois à cinq pour cent de la population (il y a cent ans, ils étaient vingt-cinq pour cent!). Les trois quarts des chrétiens sont d'origine assyro-chaldéenne et constituent une ethnie propre. Ils parlent araméen, langue maternelle de Jésus. Ils sont en fait les autochtones d'Irak. L'Eglise assyrienne et l'Eglise catholique chaldéenne en sont les principales représentantes. Les autres chrétiens sont soit arméniens, soit arabes, soit se rattachent à des confessions minoritaires, dont quatre pour cent sont chrétiens évangéliques.

Augmentation explosive de la violence envers les chrétiens

En mars 2007, le Commissariat aux réfugiés de l'ONU a sonné l'alarme: «En Irak, depuis le début de l'année 2007, la violence envers les chrétiens et leurs églises a augmenté d'une manière explosive et déclenché un exode massif des chrétiens d'Orient. En Irak, les chrétiens ne se sentent plus en sécurité; les actes de violence à caractère religieux prennent toujours plus d'ampleur.» En mai 2007, soit deux mois plus tard, divers responsables d'église sont arrivés à la conclusion que déjà deux tiers de tous les chrétiens irakiens ont quitté le pays.

A Bagdad et à Bassora, des quartiers chrétiens ont été complètement épurés; il n'y en a plus. L'exode est si grave qu'à fin mai l'ayatollah supérieur Ali al-Sistani s'est vu dans l'obligation de demander au vice-président Adil Abd al- Mahdi une meilleure protection des chrétiens. Les responsables sunnites ont appuyé cette demande. Cependant, en dépit de cette propagande, les avertissements aux chrétiens se multiplient par lettre, par SMS, par des affiches, par des graffiti exprimant la haine et par des appels de la mosquée: «Vous, chiens chrétiens, voilez vos femmes et vos jeunes filles, pliez-vous à la loi islamique!» Depuis, les rebuffades envers les chrétiens se généralisent. Selon le quartier de la ville, les maisons leur appartenant sont occupées par des chiites ou des sunnites! Celui qui ne quitte pas sa demeure dans les vingt-quatre heures est mis à mort. Les chrétiens font la même expérience sur leur lieu de travail, à moins qu'ils se convertissent à l'islam ou qu'ils paient l'impôt islamique pour «personnes incroyantes demandant une protection»! Les défenseurs d'un Etat islamique exigent des chrétiens le paiement de deux cent cinquante mille dinars (environ deux cent dollars, ce qui représente un salaire mensuel moyen) s'ils veulent rester dans le pays. Dans les fiefs chrétiens comme Bagdad-Dora, un impôt supplémentaire a été introduit, la «taxe de fuite», qui s'élève à deux cents dollars par personne et quatre cents dollars par voiture!

Il semble que la haine, la cupidité et l'enrichissement sur le compte des chrétiens soient des facteurs d'unité entre les diverses fractions musulmanes ennemies.

On ne peut plus attribuer tous les excès à quelques extrémistes dérangés! On assiste à un génocide de grande envergure auquel tous participent, y compris les hauts responsables et les personnes au pouvoir.

Le 10 octobre 2007, la situation des chrétiens s'est dramatiquement aggravée. Selon un rapport de la Société internationale pour les droits de l'homme (IGFM), les trois quarts des chrétiens irakiens ont à ce jour quitté leur patrie suite à des mesures d'intimidation, des agressions et des enlèvements. La Société pour les peuples menacés (GfbV) va jusqu'à penser que la fin de la minorité chrétienne en Irak est pour bientôt.

Personne ne connaît le nombre exact des chrétiens restés en Irak; sont-ils trois cent mille, ou peut-être seulement cent mille? Dans une résolution du 15 novembre 2007, le Parlement de l'Union européenne a pris connaissance de la persécution dramatique des chrétiens en Irak. Mario Mauro, son vice-président, parle de «mépris de la dignité humaine et de l'un des plus grands défis de notre temps». Malheureusement, on en est resté aux paroles.

L'interview de décembre 2007 par CBS du pasteur anglican de Bagdad, le révérend C.A. White, sonne comme un désenchantement et un adieu impuissant : «Jamais encore dans les deux mille ans de l'histoire chrétienne la situation n'a été aussi difficile pour les chrétiens en Irak. Tous les responsables et presque tous les hommes de mon église ont été kidnappés et froidement mis à mort! A ce jour, probablement quatre-vingt-dix pour cent de tous les chrétiens irakiens se sont enfuis ou ont été assassinés. Chaque jour fait son lot de victimes!»

Réfugiés sans avenir

Des centaines de milliers de réfugiés ont quitté l'Irak (selon les dernières estimations de 1'0 U, ils seraient plus de deux millions deux cent mille); parmi eux se trouvent beaucoup de chrétiens, des paroisses entières et des voisins. Leur situation est catastrophique. Pour la plupart, ils n'ont pas de moyens leur assurant le minimum vital, pas d'accès à des postes de travail ou à une formation. A l'intérieur de l'Irak, beaucoup ont fui vers le nord du pays, au Kurdistan. Là aussi, la situation économique et sociale des chrétiens est précaire et l'insécurité règne. Depuis octobre 2007, les Syriens exigent des visas et ne laissent plus d'Irakiens entrer. La dernière porte de sortie leur est ainsi refusée. Où les chrétiens doivent-ils donc aller?

Lumières d'espoir dans les ténèbres

Les chrétiens d'Irak sont comme des exclus; mais selon Esaïe 19:23-25, Dieu accomplira sa promesse; les «Assyriens» (les chrétiens d'Irak), ensemble avec les Egyptiens et les Israéliens seront en bénédiction à toute la terre, quand bien même ils auront encore de nombreuses épreuves à traverser. Le Seigneur n'abandonne pas ses enfants, il leur donne suffisamment de hardiesse pour confesser leur foi et témoigner l'amour de Christ à leurs voisins musulmans (comme ils l'ont fait jusqu'ici).

Abdallah a pu en faire l'expérience. Terroriste d'al-Qaida de Falloujah, il s'est donné corps et âme au djihad pour combattre les chrétiens. Il participait souvent à des vols à main armée, lançait des bombes à retardement qui tuaient des chrétiens! La foi authentique de ses voisins chrétiens de Bagdad l'a cependant interpellé. Il a fréquemment pu s'entretenir avec le fils de la famille (du même âge que lui), qui lui a parlé de sa foi. Il y a quelques mois, le frère terroriste d'Abdallah a été abattu; Sami l'a consolé et a prié pour lui. Le cœur d'Abdallah s'est ouvert et il a demandé une Bible... qu'il ne quitte plus; après un certain temps, il est devenu un chrétien convaincu. Dans la cave de la maison il a détruit toutes les bombes qu'il avait lui-même bricolées et aussi son stock d'armes. Menacé, il a dû s'enfuir. Aujourd'hui, comme Kamal il travaille parmi les réfugiés irakiens à l'étranger; chrétien enthousiaste, il invite ses semblables à entamer une nouvelle vie avec Jésus.



Le cas d'Abdallah n'est pas unique. Au sein de l'enfer irakien, de plus en plus de personnes se retrouvent autour de la Bible. Elles y puisent force, espoir et consolation.

Ces rencontres attirent autant les chrétiens que les musulmans, en particulier ceux qui ne vivent pas encore une relation personnelle avec le Seigneur. Des groupes de maison voient le jour à Bagdad et à Mossoul parmi les réfugiés. Même si des églises continuent d'être bombardées ou fermées, l'Eglise de Jésus vit aussi en Irak! L'AEM peut porter secours aux chrétiens irakiens en détresse de diverses manières, de sorte que leur espoir et leur lumière ne s'éteignent pas. Merci à vous, donateurs fidèles, qui participez à ce ministère...

Aide aux églises dans le monde