NDLR: Ne laissons pas la défense de l'environnement au New Age (lire l'article "La religion verte")...

Je déplore que la plupart des chrétiens n’osent pas ou ne veulent pas s’engager dans un certain nombre de questions et de problématiques sociétales. J’ai l’impression que nous nous réfugions très souvent dans une sorte de tour d’ivoire où notre vue des choses et des priorités ignore consciemment ou inconsciemment la réalité de certains faits auxquels notre civilisation est confrontée. Notre monde avance et change très vite. Je rappelle que nous, chrétiens et églises, vivons et sommes impliqués dans ce même monde. Mais l’Eglise a déjà perdu beaucoup de terrain sur des sujets tels que la question des inégalités et des injustices sociales, les questions d’éthique ou les conséquences de la mondialisation (voir mon article précédent). Malheureusement notre voix est peu ou pas entendue et représentée dans ces sujets sur le plan national comme sur un plan plus local.

Aujourd’hui l’humanité fait face à un défi majeur : le réchauffement climatique avec toutes les conséquences connues et inconnues auxquelles nous allons devoir faire face. Mon propos n’est pas de confronter des arguments scientifiques qui défendent telle ou telle position. Je crois que nous pouvons tous observer ou témoigner d’un ressenti ou d’un fait qui découle de ces bouleversements jusque dans notre propre vie. Cela m’amène à me poser deux questions à ce sujet. Es-ce que les chrétiens de France se sentent concernés et donc engagés dans la réalité de ces enjeux ? Et qu’est-ce que l’Eglise propose pour faire face aux futures mutations sociétales et sociales que va impliquer ces enjeux? Je souhaiterais que ces deux questions viennent questionner et bousculer certaines convictions et fondamentaux qui articulent notre identité chrétienne.

Sommes-nous si insensibles aux soubresauts de la Terre que Dieu nous a confié ? Oui, il est vrai que certaines théologies prennent partie pour une position irresponsable et abjecte, à mon goût, en prônant avec certitude que cette Terre est révolue depuis la chute et appelée à être détruite. Cette vue des choses dépend évidemment de notre lecture du plan de Dieu. La position eschatologique ajoute une autre couche non négligeable à ces partis pris. Je trouve que, et quelle que soit la position défendue, ces hérauts agitent le sentiment de la peur pour mobiliser leur auditoire et leurs partisans. Au-delà du débat et par principe, je ne comprends pas « ce mépris et cette irrévérence » à l’égard des choses que Dieu a créées. Dieu n’a t’il pas demandé à Adam et Eve de prendre soin de la création qu’Il mettait à leur disposition (Genèse 2v15) ? A plusieurs endroits dans la Bible, Dieu nous montre son profond attachement à préserver la Création toute entière en utilisant mainte fois des hommes et des femmes pour perpétuer l’ordre des choses. Noé n’a t-il pas été à l’écoute de ce qui devait arriver ? Il a su mettre en œuvre ce qui était nécessaire pour préserver le monde animal et la race humaine. Joseph n’a-t-il pas aussi été réactif et prévoyant pour faire fasse à la famine annoncée en utilisant les ressources intelligemment? Je crois que l’ère moderne avec son consumérisme et son égoïsme a altéré le cœur des chrétiens abîmant l’attention que nous devrions porter sur la Création toute entière ? Est-ce que notre mode de vie est sous le joug de l’esprit du monde ? Est-ce que nos valeurs morales et éthiques ne se seraient-elles pas embarquées par la folie du monde ? J’aimerais voir des Nicolas Hulot, des Jacques-Yves Cousteau ou des Al Gore chez les chrétiens. Il n'y a pas d’attitude compensatoire de la part des chrétiens. Nous vivons et consommons comme le monde. Il n’y a pas de réelle différence sur ce plan.

Je voudrais m’encourager et vous encourager à devenir la tête et le non la queue de ces enjeux, non pour prôner un militantisme écologique chrétien, mais pour devenir des militants d’un christianisme, d’une vie chrétienne démonstrative qui reflète et défende pleinement le caractère de son Créateur. Je crois qu’il est grand temps de manifester concrètement une nouvelle disposition, un nouvel état d’esprit au regard de ces enjeux. Nous devons certainement revoir notre mode vie. La vie chrétienne ne devrait-elle pas être une ode à l’écologie, à la solidarité, au partage, à la dynamique communautaire, à la lutte contre l’égoïsme et l’individualisme ? Ne soyons plus animés par notre appétit et nos convoitises qui pillent les ressources de cette planète en cherchant le profit et le confort personnel. N’attendons pas que le monde nous dise ce que nous devons faire, soyons plutôt des pépinières de créativité, d’inspiration et de motivation pour ceux qui nous regardent et vivent autour de nous. Chacun peut dans un domaine ou un autre apporter sa pierre à l’édifice. Ne nous divisons pas sur les choix stratégiques et les moyens que nous mettrons en œuvre. Chacun, église et chrétien, fera avec les moyens et les talents que Dieu lui a confié. Mais soyons à l’unisson sur l’état d’esprit qui nous anime, un état d’esprit qui s’inspire de la nature profonde de Dieu.

Aujourd’hui le politique, le privé ou l’associatif se battent pour trouver des solutions. Il y a tellement de sujets qui ont besoin d’être investis et solutionné tel que: notre manière de consommer, la gestion des ressources minérales, animales et végétales, notre mobilité, notre habitat, nos loisirs. Nous sommes tous « des pilleurs » et des pollueurs, les chrétiens y compris. Nous avons tous été éduqué et élevé dans les mêmes écoles et la même société. Pourquoi le monde est-il en train de chercher des solutions et fait des efforts, alors que nous, les chrétiens, pennons à démarrer notre propre réflexion ou d’engager notre effort communautaire à l’égard de cette planète? Serions-nous trop spirituel pour participer à cet effort collectif ou bien ces préoccupations ne sont-elles pas assez spirituelles ? Nous avons hélas tous, les chrétiens y compris, contribué à la dégradation des équilibres que Dieu avait instaurés en créant cette planète. Il y a tellement de petites choses que nous pourrions faire différemment si nous revoyons notre perspective. Pourquoi ne pas construire des églises bioclimatiques qui seraient peu gourmandes en énergie, en choisissant des matériaux écologiques? Quel pasteur, quelle congrégation serait prête à se lancer dans une telle réflexion et de trouver de nouvelles solutions de construction? Es-ce que nous ne devrions pas aussi enclencher un grenelle de l’environnement dans le fonctionnement général des églises et des missions ? Je crois aux formidables potentiels de créativité et de synergie que l’Eglise possède. Les initiatives individuelles sont malheureusement aussi trop léthargiques, peu encouragées et inexploitées dans le milieu chrétien. N’ayons pas peur de voir ce que d’autres ont déjà initié et développé. Nous pourrions nous en inspirer et les pousser à leur paroxysme. Prenez par exemple la question de l’habitat, quelle réponse avons-nous, dans quelle réalité vivons nous, quelle définition avons-nous de l’habitat ? Isolement – individualisme - coûteux énergiquement - petit seigneur dans son château - misère sociale - promiscuité. Tous ces termes définissent différentes réalités mais ils confirment surtout un constat d’échec tant sur le plan social que écologique. Quelle est votre réponse pour vous-même, pour les autres ? Quelle est la réponse de la communauté ? Avez-vous déjà entendu parlé de co-habitat, d’habitat groupé, d’habitat coopératif ? Ce sont des solutions alternatives qui méritent peut être notre attention. Imaginez que quelques chrétiens se mobilisent et ajoutent leur dimension dans de tel projet, nous apporterons certainement de nouvelles solutions plus pérennes et plus adaptées aux réalités des enjeux de ce siècle.

Ne méprisons pas la Création que Dieu nous a confiée, mobilisons notre énergie et nos ressources pour relever les défis. Nos pères et grands-parents ont retroussé leur manche pour reconstruire ce que la folie des hommes avait détruit après la seconde guerre mondiale. Retroussons nos manches pour construire un monde meilleur pour nos enfants de demain. Ne nous enfermons pas dans une vue de l’esprit étroite et mystifiée par la peur, agissons concrètement, tendons simplement la main vers notre propre futur.