Ahmadinejad, le chef de l’Etat iranien ? C’est ce que ce dernier lui aurait recommandé, dans une lettre qu’il lui a fait parvenir le 12 novembre dernier. Une manière pour le président de la République islamique de réagir à la récente proposition du chef de l’Etat français, qui envisage de mettre en place, en parallèle aux sanctions prévues par l’ONU à l’encontre de Téhéran, des sanctions européennes… Selon le porte-parole de l’Elysée, David Martinon, le président français aurait reçu une lettre, la semaine dernière, de la part de son homologue iranien. Le texte, écrit sur un ton "acrimonieux" rappelle non seulement la position de l’Iran sur son dossier nucléaire, mais dissimule également des menaces à l’encontre du chef de l’Etat français. En effet, Mahmoud Ahmadinejad n’a pas hésité à critiquer Nicolas Sarkozy, affirmant qu’il était un dirigeant "jeune et inexpérimenté" et qu’il aurait bien besoin de conseils pour mener correctement la politique dans son pays. Des conseils que le président iranien se propose de lui dispenser, dans une volonté de "resserrer les liens historiques qui existent entre les deux pays". "La France et l’Iran entretiennent des relations depuis de nombreuses années et sont engagés dans des dossiers où ils ont des intérêts communs. Il serait dommage d’y mettre fin" a déploré le chef iranien. Pourtant, depuis l’arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy, la France a durci ses contacts avec la République islamique, se plaçant dans le sillon américain. En août dernier, le chef de l’Etat français avait annoncé que ce serait "soit la bombe iranienne soit le bombardement de l’Iran". Mi-septembre, le ministre des Affaires Étrangères, Bernard Kouchner, avait même évoqué la possibilité d’une guerre contre Téhéran. Des déclarations qui affirment sans équivoque la position de la France face à la menace nucléaire iranienne. "La porte reste ouverte, mais les sanctions se raffermissent car le temps travaille contre nous" a d’ailleurs précisé Nicolas Sarkozy, lundi dernier, à l’issue du conseil des ministres franco-allemand. Le président français souhaite adopter une attitude diplomatique ferme, quitte à se démarquer du conseil de sécurité de l’ONU, et précipiter ainsi les mesures à l’encontre de l’Iran. Il a notamment proposé la mise en place de sanctions européennes, qui permettraient de passer outre les veto posés au sein de la communauté internationale, par la Chine et la Russie. Une proposition que l’Allemagne semble déjà prête à soutenir ; la chancelière Angela Merkel a en effet souligné que les banques allemandes avaient cessé leur coopération avec Téhéran, et que les relations entre les deux pays se réduisaient. Une volonté d’isolement, qui n’effraie toujours pas la République islamique, laquelle s’affirme aujourd’hui plus forte que jamais. Et elle n’a peut être pas tord comme en témoigne le rapport très attendu réalisé par le directeur de l’AIEA, Mohamed El Baradei, qui a enfin été rendu public la semaine dernière. Celui-ci a révélé que l’Iran disposait en effet de 3 000 centrifugeuses en activité. Une conclusion qui a poussé le Premier ministre Ehoud Olmert à avertir Bernard Kouchner, actuellement en visite dans la région, qu’il était ainsi possible que Téhéran possède l’arme atomique d’ici 2009. Pour le chef de la diplomatie française, cette menace pesante nécessite de s’engager avec détermination dans la lutte contre l’Iran nucléarisé. Lors de sa rencontre, ce dimanche 18 novembre avec le Premier ministre israélien et son homologue, Tsipi Livni, le chef de la diplomatie française a d’ailleurs annoncé qu’il était impératif que la France et Israël poursuivent leur coopération bilatérale sur ce dossier.