par Andreas Ehrenpreis (1650)
Il a été écrit un bon nombre de choses à propos de la communauté de biens, mais jusque maintenant cela n'a pas porté beaucoup de fruits visibles. Il y a deux raisons à cela : la première est que la vie de communauté se base sur l'abandon de tous les biens mondains ; la seconde est en rapport avec l'obéissance, qui consiste en un abandon de notre libre arbitre ou de notre volonté-propre.(1) Sans ces mesures, on ne peut pas atteindre la perfection. Jésus a montré la voie de la communauté au jeune homme riche comme étant la plus haute exigence de l'amour, la porte au travers de laquelle il est difficile de passer. Et pourtant il doit en être ainsi. Cela ne peut être autrement. Celui qui veut obtenir la perle la plus précieuse, le trésor caché, doit vendre tout ce qu'il possède tout et l'abandonner.
Un exemple puissant et indéniable de cette oeuvre du Saint Esprit était l'Église à Jérusalem. Ces premiers chrétiens vivaient en communauté après avoir vendu leurs maisons, terres, et biens et en avoir déposé le produit aux pieds des apôtres. Personne ne pouvait donc dire que ses biens lui appartenaient. Non, ils avaient tout en commun. Cela est un fait indéniable. C'est là la lumière qui pénètre dans le monde. C'est là la ville invincible qui est située sur la montagne et qui ne peut pas être cachée.
Considérons maintenant Jésus dans sa pauvreté et souvenons-nous que le disciple ne doit pas être supérieur à son maître. Ou pensons aux marins qui, lorsqu'ils tombent en péril avec un bateau trop chargé doivent alléger le navire et jeter leurs marchandises par dessus bord. Combien plus devons-nous nous décharger de notre pernicieuse volonté-propre et de nos possessions terrestres qui menacent de ruiner notre vraie vie.
Concernant la voie dont nous parlons, ces choses ne doivent pas être jetées ni perdues, mais plutôt être mises à bon usage, car elles doivent être données aux pauvres et à ceux qui sont dans le besoin, et qui plus est, à Jésus Christ le Seigneur, afin que cela puisse porter du fruit au centuple.
L'histoire dans Exode concernant la nourriture qui est venue du ciel nous montre comment la véritable égalité dans la communauté doit être mise en pratique. Celui qui avait ramassé beaucoup n'avait rien en trop ; celui qui avait ramassé peu n'avait aucun manque. L'homme qui retient ne serait-ce qu'une très petite partie de sa volonté-propre ou de ses biens en tant que propriété privée n'est pas différent de l'homme le plus riche au monde. Il est suffisamment riche pour être désobéissant à la volonté de Dieu.
Ce sont là les caractéristiques du véritable peuple de Dieu. Jésus aimait bien utiliser les moutons, les colombes et les vignes comme symboles car dans la nature aucune de ces choses n'aime être seule ; toutes veulent toujours être ensemble. Même si une braise brûle très fort, elle s'éteindra rapidement si elle demeure toute seule. D'où l'importance de la communauté. C'est ce dont parlait Jésus dans Sa parabole du grand banquet et du mariage du fils du roi, lorsque les serviteurs ont été envoyés pour convier les invités. Pourquoi sa colère est-elle tombée d'abord sur ceux qui avaient été invités en premier ? Parce qu'ils ont permis à leur affaires privées et domestiques d'interférer avec leur appel. A de nombreuses reprises nous voyons que l'homme avec sa nature présente trouve très difficile de pratiquer la véritable communauté ; la véritable communauté nourrit les pauvres tous les jours au petit déjeuner, le midi et le soir dans le réfectoire communal. Les hommes s'accrochent à leurs biens comme des chenilles à une feuille de chou. La volonté-propre et l'égoïsme gênent toujours ! Combien sont-ils à être freinés et bloqués par ceux-ci ? Même s'ils peuvent parler merveilleusement en plusieurs langues, ils n'ont pas la vie, parce qu'ils n'ont pas d'amour.
Là où il n'y a pas de communauté, il n'y a pas de véritable amour. Le véritable amour signifie l'accroissement de l'organisme tout entier, dont les membres interdépendants se servent mutuellement. C'est la manifestation extérieure de l'oeuvre intérieure de l'Esprit, l'organisme du Corps gouverné par Christ. Nous voyons la même chose parmi les abeilles, qui travaillent toutes avec le même zèle pour fabriquer le miel ; aucune d'entre elles ne fait des provisions personnelles pour satisfaire à des besoins égoïstes. Elles volent çà et là avec le plus grand zèle et vivent ensemble en communauté. Aucune d'entre elles ne conserve de biens privés pour elle-même.
Si seulement nous n'aimions pas nos possessions et notre propre volonté ! Si seulement nous aimions la vie de pauvreté comme Jésus nous l'a montrée, si seulement nous aimions l'obéissance à Dieu autant que nous aimons être riches et respectés ! Si seulement chacun ne se cramponnait pas à sa volonté-propre ! Alors la vérité de la mort de Christ ne paraîtrait pas être une folie. Au lieu de cela, ce serait la puissance de Dieu qui nous sauve. La communauté n'est pas obligatoire
Nous voyons beaucoup de signes qui montrent clairement la voie qui mène à l'amour véritable et à la communauté. Mais il est tout à fait injuste de nous accuser de faire de la vie communautaire une affaire d'obligation. Absolument pas. C'est un Autre qui nous l'exige et qui nous y contraint ; mais ni Lui, ni nous ne voulons forcer qui que ce soit. Jamais ! Quiconque n'est pas motivé par l'amour et par un appel intérieur ne devrait pas l'entreprendre. Il s'agit d'un désir urgent pour la vie et la joie éternelles, et c'est une crainte de la colère de Dieu qui nous incite et qui nous pousse à Lui obéir. C'est là la source de la vie communautaire. Cela ne vient pas de nous hommes. Ce n'est pas notre invention. Cela ne peut être notre entreprise. Beaucoup d'entre nous avaient un travail et des biens et une forte volonté-propre. Nous apprécions ces choses. Nous nous sentions à l'aise dans notre environnement. Mais notre amour pour Christ et pour les pauvres nous a conduits à faire ce que nous faisons et confessons aujourd'hui. Nous avons donc expérimenté la vérité de l'expression : « Si vous voulez l'un, vous devez abandonner l'autre. » Nous avons reconnu la vérité que personne ne peut suivre deux maîtres. Nous ne pouvons pas appartenir à Mammon et à Dieu en même temps.
Ainsi, il s'agit d'une décision de la volonté, et non pas d'une obligation. Parmi les Juifs, les invités peuvent décider par eux-mêmes s'ils souhaitent ou non participer au repas de la Pâque. Ils peuvent participer ou non. Jésus met l'accent à de nombreuses reprises sur la volonté de l'homme : « Si quelqu'un veut venir après moi, qu'il renonce à lui-même, qu'il se charge de sa croix, et qu'il me suive. » « Si tu veux entrer dans la vie, observe les commandements. » Et le Seigneur a laissé l'homme indisposé passer son chemin.
Mais Jésus désire plus que notre bonne volonté. Il souhaite que nous ayons de la joie dans son service, la joie de celui qui a perdu quelque chose de faible valeur et qui a trouvé un trésor d'une valeur inestimable, comme l'homme qui dans la parabole du Royaume vend tout ce qu'il possède pour pouvoir obtenir le trésor. Cela est plus important pour lui que tout l'argent, toutes les richesses, et tous les biens du monde entier. C'est pourquoi nous ne devons pas amasser ce qui est insignifiant et sans valeur, mais nous devrions plutôt y renoncer pour pouvoir obtenir le seul et vrai trésor. C'est le meilleur marché que l'on puisse faire ici-bas. C'est une source de bien-être permanent, exprimée dans une vie durable, une joie durable, et un bonheur authentique. Tous ceux qui ne souhaitent pas agir selon cette saine volonté, cette volonté profondément soumise, tous ceux qui ne souhaitent pas agir pour Dieu et pour le bien des pauvres, devraient laisser tomber cette voie.
Certaines personnes ne sont pas sans lumière, ni reconnaissance de la vérité, et pourtant elles ne souhaitent pas faire le pas et rentrer complètement dans la lumière. Elles empêchent aux autres de voir la pleine lumière parce qu'elles ont encore en elles l'amour des richesses et des bénéfices qui y sont attachés. Elles reconnaissent qu'au jour du Jugement, les actes qui auront été fait dans notre intérêt propre ne seront pas loués ni même justifiés par Dieu. Mais pour s'excuser elles prétendent que la vie en communauté est une source de discorde sans fin, comme si Christ qui est le Seigneur, les apôtres, et le Saint Esprit ne savait pas ce qu'ils faisaient lorsqu'ils ont amené cette vie de communauté. Elles prennent comme exemple certains mariages malheureux ; un homme et une femme vivent ensemble dans la désunion, et on dit malheureusement d'eux qu'ils s'aiment davantage à mesure qu'ils sont éloignés l'un de l'autre. Mais dans un bon mariage cela est tout à fait différent. Chacun supporte les faiblesses de son conjoint. Tous les deux, ensemble, vivent la joie et le chagrin comme ils viennent.
Combien plus cet exemple s'applique-t-il à la vie communautaire, dans lequel l'ensemble des enfants de Dieu doivent se supporter mutuellement dans l'amour et se pardonner tout ! Ils essayent de comprendre l'autre. Jamais ils ne peuvent se quitter pour des causes de faiblesse humaine. Ils ne s'abandonnent jamais. Nous savons très bien que Jésus s'est tourné sévèrement vers Pierre. Nous savons qu'il y avait des disputes parmi les premiers disciples. Est-ce pour cela qu'ils se sont quittés ? L'unité de l'Esprit pouvait-elle se perdre pour si peu ? Devons-nous pour autant rejeter ou mépriser la vie communautaire de Christ et de Ses apôtres ? Cela est impossible. Maintenant nous pouvons comprendre pourquoi Christ, qui est notre Seigneur, insiste autant sur la réconciliation et le pardon.
Même à l'époque des premiers chrétiens, il y avait une certaine mesure de désagrément parmi les croyants. L'unité de l'Esprit a-t-elle été perdue pour autant ? L'Église a demeuré unie malgré cela -- cette seule et unique Église que nous devons écouter si nous ne voulons pas être exclus. Ce serait merveilleux si le peuple de Dieu pouvait vivre dans une paix permanente et ininterrompue, totalement sans défaut, ni aucune souillure ni aucune chose détestable. Mais à cause de nos faiblesses humaines, de tels désordres se produisent très souvent. On ne devrait jamais, à cause de ces faiblesses et de ces erreurs, rejeter un peuple tout entier. « Ne jette pas le bébé avec l'eau du bain. »
Ces choses ne dissuaderont pas celui qui est résolu à édifier la communauté de l'Église pour l'amour et pour le salut. Celui-ci sera rempli d'un zèle ardent pour édifier un organisme vivant et pour offrir les sacrifices que l'Esprit demande. Cela inclut l'abandon de ses biens matériels et de toute sa force physique dans un véritable service envers Dieu. Il renonce à son être tout entier. C'est ainsi qu'il trouve le véritable Gelassenheit(2). Pour qu'une lumière brille, elle doit se consumer. Ce n'est que comme cela qu'elle peut donner la lumière.
Maintenant nous pouvons comprendre pourquoi le Seigneur s'est fait pauvre pour nous. C'est pour cela qu'Il devait dire, « Vends tout ce que tu as et distribue-le aux pauvres » Nous pouvons comprendre pourquoi Ananias, même s'il n'avait retenu qu'une petite partie de son argent pour subvenir à ses besoins futurs, a dû, avec sa femme, trouver la mort d'une façon si terrible.
C'est une question de ce qu'un homme fait ou a fait envers le moindre de ses semblables. Jean le Baptiseur, le précurseur de Jésus avait déjà déclaré, « Que celui qui a deux tuniques partage avec celui qui n'en a point, et que celui qui a de quoi manger agisse de même. » Tous ceux qui parlent de Christ et de l'amour et qui pourtant refusent de donner leurs biens matériels à la communauté pour Christ et pour les pauvres prouvent par leurs actes qu'ils aiment les choses du monde plus que Christ. Heureux sont les pauvres qui ont renoncé à leurs biens pour les pauvres. Cela doit être fait pour les pauvres.
Mais il est encore plus important que sur cette voie nous renoncions à nous-mêmes afin de devenir intérieurement libres et calmes, recevant avec actions de grâce tout ce que Dieu nous envoie. Ainsi il n'y aura rien auquel notre coeur sera plus attaché que nos frères dans la foi, les membres de notre vie commune. Les paroles emphatiques de Jésus interdisant d'accumuler des biens sur la terre ne peuvent jamais être conciliées avec le maintien de la propriété privée.
Au lieu de chercher nos propres intérêts, nous devons nous occuper de satisfaire les besoins des autres. L'amour ne cherche pas ses propres intérêts. La question de la satisfaction personnelle revient constamment. Chacun doit chercher avec tellement de zèle à satisfaire les besoins de la communauté qu'il produit, si possible, le centuple. Celui qui aura oeuvré fidèlement de cette façon avec sa modeste force se verra confier de grandes responsabilités. Tout ce qu'il aura fait sera constamment avec lui. Un tel travail ne peut être en vain, car il s'agit de l'oeuvre de l'amour au service de ceux qui sont consacrés à Dieu. Sans cesse dans les Écritures on nous exhorte à faire avancer le bien commun quel qu'en soit le prix. Comme le dit le dicton : « Les intérêts propres sont de mauvais intérêts ; la volonté-propre appartient à l'enfer. » L'impossible devient possible Des milliers de personnes considèrent qu'il est impossible d'abandonner tous ses biens et toute sa volonté-propre. Mais Christ savait que cela était possible. Il se tenait devant Dieu. Il pouvait d'ailleurs l'exiger. L'histoire abonde d'exemples qui prouvent que cela est faisable. Abraham a montré que c'était faisable quand il a quitté sa prospère patrie. Et Moïse a été capable de quitter sa vie confortable dans la cour du souverain égyptien. Nous ne devrions donc pas être surpris qu'il était également possible pour les apôtres de Jésus Christ de quitter leur famille, leur bateau et leurs filets, et même tout ce qu'ils possédaient. Incroyablement, même Paul a réussi à mépriser son haut rang social, sa grandeur personnelle et son prestige comme si c'était des ordures. Car Christ lui-même avait effectué quelque chose de mille fois supérieur. Il a abandonné ce qu'il y avait de plus grand dans l'univers pour devenir plus pauvre que les animaux qui possèdent néanmoins leur propre terrier ou leur propre nid. Ces bêtes ont toutes leur propre endroit de repos privé. Lui n'en possédait pas. Il avait initié un nouveau mode de vie où Lui et Ses disciples avaient tout en commun, dans une pauvreté partagée. Une seule personne tenait la bourse pour tous. Et d'ailleurs, comme Jésus l'avait prédit, l'Esprit d'unité est venu avec une telle puissance sur Sa compagnie que des milliers de gens ont immédiatement trouvé la volonté de vivre en communauté, et ont refusé de mettre de l'importance sur leurs biens personnels. Ils ont adopté cette même attitude qui aujourd'hui est considérée par beaucoup comme impossible.
Depuis cette époque au fil des siècles, des milliers de personnes ont également abandonné non seulement leurs richesses mais ce qui est encore plus difficile : leur volonté-propre. Beaucoup d'entre elles sont venues les mains vides dans l'Église qu'elles recherchaient ; durant le reste de leur vie, elles en étaient reconnaissantes. Et c'est de cette façon que beaucoup, énormément, de personnes sont venues nous rejoindre (les Frères Huttériens), certaines depuis d'autres Fraternités surtout en Suisse. Pour certaines d'entre elles, elles avaient déjà découvert la vérité concernant ces choses et elles le proclamaient avant de nous connaître. Et c'est souvent au risque de leur vie qu'elles ont amené avec elles d'autres personnes. La plupart d'entre elles ont rendu témoignage à la Parole jusqu'à la mort. L'Église les a envoyées à de nombreuses reprises dans d'autres pays. Souvent c'est de leur vie qu'elles ont dû le payer. On les menaçait de la mort par le feu, par l'eau et par l'épée. Elles ont témoigné courageusement à vérité jusqu'à la mort. Ce mode de vie communautaire a donc déjà été mis en pratique par le passé. Comme nous pouvons le voir dans l'exemple de l'Église primitive, qui enseignait la communauté de biens, ce mode de vie a fait preuve d'être bon et divin.
La communauté est symbolisée par la Sainte Cène
La Sainte Cène a été donnée à l'Église primitive comme un symbole de l'unité et du partage qui existent dans un pain et dans un corps. Il est nécessaire que le grain meurt afin de permettre l'unité du pain. C'est seulement en mourant qu'il peut entrer en terre et prendre racine pour ensuite pousser et résister aux tempêtes. C'est seulement ainsi qu'il peut porter du fruit. Ainsi, chaque individu doit s'abandonner soi-même, doit mourir à sa propre volonté, s'il souhaite suivre Christ de Sa manière. Ensuite, le grain moissonné doit être écrasé et moulu afin de devenir un pain. Notre propre volonté doit subir le même traitement pour la vie communautaire. Celle-ci doit être brisée si nous souhaitons appartenir à la communauté de la Cène et servir dans le travail communal. De plus, tous les grains individuels doivent être rassemblés pour faire une farine et un pain. Aucun grain ne peut rester comme il est, ni garder ce qui lui appartient. Aucun grain ne peut rester isolé. Chaque grain doit se donner entièrement âme et corps pour faire le pain.
De la même façon, les grains de raisin doivent être pressés pour faire le vin. Chaque grain donne toute sa force et tout son jus pour faire un seul vin. Aucun grain de raisin ne peut rester comme il est. Ce n'est qu'ainsi que l'on peut faire du vin. Les grains de raisin et de blé qui restent entiers ne sont bons que pour nourrir les cochons ou pour être mis au compost. Ils sont loin d'être du vin ou du pain. En conservant leur propre vie et leur propre individualité ils renoncent à tout et sont perdus.
C'est ici que nous voyons la plus puissante image de la communauté. C'est ainsi que Christ l'a présentée à ceux qui étaient à table avec Lui. Mais même ce pain uni doit être rompu, tout comme Christ a permis à Son Corps d'être rompu. Pour nous cela signifie que l'obstination de la volonté-propre doit être brisée et que nous devons être prêts à souffrir et à mourir, même en communauté. Dieu Lui-même effectue cela en permettant à Sa puissance de fondre sur nous, et c'est pour cela nous prions. Sa puissance coule parmi nous en tant qu'amour, l'amour qui réalise toute la vérité de Dieu. Comme Christ nous a aimés, de la même façon l'amour règne entre nous. C'est à cela que Son troupeau se reconnaît. Cet amour est nécessaire pour partager la Sainte Cène et la table communale. Tout ce que nous étions et tout ce qui nous appartenait, toute notre énergie et tous nos biens sont mis à la disposition de tous. Comme le pain et le vin, nous sommes devenus un. Celui qui souhaite être un frère, celui qui désire ardemment partager la fraction du pain et la prière, ne peut pas rejeter la communauté. Dans la première du Seigneur, nous ne demandons jamais mon pain ni ton pain. Nous demandons notre pain, notre pain quotidien -- c'est le contraire de la propriété privée. A chaque fois que Christ a distribué du pain, Il en donnait à plusieurs, à tous, à chacun selon son besoin, quelle que soit la quantité disponible. Il ne voulait pas donner à une seule personne en particulier. Ainsi ce qui était petit est devenu grand, le peu est devenu abondance.
La communauté est l'accomplissement de l'amour
Parler de la foi et de la fraternité est incompatible avec le port de vêtements coûteux, dîner richement tous les jours, et l'accumulation de richesses. Celui qui épargne et qui met de l'argent de côté le fait pour son bien et celui de sa famille. Qu'il soit vivant ou mort, ses frères et soeurs dans la foi ne peuvent pas s'attendre à grand chose de sa part. Comment peut-il parler d'amour envers Dieu, ou d'amour pour son prochain, quand ce désir de richesses est en train d'accomplir cette oeuvre destructrice en lui ?
Lorsque nous sommes remplis de l'esprit de communauté, nous devenons simples et modestes. Nous nous contentons du peu de nourriture et des vêtements que nous avons. Concernant d'autres points de la foi, les gens qui honnêtement se considèrent comme frères peuvent facilement être en accord avec nous ; par exemple, le fait que Dieu souhaite que nous rejetions la guerre et les armes de façon définitive. Mais concernant les possessions, malgré l'exemple des prophètes et des apôtres, les hommes lutteront obstinément contre la vérité. Aucun bénéfice de notre travail ne doit être accumulé pour nous-mêmes. Les fruits de notre travail doivent être mis au bénéfice de tous les frères en Christ. Ceux-ci doivent être utilisés pour nourrir, loger, et vêtir les pauvres, les vieux, et tous ceux qui sont dans le besoin. C'était par amour que Christ est devenu pauvre et s'est fait parmi les plus humbles de la terre.
Notre Seigneur nous commande donc de nous aimer mutuellement comme Il nous a aimés. Cela signifie que nos concitoyens dans Son Royaume deviennent co-héritiers avec nous de tous nos biens matériels, que nous les acceptons en tant que membres de la Maison de Dieu, que nous ne fermons ni notre coeur ni notre porte-monnaie aux besoins de n'importe quel frère. C'est uniquement à ce moment-là que l'amour de Dieu demeurera parmi nous. C'est uniquement cela qu'on puisse appeler amour authentique. L'amour qui n'est pas authentique n'est pas amour. L'amour authentique nous invite à donner tous biens même nos corps avec un coeur entier. C'est là le chemin vers la lumière. C'est là la communauté. Là où il n'y a pas d'amour authentique, il n'y a pas non plus de foi.
Notre amour pour notre prochain doit être si grand qu'il nous oblige à partager tous nos biens matériels avec lui ; celui qui n'a pas cet amour pour son prochain ne devrait pas penser que le sang de Christ le libère du péché. Comme l'amour provient de la foi, ainsi les bonnes oeuvres proviennent de l'amour. La seule vraie « charity, » qui consiste en fervents actes d'amour, est indissociable de la vraie vie et de la libération du péché. L'amour actif nous incite à oeuvrer pour pourvoir aux besoins et à la pauvreté de nos frères plutôt que pour notre propre bénéfice. Celui qui agit autrement n'a pas une étincelle, pas une goutte d'amour divin. Celui qui aime Dieu doit aimer tous ceux qui tirent leur vie de Dieu. Si nous pensons réellement que tous les hommes ont un Dieu et un Père, alors il nous est impossible de chercher à gagner ou à maintenir un avantage vis à vis de l'un de nos frères. Si pourtant nous cherchons notre propre intérêt, alors l'amour en nous est devenu froid et mort. Nous voyons le besoin et la pauvreté de Ses enfants ; nous pourrions aider, mais nous ne le faisons pas, et nous nous disons « Dois-je donner du pain à des gens que je ne connais même pas ? » Ainsi nous devenons méchants. Nous voulons garder pour nous les choses qui ont été volées aux autres. Nous sommes contents d'avoir réussi dans la vie. Ceux qui, le long du chemin, sont tombés ne reçoivent rien de notre part. N'ont-ils pas eux aussi besoin de manger et de boire comme nous ? C'est ainsi que nous perdons notre sentiment de justice. Notre vie devient de plus en plus sombre autour de nous parce que nous ne sommes pas capables d'aimer notre frère. Les cris des pauvres nous environnent comme des ombres obscures ; il ne leur reste plus rien, et ils sont privés tandis que nous vivons dans l'abondance de ce qu'il y a de meilleur.
Il s'agit là d'un scandale public. Les cris de « Malheur ! » proférés par Jésus nous environnent. Combien l'apôtre Paul devait se battre à son époque contre les idées courantes ! Même parmi les chrétiens il y avait des pauvres qui avaient faim alors que d'autres étaient dans l'abondance. Souvenons-nous que rien n'a de valeur devant Dieu hormis l'amour. Cela a été l'Évangile dès le commencement. C'est là que nous trouvons la source de puissance riche et intarissable qui nous permet de mettre en pratique le commandement de renoncer à toutes nos possessions et même à notre propre vie pour le bien des frères.
Nous ne devrions pas penser que nous sacrifions notre vie uniquement lorsque l'on est confronté à l'épée où à une mort violente. Non. Même quand les choses vont bien nous devons donner notre vie. Lorsque nous accomplissons des choses et que cela se passe bien, nous devons donner notre vie pour servir nos frères. A de tels moments, le Seigneur attend de nous que nous abandonnions tout, sans nous épargner nous-mêmes. Paul aurait pu faire beaucoup de choses, mais il ne voulait faire que ce qui profitait à tous. C'est donc une question de préférer le bien des autres, plutôt que le nôtre. J'abandonnerais donc volontiers même mon propre jugement (qu'il soit bon ou mauvais) si celui-ci fait tomber mon frère. Nous renonçons à l'amour de Dieu si nous nous agrippons à nos possessions alors que notre frère est dans le besoin. Car nous devons aimer, non pas en paroles, mais en action et en vérité. L'amour qui travaille à travers nous doit être le même que celui qui était en Dieu lorsqu'il a donné Son Fils.
La vision du royaume
Le chemin de l'amour envers son prochain est la voie où Jésus nous mène dans la sphère de Son autorité, de Son Royaume. En comparaison à cela, tout le reste est boue et pourriture. Une vie remplie de joie coule de cette nouvelle Cité, de cette Cité radieuse qui est l'Église. Si un homme goûte à ce monde à venir, et qu'il désire ensuite jouir des plaisirs des sens et des biens matériels, c'est un insensé. Sa vie présente lui sera bientôt réclamée. Alors ses héritiers se disputeront sa propriété. Cela fait longtemps que les vers attendent son corps. C'est tout simplement idiot de ne pas laisser tomber nos biens sans valeur en faveur de la Terre Promise qui nous est proposée -- comme si l'on refusait d'échanger un misérable grain de blé contre un diamant, ou un vil vase en argile contre un pichet en or. La seule sagesse consiste à capituler de son propre gré, et à tout lâcher. Ce qu'il y a de plus grand c'est la foi d'un homme qui accepte de renoncer à tous ses biens. Cette foi, c'est ce que Dieu attend de tous les hommes, sans exception. Cela s'applique aux riches comme aux pauvres. Celui qui est fidèle de cette façon radicale avec le peu de choses qu'il possède aujourd'hui se verra attribuer l'intendance de grandes choses. Il jugera et régnera sur le monde entier et sur tous les esprits. Dieu nous a préparé des choses merveilleuses pour des gens aussi insignifiants que nous, si seulement nous sommes prêts à aimer.
Devant la splendeur de notre Seigneur Dieu, nos besoins quotidiens deviennent extrêmement insignifiants. Ils n'ont quasiment aucune importance. Une personne ne peut avoir ses possessions en considération lorsqu'elle se tient devant Dieu. Entre membres de Son Royaume, entre compagnons dans la foi, il est en fini de « mon » et « ton. » Nous supportons avec joie la perte de nos biens (qui sont sans valeur, quoi qu'on en dise) dès l'instant que nous apercevons le plus grand bien. Il s'agit d'endurer cela ne provoque aucune crainte. Cela donne du courage. Celui qui vit par la foi entre dans la terre merveilleuse du règne de Dieu. Ses pensées ne sont alors plus sur ses coffres-forts. Elles sont là où Christ règne avec Dieu. Ce n'est donc jamais assez de se contenter de fuir les péchés les plus grossiers. C'est la volonté-propre et non pas les péchés les plus visibles et les plus infâmes qui empêche aux gens d'accepter l'invitation au repas de noces et au banquet de l'Agneau. Un homme refuse de venir à cause de son propre champ, de ses propres responsabilités, de ses propres boeufs, de sa propre femme, de son propre travail. C'est tout simplement l'intérêt propre, qui est lié aux besoins quotidiens, qui fait que les hommes négligent la communion fraternelle autour de la table commune. A de nombreuses reprises c'est précisément cela qui nous rend indignes de l'invitation cette invitation qui s'étend à tous.
Ce n'était pas à cause de son fruit mauvais ou empoisonné que le figuier a été maudit. Il a été condamné à flétrir parce qu'il aurait pû porter du bon fruit mais qu'il ne l'a pas fait. De la repentance et de la nouvelle vie doit surgir du fruit. Une nouvelle vie qui ne produit pas du bon fruit n'est pas authentique. Le Baptiseur nous dit ce que constitue le bon fruit : donner notre second manteau et nourrir ceux qui sont dans le besoin. La foi c'est une puissance -- la puissance qui permet de porter du fruit. C'est alors que nous donnerons à manger et à boire à ceux qui ont faim et notre travail à ceux qui en ont besoin ; c'est alors que nous mettrons en pratique notre amour pour les frères et pour tous les hommes ; et c'est alors que, si nous sommes fidèles dans ce service, nous deviendrons nous-mêmes simples et modestes dans nos besoins. Cet abandon ne nous permettra pas de devenir fainéants ni infructueux. C'est là le fruit que Dieu exige ; c'est là le fruit qui jaillit de l'amour fraternel, la sève vivante du nouvel arbre. Dans une telle vie, Dieu et les frères et soeurs deviennent beaucoup plus importants que tout le reste. Tous ceux qui ne sont pas prêts à vivre cela demeurent aveugles et impurs. Toutes paroles au sujet de Christ demeurent vaines et stériles tant que nos pensées et désirs concernent des objectifs personnels issus de notre condition mondaine. Seule la foi qui amène l'amour ouvre la porte vers cet autre Royaume dans lequel Christ est Souverain. Jésus, notre Guérisseur et Sauveur, nous montre le chemin dans cette nouvelle vie et ce nouveau Royaume.
La communauté constitue le véritable jeûne et le véritable sacrifice
Tout ce qui a été dit concernant l'aumône et le jeûne dans l'Ancienne Alliance (et qui a été honoré dans la Nouvelle Alliance), est accompli dans la vie communautaire. Il s'agit de se priver afin de pouvoir donner du pain à celui qui a faim, un abri à ceux qui n'ont pas de foyer, et des vêtements à ceux qui ont froid. Lorsque nous faisons cela, la lumière et la santé envahissent notre demeure et notre vie. Alors il n'y a plus rien dont nous avons besoin dans le monde entier, car nos pensées sont remplies de Dieu et de Son Royaume. Ce n'est pas dans le jeûne ni dans le sacrifice en tant que tel que nous rencontrons Dieu. Dans le jeûne, comme dans le sacrifice, ce n'est pas le culte ni la cérémonie solennelle qui plaît à Dieu. Il n'en veut pas. Ce qu'Il veut et ce qu'Il exige est ce qui est juste : la justice, l'amour et les bonnes oeuvres. Dans toutes ces choses nous voyons à l'oeuvre une soif pour le Dieu vivant, qui nous indique le salut et la guérison qui sont dans le Christ Jésus. Alors les cieux se déchirent. Alors vient Celui qui devait venir. Les anciens voyaient Sa venue de loin. Le vieillard Siméon tenait l'Enfant dans ses bras, et nous cherchons Sa face dans la joie et de tout notre coeur comme étant le suprême Don qui ne peut venir que de Dieu.
Dieu a créé l'homme pour marcher debout avec la tête vers le haut. L'homme ne doit pas être comme les animaux, dont la tête s'incline vers la terre. Il ne doit pas, comme eux, être préoccupé par la recherche de nourriture. Il fait partie intégrante du Royaume, de la pensée et de l'objectif divins.
L'homme qui croit entre dans une nouvelle vie. Il est endormi et même mort envers sa vie passée. Tous les désirs envers les choses terrestres sont mis à mort. L'amour pour la propriété et l'attachement aux possessions sont morts en même temps. L'avarice pend comme un poids de plomb sur un homme, et le tire vers le bas. Une fois qu'un homme est mort, on ne le trouvera plus dans sa propre maison. Une fois qu'un homme est enterré, on ne le voit plus sur ses propres terres, ou dans sa taverne préférée. L'homme qui est mort laisse derrière lui toutes ses richesses et sa propriété. Après sa mort, les richesses d'un homme, ainsi que sa maison, son argent et tous ses biens ne lui appartiennent plus. C'est ainsi que nous comprenons la vérité que nous devons mourir à ce monde présent. Une fois mort, on ne nous trouve plus parmi nos biens personnels. Du point de vue de la volonté-propre et du désir de posséder, nous ne sommes effectivement plus vivants. Marcher avec Dieu signifie se sacrifier comme Christ l'a fait. Donner notre corps et notre vie signifie bien plus pas moins que d'abandonner nos biens et notre immobilier. De cette force pour mourir nous maintenons un nouvel ordre dans un foyer uni. Comme des enfants qui sont aimés également par leurs parents, nous vivons en communauté et partageons notre nourriture et tous nos biens. Nous avons abandonné notre ancien style de vie comme si nous étions morts.
La cupidité est l'un des pires vices
Tout ce qui nous sépare du royaume de Dieu, tout ce qui ne trouve pas sa place dans Son règne, constitue un vice qui doit être publiquement condamné. Aux yeux de Dieu, la cupidité dans toutes ses formes appartient à la même catégorie que la fornication ou toute autre impureté. Mais rares sont ceux qui se rendent compte que les apôtres avaient raison de mettre les deux choses au même niveau -- l'amour de l'argent et l'immoralité; pour les apôtres, l'un comme l'autre constitue une culpabilité et un péché, un poison et une mauvaise herbe. Mais parce que la plupart des hommes tiennent ardemment à leurs possessions, cette vérité leur est cachée. Avec les riches, c'est évident. Aux pauvres, il manque seulement les moyens et les circonstances favorables pour en faire autant. Dans leurs coeurs, ils sont exactement comme les riches. Il ne faut pas s'y tromper: ils ont beau décrier l'avarice des riches, eux-mêmes ne font pas mieux. Souvent ils se vantent de ne pas être cupides, alors qu'ils sont remplis du diable de l'ivrognerie et du démon de l'extravagance. Leur haleine ivrogne prouve leur convoitise ahurissante. Ils seraient ravis d'avoir les poches pleines d'argent pour pouvoir satisfaire leur cupidité!
La passion et l'argent sont à la base de toute crasse tout autant pour l'avare que pour le prodigue. Ceux qui aiment les possessions devraient se souvenir que l'avarice n'est rien d'autre au fond que l'idolâtrie. Car les hommes s'accrochent à l'argent comme ils devraient s'accrocher à Dieu. Ils le servent comme ils devraient servir Dieu. Leurs idoles sont argent et or. Nul homme se donnant au service de l'idolâtrie, des passions impures, ou de l'amour de l'argent ne peut s'approcher du Royaume de Dieu. Sur ces points, Christ le Seigneur est dur et inaccessible; Son Royaume promis leur est fermé. L'homme qui sait cela donne ses bien aux pauvres afin qu'ils puissent porter du fruit au centuple; s'il agit autrement, tout lui sera ôté.
Christ recherche les pauvres
L'homme qui est à l'aise dans ses richesses et ses possessions refuse l'invitation au Royaume. Il ne veut pas écouter. Il ne veut pas venir. Dieu appelle les pauvres parce que les riches refusent. Si les seigneurs et les nobles et les hommes d'affaires refusent, la joie royale de la liberté et de la communauté est offerte aux humbles et aux asservis. Dieu donne cette joie au plus simple des simples. Il la donnerait tout aussi volontiers aux haut-placés, aux puissants et aux influents si seulement ils devenaient assez simples pour vouloir venir. Tous devraient venir. Aucun ne doit être rejeté. La guérison et les richesses sont venues pour tous les hommes et sont accessibles à tous. Ces paroles sont agréables à entendre ; néanmoins, nous ne voulons pas venir, parce que il y a plus : encore faut-il, en échange de ces choses, que nous abandonnions et délaissions tout ce qui est contraire à la nature de Dieu. Telle est la convoitise du monde présent qui, depuis le commencement nous a poussés à fermer les yeux à la vérité. « Cette voix est-elle vraiment de Dieu ? » Les grands et les intelligents refusent d'y croire. Ils rejettent l'amour. Dieu les appelle à de nombreuses reprises, afin de les rassembler sous la force protectrice de Son amour. Lui, le désire. Eux, ne le souhaitent pas. C'est exactement ce que Jésus avait dit.
Ils ne veulent pas suivre Son appel ni Son influence. Ainsi, ils L'obligent à employer des moyens plus durs; Il a été obligé d'utiliser un langage très dur quand il leur a parlé. Les pauvres L'ont écouté. Beaucoup d'entre eux se sont joints à Lui. Les gens riches et les grands hommes L'ont blessé. Donc il a dû énoncer sa triple malédiction : malheur à eux parce qu'ils sont riches, malheur à eux parce qu'ils sont repus et rient, malheur à eux parce qu'ils sont honorés et populaires. Mais ils ne sont pas exclus pour autant. Christ apporte son expiation et sa réconciliation au monde entier. Mais il sera dur, très dur, pour eux de laisser leurs richesses, leurs possessions et leur volonté-propre. Ce sera dur, très dur, pour eux d'apprendre l'obéissance et de vivre en communauté. Ce sera dur, très dur, pour eux d'entrer dans le Royaume de Dieu.
Ce qui les éloigne est toujours clair. La Nouvelle Alliance ne promet pas de bons jours, et elle ne nous conduit pas dans des terres riches. L'histoire de l'Ancienne Alliance montre qu'à chaque fois que les chevaux et les chars et l'argent et l'or s'empilaient, le pays était pollué d'idoles et de péché. Fréquemment, il s'élevait des prophètes pour prédire le manque et la pauvreté et proclamer la fin de la corruption qui était engendrée par le luxe. Les bons jours n'ont jamais fait de bien aux hommes.
C'est pourquoi Dieu a établi une Nouvelle Alliance, et une alliance complètement neuve. Mais la misère, le mépris, la potence et la pauvreté sont tellement durs à accepter pour nous hommes que nous persistons à penser que cette nouvelle voie est impossible. Il a donc fallu que le Fils soit le premier à suivre cette voie impossible. Depuis lors, personne ne peut la rejeter comme étant impossible, car elle a été suivie. Depuis lors, nous avons un Guide et un Pionnier de la foi qui, pauvre et méprisé, a suivi cette voie jusqu'à la fin. Cette fin ne pouvait être autre chose que l'extrême conséquence d'une telle voie, l'exécution comme un criminel! Lazare a dû terminer ses jours dans la pauvreté et la misère, Joseph et Job ont dû souffrir une amère pauvreté. De la même manière, la Nouvelle Alliance exige que nous demeurions ferme jusqu'au bout, même dans le manque le plus amer. Et c'est ainsi que nous trouverons la joie la plus merveilleuse!
La voie de la communauté n'est pas facile
Se dorloter soi-même avec de fins vêtements est hors de question. Sur cette voie, on doit marcher dans bon nombre de flaques boueuses. Se dorloter, et la complaisance envers soi-même vont de pair avec les possessions, les richesses et la sensualité. Ils n'ont aucune place dans la voie de la pauvreté. Cette voie mène à la cruelle souffrance d'une mort amère. Laissons l'opulence aux foyers riches et à leur vermine. Les excès de tous types vont de pair avec le luxe et l'hypocrisie ; trop manger et trop boire sont des formes de la même douce indulgence dans les choses non-essentielles. Nous appelons cela faiblesse méprisable.
La vie austère de Jean le Baptiseur, si pauvre en nourriture et en vêtements, était là à la vue de tous. Cela lui a permis d'exiger que les hommes partagent tous leurs biens avec leur prochain, et de proclamer le feu et la destruction sur toute la balle infructueuse. Qu'aucun homme qui se réclame croyant ou frère n'enseigne le chemin spacieux des désirs avares. N'entretenons jamais l'illusion trompeuse qu'il n'est pas nécessaire de tourner le dos sur les richesses et les possessions, qu'il n'est pas nécessaire de s'embarquer dans la vie communautaire dans un abandon total. C'est faire usage abusif des Écritures pour justifier un enseignement qui leur est totalement étranger, que de tenter de rendre acceptable aux riches et aux confortables cette dure vérité ; en effet, cela est totalement impossible. Nous devons être strictement objectifs dans notre vision. Ce n'est qu'alors que nous pouvons reconnaître la voie de la vérité, la claire direction de la divine Parole. Les Écritures toutes entières nous racontent ce qui a été révélé et accompli par l'Esprit dans la première Église à Jérusalem.
La propriété privée ne peut être défendue
Le puissant dictateur Mammon s'oppose à cet enseignement du Saint Esprit ; il s'oppose aux claires promesses de Dieu, qui portent en elles la puissance de Dieu ; et il s'oppose à tous ceux qui suivent cet enseignement. Il utilise ceux qui aiment les biens de ce monde pour accomplir son oeuvre de masquer et de déformer la vérité. Il les fait utiliser des mots pieux pour justifier leur style de vie déréglé et leurs richesses, mais il se trompe souvent dans les termes qu'il emploie. Il commet une erreur lorsqu'il les fait citer le cas du faux apôtre Simon pour justifier leurs arguments. Comme Judas Iscariot et Ananias et Sapphira, Simon, avec tout son argent, a été maudit. On peut effectivement citer l'Apôtre Paul lorsqu'il enjoint les riches de ce monde à donner d'un coeur pur et d'utiliser justement leur argent. On peut effectivement souligner que Jean le Baptiseur n'ait abordé que les premiers pas dans la nouvelle vie, c'est à dire, ne faire ni violence ni injustice à personne. Paul a effectivement demandé à des chrétiens charnels qui étaient encore au stade d'enfants de mettre de côté de l'argent pour l'Église à Jérusalem, qui vivait en communauté. Toutefois ce sont là des exemples de phases transitoires qui allaient par la suite être dépassées.
Au lieu d'essayer de justifier la propriété privée au travers de ces arguments pieux, les riches devraient plutôt être honnêtes et dire qu'ils choisissent de suivre la voie du monde. Ils veulent la suivre, même si la propriété mène à la servitude. Ils veulent conserver les richesses, même si la vie communautaire a le pouvoir d'apporter la liberté et la vie spirituelle. S'ils décident de s'attacher à leur nature animale, laissons-les garder leur tanière ou leur nid ! Jésus pour sa part à clairement rejeté la propriété privée. Celui qui marche avec Lui ne peut pas conserver quoi que ce soit de privé. Certaines personnes peuvent argumenter que posséder des biens communs est équivalent à posséder des biens privés. La réponse est que ce qui appartient à la communauté n'appartient ni à moi ni à toi. La propriété commune exclut la propriété privée. La vie en communauté signifie dévouer sa vie et sa force au travail pour le bénéfice de tous.
La porte de cette communauté se tient grande ouverte. Sortez de vos nids privés ! Sortez de vos maisons privées ! Arrêtez de vous occuper de vos propres affaires ! Renonçons à la volonté-propre ! Vendez tout ! Donnez à ceux qui n'ont rien ! Venez ! Venez, suivez Moi ! Renoncez à tout ce que vous posséder et alors vous pourrez être Mon disciple. Voulez-vous réellement me suivre ? Alors renie-toi toi-même. Abandonne tes biens et ton immobilier ; renonce à toi-même. Suis Moi. Je n'ai rien qui ne M'appartienne. Je n'ai même pas un endroit pour m'allonger et me reposer. Est-ce à cause de ton champ, de ton travail ou de ton foyer que tu ne veux pas venir ? Est-ce que tu t'attaches à des choses si petites ? Aimes-tu tes intérêts propres et tes biens tant que ça ? Dans ce cas, tu ne peux pas t'asseoir à la table de Ma communauté. Tu ne M'appartiens pas.
C'est ainsi que Christ parle à ceux qui sont retenus par les idées qui règnent sur le monde entier. Leurs vies ne seront jamais fructueuses. Pour se justifier, ils prennent conseil auprès de ceux qui, comme eux, s'attachent à leurs propres nids et qui, comme eux, veulent très fort être chrétiens et pourtant conserver leurs propres biens. Ils veulent soutenir la propriété privée -- ils doivent donc ridiculiser la vie en communauté. Et ils finissent par négliger et mépriser la claire voie de Christ, Son ordre parfait, Sa vérité et Sa vie. Alors la Parole, qui était à l'oeuvre dans leur coeur, s'enfuit loin d'eux ; leur coeur se détourne de la foi. Ils se remettent à chercher leur propre nourriture. Ils ne sont pas prêts à travailler les champs ou à tenir le foyer pour la communauté. Ils deviennent comme des taupes ou des renards qui sapent les plantations communes et les font déprécier. Et pourtant certains voient qu'ils ne peuvent nier l'existence de l'amour lorsqu'elle se manifeste dans la vie communautaire et qu'elle est là à la vue de tous. Au plus fond de leur être ils reconnaissent cela comme étant bon et nécessaire, mais le bon moment, l'opportunité favorable, semble ne jamais arriver. C'est d'abord une chose, puis une autre qui les arrête. C'est ainsi que la structure de la communauté qui devrait servir la Maison du Seigneur ne s'établit jamais. Mais le temps semble toujours propice pour continuer leur vieille vie dans leur belles demeures. La véritable raison est profonde. Ce qu'ils aiment le plus n'est pas Dieu, mais ce sont leurs biens matériels. Ils ont encore un bout de chemin à faire.
Le feu purificateur de l'amour
Il y en a plusieurs qui ont abandonné telle ou telle forme d'injustice mais qui restent très attachés au monde à d'autres égards. Sur les dix vierges qui sont allées rencontrer l'époux, cinq d'entre elles ont dû rester à l'extérieur : les flammes de leur lampes festives ne brûlaient plus. Leur fidélité s'était éteinte ; elle n'était pas suffisamment grande. Parmi les différents serviteurs à qui le propriétaire a confié son exploitation, l'un a dû être renvoyé pour la même raison -- manque de fidélité. Dans le grand troupeau d'animaux qui sont considérés comme purs, les chèvres devront à la fin être séparées des moutons.
La même séparation se produit ici sur le chemin de l'abandon. Les portes sont grandes ouvertes, et les gens veulent entrer, mais seule la fidélité et la vérité comptent. Ce ne sont pas les mots pieux mais les oeuvres volontaires nées dans la foi qui appartiennent au Nouveau Royaume. Certaines personnes aiment parler de toutes sortes de merveilleuses formes d'adoration, mais il reste néanmoins sur un terrain glissant et très incertain. Elles ne veulent pas prendre le chemin de la Gelassenheit. Personne n'ose la prendre. C'est une voie trop exigeante. Elle demande une fidélité inconditionnelle et l'abandon de tout ! La richesse et le confort sont un terrain glissant et meurtrier sur lequel tout est condamné à s'effondrer.
Le jour du test viendra. Alors tout fondra et brisera comme la glace. Alors il sera évident comment chacun a bâti sa vie. Ils n'ont fait aucune bonne oeuvre envers Jésus, car ils n'ont pas respecté Sa Parole et ne L'ont pas réellement aimé. Ils ne pouvaient donc pas aimer ceux qui Lui appartenaient. Devant cette réalisation, cela ne servira à rien de poser des questions ou de proposer des excuses. Ils seront rejetés. Ils ont échoué au test suprême du feu purifiant. Ce même feu aurait pu prouver dans son temps s'il y avait de l'or véritable en eux, ou si ce qui semblait être de la foi était en réalité une illusion.
Le nom de ce feu purifiant qui donne la réponse décisive à cette question est Gelassenheit. Dans ce fourneau, toute scorie et tout métal commun sont éliminés. Dans ce feu ils sont enlevés, rejetés et éliminés. Ce qui est libéré c'est l'or pur : la foi, et tout ce qui émane de la foi. Toutes les autres choses que l'homme possédait sont éliminées. Dieu et Mammon ne peuvent rester fusionnés. C'est le test que le jeune homme riche, Ananias et Sapphira, et des milliers d'autres personnes ont dû subir. Ce test ardent a dévoilé ce qui était le plus important pour eux : les pieuses volonté-propre et leurs possessions -- ou Christ dans son prochain ! Cette fournaise brûle tout ce qui bloque et entrave. Elle a le même effet que le trou de l'aiguille ou la porte étroite. Aucune des choses que nous traînons derrière nous ne peut passer. Le feu est nécessaire pour éprouver l'or.
Chacun doit passer ce test ! Depuis le début il en est ainsi. Lorsque la terre a été créée, Dieu a vu que tout était bon de sa manière. Ce n'est que par rapport à l'homme que Dieu ne s'est pas prononcé. Au lieu de cela, Il lui a préparé un test pour voir s'il allait choisir le bon ou le mauvais. Dans ce test, l'homme a montré ce qu'il était ; il a fait le mauvais choix. Abraham a aussi dû passer ce test sous une forme très rude. La même chose s'est passée avec les Israélites, qui ont été appelés hors des richesses d'Égypte pour être amenés dans le désert. Leur test, c'était la pauvreté, et la prohibition de certaines viandes en faisait partie. Dans le cas de Job, la nature du test était encore plus claire.
A chaque fois qu'une chose devient l'objet du plus grand amour d'un homme, Dieu intervient. A travers Jésus, Dieu attaque notre volonté-propre et notre cupidité d'une manière encore plus forte. Celui qui réussit cette épreuve et qui choisit la voie de Jésus se voit confier les plus grandes responsabilités. Celles-ci ne lui sont confiées que lorsqu'il a abandonné sa maison, sa famille, et ses biens pour Christ. Mais celui qui aime n'importe quelle de ces choses plus que Jésus n'appartient pas à Jésus. C'est pourquoi l'amour est décisif, l'amour qui naît de la foi; c'est le feu purificateur de la véritable Gelassenheit. Ce qui demeure comme l'or purifié c'est l'amour de Dieu ; c'est la seule chose qui a sa place dans Son Royaume.
Dieu veut que l'on aime les pauvres. La communauté chrétienne est la meilleure façon de mettre en pratique cet amour. Par le travail dur et régulier, nous pouvons fournir un niveau de vie convenable pour les pauvres et ceux qui n'ont pas de foyer ; nous pouvons leur fournir de la nourriture trois fois par jour. Nous pouvons faire cela sans rien posséder nous-mêmes. Par ce service des gens qui auraient dû mendier de porte à porte ou mourir dans la misère et la faim, peuvent vivre convenablement. Cela est fait uniquement par amour par tous ceux qui vivent en communauté ; purement pour Christ et pour les pauvres. C'est une question d'amour et d'amitié et de fraternité ; tout d'abord amour et amitié envers nos frères dans la foi. Ce n'est que dans le dévouement joyeux que cette oeuvre peut être réalisée.
Dans une telle vie, il n'y a aucune pensée de revenu ni de profit ; encore moins d'intérêt ou d'usure. C'est hors de question. Dans la Nouvelle Alliance, l'appartenance, l'intérêt-propre et l'avarice sont considérés comme injustice et malice. Mais la volonté-propre obstinée empêche les hommes de reconnaître leur culpabilité par rapport à ces péchés, comme c'est le cas avec l'orgueil. L'avarice est tellement évidente que n'importe qui pourrait la détecter ; c'est elle qui rend un homme riche et l'autre pauvre. Un homme pourrait aider l'autre mais il ne le fait pas. C'est ça l'avarice. Mais il y a une autre forme d'égoïsme par rapport à l'argent qui se trouve être tout aussi avare : les riches prêtent avec intérêt de l'argent à leurs pauvres frères dans la foi afin de devenir un peu plus riches. Qu'en est-il de l'amour et de la fraternité ? Et la conscience ? Comment quelqu'un pourrait-il les reconnaître comme étant des chrétiens ? Car en effet, le signe du disciple c'est bien l'amour.
Johann Arndt et Menno Simons
Johann Arndt était un homme très illuminé, respecté de son propre peuple mais méprisé de beaucoup d'autres comme hérétique(3). Il a beaucoup écrit de juste et de vrai sur la vie chrétienne. Mais il n'a pas enseigné que la parole parfaite et le plus haut commandement de l'amour doivent être mis-en-oeuvre dans la communauté et l'aide mutuelle. Il n'est pas loin quand, par exemple, il dit des apôtres qu'ils devaient quitter et renoncer à tout ce qu'ils avaient, et se renoncer à eux-mêmes, avant de pouvoir recevoir l'Esprit d'en-haut. Il dit que la lumière véritable fut donnée à ceux qui suivaient Christ dans cette voie. Johann Arndt voyait cela. S'il avait été un témoin fidèle de cette vérité, au lieu de la cacher, lui et ses disciples auraient rencontré beaucoup de difficultés. A aucun moment ni aucun lieu la communauté chrétienne n'a pû s'épanouir si ses membres mettaient clairement en avant la pleine lumière de la vérité, car partout où une étincelle de la vraie lumière a essayé de se montrer, elle a été attaquée par la persécution et l'annihilation. Ainsi, la lumière de la vérité a toujours été éteinte. Les gens se sont jetés dessus avec le feu et l'épée à chaque fois qu'elle a essayé de briller. Ils ont menacé de l'exterminer par la tyrannie, la torture et l'exécution. Plus on s'approche de la vérité, plus on court de danger.
Même Menno Simons est resté un peu à côté de la vérité. Dans sa « Fondation », il porte témoignage vigoureusement et avec enthousiasme à quelques points essentiels de la foi chrétienne(4). Il s'est rapproché de très près de la vérité sur la perfection. Il a condamné l'avarice, la parure, l'arrogance et les choses semblables en des termes très forts. Mais il ne s'est jamais prononcé clairement sur le choix décisif placé devant le jeune homme riche, ni sur la création puissante de la première église à Jérusalem, quoiqu'il savait que l'Église ne devait son origine à rien de moins que l'inspiration puissante du Saint Esprit. Dans l'Église primitive, il était clairement porté témoignage au renoncement des possessions et à la communauté de biens, particulièrement dans le cas d'Ananias et Sapphira.
Les écrits de Menno semblent porter fortement dans ce sens. Il s'en prend à la convoitise de l'argent et l'accroissement de la fortune de l'homme riche. Il ne mâche pas ses mots quand il expose la cruauté de ceux qui oppriment les pauvres et les laissent dans leur misère. Il utilise des mots très tranchants contre le monde entier et leurs richesses scandaleuses. Mais dans la mesure où il ne parle que des gens du monde, du clergé et des moines dans ces attaques pointues, il laisse s'endormir ses propres frères dans la foi. Beaucoup d'entre eux vivaient dans la même parure et le même manque de discipline. Certains opprimaient leurs frères plus pauvres au lieu de les aider. La Fondation s'applique particulièrement aux Mennonites qui sont fiers de cet écrit de Menno Simons et qui s'en servent pour consoler les riches parmi eux. Si Menno Simons avait exigé les fruits de vie qui sont véritablement en accord avec l'amour, il aurait sûrement trouvé moins de gens pour l'accompagner. Il y a toujours eu des nombres réduits lorsqu'il s'agit de prendre concrètement la voie étroite.
La véritable communauté est l'oeuvre de Dieu
A l'époque récente et dangereuse de la Réforme, une fois de plus des hommes de foi sont apparus. Ils connaissaient les Écritures et avaient des compétences linguistiques. La lumière a jailli en eux. Ils sont venus en avant. Ils ont témoigné de la vérité avec sincérité. Ils ont proposé de mener des débats avec des personnes érudites, et ils étaient même prêts à ce qu'on leur arrache un membre de leur corps pour toute conviction erronée qu'on arriverait à leur imputer.
Ils se sont mis à l'oeuvre pour Dieu remplis de puissance divine. Dans la force de la puissance de Dieu, ils ont travaillé vigoureusement et avec zèle. La puissance de Dieu est trop forte pour pouvoir être réduite à des mots. Ils ont combattu fermement et fidèlement, allant même jusqu'à la mort, car ils portaient l'armure adéquate, et ils avaient reçu l'épée royale. Sans lâcher ils ont tenu ferme dans la foi de Jésus Christ. Beaucoup d'entre eux ont perdu leurs biens et leurs propriétés, voire leur corps et leur vie. La bannière du grand Souverain Jésus Christ, la bannière du sang et de la division, allait au devant d'eux. Ils la suivaient. Sa route royale était leur chemin.
Nous devons suivre leur foi, car ils ont préparé le chemin. Ils ont osé entreprendre leur travail exceptionnel dans la puissance du Dieu Tout-Puissant. Ils l'ont fait pour la communauté -- c'était le fruit de l'amour parfait. Ils ont démarré leur oeuvre pour la communauté de tous les croyants. Ils l'ont défendue contre le gouffre bâillant et les profondeurs enragées. Ils ont continué malgré les doutes et les découragements de ceux qui disaient que cela était impossible. Et ils lui ont donné un Ordre parfait, selon la volonté de Christ.
Malgré la persécution, l'oeuvre a grandi. A certains moments nous avions plus de vingt foyers de Bruderhofs. Ceux-ci étaient situés à différents endroits, dans différentes villes et villages. Parfois il pouvait y avoir entre trois et quatre cents personnes vivant ensemble dans le même foyer, et même jusqu'à six cents. Ces centaines de personnes avaient une cuisine, une boulangerie, et un réfectoire communs, ainsi qu'une école, une maison maternelle et crèche pour les bébés. Dans chaque foyer il n'y avait qu'un seul intendant. Avec l'argent qui rentrait au travers des différents ateliers, et les autres revenus de la communauté, il achetait tout ce qui était nécessaire : le grain, le vin, la laine, le chanvre, le sel, le bétail, etc. L'intendant distribuait à chaque personne du foyer (enfant ou adulte) ce dont il avait besoin. Il y avait de la nourriture spéciale pour les enfants, pour les mères dont le bébé avait moins de six semaines, et pour tous ceux qui avaient des besoins particuliers. Tous les autres mangeaient au réfectoire pour partager le repas communautaire. On demandait à certaines soeurs de s'occuper des malades, de leur apporter leur nourriture et de les soigner. Les personnes âgées s'asseyaient à part et on leur apportait davantage à manger que les jeunes actifs. Autant que possible, on donnait à chacun selon ses besoins.
Les communautés établies selon cet Ordre ont continué sans interruption depuis plus de cent ans en 1650. Ce n'est que par la grâce de Dieu que cela a été possible. Ce n'était pas facile. Nous sommes passés par des périodes très difficiles. Souvent, au travers de pillages et d'autres sinistres nous avons été réduits à l'extrême pauvreté. Nous avons beaucoup souffert pendant les Grandes Guerres(5). Certains foyers ont été totalement anéantis et ont tout perdu. Mais à chaque fois, ceux-ci ont été réintégrés dans les autres foyers. Toutes les fois, une place suffisante a pû être préparée pour accueillir ceux qui avaient été persécutés ou chassés. Nous avons fait tout ce que nous avons pu pour rester ensemble pendant ces périodes de grande détresse.
Il y avait également des périodes plus favorables où les choses se passaient bien. Mais pendant les époques difficiles nous avons dû utiliser toutes les ressources de l'Église. Tout ce qui avait été mis de côté pendant les bonnes années a dû être utilisé pendant les années difficiles. Nous aurions pu utiliser des milliers de fois toutes les choses que Francis Cardinal von Dietrichstein nous a volées. Ce n'était pas du superflu mais le résultat d'une authentique responsabilité fraternelle afin de pourvoir aux besoins de l'Église toute entière. Dans cet esprit nous avons, de nombreuses fois, répondu aux besoins avec tout ce qu'il nous restait après avoir été chassés de nos foyers en temps de persécution. Cela nous est arrivé de nombreuses fois à cause de notre foi dans le Christ Jésus. De nombreuses fois nous avons dû reprendre nos errances avec beaucoup d'enfants en bas âge, et beaucoup de malades. A cette époque-là par dessus tout nous nous sommes efforcés de rester ensemble. Comment pourrions-nous abandonner les faibles et les vieux alors qu'ils avaient tant de besoins ! Nous les avons soignés comme nous avons pu, et nous avons fait pour eux tout ce qu'il nous était possible de faire. Nous nous sommes occupés les uns des autres, comme il se doit pour des frères et soeurs. Cela en soi nous a permis de tenir ferme. Cela en soi nous a permis de grandir.
Beaucoup de personnes sincères sont venues vers nous, des hommes, des femmes et des jeunes, après avoir quitté leurs maisons, leurs grandes fermes et, avant tout, leur forte volonté-propre, et dans certains cas leur importante position sociale. Certains sont venus vers nous depuis d'autres Fraternités. Ils ont témoigné jusqu'à la mort de la vérité de la vie communautaire comme étant une absolue nécessité. On ne peut pas être surpris que devant de tels faits remarquables, il y ait eu beaucoup de mensonges et de médisance à notre sujet. C'était la même chose avec Christ et Ses apôtres. Et il demeurera ainsi jusqu'à la fin du monde.
Les biens privés deviennent les biens de l'Eglise
Établir la vie communautaire nécessite toute notre énergie. Et c'est tout simplement le but par excellence de Celui qui est notre Seigneur. Nous devons bien évaluer le coût avant de nous y engager !
Cela ne devrait pas arriver (comme ce fut le cas à de nombreuses occasions), que des personnes arrivent dans le feu de l'enthousiasme, désireux de participer, mais que leur volonté s'avère être insuffisamment stable, et ne les maintient pas pendant la totalité du chemin. A long terme elles trouvent cela trop difficile de se soumettre aux Ordres qui émanent nécessairement de l'Esprit de Christ. Tôt ou tard leur courage et leur zèle flanchent. Elles rompent leur alliance. Elles quittent le chemin. Elles se disputent et causent des ennuis. Les difficultés sont plus importantes chez celles qui se détournent après avoir remis leurs biens entre les mains de l'Église, avec des intentions qui initialement étaient bonnes. Et c'est alors qu'elles réclament qu'on leur rende. Elles veulent en retrouver la possession individuelle.
C'est pour cela que nous n'acceptons pas immédiatement de recevoir les biens d'une personne qui souhaite démarrer une vie de fraternité avec nous. Nous lui donnons le temps d'abord d'apprendre quelles sont nos convictions, quel est le message que nous proclamons, et de déterminer ce que notre façon de vivre et de travailler ensemble signifie pour lui. Au départ, nous mettons donc de côté tout ce qu'il apporte avec lui dans la communauté, pour pouvoir éventuellement lui rendre, ou pour pouvoir l'utiliser pour le bien commun par la suite. Si plus tard la vie communautaire ne lui convient plus, il peut reprendre son chemin. Alors nous sommes heureux de pouvoir lui rendre tout ce qui lui appartenait, jusqu'au dernier centime. Il est libre d'aller là où il trouvera les meilleurs opportunités pour lui-même.
Si toutefois après cette période de test il reconnaît la vérité, s'il a réellement expérimenté la vérité et demande de son propre gré le baptême, alors il intègre la vie communautaire. Tout ce qu'il avait apporté avec lui lui est remis. Que ce soit peu ou beaucoup, nous lui rendons tout. C'est alors qu'il peut le donner de son plein gré à l'Eglise, car c'est ainsi qu'il doit en être. Alors ces choses sont acceptées. Alors elles peuvent être mises au profit des pauvres et des nécessiteux. Elles seront utilisées là où il y a un besoin.
Mais si toutefois il arrive par la suite qu'il devienne infidèle, et qu'il réclame, en contradiction de son précédent engagement, qu'on lui rende ses affaires, nous ne pouvons rien lui rendre. Après tout, il n'a pas donné ses affaires à l'Eglise pour qu'on puisse plus tard les lui rendre ! Devant Dieu et en toute justice, nous ne lui devons rien. Nous avons traité avec lui comme nous venons de décrire. Ce qu'un homme abandonne le matin ne lui appartient plus l'après-midi. C'est pourquoi dès qu'une personne est reçue parmi nous, nous lui expliquons toutes ces choses à l'avance. Il est vrai qu'à notre époque cela n'est guère nécessaire. En effet, les gens sont si pauvres qu'à partir du premier jour c'est plutôt nous qui devons leur donner tout ce qui leur est nécessaire.
On nous critique énormément sur ce point. Bien que cette pratique soit valable devant Dieu, et exigé de tous les croyants, beaucoup de gens (même parmi les Frères Suisses) la condamnent. Ils n'arrivent pourtant qu'à présenter de faux arguments à son encontre. Au Jour du Seigneur, quand Son jugement sera manifesté, tous ceux qui aiment la propriété privée devront reconnaître cette vérité. Ils verront que c'est cet amour qui a étouffé la graine vivante dans leur coeur, et qui a fait qu'ils n'ont pas pu porter de fruit dans leur vie.
L'ordre et l'obéissance
La racine la plus profonde de cette épine nocive n'est certainement pas l'aspect externe et tangible de la propriété. Le fond du problème, c'est plutôt la volonté-propre et l'opiniâtreté qui sont ancrées dans le coeur obstiné, la volonté de l'ego, qui s'oppose à la volonté collective. Celui que nous acceptons dans notre vie communautaire doit être obéissant dans tous les aspects de sa vie. Ce n'est pas simplement une question de quitter ses biens. C'est bien plus profond: il doit, par l'obéissance, se subordonner à l'Église. Il doit accepter d'être utilisé par l'Église pour quelconque travail qui est considéré bon et utile. Si nous nous abandonnons d'abord à Christ en tant que Seigneur, nous nous soumettrons à la volonté de Dieu. Ainsi, nous nous donnons véritablement à l'Église et aux frères et soeurs. Ceci est confirmé par le Nouveau Testament. Cela signifie le vrai sacrifice, l'abandon de nos vies.
Christ le Seigneur n'en attendait pas moins de Ses apôtres et disciples. Il a exigé d'eux l'obéissance. Ils allaient partout où Il les envoyait, même au risque de leur vie. Il les envoyait comme des créatures sans défense parmi les bêtes de proie. Ils devaient être soumis et obéissants envers les hommes dans la mesure où ceux-ci recevaient de lui leur autorité. Celui qui écoute les apôtres écoute Jésus, et donc Dieu, de qui Jésus tient Sa mission. Les prophètes prédisent que de tous les coins du désert de ce monde, des hommes qui sont comme des bêtes sauvages deviendront capables de vivre ensemble en communauté, que les gens qui sont comme des loups deviendront comme des agneaux, et qu'un petit enfant sera capable de tous les conduire.
Pour que cela puisse avoir lieu, l'obéissance et un ordre bien défini doivent être établis. Sinon les gens ne peuvent pas vivre ensemble et être le peuple de Dieu. Donc les apôtres nous disent d'obéir à ceux qui ont l'autorité. Nous devons nous subordonner à eux parce qu'ils devront rendre compte de nos vies. Quiconque les méprise, méprise Dieu lui-même! Car il a mis Son Esprit en eux. Quand Moïse a appelé la compagnie de Korah, ils ont déclaré, « Nous ne viendrons pas. » Et cette désobéissance fut leur chute. L'apôtre Paul dit très fortement, « N'ayez aucun rapport avec celui qui ne veut pas obéir à nos paroles. »
De plus, les jeunes doivent se soumettre aux plus anciens. Et ce n'est pas tout. Nous devons chacun, oui, chacun, nous soumettre les uns aux autres. Ce qui est encore plus important, c'est la raison derrière ce commandement: Dieu s'oppose à ceux qui pensent hautement d'eux-mêmes; ceux qui sont conscients de leur propre petitesse et se nombrent parmi les débonnaires seront récompensés par Dieu. Dans l'Ancienne Alliance cette attitude a conduit aux dures paroles, « Quiconque se rebelle contre ton commandement et n'obéit pas à tes paroles, quand tu lui ordonnes quelque chose, sera mis à mort. » Tous les croyants doivent être amenés à la soumission joyeuse. C'est par cette soumission que nous brisons le Diable et notre volonté-propre. « Vous ne vous appartenez plus à vous-mêmes. » Personne ne s'appartient à lui-même. Il doit faire ce que lui indiquent les hommes que Dieu appelle. L'apôtre Paul s'attend à ce type d'obéissance même en son absence. Il dit que cette autorité lui vient de Dieu. A travers Paul, Dieu façonne les hommes de sorte à ce qu'ils veuillent et qu'ils fassent. C'est Dieu qui produit aussi bien le vouloir que le faire. L'obéissance et l'enthousiasme qu'engendre l'Esprit sont toujours nécessaires dans la Maison de Dieu. Chacun fait joyeusement et de plein gré ce qu'on lui demande de faire. Il déteste et se détourne de sa propre volonté.
L'obéissance prend la place des rituels et des sacrifices. La désobéissance c'est l'incrédulité, et c'est de là qu'elle prend son origine. La désobéissance, c'est de la sorcellerie démoniaque, rien d'autre que les fins égoïstes de la volonté de l'homme. Invoquer Dieu, avec les rituels qui l'accompagnent, ne fait que fortifier la volonté propre entêtée de l'homme, au point où la désobéissance devient l'idolâtrie et la sorcellerie de la pire espèce. C'est pourquoi, tout homme qui considère comme superflu, et ainsi répudie, le commandement d'obéissance donné par Dieu et par Christ, a de bonnes raisons de craindre le Jour du Jugement.
La discipline et la purification
Le lien de l'amour est maintenu pur et intact par le châtiment du Saint Esprit. Les gens qui sont sous le fardeau des vices qui se répandent et qui corrompent n'ont aucune part à cela. Cette communion harmonieuse exclut tous ceux qui ne partagent pas cet esprit unanime. L'homme par nature a une tendance au péché. Afin qu'un peuple de Dieu soit conservé pur, il est très nécessaire qu'un ordre et une discipline stricts soient imposées à bon escient. Le mal doit être écarté. Les péchés et les vices les plus grossiers doivent être publiquement démasqués devant tous les membres de la communauté. C'est la seule façon d'éveiller chez les gens le sentiment de honte en rapport avec les pires péchés et d'affiner leur conscience. Si un homme s'endurcit dans la rébellion, on ne peut éviter la mesure extrême que constitue la séparation. Sinon la communauté toute entière serait entraînée dans son péché et en deviendrait partisane. Si une malédiction repose sur une communauté, cette malédiction doit être ôtée. Sinon l'Esprit de Dieu ne peut être parmi nous, car Il ne partage pas Sa domination avec un autre esprit. L'Apôtre Paul nous dit donc, « Chassez le méchant du milieu de vous. »
L'Église ne doit pas négliger de respecter cet Ordre. La façon dont le monde administre la justice au travers de la peine de mort est totalement contraire à nous ; au lieu de cela nous utilisons la discipline de l'Église. Dans le cas des transgressions mineures, cette discipline consiste en une simple réprimande fraternelle. Si une personne a agi injustement envers une autre mais qu'elle n'a pas commis un péché grossier, une réprimande et un avertissement est suffisant. Mais si un frère ou une soeur résiste obstinément à la correction fraternelle et le conseil utile, alors ces choses pourtant relativement mineures doivent être amenées ouvertement devant l'Église. Si ce frère est prêt à écouter l'Église et à lui permettre de le remettre sur le droit chemin, alors il sera clair pour tous comment les choses doivent être réglées. Tout rentrera dans l'ordre. Mais s'il persiste dans son entêtement et refuse d'écouter même l'Église entière, alors il ne reste plus qu'une seule solution : couper les liens avec lui et l'exclure de la communauté. Il est préférable qu'une personne avec un coeur rempli de poison soit exclue, plutôt que l'Église se voit amenée dans la confusion et ne soit tâchée.
Le but ultime de cet ordre de discipline, toutefois, n'est pas l'exclusion mais le changement de coeur. Celui-ci n'est pas appliqué pour la ruine d'un frère, même lorsqu'il est tombé dans le péché flagrant, dans les péchés d'impureté salissants qui le rendent hautement coupable devant Dieu. Pour l'exemple et pour l'avertissement, la vérité doit dans ce cas être déclarée ouvertement et amenée à la lumière devant l'ensemble de l'Église. Même dans un tel cas, le frère doit s'attacher à son espoir et à sa foi. Il ne doit pas partir et tout abandonner, mais doit accepter et porter ce que l'Église lui impose. Il doit se repentir sincèrement, même si cela lui coûte beaucoup de larmes et de souffrance. Au moment opportun, lorsqu'il est repentant, ceux qui sont réunis dans l'Église prient pour lui, et le Ciel tout entier se réjouit avec eux. Après qu'il ait montré des signes d'une authentique repentance, il est reçu à nouveau avec joie au cours d'une réunion où l'Église entière est réunie. Ils intercèdent unanimement pour lui que ses péchés ne soient plus jamais remémorés mais qu'ils soient pardonnés et effacés à jamais. Christ a donné à Ses apôtres l'autorité et la puissance pour faire cela. Ce qu'ils lient est lié, et ce qu'ils délient est délié. Christ leur a donné Son souffle et a dit, « Recevez le Saint Esprit. Si vous pardonnez les péchés d'une personne, ceux-ci lui seront pardonnés ; si vous retenez les péchés d'une personne, ceux-ci lui seront retenus. » (Jean 20:22-23). Pour tous ceux qui abandonnent leur voie mauvaise, cela signifie une immense joie, une joie qui mène à la vie. Celui qui fait cette alliance avec nous, celui qui intègre notre vie communautaire, promet de prendre sur lui-même tout ce qui a été écrit ici. Il promet d'accepter la réprimande fraternelle et la discipline à n'importe quel moment. Il promet que pour sa part il utilisera également l'avertissement fraternel et la discipline envers les autres quand cela sera nécessaire(6).
Nos enfants
Pour toutes ces choses, la séparation d'avec le monde est absolument nécessaire. Cela s'applique particulièrement à l'éducation de nos enfants, qui nous concerne particulièrement car parce que c'est une question de grande importance. Nous devons constamment chercher à trouver les meilleures façons d'élever nos enfants. Ce qui est corrompu dans la nature humaine commence à se manifester très tôt dans l'enfance. Dans les toutes premières années, cette nature menace de se développer. Nous pouvons la comparer au fer qui a tendance à rouiller, ou à la terre qui par sa nature encourage les mauvaises herbes à pousser. Ce n'est qu'avec un travail constant et régulier que ces deux choses peuvent être maintenues nettes. C'est un fait que dès la jeune enfance les enfants aiment toutes sortes de mal. Ils ont en eux une volonté cupide et une tendance aux désirs égoïstes. Cela se fait d'autant ressentir lorsque les enfants ont devant leurs yeux quotidiennement des exemples mauvais et corrompant. A cause de leur instinct naturel d'imiter les autres, ils auront tendance à suivre ces mauvais exemples. Alors le désir de continuer d'imiter ce qu'ils voient grandit en eux jusqu'à ce qu'ils deviennent impuissants face à leurs mauvaises pratiques. Si alors nous essayons de combattre le mal, ils continueront à faire ce qu'ils veulent en cachette tant qu'ils seront exposés à de telles mauvaises influences.
En plus de cela beaucoup de parents sont par nature doux avec leurs propres enfants. Ils n'ont pas la force de se battre sérieusement contre ce qui est mauvais en eux. Il y a donc une double cause de rechercher la communauté chrétienne pour le bien des enfants, afin qu'ils puissent être clairement séparés du monde. La valeur d'une telle séparation est que l'on puisse empêcher aux enfants de tomber dans des voies perverses et d'attirer la honte sur leurs parents, qui sont par ailleurs des gens bons et honnêtes. Le fardeau de la disgrâce des enfants repose sur les épaules des parents, car c'est eux qui auraient dû élever leurs enfants correctement. Si les enfants tombent dans des voies mauvaises, dans l'orgueil ou l'arrogance, dans l'ivrognerie, dans la vie relâchée ou dans toute autre malice, tant que ces enfants seront en vie on dira que leurs parents ont élevé leurs enfants pour leur propre déshonneur et honte. Ils ont négligé la discipline. Cette mauvaise réputation suivra le père et la mère jusqu'à la tombe. Longtemps après qu'ils soient morts, les gens parleront toujours de leurs enfants mal élevés. Dieu Lui-même voit les choses de cette manière. Il a permis à la maison entière d'Eli d'être détruite parce qu'Eli, bien que sans faute devant Dieu dans sa vie personnelle, avait négligé la discipline de ses fils. Le plus grand fardeau est la destinée des enfants qui courent à leur ruine, car leur vie et leur sang sont sur nos têtes. La bonne éducation, telle que nous nous efforçons de pratiquer dans nos communautés, s'avère être tout à fait nécessaire.
L'éducation des jeunes est menacée par un autre danger, qui provient de la pauvreté. Beaucoup de ceux qui connaissent la bonne voie et qui essayent de la suivre mettent leur propre progéniture au service de gens qui n'ont pas la foi. Il arrive même que les enfants doivent travailler dans des tavernes ou dans des auberges. Les enfants constituent le plus grand et le plus précieux trésor, ce qu'il y a de meilleur et de plus noble de tout ce qui nous est confié. Nous devons les préserver avec un saint zèle. Au grand Jour du Seigneur nous devrons rendre compte de ce qui leur est survenu.
Cela s'applique également à ceux qui sont ambitieux pour leurs enfants. Ils les remettent entre les mains du monde pour qu'on leur apprenne les choses qui ont de l'importance dans le monde. Par conséquent, beaucoup de ces enfants finissent par se détourner de la foi de leurs parents. Le salut de ces enfants est pris tellement à la légère, on y accorde si peu d'importance, que ces jeunes gens sans défenses sont délivrés entre les mains de bêtes féroces. Ils sont quasiment poussés vers leur ruine. On les soumet aux pires et aux plus malsaines influences, ce qui doit tôt ou tard les mener à la perdition. Qui pourra justifier cela devant Dieu ? Les Saintes Écritures et la voix de notre conscience peut et doit nous protéger de cela. Menno Simons nous exhorte dans son livre Fondation : les parents qui vivent pour Dieu devraient plutôt voir leurs enfants brûler au bûcher ou tomber dans la pire mésaventure physique plutôt que de leurs permettre d'être éduqués dans l'éclat et l'orgueil du monde. S'ils sont attirés dans le monde ou qu'ils se marient dans le monde, ils tomberont sans aucun doute dans une bien pire situation que la pauvreté, la maladie, et même la mort ne peut amener. Tous les saints nous exhortent à se séparer du monde. Loin de nous de nous impliquer dans le monde ou de nous mélanger avec le monde. Nous confessons donc ouvertement que cette calamité doit être évitée avec la plus grande détermination. Que les hommes nous ridiculisent et médisent de nous tant qu'ils voudront ! Y a-t-il une chose qui doivent être prise plus au sérieux que le salut et la vie éternelle d'un homme ?
A la brillante lumière de l'ordre divin, cela constitue une tâche, une sérieuse faute, lorsqu'un mariage est autorisé entre un croyant et un incroyant. D'un tel mariage résultera nécessairement toutes sortes de maux, de tristesse, de douleur, de confusion, de désordre et d'apostasie. Un tel mariage est contraire au commandement explicite de Dieu. « Vous ne donnerez pas vos filles à leurs fils, et vous ne prendrez pas leurs filles pour vos fils. » « Si vous vous mariez parmi des peuples étrangers, vous tomberez dans la ruine. » Esdras a commandé à toutes les femmes étrangères, et à tous les enfants, fils et filles étrangers, d'être renvoyés.
Dans ce domaine, comme dans tous les autres, nous sommes trop rapides à proposer des excuses vides et hautaines. Sans aucun doute, un couple déjà marié ne devrait pas être séparé si les partenaires sont capables de vivre ensemble sans entraver leur foi. Mais l'Apôtre Paul n'a jamais dit qu'un croyant et un incroyant devraient se marier. De tels mariages mixtes ne mènent jamais au bonheur. Dieu les déteste toujours. C'est pourquoi, si les anciens parmi les chrétiens les permettent, leur Église ne pourra pas être pure et sans tâche. Christ n'a même pas permis à un homme d'aller enterrer son père et de dire au revoir à ses anciens compagnons. Combien moins aurait-il donc toléré une union impliquant des conséquences tellement graves ? Quel désordre ! Cela peut conduire, par exemple à ce que des héritages soient ôtés aux pauvres lors de la mort des parents. Les querelles concernant les héritages se terminent généralement au bénéfice de l'incroyant. Cela ne devrait pas se produire parmi nous. Personne ne devrait donner l'héritage de son père.
Cela montre que lorsque l'amour est trop faible, nous sommes menés dans une mauvaise direction ; alors il n'y a plus de communauté, plus d'ordre, et plus de véritable obéissance. Chacun fait comme il l'entend, en particulier par rapport à ses biens personnels. Cela nous rappelle le dicton : « Si tu glisses sur la première marche, tu tomberas dans tout l'escalier. »
En lisant les Saintes Écritures vous avez obtenu une claire conception du véritable baptême et de la Sainte Cène, du merveilleux don de la rédemption qui a été donné par le Seigneur Jésus Christ. Nous sommes tous unis par rapport à cela, comme on peut le lire dans le livre des Cinq Articles(7). La diffusion de l'Évangile est quelque chose que nous avons très à coeur. Avant la guerre et les temps difficiles qu'elle a amenées, nous consacrions beaucoup d'énergie dans les missions. Le commandement de Christ et la façon infatigable avec laquelle les apôtres l'ont mis en pratique nous a encouragé chaque année à envoyer des messagers aussi bien dans des terres proches qu'éloignées. Leur mission était de s'adresser à ceux qui étaient remplis de zèle ardent et de rassembler pour Dieu tous ceux qui Lui appartenaient. Le Seigneur Lui-même a envoyé Ses douze apôtres pour diffuser la vérité. Il a également envoyé les soixante-dix, toujours par groupes de deux personnes. Il y a beaucoup de travail à accomplir. La moisson est grande. Priez le Maître de la moisson d'envoyer Ses ouvriers. C'était le dernier commandement adressé à Ses apôtres qu'ils aillent vers l'extérieur. « Allez par tout le monde, et prêchez la bonne nouvelle à toute la création. Celui qui croira et qui sera baptisé sera sauvé, mais celui qui ne croira pas sera condamné. » (Marc 16:15-16).
Nous n'avons aucun doute quant à la base de notre foi. C'est dans notre conduite quotidienne que nous nous sentons très imparfaits. Mais dans ces choses également nous faisons tout notre possible pour atteindre le but. Notre coeur et notre intelligence sont totalement convaincus concernant le fondement et la vérité de la lumière de Dieu et notre perception de celle-ci. En toute humilité, nous sommes certains que ce que nous enseignons est le véritable contenu des Écritures, sa fondation-même, et Jésus Christ en est la pierre angulaire. Nous savons qu'aucun ne peut poser un autre fondement. Il n'y en a qu'un, et c'est Jésus Christ. Et quel que soit le nombre d'ennemis qui s'élèvent avec grande puissance, l'Agneau vaincra -- Babel tombra.
(1)Il faut souligner que l'abandon se fait à Jésus seul, et non pas à un homme.
(2)Le terme Gelassenheit n'a pas d'équivalent en français. Son sens comprend l'acceptation reconnaissante de tout ce que Dieu confère, y compris la souffrance et la mort, l'abandon de toute la volonté-propre, tout l'égoïsme, et de toute préoccupation concernant la propriété privée.
(3)Johann Arndt, 1555-1621, ecclésiastique Luthérien Allemand, auteur de plusieurs ouvrages de dévotion utilisés couramment parmi les Mennonites de l'époque.
(4)Menno Simons, 1496-1561, « Fondation de la Doctrine Chrétienne » (1539), pp. 105-226, Les Oeuvres Complètes de Menno Simons (Scottdale, PA: Herald Press, 1956).
(5)Les guerres religieuses du 16e et du 17e siècle, ainsi que la Guerre de Trente Ans (1618-1648)
(6)Les éditeurs ont pris la liberté de déplacer en fin de document une brève partie du texte concernant les missions qui se trouvaient à ce niveau dans le document original.
(7)Peter Walpot, 1519-1578. Das Grosse Artikelbuch (1577), pp. 59-317, Quellen zur Geschichte der Taüfer, XII; Glaubenzeugnisse obderdeutscher Taufgesinnter, II, ed. Robert Friedmann (Heidelberg : Gütersloher Verlagshaus Gerd Mohn, 1967).













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