
Le livre de Catherine Dupeyron, Chrétiens en Terre sainte. Disparition ou mutation ? fait honneur au métier de journaliste, à l’opposé d’un genre superficiel et répétitif auquel une certaine presse d’information nous a malheureusement habitués. L’auteur a beaucoup lu, enquêté, observé, visité, écouté, interrogé, comparé... Il en résulte un livre que sa richesse interdit de résumer.
Le titre même, « Chrétiens en Terre sainte », devrait alerter le lecteur attentif : il est impossible de parler des « chrétiens de Terre sainte » comme d’une catégorie homogène. Il y a des chrétiens « en » Terre sainte, et l’auteur nous fait découvrir un monde multiforme au sein duquel, en dehors de la foi chrétienne elle-même, il est bien difficile d’isoler un dénominateur commun. Chrétiens palestiniens, de moins en moins nombreux, protestants sionistes, juifs russes plus ou moins imprégnés d’orthodoxie, religieux de toutes confessions, chrétiens arabes d’Israël, qui sont peut-être l’avenir de l’Église dans cette région, catholiques de langue hébraïque... Au fil des pages, le lecteur découvrira aussi le labyrinthe des institutions, les rapports incroyablement complexes des hiérarchies et des juridictions, et le contenu pittoresque, et parfois tragi-comique, de l’expression de statu quo.
Un grand mérite du livre de Catherine Dupeyron est de replacer chaque élément de son dossier en perspective historique. Dans ce pays où il est impossible de comprendre le présent si on ne connaît pas le passé, il faut toujours remonter d’au moins un siècle et demi, et parfois beaucoup plus haut, pour saisir les racines des situations actuelles. L’auteur montre bien, en particulier, comment le sionisme moderne, dans les deux dernières décennies du XIXe siècle, avait été précédé de peu par une sorte de sionisme chrétien, où se mêlaient des espérances messianiques et les intérêts politiques des puissances européennes, à l’approche de la chute prévisible de l’empire ottoman ; et comment la naissance d’un État juif en Palestine a pris au dépourvu une opinion chrétienne qui, aujourd’hui encore, ne s’est pas complètement faite à cette idée. Même le lecteur qui habite depuis longtemps dans le pays, s’il n’est pas spécialiste, découvrira au fil de ces pages maints aspects d’une situation qu’il croyait connaître, et dont beaucoup sont loin d’être anecdotiques. On pense en particulier à ce qui est dit du monde russe israélien, ou de l’implantation protestante à partir de 1842, qui a inauguré le « retour » des chrétiens occidentaux en Terre sainte.
Bien qu’extérieure au christianisme, l’auteur a remarquablement compris le monde chrétien dans la variété de ses composantes et de ses nuances. Et si elle a délibérément évité d’alourdir son ouvrage, d’une lecture agréable, par les références à ses sources, sa documentation n’en n’est pas moins sérieuse.
À lire, sans hésitation.
Michel Remaud













del.icio.us it!
Blogmark it!
Scoop it!
Fuzz it!
Tape Moi!
AllActuer Ca!
Nuouz Ca!
Memes Ca! 


























