Chers amis éditeurs et diffuseurs de littérature évangélique,

Vous m'avez adressé récemment vos catalogues de nouveautés et, en les parcourant, plusieurs choses m'ont frappées: j'aimerais vous en entretenir maintenant. Comme ces catalogues ont été diffusés massivement, et que ce dont je vais vous parler est un sentiment qui, j'en suis convaincu, est partagé par plusieurs, je me permets de vous écrire une lettre "ouverte" qui sera publiée sur mon blog.

Les réflexions que je vais vous partager me sont venues lorsque j'ai reçu le bulletin "Livre actualité" d'automne 2007, édité par la Maison de la Bible, puis le catalogue Automne 2007 des éditions Vida.

Le premier bulletin présentait très exactement 27 livres pour adultes, et 2 nouvelles éditions de la Bible. J'ai relevé la liste des auteurs présents dans ce catalogue à destination des francophones: Bill Hybels, John Piper, Max Lucado, Rick Warren Lee Strobel, James Smith, CJ Mahaney, Greg Laurie, James O'Donell, Mark A. Gabriel, Neil Anderson, bref, tous des auteurs américains, ou anglo-saxon. Notons également un ouvrage de la hollandaise Anneke Companjen et, noyés parmi tous ces ouvrages étrangers, 2 auteurs français: Daniel Arnold et R.F. Doulière, cantonnés dans l'exégèse de Marc pour l'un et de Jacques pour l'autre.

Comprenez-moi bien. Je ne suis pas de ceux que la culture anglo-saxonne rebute, et qui haïssent l'Amérique. Je lui suis au contraire infiniment reconnaissant. Comme tout le monde, je mâche du chewing-gum et porte des jeans, des t-shirts, des slips, des pull-overs, des baskets ou des tennis. En tant que chrétien, j'aime compter les bienfaits de Dieu via l'Amérique.

Mais ce qui m'a intrigué, c'est l'extrême rareté des titres écrits par des français ou, au moins, des francophones: 25 livres sur 27 étaient des traductions d'ouvrages anglo-saxons.

Quand au catalogue des éditions Vida, il propose 54 ouvrages, en nouveautés ou en réédition, dont un seul écrit par un français, Eugène Edoir.

Faut-il en conclure que nous, français, sommes indignes de voir les récits de nos missionnaires publiés? Où sont les ouvrages d'exhortation rédigés par nos compatriotes? Sont-ils inintéressants? Avons-nous conditionné le public à aller en priorité vers les auteurs étrangers, plus exotiques, en sorte que nous aurions étouffé le "marché" des auteurs francophones? Pire encore, n'existe-t-il pas de ministère d'édification francophone digne d'être publié ou de figurer en tête des catalogues de nouveautés?

Ne m'opposez pas, amis éditeurs ou diffuseurs de littérature évangélique, un hasard du calendrier des parutions pour justifier cette disparité, que dis-je, cette ségrégation d'auteurs français, belges, suisses, africains, nord-africains, bref, FRANCOPHONES ! Car ce constat que je fais aujourd'hui est récurrent et pourrait être renouvelé en épluchant vos précédents catalogues.

Et permettez-moi pour terminer de vous partager mes doutes sur la qualité de cette littérature, dont je fus longtemps friand, essentiellement au début de ma conversion: elle couvre surtout les questions dites du "développement personnel". N'y a-t-il pas là le signe d'un dévoiement, d'un glissement de la littérature évangélique vers du "prêt à prier", une tentative de formatage "sauce américaine" d'une foi évangélique qui, en France, est pourtant très spécifique? Je dirais même plus, ce déni de culture locale, cette pensée uniformisée depuis le monde anglo-saxon, ne risquerait-elle pas de pousser vos lecteurs à chercher dans "les manuels" ce qu'ils n'iraient plus puiser dans "l'Emmanuel"?

Je demande donc à Jean-Luc Cosnard, président des éditions Vida, mais aussi ex-président de l'Association des Libraires et Editeurs Evangeliques Protestants Francophones (ALEPEF) et depuis sa nomination cet été en Floride, membre du conseil d'administration de Christian Trade International, de rechercher et d'encourager les auteurs francophones, pour leur assurer une présence au moins équivalente à celle des anglo-saxons dans son catalogue.

Je demande aux éditeurs de la Maison de la Bible de veiller, eux aussi, à faire une plus large place aux écrivains évangéliques francophones: ils existent, sachez les découvrir, les encourager et les publier !

J'encourage enfin tous les écrivains et les enseignants de la Bible en francophonie à adresser leurs manuscrits à ces éditeurs afin d'augmenter la visibilité des francophones dans les prochains catalogues et d'endiguer cette pénurie flagrante, qui laisse apparaître le monde évangélique en France comme un "marché" en friche, proie facile pour les commerçants anglo-saxons de l'évangile, au détriment des auteurs locaux.