Thomas Grove, Istanbul, 11 octobre 2007

Le premier ministre turc Tayyip Erdogan peut solliciter le parlement à autoriser une incursion militaire dans le nord de l’Irak pour combattre les rebelles kurdes basés dans la région.

M. Erdogan est sous pression après les attaques des rebelles qui ont tué 15 soldats turcs depuis dimanche, mais les analystes politiques considèrent une opération majeure hors de la frontière turque hautement improbable.

« Une demande de l’approbation d’une opération en dehors de notre frontière peut être faite au parlement demain », a déclaré mercredi M. Erdogan. « Après le ramadan (ce week-end), nous pensons obtenir l’autorisation pour une année. »

Une incursion de grande envergure pourrait générer la tension avec les Etats-Unis et l’Union Européenne à laquelle la Turquie aspire et peut compromettre la stabilité régionale. La Russie plaide pour la retenue. Washington, qui dépend des bases en Turquie pour soutenir l’effort de guerre en Irak, a également fait savoir qu’il serait contre une incursion.

« Nous ne pensons pas qu’il serait avisé pour les troupes d’entrer en Irak via la Turquie en ce moment », dit la porte-parole de la Maison Blanche Dana Perino aux reporters.

« Nous avons dit que nous voudrions travailler avec le gouvernement turc et avec les Irakiens … afin d’éradiquer le problème terroriste dans le nord de l’Irak. »

A Washington, le comité des affaires étrangères du Congrès a approuvé une résolution pour qualifier de génocide les massacres des Arméniens durant la Première Guerre mondiale, malgré les avertissements de la Maison Blanche qu’une telle décision portera préjudice aux relations avec la Turquie.

« Cette résolution n’est pas la bonne réponse à ces massacres historiques et son adoption nuira fortement à nos relations avec un allié clé au sein de l’OTAN et dans la lutte contre le terrorisme », précise George W. Bush.

Le président turc Abdullah Gul a jugé la résolution « inacceptable ».

« Malheureusement, certains politiciens américains se sont fermé les oreilles aux appels à la raison et ont, une fois de plus, sacrifié les grands problèmes aux petits jeux de la politique intérieure » selon M. Gul, propos rapportés par l’agence de presse d’état Anatolian.

Peu probable

Le parlement, où le parti AK (centre droite) de M. Erdogan dispose d’une large majorité, devrait accorder la permission à l’armée de franchir la frontière en Irak. Mais le vote en soi ne signifie pas automatiquement le passage à l’acte.

Un ministre turc confie qu’une intervention en Irak ne semble pas être imminente.

« Nous ne voulons pas aller en Irak… Ce qui se passe dans le nord de l’Irak n’est dans notre intérêt à présent. Nous luttons contre les militants sur le sol turc », selon M. Ertugrul Gunay, ministre de la culture qui a accordé un interview à Reuters au Salon du Livre de Francfort.

Ankara reproche aux rebelles membres du PKK (le Parti Travailliste du Kurdistan, illégal selon la Turquie) la mort de plus de 30 000 personnes depuis le début des luttes armées pour un Kurdistan indépendant dans le Sud-Est de la Turquie en 1984.

Les incursions turques dans le nord irakien en 1995 et 1997 menées par 35 000 et 50 000 soldats respectivement n’ont pas réussi à déloger les rebelles.

L’armée turque, la seconde de l’OTAN, a lancé une nouvelle offensive mercredi contre le PKK dans la province de Tunceli, à l’est du pays.

L’Irak et la Turquie ont récemment signé un accord anti-terrorime mais Bagdad a refusé d’accéder à la demande de la Turquie de poursuivre les rebelles au-delà de ses frontières en cas de nécessité.

Ankara est conscient que Bagdad n’a aucun pouvoir dans le nord irakien, principalement peuplé par des Kurdes, dont l’administration autonome n’a cessé de rejeter les demandes de la Turquie de mettre un terme au PKK.

Après l’approbation du comité des affaires étrangères, la résolution 27-21 sera débattue au Congrès où les leaders démocrates envisagent un vote mi novembre. Il y aura également une consultation au Sénat mais les deux mesures sont strictement symboliques et ne requièrent pas la signature du président.

Le sous secrétaire d’Etat Nicholas Burns fait part de la déception de l’administration Bush au sujet de ce vote mais espère que la Turquie « un de nos plus précieux et importants alliés dans le monde » ne rétorquera pas par des actions concrètes.

La secrétaire d’Etat Condoleezza Rice doit appeler son homologue turc jeudi matin.

La Turquie considère la résolution comme une insulte et rejette la position arménienne, soutenue par nombre d’historiens en Occident, qu’environ 1.5 million d’Arméniens furent victimes du génocide aux mains des Turcs ottomans durant la Première Guerre mondiale. Elle a menacé le Congrès que le vote aurait des conséquences négatives sur la relation entre les deux pays.