L'Église regarde passer le train

Peu importe la forme qu’elle prend, la musique métal serait mal perçue par la religion chrétienne, selon des experts.

«En règle générale, la musique rock est perçue négativement par les chrétiens», explique le théologien à l’Université de Montréal Jean-Guy Nadeau.

Le professeur est un spécialiste du rapport entre la musique rock et la religion, consacrant une partie de ses travaux à l’œuvre de groupes punk comme Bad Religion.

«Pendant un concert métal ou rock, nous sommes dans un monde de passion qui pourrait nous faire perdre la raison et le contrôle de l’esprit sur le corps, selon l’Église», explique-t-il. «Mais les prêtres ont d’autres chats fouetter, alors c’est plutôt rare qu’ils aillent ouvertement se prononcer contre la musique métal, qu’elle soit chrétienne ou non.»

Pour sa part, Mario Bard, animateur Radio Ville-Marie, une station animée par l’oratoire Saint-Joseph, explique qu’aucune tendance chrétienne n’est particulièrement friande de la musique rock en général.

«Dans les années 1970, le prêtre Jean- Paul Régimbald a même lancé une campagne contre le heavy metal en dénonçant ses tendances suicidaires», dit-il. «Mais aujourd’hui, beaucoup de jeunes ont tendance à percevoir cette musique comme un instrument de leur foi parce qu’ils y mettent une tendance chrétienne. Il n’y a pas de grande campagne contre cette musique, les autorités préfèrent regarder aller les choses pour voir comment elles évoluent.»

CRITIQUER L’ÉGLISE

Jean-Guy Nadeau rappelle que l’avènement du métal chrétien n’est pas le premier exemple où un art critiqué par l’Église devient le porteur de son message.

«Dans certaines périodes du Moyen-Âge, le théâtre était critiqué par les religieux, mais il y avait pourtant du théâtre liturgique devant les marches des églises», illustre-t-il.

Et comment des jeunes qui adhèrent aux principes de la chrétienté peuvent-ils s’associer à une musique si violente? «Une institution veut toujours contrôler les échanges entre l’entité divine et le croyant, dit le théologien. Or, ces jeunes semblent voir Dieu comme leur seul patron, alors ils ne se gênent pas pour critiquer et poser des questions sur leur Église.»

L’Assemblée des évêques catholiques du Québec n’a pas de position officielle sur le métal chrétien.