A la différence des élucubrations et des vaticinations les plus fantaisistes qui se donnent libre cours dans les médias écrits et dans la blogosphère, à propos de l'opération secrète récente de Tsahal en Syrie, Charles Krauthammer, fidèle à lui-même, nous gratifie d'une analyse sobre et d'hypothèses vraisemblables, non sur ce que fut ou ne fut pas l'opération de l'armée de l'air israélienne, mais sur la menace, qu'elle visait probablement à tester, par Syrie interposée. Et cette menace, elle, est bien réelle et ne fait plus de secret pour personne. Elle est incarnée par le parano-mystique président de cette nation, qui aspire passionnément à doter son pays du feu nucléaire pour imposer au monde son idéologie de malade mental. Un 'remake' de Hitler, en quelque sorte, sauf que, si personne ne parvient à arrêter ce führer-là , c'est une grande partie du monde qui risque de subir une catastrophe militaire, humanitaire, et écologique, de dimensions apocalyptiques. (Menahem Macina).
Adaptation française de Sentinelle 5768 © revue et corrigée par M. Macina pour upjf.org
Le 6 septembre, quelque chose d'important s’est produit dans le nord de la Syrie. Le problème est que personne ne sait exactement quoi. A l'exception du petit nombre de ceux qui sont impliqués dans l’événement, et qui ne le disent pas.
Nous savons qu’Israël a procédé à une frappe aérienne. Comment savons-nous que c'était important ? Parce que, en Israël, où laisser filtrer des informations est une forme d'art, même les mieux informés n'ont aucun indice. Ils me disent qu'ils n'ont jamais vu un secret aussi bien gardé.
Ce qui suggère que, quoi qu'il se soit produit près de Dayr az Zawr, ce n'était pas une intrusion accidentelle dans l'espace aérien syrien, ni un exercice d’attaque contre l'Iran, ni une frappe sur quelque cible conventionnelle, par exemple, une base des Gardes de la Révolution iranienne, ou une cargaison d'armes, destinée au Hezbollah au Liban.
Des preuves indirectes indiquent qu’il s’agissait d’une attaque contre une installation nucléaire fournie par la Corée du Nord.
Trois jours auparavant, un cargo battant pavillon nord-coréen a accosté dans le port syrien de la ville de Tartous, avec un chargement de "ciment". Un long trajet pour du ciment ! Peu de jours après, un haut fonctionnaire du Département d'Etat a prévenu qu’"il pourrait y avoir eu des contacts entre la Syrie et certains fournisseurs secrets d'équipements nucléaires". Trois jours plus tard, la réunion à six concernant le démantèlement des installations de la Corée du Nord, programmée pour le 19 septembre a été soudain retardée, officiellement par la Chine, et très certainement à la requête de la Corée du Nord.
A l'exception des suspects habituels - la Syrie, l'Iran, la Libye et la Russie - seuls deux pays ont exprimé de fortes protestations contre la frappe israélienne : la Turquie et la Corée du Nord. Pour la Turquie, on peut comprendre. Son armée peut avoir autorisé Israël à utiliser un corridor de survol, sans en avoir soufflé mot au gouvernement civil islamiste. Mais la Corée du Nord ? En quoi cela la concerne-t-il ? A moins que ce ne soit l'installation nord-coréenne qui a été frappée.
Ce qui provoque des inquiétudes pour plusieurs raisons. D'abord cela ébranlerait tout le processus de désarmement nord-coréen. Pyongyang pourrait bien vendre son matériel à d'autres Etats-voyous, ou peut-être le dissimuler temporairement à l'étranger, en autorisant ostensiblement le retour des inspections sur son sol.
Ensuite, il y a des implications menaçantes pour le Moyen-Orient. La Syrie a depuis longtemps des armes chimiques - lundi dernier 17 sept., l'hebdomadaire Jane’s Defense a fait état d’un accident qui a tué des dizaines de Syriens et d'Iraniens en train d’adapter une ogive balistique de gaz neurotoxique sur un missile syrien -, mais Israël ne tolérera pas une Syrie nucléaire.
Les tensions sont déjà extrêmement élevées du fait de la course effrénée de l’Iran pour accéder au nucléaire. En agitant la menace de représailles et d’une possible action militaire, le président Mahmoud Ahmadinejad a opté pour une campagne radicalement agressive visant à rassembler, déployer, montrer ostensiblement et activer partiellement les intermédiaires de l'Iran dans le Moyen-Orient arabe.
1) Le Hamas tire, à partir de la bande de Gaza, des roquettes sur les villes et les villages israéliens situés de l’autre côté de la frontière. Son intention est de s’attirer une réplique israélienne, de préférence, une attaque terrestre sanglante et télégénique.
2) Le Hezbollah lourdement réarmé de roquettes iraniennes, acheminées à travers la Syrie, se prépare au prochain round de combat avec Israël. La troisième guerre du Liban, désormais inévitable, n’attend que l'ordre de Téhéran.
3) La Syrie, seul Etat-client arabe de l'Iran, masse ses forces de l'autre côté de la frontière des Hauteurs du Golan entre Israël et la Syrie. Et, mercredi dernier, un autre membre anti-syrien du Parlement libanais a été assassiné dans un énorme attentat à la voiture piégée.
4) La force al-Qouds des Gardiens de la Révolution iranienne forme et équipe des milices extrémistes shiites à l'utilisation des 'dispositifs explosifs improvisés' IED les plus meurtriers et de la technologie balistique contre les troupes américaines et irakiennes. L'Iran aide de la même façon les Taliban à attaquer les forces de l'OTAN en Afghanistan.
Pourquoi l'Iran fait-il cela ? Parce qu'il a les yeux fixés sur une seule récompense : la bombe. Il a besoin d'un peu plus de temps, sachant qu’une fois nucléarisé, il sera la superpuissance régionale et aura l'hégémonie sur le Golfe persique.
Les atouts de l'Iran à Gaza, au Liban, en Syrie et en Irak sont fin prêts. Le message d'Ahmadinejad est le suivant : si qui que ce soit ose attaquer nos installations nucléaires, nous ferons entrer en action tous nos intermédiaires, infligeant des dégâts sans limites à Israël, aux Arabes modérés, à l'Irak et aux intérêts des USA - outre des mesures conventionnelles telles que le minage du Détroit d'Ormuz, ainsi que le déclenchement d'une crise pétrolière aiguë et d'une récession mondiale.
C'est une partie aux enjeux extrêmement élevés. Le délai est mince. Il est probable qu’Ahmadinejad aura la bombe d’ici moins de deux ans.
Le monde n'est certainement pas prêt à s’y résoudre. Le nouveau Président français a qualifié d’"inacceptable" un Iran nucléaire. Le Ministre français des Affaires Etrangères a prévenu : "il est nécessaire de se préparer au pire", et "le pire, c'est la guerre, monsieur".
Ce qui rend encore plus urgent que des sanctions puissantes frappent le régime iranien. Des sanctions n'arrêteront pas Ahmadinejad. Mais il y en a d'autres, parmi l'élite iranienne, qui pourraient l'arrêter, ainsi que le programme nucléaire, avant que le volcan n'explose. Ces élites rivales peuvent bien être radicales, mais elles ne sont pas suicidaires. Et elles croient, avec raison, que quels que soient les dommages que la folie apocalyptique d'Ahmadinejad pourrait infliger à la région et au monde, au 'Croisé' comme au Juif, à l’infidèle comme au croyant, le seul résultat certain d'une telle éruption sera l’ensevelissement de la République Islamique d'Iran sous les cendres.
Charles Krauthammer













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