De cet article, je retiendrai deux choses : - « Nous sommes vraiment uniques » comme l'a écrit David dans son Psaume 139 il y a bien des siècles "Je te loue de ce que j’ai été soigneusement et merveilleusement créé". Psaume 139.14 - « les conséquences psychologiques de cette médecine prédictive » : toujours la peur du lendemain et sans espérances
Craig Venter, un des pionniers de la génomique, décrypte et publie l'intégralité de son génome. Cette première devrait dans quelques années être ouverte à d'autres.
CRAIG VENTER, le célèbre généticien américain a sans doute du souci à se faire pour l'avenir. Dans la revue scientifique internationale PLoS Biology datée d'octobre 2007, il révèle l'intégralité du séquençage de son propre génome qui affiche notamment une petite prédisposition à l'infarctus aigu du myocarde et aux cancers de la peau. Cette révélation n'a dû en réalité l'affecter que très modérément puisqu'il sait, en bon généticien, que la prédisposition génétique seule ne vaut rien, sans la prise en compte de l'environnement.
En revanche, il peut tirer une fierté légitime de cette publication dans PLoS, puisque c'est la première fois que le génome d'un individu est totalement décrit. En 2001, la première carte génétique humaine était publiée, mais il s'agissait d'un patchwork de plusieurs personnes et non pas d'une seule. À l'époque, d'ailleurs, deux cartes avaient été publiées, celle obtenue grâce à un consortium international de chercheurs bénéficiant d'un financement public et celle de Craig Venter et de sa firme Celera ne disposant que de fonds privés.
« L'individu dont le génome est décrit est né le 14 octobre 1946. Il a donné son consentement pour que son ADN soit analysé, séquencé, écrit et publié dans sa totalité », peut-on lire dans l'introduction de ce travail démarré en 2003 et qui dévoile donc dans sa nudité génétique complète son propre auteur Craig Venter, même si personne - pas même les chercheurs ayant effectué ces analyses - n'est encore capable de comprendre le sens de toutes les séquences d'ADN qui sont décrites.
En réalité, James Watson, le découvreur de la double hélice d'ADN et Prix Nobel de médecine âgé aujourd'hui de 79 ans, s'est lui aussi prêté au séquençage de son génome. Il a reçu lors d'une cérémonie en mai 2007, un DVD décrivant ses propres séquences génétiques, mais sans publication.
Le séquençage du génome d'un individu consiste, à partir d'une goutte de sang, à décrire toutes les séquences de son ADN porté par les 23 chromosomes qui lui viennent de son père et les 23 qui lui viennent de sa mère. « C'est un travail très intéressant et l'homme séquencé a de surcroît une personnalité très sympathique et intéressante, assure le généticien Daniel Cohen. Cela nous permet d'obtenir un certain nombre d'informations inédites concernant le génome humain et notamment cela nous montre que nous avions sous-estimé la diversité génétique humaine. »
« Nous sommes vraiment uniques »
Ainsi Craig Venter et ses 30 collaborateurs ont pu constater que sur les 4,1 millions de variations entre les deux jeux de chromosomes, 3,2 millions sont des variations d'une seule lettre (ou base) tandis que près d'un million sont des variations génétiques portant sur des blocs bien plus larges de génome. « Avec cette publication, nous avons montré que les variations d'un humain à l'autre sont sept fois plus importantes que les estimations antérieures, soutient Craig Venter. Nous sommes vraiment uniques au plan génétique. »
Quel est l'intérêt au final d'un tel travail ? « D'abord, répond Daniel Cohen, quand on disposera de l'intégralité du génome pour 1 000 personnes par exemple, il sera bien plus facile d'analyser toutes les prédispositions génétiques d'un certain nombre de maladies multifactorielles. » Pour le professeur Jean Weissenbach, directeur général du Génoscope à Évry, la connaissance du génome individuel à long terme pourrait permettre par exemple d'adapter la thérapeutique à chaque type génétique...
Pour l'instant, le décryptage de ce génome est une oeuvre de longue haleine qui a duré plusieurs années et coûté plusieurs millions de dollars. Craig Venter a travaillé notamment grâce à la fondation X Prize qui a promis 10 millions de dollars au premier scientifique capable de séquencer le génome d'une personne pour 1 000 dollars ou moins.
Car en filigrane de la performance de Craig Venter, c'est tout un nouveau pan de la connaissance génétique individuelle qui est en ligne de mire. Actuellement, il faut des centaines de calculateurs pour déchiffrer un code génétique humain complet. Dans cinq, dix ou quinze ans, les techniques vont se simplifier. Tout un chacun pourra alors avoir une disquette contenant son génome, comme il connaît aujourd'hui avec la plus grande facilité son groupe sanguin.
L'intérêt d'analyser son génome est d'abord de découvrir ses propres prédispositions à un certain nombre de pathologies. Avec deux limites cependant. D'une part, le sens de l'immense majorité des gènes qui nous composent nous échappe encore complètement. D'autre part, le gène seul n'a en général rien de déterminant (sauf pour les maladies monogéniques), puisqu'une majorité d'affections sont dues à des interactions entre le gène et l'environnement.
On ne peut également négliger toute la réflexion qui va s'imposer sur les conséquences psychologiques de cette médecine prédictive qui s'amorce.













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