Aujourd’hui, la famille traditionnelle, (père, mère, enfant) doit cohabiter avec d’autres modèles : la famille monoparentale, la famille recomposée, l’union libre... Pourtant, quel que soit son visage, elle garde une place de tête au hit-parade des attentes de beaucoup d’entre nous. Schématiquement, dans notre société post-moderne, on constate que le mariage n’est plus le modèle dominant ; les jeunes se marient moins et plus tard (ce qui accroît les proportions de célibataires et de co-habitants de longue durée) ; les couples divorcent plus et de plus en plus tôt.

Dans notre pays, plus d’un mariage sur trois se terminent par un divorce. En 2002, 40.434 mariages furent célébrés et 30.628 divorces furent prononcés. Cependant, nombreux sont ceux qui espèrent en la pérennité de l’amour. Les enfants vivent de moins en moins avec des parents mariés et de plus en plus dans des familles de co-habitants, des familles monoparentales 1 et des familles recomposées. Le nombre de personnes vivant seules gagne du terrain. Avec les chiffres fournis par l’INS, il est impossible de calculer le nombre de familles recomposées. Mais en France, dès 1990, il est avéré qu’1 mariage sur 3 est un remariage donnant naissance à une famille recomposée. Malgré la rupture entre la famille actuelle et celle d’hier, le modèle de vie conjugale persiste. Certains expliquent cette durée par les fonctions que la famille continue à jouer.

Les fonctions principales remplies par la famille

Si les fonctions économiques, de production et patrimoniales sont en régression, les fonctions sociales, elles, sont en hausse : la socialisation, l’apprentissage et la transmission des normes, des règles de comportement et des valeurs 2. La famille apparaît comme le lieu de l’embellissement du quotidien. Elle doit garantir les satisfactions individuelles, l’épanouissement individuel, la connaissance de soi et la reconnaissance 3, avec le risque de devenir un nid si confortable qu’il est presque impossible de le quitter pour certains jeunes adultes. À l’inverse, lorsque ces besoins ne sont plus satisfaits, les conjoints prennent plus facilement la décision de se séparer.

Dans une famille, des liens se tissent entre cousins, tantes, grands-oncles qui participent à une fonction de parentalité auprès des enfants. Toute étude sur la famille devrait également tenir compte de la place tenue par des grands-parents, qui vivent de plus en plus vieux. Selon le congrès mondial de la population, 5 générations pourraient se côtoyer en 2050 4, ce qui pose la question de l’établissement et du maintien du dialogue intergénérationnel. La famille transmet les valeurs par l’éducation que les parents dispensent ou qu’ils délèguent parfois aux grands-parents : je pense à cette grand-mère conduisant ses petits-enfants à l’École du Dimanche.

Nouvelle répartition des rôles parentaux

Sous l’action des nombreuses mutations que notre société a vécues (urbanisation, sécularisation, industrialisation, féminisme, contraception efficace), une nouvelle répartition des tâches s’amorce entre le père et la mère dans l’optique de l’égalisation de leurs droits. Le non-respect de ces droits et la répartition inégale des tâches constitue d’ailleurs certains des motifs à la base des demandes féminines de divorce 5. D’autre part, les pères refusent de plus en plus d’être tenus à l’écart de l’éducation et des soins à prodiguer aux enfants ; ce qui est parfois impossible car 5 ans après une séparation ou un divorce, un enfant sur quatre né de cette union rompue, perd tout contact avec son père. Dans le même temps, on constate une augmentation du nombre d’hommes amenés à jouer le rôle paternel auprès d’enfants de leur nouvelle compagne.

Il ne faudrait pas négliger non plus l’impact des nouvelles technologies de reproduction, l’adoption internationale et la possibilité de devenir parents qui serait accordée aux couples homosexuels. Comment garantir, dans ces cas, le respect des droits de l’enfant ?

Les nouveaux modèles familiaux émergeant provoqueront de nombreuses discussions sur la notion de filiation et de transmission du nom, de l’héritage matériel mais aussi affectif et spirituel. Quelle parole d’accompagnement nos communautés et l’Église sont-elles prêtes à prononcer ?

1 En Belgique, 4.402.307 ménages privés dont 2.759.733 noyaux familiaux avec ou sans enfants (2004). Pères avec enfants non mariés : 160.864 soit 5,8% - Mères avec enfants non mariés : 430.502 soit 15,6%.

2 Le respect et la tolérance sont des valeurs prioritaires apprises dans la famille pour des personnes âgées de 15 ans et plus, selon une enquête “Ifop” réalisée pour l’Union nationale des Associations familiales et Bayard presse en France en 2000).

3 de Singly, Sociologie de la famille contemporaine, Nathan, Paris 1993 ; le Soi, le couple et la famille, idem, 1996.

4 Congrès International de la population, Tours - France, juillet 2005

5 Dans 56% des cas, ce sont les femmes qui ont initié le divorce en Belgique, en 2002.