
Après vingt-sept ans de services, Dominique Roulin quitte ses fonctions de pasteure à l’Eglise protestante genevoise (EPG) à la fin du mois. Elle rejoint la Communauté d’Emmaüs, où elle dirigera la Halte pour femmes. Elle explique ici son désaccord théologique avec l’institution, survenu suite à la fermeture en 2005 du Ministère sida qu’elle a crée quatorze ans auparavant. En son temps, la décision de l’EPG avait suscité une vive polémique.
Pourquoi avez-vous démissionné?
Ce n’est ni l’argent, ni un ras-le-bol ou encore le fait de ne pas être assez sur le devant de la scène, comme le disent certains, qui motivent ce départ. Pasteure, c’est ce que j’ai voulu faire et être. Marquée par la théologie de la libération, j’avais la conviction de pouvoir produire des effets sur le cours des choses en m’engageant. Quand le Ministère sida a fermé, je pensais partir. Mais je suis restée jusqu’à ce que je réalise que l’EPG ne correspondait plus à ma théologie.
De quelle nature est le reproche théologique que vous adressez à l’Eglise?
Une réflexion théologique en regard de ce qui est dit et ce qui se fait. Une structure n’est rien si elle n’est pas affiliée à une réflexion de fond. Or, le débat fait cruellement défaut au sein de l’EPG. De plus, la nourriture spirituelle apportée aux gens ne me correspond plus. L’Eglise existe pour aider les gens à faire leur choix et non pas pour les faire à leur place. Elle n’a pas à s’opposer à la contraception par exemple. Actuellement, je sens venir un courant évangélique proche de celui des Etats-Unis avec le créationnisme, ce qui produit un effet désagréable sur moi.
C’est-à-dire?
Mes prédications sont devenues sèches; je ne savaisplus quoi dire au nom de l’Eglise. C’est cette impression de vide qui a engendré une réflexion sur ma place au sein de l’institution. J’espère que mon départ suscitera quelques questions.
Il y a donc un lien entre votre démission et la fermeture du Ministère sida?
C’est en tout cas la suite logique. J’ai peut-être eu de la peine à vivre la transition. Mais il me semble que par le passé l’EPG a su s’engager plus qu’elle ne le fait actuellement. Le Ministère sida n’était peut-être pas théologiquement prioritaire et je peux le concevoir. Mais d’autres choix auraient dû être faits.













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