Jimmy Carter, prix Nobel de la paix en 2002

NDLR: Tiré du mensuel de l'Eglise Mennonite de France, Christ Seul, n°968, Juillet 2007.

par Pierre de Mareuil, pasteur de l'église évangélique baptiste de Compiègne

En règle générale, on ne connaît des évangéliques d'Outre-Atlantique que les positions concernant l'avortement, l'homosexualité ou le soutien à leur gouvernement actuel.

Sur la question de la torture, depuis que le sujet était revenu sur le devant de la scène médiatique, je n'avais pas trouvé de déclaration claire de leur part. Je me disais donc qu'ils devaient, en gros, suivre l'opinion publique qui, il faut bien l'avouer, là-bas comme ici, est peu sensible à cette question... Aussi tremblais-je en lisant sous la plume d'un journaliste de la Convention Baptiste du Sud (SBC)1, lui-même se référant à un éminent professeur d'éthique de la même convention, que si la torture était bien condamnable, on ne pouvait exclure qu'elle soit nécessaire dans certaines conditions exceptionnelles. Son intention était de prendre le contre-pied d'une récente déclaration intitulée « An Evangelical Déclaration Against Torture »2 (Déclaration évangélique contre la torture).

Cette déclaration, signée de 26 personnalités et théologiens du monde évangélique nord-américain, dont les responsables de la National Association of Evangelicals (NAE - principale organisation pan-évangélique aux États-Unis), présente une position très argumentée contre la torture (quelles que soient les circonstances) dans l'esprit de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme et de la Convention de Genève. L'argumentaire, dans la plus stricte théologie évangélique, est un plaidoyer destiné en particulier au gouvernement nord-américain actuel, d'avec lequel cette Déclaration n'hésite pas à prendre ses distances.

Les évangéliques nord-américains sortent donc de leur silence ! L'aile progressiste (représentée en particulier par le mouvement Sojourners3 ou par l'ancien président

Jimmy Carter) s'était depuis longtemps déjà distanciée de la politique américaine en matière de torture. Mais la nouveauté, c'est qu'une partie de l'aile droite des évangéliques américains s'exprime sur ce sujet4.

Certains reprochent à la NAE cette ouverture. Tous, dans cette aile à la droite de la droite, ne défendent pas pour autant la pratique de la torture5, mais ils sont pour le moins réticents à critiquer le gouvernement qu'ils ont largement contribué à mettre en place.

Il y a encore du chemin à parcourir... Mais, alors qu'il semble que le mouvement général va malheureusement dans le sens d'une relativisation de l'interdiction de la torture, on ne peut que se réjouir de trouver de nouvelles voix qui s'ajoutent au combat contre la torture. Leur argumentation peut, de plus, certainement nous inspirer.

NOTES
1. ERIN ROACH « NAE TORTURE DECLARATION 'IRRATIONAL' », WWW.BPNEW5.NET, 15 MARS 2007
2. DÉCLARATION CONSULTABLE À L'ADRESSE SUIVANTE WWW.EVANGELICALSFORHUMANRIGHTS.ORG
3. S0J0.NET
4. CLASSIFICATION DES MILIEUX EVANGELIQUES NORD-AMÉRICAINS CITÉS.
- SBC (SOUTHERN BAPTIST CONVENTION) : TRÈS CONSERVATRICE ET À TENDANCE FONDAMENTALISTE. EN MATIÈRE D'ÉTHIQUE ET DE POLITIQUE, ELLE SE SOUCIE PRINCIPALEMENT (VOIRE EXCLUSIVEMENT) DES QUESTIONS LIÉES À LA FAMILLE, L'HOMOSEXUALITÉ ET L'AVORTEMENT.
- NAE (NATIONAL ASSOCIATION 0F EVANGELICALS) : CONSERVATRICE, MAIS PAS FORCÉMENT FONDAMENTALISTE. ELLE EST SENSBILE AUX MÊMES QUESTIONS QUE LA SBC, MAIS A ELARGI DEPUIS QUELQUES MOIS SES PRÉOCCUPATIONS AUX PROBLÈMES ENVIRONNEMENTAUX ET À LA TORTURE. CES OUVERTURES SONT COMBATTUES PAR LA « DROITE EVANGELIQUE » STRICTE QUI LUI REPROCHE D'ÉLOIGNER LES ÉVANGÉLIQUES DE LEURS COMBATS PRIMORDIAUX (AVORTEMENT, HOMOSEXUALITÉ).
- SOJOURNERS : MOUVEMENT ÉVANGÉLIQUE RÉSOLUMENT PROGRESSISTE QUI SOULIGNE PLUS VOLONTIERS LES QUESTIONS LIÉES À LA PAUVRETÉ, AU RACISME, À LA GUERRE ET À SES CONSÉQUENCES (NOTAMMENT LA TORTURE).
5. VOIR A CE SUJET LES ARTICLES DU SITE WWW. EVANGELICALOUTPOST.COM/TORTURE/