
Pourquoi l'enthousiasme du début s'est-il refroidi au point que nous soyons si fatigués?
Nous vivons une époque de famine spirituelle. La nourriture spirituelle n'est pas toujours disponible là où nous pensons en trouver. Ceux qui ont faim spirituellement sont obligés d'aller chercher ce dont ils ont besoin, là où ils le peuvent.
La plupart d'entre eux n'ont, au commencement, aucune connaissance des Ecritures. Ils n'ont qu'un désir brûlant de connaître Dieu. Ils sont tout étonnés de voir ce qui pousse dans les « pâturages » des librairies chrétiennes, ainsi que l'interminable provision de « concombres » que l'on peut trouver sur les « montagnes » des émissions de radios et télévisions chrétiennes.
A la recherche de nourriture spirituelle, ils n'étudient pas, ou si peu, ce qui est dit ou la façon dont les Ecritures sont interprétées. Pour peu que l'orateur ou l'écrivain cite le nom de Jésus ou utilise la Bible comme base de référence, son message est accepté.
Personne ne remarque que, bien souvent, les orateurs se contredisent entre eux ! Comme au temps de la famine, on saisit tout ce qui ressemble à de la nourriture spirituelle. Si l'orateur est né de nouveau et rempli de l'Esprit, alors tout ce qu'il dit doit forcément être bien. Si le livre se vend dans une librairie chrétienne, alors il doit être de Dieu ! Beaucoup de prédicateurs trouvent l'étude de la Bible difficile, et ont parfois bien du mal à préparer une prédication contenant de la nourriture spirituelle. Ils sont constamment à la recherche de tout ce qu'ils peuvent trouver pour satisfaire au besoin de nourriture de leurs fidèles. Le dimanche, ils arrivent avec leur message, et c'est exactement comme s'ils leur apportaient une brassée de coloquintes !
Les auditeurs ne remarquent pas que les paroles prononcées vont leur nuire. Pourquoi le feraient-ils ? Le pasteur a toute leur confiance et ils présument, à juste titre, qu'il va appliquer à lui-même ce qu'il enseigne.
Lors d'une mission dans une ville du Connecticut, nous avons demandé au garagiste du coin de nous indiquer le meilleur restaurant de la ville. Nous avions faim et voulions manger avant la réunion. Il nous conseilla « La Cuisine de Joe ». En temps normal, je n'aurais jamais mangé en un tel endroit, mais nous avions faim et pas beaucoup de temps. La nuit qui suivit ce repas, je ressentis de violentes douleurs intestinales et, le matin, j'étais bien trop faible pour me lever.
Nous sommes souvent retournés dans cette ville, mais je préférerais mourir de faim plutôt que de passer le seuil de « La Cuisine de Joe » ! Je m'étais rendu compte que la responsable de mes malaises et de mon extrême faiblesse était la nourriture que j'avais mangée.
Lorsque les gens sont malades et épuisés spirituellement, nous devons tout d'abord nous enquérir de leur régime spirituel. Généralement, la mort provient du pot dans lequel ils mangent, de la nourriture qui est généralement préparée par un pasteur ou un évangéliste sincère qui, lui-même, mange de cette même nourriture. Ils s'effondreront ensemble.
Les problèmes dans l'Eglise d'aujourd'hui ne proviennent pas principalement d'un manque de prière, d'étude biblique, de foi ou de consécration. Notre problème se trouve être bien plus profond. Quelque chose nous a rendus si faibles que nous n'avons pas envie de prier ou de lire la Bible, quelque chose nous a vidés de tout enthousiasme pour les choses de Dieu.
Qu'est-ce qui transforme la pratique de la foi en une telle lutte alors qu'elle devrait être la porte ouverte sur le repos éternel de Dieu ? Pourquoi notre consécration si enthousiaste du début s'est-elle refroidie au point que nous soyons si fatigués ? Pourquoi tant de croyants se sont-ils lassés de lire leur Bible ? Pourquoi nos grandes déclarations de victoire nous font-elles défaut au moment où nous en avons le plus grand besoin ? Les croyants s'effondrent et abandonnent, épuisés à cause de la nourriture spirituelle qu'ils ont mangée. La mort est dans le pot !
C'est un fait incontestable que la bonne nouvelle de Jésus-Christ n'épuise pas et ne peut pas épuiser spirituellement la personne qui croit. L'Evangile est appelé «... toutes les paroles de cette vie » (Actes 5:20), «... les paroles de la vie éternelle » (Jean 6:68) qui nous assurent que nous sommes «... passés de la mort à la vie » (1 Jean 3:14). Il nous apporte « ... la paix de Dieu, qui surpasse toute intelligence » (Philippiens 4:7), «... une joie ineffable et glorieuse » (1 Pierre 1:8) et nous donne « l'amour de Dieu ... répandu dans nos cœurs par le Saint-Esprit» (Romains 5:5). Ce ne sont pas là , assurément, des expressions qui conviennent pour décrire une personne effondrée, cynique, faible et épuisée.
Le croyant est tenté, et parfois il tombera. Il connaîtra des moments de ténèbres qui ne peuvent se comparer qu'à la vallée de l'ombre de la mort. Il arrive même qu'il se trouve acculé au désespoir et puisse avoir envie de tout abandonner, mais il ne le fait pas ! Paul décrivit ainsi sa vie de croyant : « ... Nous frôlons la mort, mais nous voici bien vivants. Nous avons été blessés, mais gardés de la mort. Notre cœur est affligé, mais en même temps nous avons la joie du Seigneur » (2 Corinthiens 6:9-10, Le Livre). Le croyant ne « meurt » pas, grâce à la révélation de Dieu qu'il a en Christ et que nous révèle l'Evangile.
Tant qu'une personne vit par les vérités contenues dans l'Evangile, elle ne peut pas connaître l'épuisement ! Celle qui tombe épuisée le fait parce qu'elle croit un Evangile déformé (qui alors n'en est plus un !) ou bien parce qu'elle a oublié l'essence de l'Evangile et a ainsi été détournée de la bonne voie.
Cela étant, on peut dire que la meilleure chose qui puisse arriver à une telle personne est de tomber épuisée sur le bord du chemin de la vie. Si ce en quoi elle croit n'est pas la vérité, alors il vaut mieux qu'elle se rende compte au plus vite que l'objet de sa foi est incapable de lui procurer la vie et la santé spirituelles.
Si l'on étudie le ministère de Jésus, il est important de constater que, s'il enseignait la vérité, Il n'hésitait jamais à attaquer l'erreur à chaque occasion qui se présentait. Comme ils en mouraient, Il est venu pour délivrer les gens de ce en quoi ils avaient cru.
Très tôt dans Son ministère, Jésus annonça ce qu'il était venu faire sur cette terre : « L'Esprit du Seigneur est sur moi, Parce qu'il m'a oint pour annoncer une bonne nouvelle aux pauvres ; Il m'a envoyé pour guérir ceux qui ont le cœur brisé, Pour proclamer aux captifs la délivrance, Et aux aveugles le recouvrement de la vue, Pour renvoyer libres les opprimés, Pour publier une année de grâce du Seigneur. » (Luc 4:18-19).
Ces déclarations sont généralement inteprétées comme signifiant qu'il est venu pour délivrer l'humanité des résultats de la chute, du péché, de la maladie et de l'asservissement aux puissances des ténèbres. Son ministère a mis en œuvre ces déclarations; Sa mort, Sa résurrection et Son ascension ont brisé la puissance de tout ce qui asservissait l'humanité.
On ne tient pas compte du fait qu'en mettant à exécution cette proclamation, Il avait également l'intention de délivrer les gens d'un certain système de croyance... En vérité Jésus livra une guerre constante contre le système de croyance auquel restait attachée la secte religieuse des pharisiens.
Il est important de noter que Jésus ne mena jamais de campagne contre les prostituées, ni contre les voleurs, les ivrognes ou les collecteurs d'impôts (la version israélite des criminels). En fait, Il en fit même parfois Ses amis. Son ministère tout entier fut une croisade contre l'enseignement des pharisiens.
La religion est l'expression suprême de la peur d'un Dieu vengeur.
Qu'était donc ce système de croyance pour provoquer les paroles les plus fortes et les plus coléreuses de Jésus ? Les pharisiens exhortaient les gens à se faire agréer par Dieu grâce à leurs bonnes œuvres. C'est ce message-là qui est au cœur de toute religion et qui laisse les gens épuisés par leurs efforts à se faire accepter de Dieu.
Le Petit Robert définit ainsi le mot religion : « de religio, attention scrupuleuse, vénération ; de relegere, recueillir, ramasser ; ou de religare, relier. Ensemble d'actes rituels liés à la conception d'un domaine sacré distinct du profane, et destinés à mettre l'âme humaine en rapport avec Dieu. Reconnaissance par l'homme d'un pouvoir ou d'un principe supérieur duquel dépend sa destinée et à qui obéissance et respect sont dus. Attitude intellectuelle et morale qui résulte de cette croyance, en conformité avec un modèle social, et qui peut constituer une règle de vie. »
La religion consiste à se plier aux règles qui gouvernent la conduite, les rites et les formules au travers desquels on s'approche de Dieu. Elle demande au fidèle l'exercice de sa volonté pour arriver à une obéissance totale à ses préceptes. La raison pour laquelle on se plie à ces règles et à ces rites est que l'on veut plaire à Dieu, pour être agréé par lui.
La religion commença au jardin d'Eden, à la chute de l'homme. Le premier geste de l'homme déchu fut de fuir la présence de Dieu et de se cacher au milieu des arbres du jardin. A partir de cet instant, l'homme qui n'est pas en Christ craint Dieu. Il exprime cette crainte dans l'athéisme, qui est en fait l'espoir qu'il n'existe pas, et dans le matérialisme, qui consiste à se cacher de lui parmi les choses matérielles de la vie dans l'espoir qu'il s'en ira !
La religion est l'expression suprême de cette même crainte. Elle voit Dieu comme étant en colère contre l'humanité et elle recherche des moyens de L'apaiser et de retenir Son attention. Toute religion est en fait le résultat des spéculations de l'esprit déchu de l'homme. Ce dernier recherche la signification de la vie, ses origines et son but et, selon chaque religion qu'il s'invente, ce que doit être le caractère de la divinité, et ce que l'on doit faire pour se voir accepté d'elle.
II est intéressant de noter que la base de toutes les religions du monde est identique. Elles imaginent Dieu comme un être lointain et hostile et comme Celui qui impose des lois qui permettent de s'approcher de lui. Ces lois, généralement sous la forme d'un livre, sont confiées à la garde d'une élite qui les interprète pour les adorateurs. Dans toute religion, quelle qu'elle soit, l'homme aspire à se dépasser afin de plaire au Dieu dont il a peur.
Les Grecs ont défini l'amour humain par le mot éros, qui en français exprime l'idée : « Je désire pour moi-même ce qu'il y a de plus élevé, de meilleur et de plus beau. » Eros est la matrice où ont pris naissance tous les efforts de l'homme pour s'élever jusqu'à Dieu. Toutes les règles et tous les rites qui, croit-il, plairont à Dieu commencent là . Eros est aussi le fondement de ce que l'homme croit être la nature de Dieu.
Eros est l'émotion la plus élevée et la plus belle de l'homme, cherchant toujours le meilleur, l'élevant constamment vers ce qu'il y a de plus sublime. Il est tout à fait naturel que, lorsque l'esprit de l'homme déchu tente de définir Dieu, il dise : « Dieu est l'éros suprême. »
De là , il ne faut qu'un pas pour affirmer alors que Dieu ne désire attirer à lui que les gens les plus beaux, ce qu'il y a de mieux dans l'humanité, ceux qui ont atteint le plan de vie le plus élevé possible à un être humain.
La religion est mal à l'aise devant la simplicité.
La religion est comparable à une échelle qui garantirait que Dieu va nous accepter, dans la mesure où l'on a pu parvenir à grimper jusqu'à son plus haut barreau. Elle affirme détenir la révélation du chemin qui permet d'accéder au sommet de la perfection et à la familiarité avec Dieu.
Ce système de croyance encourage l'orgueil. Celui qui grimpe à l'échelle croit détenir les seules règles qui, en fin de compte, plaisent à Dieu. Ainsi, il regarde les autres comme ayant moins de valeur que lui-même. Il lui semble également être de son devoir de détruire tous ceux qui ne connaissent pas ces règles, ou les refusent lorsqu'il veut les leur donner. Eros est à la base de toute guerre de religion, soit sur les champs de bataille, soit dans les salles de théologie. Eros s'enferme souvent dans un cercle excluant tous ceux qui ne se sont pas engagés à observer les règles révélées.
La façon dont les pharisiens comprenaient la religion était la plus néfaste d'entre toutes à cause de sa subtilité. A son origine, le mouvement était fondé sur la Parole de Dieu, ce qui, vu ses objectifs, paraissait difficile à prendre en défaut.
Les pharisiens s'étaient consacrés à garder la Loi de Moïse, appelée la Torah (les cinq premiers livres de la Bible), rédigée en langue hébraïque. Leur serment dédicatoire s'appelait « prendre le joug de la Torah ». A partir de ce jour, ils s'estimaient mis à part pour servir Dieu et vivre les uns pour les autres. Ils se constituaient en un cercle fermé dans lequel n'était admise que la personne pieuse, un cercle qui les séparait du monde des pécheurs du dehors.
A vrai dire, les exigences de la Loi étaient fort simples. On pouvait les résumer en l'amour pour Dieu et pour son prochain. Cependant la religion est mal à l'aise devant la simplicité. Au lieu de se demander comment observer la Loi de Dieu, ils se demandèrent : « Comment ne pas l'enfreindre ?» La question étant ainsi posée, elle suscita toutes sortes de débats et incita les pharisiens à se donner des lois dont l'observance devait empêcher l'homme d'enfreindre la Loi de Dieu.
Ces lois, faites par l'homme, s'appelaient des « garde-fous », c'est-à -dire que, tels des garde-fous, disposés autour de la Loi de Dieu, elles devaient empêcher les fidèles d'en approcher et ainsi de l'enfreindre. Ils ne se rendirent pas compte que, s'ils avaient uniquement recherché l'amour, ils auraient pu garder toute la Loi et bien plus. Au lieu de cela, ils se sont embourbés dans un marécage de règles sans fin et sans signification. Ces « garde-fous » couvraient chaque domaine de la vie. Il y avait des règles sur la façon de s'habiller, sur ce que l'on pouvait boire et manger, les endroits où l'on pouvait ou ne pouvait pas aller, ce que l'on pouvait ou plutôt ce que l'on ne pouvait pas faire le jour du sabbat, les gens que l'on ne devait pas fréquenter et des centaines de petits rites qu'on devait observer en mangeant, priant ou jeûnant.
Ils rappelaient sans cesse ces lois à l'Israélite laïque qui se sentait coupable de ne pas vivre selon le modèle de sainteté que les pharisiens avaient proclamé être la vérité définitive. Le mal de ce système ne résidait pas en ce que la loi interdisait ou ordonnait (bien que pour la majeure partie, il ne s'agissait que de choses futiles et absurdes), mais plutôt dans sa racine eros.
Les pharisiens observaient ces règles pour que Dieu les accepte ; le niveau de leur obéissance à la Loi indiquait leur place sur l'échelle qu'ils gravissaient laborieusement dans l'espoir d'atteindre Dieu. Cependant aussi louable que puisse être le but, on ne peut atteindre Dieu par l'observance de lois et de rites. Ce fut à cette forme de religion que Jésus adressa Ses paroles les plus sévères. Lorsqu'il vit ce que ce système de croyance faisait aux hommes, Il fut ému de compassion. « En voyant les foules, il était bouleversé : une profonde pitié s'emparait de lui, car elles étaient comme des brebis abandonnées n'ayant pas de bergers, déprimées, harassées et abattues. » (Matthieu 9:36, Parole Vivante).
A ces brebis, fatiguées et épuisées par les fardeaux que la religion faisait sans cesse peser sur eux, Jésus dit : « Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et chargés, et je vous donnerai du repos. Prenez mon joug sur vous et recevez mes instructions, car je suis doux et humble de cœur ; et VOUS TROUVEREZ DU REPOS POUR VOS AMES. Car mon joug est doux, et mon fardeau léger. » (Matthieu 11:28-30).
Le mot « fatigué » signifie « épuisé après avoir travaillé jusqu'au bout de ses forces ». Aujourd'hui, vu le contexte dans lequel parlait Jésus, nous pourrions le traduire par « effondré spirituellement, démuni de toute force spirituelle, épuisé par ses vains efforts pour plaire à Dieu ». Ces gens étaient accablés, chargés de toutes les règles et les formules que la religion leur avait imposées.
Jésus les exhorta à venir à lui et, ce faisant, Il jetait un défi à la religion. Il employa l'expression : « Prenez mon joug sur vous... » (v.29). Cette phrase reprenait les termes du serment de fidélité à la religion et à toutes ses lois.
Parlant de lui-même, Il disait qu'il était la nouvelle Torah, la nouvelle Loi qui est non pas une liste de commandements, mais une Personne vivante dont le joug procure le repos. La version Parole Vivante traduit ce verset par : « Ainsi votre vie trouvera son épanouissement dans le repos. »
Ainsi la religion provoquait l'épuisement spirituel. Jésus promit que venir à lui apporterait la détente, les vacances, une vie dans laquelle on se sentirait sans cesse reposé, rafraîchi et renouvelé dans sa relation avec lui.
L'épuisement spirituel ne peut se produire que quand on a mal compris le message de l'Evangile, ou quand on l'a mal appliqué dans sa vie ou son ministère. Un croyant, lorsqu'il est épuisé spirituellement, présente les symptômes d'un problème beaucoup plus profond.
(Tiré du livre de Malcolm Smith L'épuisement spirituel, édition Vida)













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