NDLR : La philosophe Sylviane Agacinski, citée au 6e paragraphe, est l'épouse de M. Jospin dont la position sur l'homoparentalité a évolué depuis son discours de 2004, en vue d'avoir ses chances aux primaires du Parti socialiste.

Ils étaient 400 000 - 700 000 selon les organisateurs - à défiler, le 30 juin, pour une nouvelle édition de la Marche des fiertés, avec un mot d´ordre : "Égalité, ne transigeons pas". Mariage homosexuel, statut des beaux-parents, adoption, ils veulent tout. Avec raison, puisque depuis la création de la première Marche des fiertés, en 1991, leurs revendications ont largement avancé dans la société, la Gay Pride s´avérant un « puissant levier pour obtenir des avancées en faveur des droits des personnes lesbiennes, gaies, bi et trans ».

Pour preuve, l´évolution rapide des politiques sur ces sujets. « Il est très important de se rappeler qu´un enfant se construit mieux avec une référence maternelle et paternelle. En tout état de cause, je suis opposé, pour le moment, à des évolutions législatives sur le sujet. » C´était le 11 novembre 2001. L´auteur de ces propos tenus dans le quotidien la Croix n´est autre que François Bayrou. Depuis, le président du MoDem s´est largement dédit, se déclarant désormais favorable à l´ouverture de la procédure d´adoption simple aux couples homosexuels, au motif que « 300 000 enfants sont déjà élevés par des homosexuels ».

Le cas Bayrou est symptomatique de la force de persuasion du lobby gay et de la pénétration des revendications homosexuelles dans la société, puisqu´il va jusqu´à reproduire sans nuance, pour justifier l´évolution de sa pensée, un argument numérique des plus contestables avancé notamment par l´Association des parents gays et lesbiens (APGL) - alors que l´Institut national d´études démographiques estime, avec une extrême prudence, que le nombre d´enfants vivant dans un couple homosexuel avoisine les 30 000 (entre 24 000 et 40 000). Ce qui fait tout de même 270 000 de moins, ou dix fois moins !

Les revendications "homoparentales" reposent sur un malentendu.

Certes, ces chiffres, sur lesquels se fonde le gouvernement pour envisager d´accéder à certaines revendications homosexuelles, ont tôt fait d´être tenus pour vrais, dès lors qu´ils ne sont pas contestés. C´est d´ailleurs l´une des grandes forces du lobby homosexuel que d´être parvenu à s´imposer dans le débat politico-médiatique sans qu´aucun contradicteur ne puisse se faire entendre dans un univers de plus en plus largement verrouillé par l´intelligentsia "gayfriendly". Christian Vanneste, député du Nord, en sait quelque chose... En 1999, n´affirmait-on pas que 5 millions de personnes attendaient le Pacs, qui s´avéra n´en concerner que 30 000 en moyenne par an. Et encore, comme le remarquait dans le Monde du 6 septembre 2006 Patrick Festy, démographe à l´Ined : « En 2004, 15 à 20 % des 40 000 pactes civils de solidarité concernaient des couples de même sexe », soit environ 6 000 pactes.

Ces chiffres que défendent les associations homosexuelles, quoique fantaisistes, constituent pourtant leurs principaux arguments... Si bien qu´en quelques années, le mariage et l´adoption d´enfants par deux personnes du même sexe sont devenus une priorité dans le débat public et un standard du conformisme politique.

Ce qui se joue derrière ces revendications homoparentales repose pourtant sur un malentendu. Comme l´expliquait récemment la philosophe Sylviane Agacinski, « la revendication du "mariage homosexuel" ou de l´"homoparentalité" n´a pu se formuler qu´à partir de la construction ou de la fiction de sujets de droit qui n´ont jamais existé : les "hétérosexuels". C´est en posant comme une donnée réelle cette classe illusoire de sujets que la question de l´égalité des droits entre "homosexuels et hétérosexuels" a pu se poser. Il s´agit cependant d´une fiction, car ce n´est pas la sexualité des individus qui a jamais fondé le mariage, ni la parenté, mais d´abord le sexe, c´est-à-dire la distinction anthropologique des hommes et des femmes » (le Monde du 21 juin 2007).

Plus encore, les couples homosexuels ne peuvent avoir un droit à l´adoption pour la simple raison qu´il n´existe pas de droit à l´enfant, pas plus chez les homosexuels que chez les hétérosexuels. L´enfant n´est pas un objet de droit, il est sujet de droit. « Considérer une personne humaine comme un objet de droit, c´est le mettre au rang de l´esclave », rappelait Thierry Boutet dans la revue Liberté politique.

C´est pourquoi, dans l´intérêt supérieur de l´enfant s´est constituée une entente parlementaire pour le droit fondamental de l´enfant d´être accueilli et de s´épanouir dans une famille composée d´un père et d´une mère. Comme le souligne son fondateur, Jean-Marc Nesme, député UMP de Saône-et-Loire, « sous prétexte de lutter contre une discrimination, il ne serait pas acceptable d´en créer une autre entre les enfants. Il serait, en effet, établi par la loi que certains enfants pourraient grandir sur le socle de la relation à deux parents - homme-femme - père-mère - et que d´autres seraient privés de cet atout, privés de ce lien fondamental reposant sur la lisibilité de leur filiation et sur le modèle de l´altérité. En tout état de cause, le principe de précaution, inscrit dans notre Constitution, s´impose. »

Lionel Jospin, dans une tribune au Journal du dimanche, le 16 mai 2004, ne disait déjà pas autre chose : « Dans la discussion qui s´amorce, j´entends parler de désirs, de refus des discriminations, de droit à l´enfant alors que l´on devrait mettre en avant le droit de l´enfant. »

D´où les efforts constants des associations homosexuelles pour démontrer à grands renforts d´études "scientifiques" qu´un enfant peut s´épanouir au sein d´un couple homosexuel. Mais là encore, ces études sont à manier avec précaution. Nous sommes parvenus à nous procurer le Guide bibliographique de l´homoparentalité, édité par l´APGL, qui recense près d´un millier d´études sur le sujet. Dans un souci d´objectivité qui ne trompera personne, l´ouvrage intègre « quelques rares études négatives ». Magnifique d´honnêteté scientifique !

Or, la quasi-totalité des enquêtes réalisées sur l´évolution des enfants élevés par des couples homosexuels ne démontrent rien. Presque toutes manquent de la plus élémentaire rigueur scientifique nécessaire pour atteindre des conclusions d´un degré de validité acceptable : échantillonnage restreint (de 11 à 38 questionnaires par enquête !) ; le plus souvent membres d´associations gays militantes ; dans la plupart des cas, seuls les parents parlent au nom de leurs enfants.

Ces études consistent à interroger deux ou trois dizaines d´homosexuels militants vivant en couple sur le comportement des enfants dont ils ont la garde et à poser les mêmes questions à un groupe de contrôle (hétérosexuel), en l´occurrence des parents divorcés. L´une d´elle cite le chiffre de 24 pères gays et "non gays", choisis pour ces derniers dans des clubs de rencontre ! Résultat : les enfants vivant dans un couple homosexuel sont réputés n´avoir pas plus de difficultés de comportement ou d´adaptation dans les deux groupes.

À la vue de ces protocoles douteux, la pédopsychiatre Caroline Eliacheff n´avait pas hésité à dénoncer en 2001 dans la revue Esprit l´instrumentalisation de l´enfant à laquelle une telle démarche pourrait donner lieu. « Enfant à qui l´on fait porter la responsabilité de valider les choix sexuels des parents en "allant bien". Quand on sait qu´un médecin ne peut délivrer un certificat d´aptitude au sport sans avoir examiné l´enfant s´il ne l´a pas fait, cela s´appelle un certificat de complaisance, on s´étonne de la liberté que prennent les chercheurs américains de dire quoi que ce soit à propos d´enfants qu´ils n´ont jamais vus. »

Une mise au point salutaire quand on sait que plus de 40 % de ces enfants bénéficient d´un suivi psychologique, comme l´ont démontré en Espagne Monica Fontana, Patricia Martinez et Pablo Romeu dans leur rapport sur le développement de l´enfant au sein de couples de même sexe intitulé Ce n´est pas pareil. Faible estime de soi, stress, trouble d´identité sexuelle, à ces troubles s´ajoutent une plus forte dépendance aux drogues, des dysfonctionnements dans la conduite alimentaire, des mauvais résultats scolaires et des comportements souvent problématiques en classe.

Alors reste la manipulation émotionnelle. « Ne vaut-il pas mieux qu´un enfant vive dans un couple homo que dans un orphelinat ? » Une fois encore, la réponse de la société doit être non, parce qu´il existe beaucoup de couples "hétérosexués" qui souhaitent adopter un enfant et qui n´en trouvent pas ; parce que la question n´est pas de savoir si des homosexuels peuvent être de bons éducateurs, mais si cet homme peut être père et cette femme mère de cet enfant ; parce qu´un enfant a le droit de pouvoir dire : « Je suis le fils ou la fille, adoptif ou non, de cet homme qui a désiré ma mère et de cette femme qui a désiré mon père. » Un homme ne peut être une mère, et une femme un père. Prétendre cela à un enfant, c´est lui faire violence, en l´instrumentalisant pour satisfaire des fantasmes d´adultes. Ce n´est pas le droit des homosexuels qu´il faut satisfaire, mais c´est le droit de l´enfant qu´il faut protéger.

Raphaël Stainville