03-07-2007 Cécile Peltier
Départ de 100 journalistes à Libération et limogeage de son directeur historique Serge July, il y a un an; éviction de Jean-Marie Colombani du directoire du Monde, il y a un mois; grève aux Echos pour protester contre le rachat du titre par le PDG de LVMH (Louis Vuitton Moët Hennessy), Bernard Arnault... La presse quotidienne nationale payante traverse une crise aigüe.
Frappée par la concurrence des gratuits et d'Internet, les quotidiens nationaux voient leur lectorat s'effriter et les recettes publicitaires fondre.
De moins en moins de lecteurs En 2006, deux titres seulement ont vu leur diffusion progresser, explique l'OJD, l'organisme qui contrôle les ventes de journaux. Le Parisien/Aujourd’hui en France a vendu 11 000 exemplaires de plus et L’Equipe près de 10 000 exemplaires par jour. Pourtant, impossible de parler de vraie croissance.
Après trois années de baisse consécutive, Le Parisien a opéré une légère remontée depuis 2002. Quant au quotidien sportif, sa diffusion actuelle reste inférieure aux chiffres de 2004.
Des quotidiens isolés Cette conjoncture rend les quotidiens nationaux fragiles en raison d'une spécificité du modèle français. A part les Echos ou l’Equipe, les quotidiens nationaux sont isolés. «Partout ailleurs les journaux appartiennent à de grands groupes de presse sur lesquels ils s'appuient pour se développer», regrette Patrick Eveno, maître de conférences à l'université Paris I et historien des médias.
C'est le cas d'El Pais en Espagne (groupe Prisa), de Bild ou die Welt en Allemagne (groupe Axel Springer) ou du Sun ou du Times, en Angleterre (groupe Murdoch).
Les journalistes français, hostiles aux concentrations et à l'actionnariat capitaliste au sens large ont depuis toujours ou presque refusé l'investissement de tels groupes, estime le chercheur.
Résultat : privés de capitaux, moins efficaces en matière de marketing que leurs homologues étrangers, écrasés par des coûts de production trop élevés, les quotidiens nationaux restent des proies faciles pour les industriels, désireux d'investir dans les médias: l’avionneur Dassault a pris le contrôle du Figaro en 2004, le groupe Lagardère a un vaste pôle de médias à côté de son pôle aéronautique. Le quotidien économique La Tribune appartient au géant du luxe Bernard Arnault, qui souhaite aujourd'hui le troquer pour Les Echos. Enfin, Libération a été repris par le banquier Edouard de Rothschild.
Une presse sous influence? Ces rachats posent des problèmes d’indépendance de la presse vis-à -vis des milieux politiques, dit Bernard Poulet, rédacteur en chef à l’Expansion et auteur du livre 'Le Pouvoir du Monde': «Les quotidiens sont la propriété d'industriels très liés aux marchés d’Etat, qui s’en servent comme des instruments d’influence.»
Le cas Arnault est en l'exemple le plus récent. Les 250 journalistes des Echos craignent de perdre leur indépendance éditoriale avec la reprise de leur titre par ce grand patron, proche de Nicolas Sarkozy... Les salariés de la Tribune, l'autre quotidien économique détenu par Arnault, redoutent quant à eux la cession de leur titre en cas de reprise des Echos. Dans les deux cas, l'opération est mauvaise pour le pluralisme des médias, dénoncent les signataires de la pétition.













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