Vous êtes entouré de 2000 personnes dans un grand auditorium, un homme en complet-cravate fait des prêches enthousiastes sur la scène, un groupe de rock chrétien accompagne les cantiques entonnés par la foule et deux écrans géants projettent les images du prédicateur. Non, vous n’êtes pas dans une megachurch américaine. Vous êtes à Longueuil, à l’église évangélique Nouvelle Vie.

La plus grande Église évangélique du Québec accueille une portion des 130 000 évangéliques de la province, selon l’estimation du religiologue et chargé de cours au département des sciences religieuses de l’UQAM Frédéric Castel. « Difficile de déterminer avec certitude le nombre précis d’évangéliques québécois, tant le mouvement est balkanisé et les Églises sont jalouses de leur indépendance. Certaines d’entre elles, qui peuvent avoir aussi peu que 20 membres, refusent les dénominations et se disent simplement chrétiennes. »

En raison de cette diversité, les spécialistes emploient le terme mosaïque ou kaléïdoscope pour qualifier le mouvement évangélique. On retrouve donc ici et là, à Montréal, à Québec ou ailleurs en région, des Églises aux noms originaux tels que La Bible parle, La Parole vivante ou Ministère de la Parole qui libère.

Traits communs

Les évangéliques partagent tout de même certains traits communs. Ils sont d’obédience chrétienne protestante et rejettent en bloc les grandes Églises historiques. Au Québec, ils sont baptistes, pentecôtistes, de l’Église missionnaire évangélique, adventistes ou autres. Ces derniers, assez nombreux, peuvent être des petits groupes comme les mennonites, ou tout simplement sans affiliation confessionnelle autre que chrétienne.

Les évangéliques ne représentent qu’à peine 2 % de la population québécoise, une bien maigre part en comparaison avec le mouvement américain, qui rejoint un citoyen sur trois. Au Canada, ils représenteraient 19 % de la population, selon un sondage Ipsos-Reid de 2003. « Le mouvement est moins organisé ici qu’il peut l’être ailleurs dans le monde, indique Éric Wingender, doyen de l’École de théologie évangélique de Montréal, affiliée à l’Université de Montréal. C’est un petit milieu qui tente et réussit dans une certaine mesure à se parler. »

Mais ce qui est intéressant à l’échelle québécoise, note Frédéric Castel, est la croissance relative des évangéliques par rapport aux Églises traditionnelles. « La croissance n’est pas faramineuse, mais elle est soutenue. »

En fait, le mouvement québécois se nourrit en bonne partie des transfuges des Églises protestantes et catholiques traditionnelles. Éric Wingender précise qu’il y a effectivement peu de conversions radicales. « On voit très peu d’athées se convertir soudainement et joindre une église évangélique. Chez les francophones, ce sont surtout des gens entre 30 et 50 ans qui quittent l’Église catholique. »

L’immigration issue des pays en voie de développement compte aussi pour beaucoup dans la hausse du nombre d’évangéliques, indique Frédéric Castel, puisque environ le tiers du mouvement québécois en est issu. Le phénomène est plus marqué sur l’île de Montréal, où l’immigration est beaucoup plus importante qu’ailleurs au Québec.

Les immigrants ont pour effet de réduire la moyenne d’âge des évangéliques québécois, qui oscille entre 28 et 33 ans, ce qui en fait un mouvement jeune. En comparaison, les effectifs des Églises traditionnelles sont beaucoup plus âgés : 40 ans en moyenne chez les catholiques romains et 42 ans et plus dans les différentes Églises protestantes.