« Ils ont vaincu ! Ils ont vaincu les Harédim ! Ils ont vaincu la Cour Suprême ! Ils ont vaincu la grève des pompiers ! » C’est en ces termes triomphalistes que la journaliste d’Aroutz 2 de la télévision israélienne commentait la tenue de la marche de la honte, envers et contre tous les obstacles qui menaçaient cette procession. Les médias font bien sur partie des « Ã©clairés » qui soutenaient cette manifestation, et ont bien soulignée que les couleurs affriolantes et gaies ( !) des participants, ont vaincu le noir triste des quelques opposants. Comble de cynisme, la seul participante qui était abondamment interviewée était une lesbienne "religieuse" qui affirmait fièrement qu'elle était "observante des Mitsvot" et que ce phénomène faisait partie du plan divin.

Les participants, eux aussi, se disaient satisfaits de leur succès - relatif - et les sourires des organisateurs (-rices, enfin c’est pareil..), ou d’Ilan Pape - toujours présent là où il y a du mal à faire - témoignaient de cette victoire, selon eux « de la tolérance, la modernité et la démocratie, sur l’obscurantisme et la violence ». Impasse sur les 80% de Yérosolomites qui se déclaraient opposés à cette marche immonde. La démocratie, c’est quand cela nous arrange.

Mais passons sur les arguments des initiateurs. Si quelques milliers de malades et de provocateurs ont pu défiler dans la ville - et dans la rue - du Roi David, s’ils ont pu avoir l’audace d’entonner des chants religieux après en avoir modifié les paroles, c’est grâce à une seul raison : l’abdication des responsables du monde religieux et traditionnel.

Durant les semaines qui avaient précédé la marche, on avait pu croire à un début de « mini-révolution » populaire salvatrice. Les fameux « pashkvilim » (annonces murales) fleurissaient dans les quartiers orthodoxes, les périodiques religieux rapportaient les paroles et condamnations des Rabbanim de toutes tendances, et certains milieux nous annonçaient une « vague sans précédent » qui déferlerait sur la ville. « Par nos corps, nous empêcherons cette marche de la honte », entendait-on ici et là. Et puis… ?

Au final, après quelques jours de manifestations éparses à Jérusalem et à Bené Berak, quelques condamnation solennelles de Rabanim, seules 1500 personnes se sont présentées au jour « J », la plupart des orthodoxes de la « Eda Hah’aredit », ainsi qu’Itamar Ben Gvir et ses amis.

C’est incontestablement une rude défaite pour le monde toranique. Si la gauche avait réussi à mobiliser des centaines de milliers de personnes après les massacres d’Arabes par des Arabes au Liban, pourquoi le monde religieux, majoritaire à Jérusalem, n’a-t-il pas été capable de réagir comme il se doit face à ce sacrilège ? Les raisons sont multiples et ont chacune leur justification plausible. Mais pas cette fois-ci. Non, pas pour une pareille insulte !

La population religieuse repose sur l’exemple et l’impulsion de ses autorités, ce qui est en soi une qualité indéniable. Mais sont-elles infaillibles ? Leurs calculs, aussi réfléchis et subtils soient-ils, ne peuvent ils jamais s’avérer comme erronés dans une situation particulière ?

A l’approche du jour crucial, les autorités du courant lituanien et l’Admor de Gour s’étaient prononcés contre les manifestations, au motif éducatif « qu’il serait nuisible que les étudiants des Yeshivot ou les enfants se rendent sur place et assistent à ce spectacle » Soit. Mais il s’agit là, une fois de plus, d’une décision visant à protéger « leur secteur » aux dépens du Klal Israël, de la Collectivité d’Israël. Même la « Eda Hah’aredit » au dernier moment, a préféré ne pas donner de mot d’ordre de sortir dans les rues. Même l’argument des « risques de violence » ne tient pas, car cette marche en elle-même est l’expression d’une indicible violence à l'encontre de la grande majorité de la population, et à l'encontre des valeurs éternelles du Judaïsme.

L’impulsion n’a pas non plus été donnée par les représentants politiques de ce secteur. Comme je l’avais évoqué (et craint) dans un article récent, le parti Shass, sans doute éreinté par son marathon pour l’élection du laïc Shimon Péres, n’avait plus de forces pour livrer un autre combat, sommes toutes secondaire à leur yeux par rapport aux sièges ministériels. Ils auraient pu en faire un motif pour quitter le gouvernement avec fracas, ce qui aurait sûrement déclenché un choc salutaire dans la population religieuse du pays, et fait de cette question un enjeu de débat national.

Le maire de Jérusalem, juif religieux lui-même, aidée par une loi votée récemment par la Knesset pour la circonstance, aurait pu user de ses prérogative pour annuler cette marche pour des motifs de sécurité publique. Il ne l’a pas fait.

La responsabilité est aussi à mettre sur les Rabbanim de la mouvance sioniste-religieuse, toujours soucieuse de représenter un pont entre le monde religieux et le monde laïc, et dont l’équilibrisme a cette fois péché par « extrémisme de tolérance » envers ceux qui bafouaient la sainteté de Jérusalem. Il y a des lignes rouges auxquelles même les « religieux modernes » devraient se tenir, et le souci de « L’Unité du peuple » comme celui du « respect de toutes sensibilités » dont ce courant est le porteur, n’aurait pas du aller jusqu’à la tolérance envers ceux qui n’en n’ont cure.

Enfin, on se serait attendu à une intervention des Grands-Rabbins d’Israël, actuels et anciens, qui, usant de leur prestige, auraient pu modifier le cours des choses.

Ce n’est pas le nombre des marcheurs de la Gay Pride qui a fait son succès. C’est le fait qu’elle ait pu se maintenir envers et contre tout, et qui, dans les télévisions du monde entier, a donné l’image que Jérusalem ne vaut pas plus sur le plan symbolique que Paris, New-York ou Amsterdam.

A la place des quelques centaines de personnes manifestant à un autre coin de la ville, imaginons un instant ce qu’aurait été un cortège de plusieurs centaines de milliers de personnes, voire un million, avec à leur tête les Grands-Rabbins, les Admorim des différentes H’assidouyot et les chefs de fils du courant lituanien, les Rabbanim du Sionisme religieux, les étudiants des Yeshivot toutes tendances confondues, auxquels se seraient joints les habitants de la ville, de ses environs et d’autres coins du pays! Une protestation populaire, nationale, morale immense, digne, avec chants, prières et ferveur, qui aurait eu un retentissement dans tout le pays comme à l’étranger, et qui aurait constitué un Kiddouch Hashem, une Sanctification du Nom Divin, et un précédent pour des combats futurs.

Malheureusement, c’est un H’illoul Hashem qui a eu lieu, et les intérêts sectoriels ou politiciens l’ont emporté sur une vision nationale et spirituelle, dans un moment où plus que jamais, l’expression du Roi David, dont la ville a été salie, aurait du s’appliquer : « Le temps est venu d’agir pour l’Et-ernel, on a violé Ta loi » (Psaume 119 v. 126).

Je suis certain que la semaine prochaine, lorsque dans toutes les synagogues du pays, on lira dans la Thora l’épisode de Pinh’as, tous les fidèles n’omettront pas pour autant de penser avec fierté et admiration à ce personnage qui eut le courage de se lever pour empêcher une profanation publique gravissime...