La France laïque et républicaine a une relation passionnelle avec son héritage spirituel. Force est de constater que la gestion de « son » religieux est plutôt ambiguë.

Elle a été un des chefs de file de la suppression de la mention du fondement judéo-chrétien prévue dans le mort-né traité constitutionnel de l’Europe.

Pourtant, le drapeau européen est la couronne de gloire de la vierge Marie (l’archétype de la mère juive !), dixit l’artiste lauréat du concours !

Elle accueille en grandes pompes et aux frais du contribuable la venue non diplomatique mais religieuse du pape Jean-Paul II à Reims, comme « fille aînée de l’église ». Dîtes, docteur çà ne serait pas de la schizophrénie ?

Depuis quelques années, une branche du christianisme fait office de poil à gratter pour les pouvoirs publics et sert à aiguiser les dents des médias anti-américains et anti-sionistes. Il s’agit de la branche évangélique du protestantisme.

Un peu d’histoire

Aux côtés des grands réformateurs Jean Calvin et Martin Luther, Ulrich Zwingli est indirectement, par ses disciples, le père d’une branche piétiste et anabaptiste, appelée « réforme radicale ». Elle est aujourd’hui en passe de devenir la principale composante du protestantisme.

Outre le credo de la Réforme, ces mouvements prônent la liberté de conscience, la conversion et l’engagement individuel.

Ils sont généralement de type « professant » (croire et pratiquer) et congrégationalistes (pas de hiérarchie ni de clergé, l’assemblée locale représente l’Eglise « ici et maintenant », souveraine dans ses décisions).

De fait, le monde évangélique est une mosaïque insaisissable et en constante mutation. Une revue pastorale de l’église réformée de suisse romande parlait des évangéliques comme d’adolescents en crise de puberté. Jugement pour le moins cavalier !

Les dénominations les plus connues sont les baptistes (Martin Luther King), les pentecôtistes, les « frères » et autres mennonites ou libristes. Ils ont en général une forte attente messianique et sont des citoyens particulièrement loyaux, le respect des autorités et des lois étant pour eux un témoignage évangélique.

Ayant « péché » par ostracisme et une propension autarcique, certains ont même renié leur appartenance protestante, par réaction à un libéralisme luthéro-réformé débridé.

Ils ont donc par moment fait des erreurs de « communication » et de simplification théologique, criant parfois trop vite à la persécution.

A leur décharge, l’Etat français se permet de jouer les théologiens, en dehors des critères socio-psychologiques de définition de la dangerosité d’une pratique religieuse.

Bruno Etienne, directeur de l’observatoire du religieux à l’IEP d’Aix-en-Provence, dans son livre « la France face aux sectes », dénonce la tentative de l’Etat de distinguer, hors de ses prérogatives, une bonne religion d’une mauvaise secte.

La commission Vivien a épinglé ces mouvements évangéliques sans même avoir daigné leur faire la moindre visite, juste sur des...« on dit » venant de confrères protestants ou catholiques ;

Que voilà du sérieux et de l’objectivité pour une commission parlementaire !

Dans le même temps, l’UNADFI s’est permis de faire appel à des prêtres pour dénoncer des pratiques protestantes ; était-ce un retour des guerres de religions (Madame Vivien est d’ailleurs membre de l’UNADFI) ?

Ceci amena une méfiance de la part des autorités, et un agacement sur ces « stakhanovistes » de la foi.

Une méfiance larvée

Nombre d’assemblées évangéliques ont vu leurs projets de constructions ou rénovations de bâtiments rejetés.

Elles sont pourtant facteur de progrès par l’apport d’activités sociales et animations dans des zones souvent délaissées par les dénominations historiques, mais terrain de prédilection des mosquées radicales (cas de Montreuil, Noisy-le-Sec).

Nombre de fois des commissions de sécurité ont dépassé les lois pour empêcher ces constructions, souvent sous la pression d’une autorité locale.

Voici deux exemples expliquant assez clairement l’ambiguïté de nos autorités dans la gestion et le choix du religieux.

Nous sommes en 1991 dans la banlieue parisienne.

Des baptistes décident d’implanter une église dans une ville de 12000 habitants. Ils souhaitent pour cela acquérir l’ancien théâtre implanté dans un quartier à l’architecture belge singulière et classée.

A l’époque, cet établissement appartenait à une SCI constituée des responsables de la cellule locale du parti communiste et de la CGT.

Cet établissement devait déjà répondre à la réglementation des Etablissements Recevant du Public (ERP) par ses réunions militantes, mais que nenni, le président de la SCI était… le maire adjoint chargé de l’urbanisme (CQFD).

Vu l’état de délabrement du bâtiment, après avoir sauvé la face en faisant faire la vente par un intermédiaire, la SCI vend !

Les baptistes crurent que le temps de délivrance était arrivé. Derechef, que nenni 2 fois.

Dès l’acquisition effectuée, un arrêté interdisant l’utilisation du bâtiment fut promulgué dans la foulée, signé, bien sûr, par le maire adjoint chargé de l’urbanisme, pour non-conformité à la réglementation.

S’ensuivit plusieurs années de batailles pour arriver à rénover ce magnifique établissement, systématiquement bloqué par la municipalité.

Bref, ce chemin de croix n’a pas eu raison de la légendaire persévérance des baptistes.

Depuis, la municipalité s’est rachetée, si, si…en évacuant le poste de police municipale implanté au cœur du quartier populaire, pourtant réclamé par la majorité des habitants, et l’offrant à la communauté musulmane afin d’en faire la mosquée de la ville.

1998, dans le grand sud ouest

Une magnifique propriété de 70 hectares, avec château, dépendances et autre restaurant, ancien lieu de vacances des bambins d’une administration est en vente. Le maire de la commune lorgne depuis plusieurs années avec un pote en affaires sur la propriété pour en faire un lucratif complexe hôtelier.

Mais l’agent immobilier, ne reconnaissant que l’odeur de l’argent, accepte le cash d’une mission évangélique californienne qui souhaite en faire une école de musique pour musiciens professionnels.

Dans la foulée, la commission de sécurité passe et donne une autorisation d’ouverture.

Ne s’encombrant pas des laborieuses démarches et autres cerfa en X exemplaires de notre bien-aimée administration, nos « supermen de la foi » démarrent les travaux, invitant les fidèles de l’oncle Sam à venir passer, bénévolement, 2 semaines de vacances à étaler un coup de pinceau.

Le maire, mijotant dans son bain, porte plainte auprès du sous-préfet, lui signalant qu’une dangereuse secte s’était emparée du domaine et faisait travailler des clandestins (authentique !).

La commission repasse et contredit son premier procès-verbal, attestant de la présence de « travailleurs au noir ». Pas des Oliveira ou Ben Ali, plutôt John ou Travis, se saoûlant au coca, ne causant pas un mot de frenchie et priant 3 fois par jour.

« Là, on est tombé sur un joli troupeau d’agents de la CIA, mon adjudant ! »

Tout ceci s’est terminé après 2 ans de batailles juridiques, le soutien du Président de la Fédération Protestante de France et de journalistes non formatés AFP, le mea culpa en privé du sous-préfet aux champs et un passage au Conseil d’Etat.

Entre-temps, les « ricains » ont fait leur valoches, se promettant de ne plus goûter à la cuisine française, qu’ils ont trouvé, comment dire … un peu amère.

Aux dernières nouvelles, ce serait de braves gens avec activité « new age », et autre bouddhisme occidental qui profiteraient du lieu, partiellement rénové grâce aux musiciens bénévoles.

A priori

Il importe de souligner 2 particularités que le monde évangélique possède, susceptibles de donner de l’urticaire aux bien-pensants français.

Les Etats-Unis sont majoritairement protestants et dans ce protestantisme, sont majoritairement évangéliques (pour mémoire, G.W. Bush apparenté méthodiste, B. Clinton ou J. Carter apparentés baptistes).

L’identité confessionnelle commune est suffisante pour suspecter les évangéliques français.

Pourtant l’évangélisme français est très majoritairement issu au fil des siècles de missions hollandaises, anglaises, allemandes, donc européennes et finalement peu des Etats-Unis, dont les missionnaires ont souvent eu du mal à s’intégrer du fait de la langue et la culture.

Ils restent avant tout un support financier et matériel. Les Eglises protestantes officielles, qui ironisent souvent sur ce soutien américain, oublient qu’elles ont recours, elles aussi, à la manne d’outre atlantique.

Les bibliothèques des facultés de théologie protestante de Montpellier et de Paris (boulevard Arago) ont été construites en grande partie grâce aux dons des frères américains. Mais cela ne se dit pas.

Passons sans s’arrêter sur la tarte à la crème que les missionnaires américains seraient des agents de la CIA !

Cette accusation est du même tonneau que le « Protocole des Sages de Sion ». Le Professeur Odon Vallet l’a d’ailleurs rappelé en début d’année lors d’une émission consacrée au monde évangélique.

Les évangéliques français restent plutôt respectueux des Etats-Unis du fait de la liberté de conscience aiguë, et l’esprit « Mayflower » resté vivace.

Par contre, ils sont majoritairement critiques sur la politique étrangère des USA et restent finalement très français (contre la peine de mort, contre la guerre en Irak, etc.…)

Enfin, le plus révélateur, la majorité des évangéliques aiment et respectent le peuple juif, l’état d’Israël, et nombres d’entre eux ont revendiqué pour les juifs la notion de « peuple élu » des siècles avant le « nostra aetate » catholique.

Leur lecture littérale et fondamentale voit dans la restauration d’Israël les accomplissements prophétiques, y compris ceux sortis de la bouche de Jésus ou de la plume de Saül de Tarse.

Ils n’hésitent pas à dire que leur messie est juif, que les racines de leur foi sont juives. Ils ont de nombreux chants hébraïques dans leur hymnologie.

C’est certainement là que les autorités françaises et les intellectuels ont trouvé le péché impardonnable ?!

Samuel Chevalier-Milhau © Primo Europe