Ci-après, la traduction française d'un courrier adressé par le Professeur Daniel Statman, de l'Université de Haifa, à un collègue de la British Society for Ethical Theory, pour lui signifier qu'il ne se rendrait pas à une conférence organisée par cette institution, dont une majorité de membres ont voté le boycott des institutions, professeurs et chercheurs israéliens. Le texte original de ce courrier a été rendu public avec la permission de son auteur et du Blogue de Norman Geras, où il a paru en anglais. Souhaitons que cet exemple de détermination et de dignité soit amplement suivi par de nombreux universitaires, juifs ou non, de par le monde. Ne pas céder à cette odieuse prise en otage de la recherche et de l'enseignement à des fins politiques et partisanes, pour ne pas dire pire. (Menahem Macina).

08/06/2007

Original anglais (sur le blogue du prof. Norman Geras) : "Dark days for the British Academy".



Traduction française : Lachaus (revue et retouchée par M. Macina).

Comme vous vous en souvenez sans doute, j'ai, par le passé, participé régulièrement aux réunions du BSET (British Society for Ethical Theory). Je considère ces conférences sur l'éthique comme étant d’un des niveaux les plus élevés au monde. Je n'ai pas pu y assister, ces deux dernières années, mais je comptais le faire cette année et, à cet effet, j'ai envoyé, il y a deux semaines, les bulletins d'inscription à l'Université de Bristol. Mais ayant eu connaissance de la résolution de l'UCU (University and College Union, syndicat des universités et collèges) de promouvoir un boycott universitaire d'Israël, je me suis ravisé. Dans les circonstances actuelles, ma présence dans une institution universitaire, ou à une conférence au Royaume-Uni, me mettrait mal à l'aise. Je n'ai pas envie de dîner avec des gens, dont certains auraient pu voter pour me boycotter personnellement ou boycotter mes confrères. Je n'ai pas non plus envie de dîner avec certains qui, bien qu'opposés au boycott, se rallient néanmoins à l'idée, blessante et absurde, qu'Israël est un « Etat qui pratique l'apartheid ». Cette conception stigmatise tous les Israéliens, et les universitaires tout particulièrement, comme étant moralement pollués. Et probablement, je tiens avant tout à éviter de me retrouver dans une situation de grand doute, dont je crains qu’elle soit inévitable, compte tenu des circonstances. (Lesquels parmi ces gens ont voté pour me boycotter ? Est-ce que le sourire de telle personne, ou de telle autre, était amical ou pas ? Est-ce qu'un tel est aimable avec moi bien que je sois Israélien, ou précisément parce que je le suis, ou est-ce que cet élément n'entre pas en ligne de compte ? Est-ce que tel commentaire politique est une provocation, ou un innocent bavardage ? Et ainsi de suite.)

Je suis certain qu’en ce qui vous concerne, vous êtes opposé au boycott, et j'espère qu'il en va de même pour bon nombre de membres du BSET. Mais pas pour tous, je suppose. La décision de l'UCU a créé une atmosphère empoisonnée et hostile aux Juifs israéliens au Royaume-Uni – à l'exception de ceux qui ont reconnu les méfaits que l'UCU leur a imputés, et qui se sont engagés à suivre ses directives.

J'essaye, de toutes mes forces, de résister à des comparaisons historiques avec les actes discriminatoires et la persécution dont les Juifs (ainsi que d'autres groupes) ont fait l'objet dans le passé, mais ces comparaisons s'imposent presque d'elles-mêmes.

Les universités britanniques vivent des jours sombres. Il est nécessaire que des actions déterminées soient engagées, de toute urgence, par les professeurs qui comprennent à quel point ce boycott est injuste, partisan et néfaste. J'espère que subsistent des ressources morales et éthiques pour qu'une telle action soit menée le plus rapidement possible et soit couronnée de succès.

D. Statman