Ca y est, je l’ai vu !

Depuis sa diffusion le 5 mars dernier aux États-Unis et le grand bruit qui avait suivi, j’attendais sa diffusion en France. Alors voilà, luttant contre la fatigue et le sommeil, je me suis installé devant la lucarne et j’ai regardé.

Dois-je dire ici que deux ou trois fois j’ai sombré dans le sommeil mais que j’ai lutté pour aller jusqu’au bout et suivre le débat ? Dois-je avouer ici que le documentaire m’a déçu (mais je m’y attendais) et le débat qui suivit encore plus ? Dois-je reconnaître ici le malaise qu’a provoqué ce documentaire et ce sentiment de m’être fait avoir qui me reste au fond de la gorge ?

D’aucuns ont déjà traité ailleurs et mieux que je ne le ferais des imprécisions et des mensonges de ce documentaire, je n’y reviens donc pas, mais je vous renvoie au très bon commentaire de l’ami et collègue Gilles Boucomont sur son blog : blog.vraiment.net . Pour ma part, je ne reviendrais que sur deux éléments :

  • la manipulation dont fait preuve ce documentaire ;
  • l’opposition supposée au sein de laquelle il faudrait se situer entre foi et raison.

Un documentaire manipulateur

J’aurais dû me méfier de ma naïveté naturelle. Produit par James Cameron (réalisateur à succès de Titanic), ce documentaire aurait-il vraiment pu m’offrir le gage d’un minimum de sérieux et d’objectivité ? Je pensais sérieusement que oui… Les premières minutes me laissaient pensé que j’avais eu raison de ne pas projeter d’a priori négatif sur ce film documentaire. Les commentaires en voix off du réalisateur usent systématiquement du mode conditionnel, démontrant une prudence méthodologique toute "scientifique".

Et puis, insidieusement, lentement, cette prudence, cette neutralité disparaissent, au profit d’un montage des images qui entraine le spectateur malgré lui.

  • Les niveaux de discours sont mélangés entre les images de Simcha Jacobovici, le réalisateur, et de son équipe à la recherche des ossuaires de Talpiot, d’une docu-fiction mettant en scène Jésus (ben oui, le vrai ;-) ) et ses proches, d’interviews de "spécialistes" variés…
  • Les références sont brouillées : les citations des Évangiles dits canoniques côtoient les textes dits apocryphes et des références à "la tradition chrétienne", sans que celle-ci ne soit précisée. Ainsi, l’un des argument donné prouvant que l’un des ossuaires serait celui de Marie-Madeleine utliise le texte des Actes de Philippe. Dans le documentaire lui-même, François Bovon, l’un des plus grands spécialistes actuels du Nouveau Testament, précise que la mention la plus ancienne de ce texte date du 4ème siècle… Bref, Simcha Jacobovici justifie que cet ossuaire est celui de Marie-Madeleine grâce à un texte daté de 4 siècles plus tard !
  • Les discours semblent tous équivalents. Parmi tous ceux qui prennent la parole, il y a des spécialistes reconnus dans leur domaine respectif (des archéologues, des historiens, des exégètes), des personnes liées à la découverte des tombeaux de Talpiot en 1980, de parfaits inconnus. Leurs paroles son présentées de manière équivalente. Autrement dit, sur le sujet, la parole d’un Françoise Bovon - spécialiste reconnu mondialement - ne vaut pas plus que la parole de la voisine aveugle qui passe par là pour dire que les autorités ont voulu cacher les tombeaux mis à jour en 1980…

Cette confusion permanente, cette accumulation constante d’images, de paroles, etc. donne l’illusion de l’accumulation de preuves indiscutables. Et comme un fil qui court tout au long de la soirée, il y a cette question lancinante "si tout cela a été mis au jour en 1980, pourquoi n’en a-t-on pas parlé plus tôt ?" Un archéologue répond bien à cette question au bout d’une demi-heure, mais même sa réponse est noyée et semble fausse, puisque la question est posée à nouveau plusieurs fois par le documentaire, après que cet archéologue y ait répondu…

Le documentaire, tel qu’il est filmé et monté, ne laisse en somme aucune alternative pour le spectateur autre que d’adhérer aux thèses de Jacobovici :

1. le tombeau de Talpiot est bien celui de Jésus, enterré là avec sa mère, son frère, son disciple, sans oublier bien sûr sa femme Marie-Madeleine et leur fils (identifié au disciple bien-aimé de l’Évangile de Jean !!!!!!) Judas !!!

2. Comme d’habitude "on nous cache tout, on nous dit rien !" et surtout l’Église bien sûr !

Une opposition réelle ?

Dans le numéro de Télérama de la semaine (n° 2993), François Ekchajzer écrivait : "Puisse le débat organisé par TF1 à l’issue de la diffusion contrebalancer un tant soit peu cette mauvaise fiction."

Avant même le débat, je redoutais que cette attente ne soit pas réalisée… En effet, face au réalisateur Simcha Jacobovici, qui se donne dans son propre documentaire l’image d’un scientifique, archéologue, historien, découvreur, TF1 n’a rien trouvé de mieux que d’inviter Mgr Di Falco ! Et Mgr Di falco n’a rien trouvé de mieux que de répondre présent !… ah le pouvoir des images et des médias ! Autrement dit, le plateau était prêt pour l’opposition que tout le monde attendait "La foi à ma gauche défendue par Mgr Di Falco - merci d’avoir accepté notre invitation. La science à ma droite, représentée par Simcha Jacobovici !"

Eh bien non ! contrairement à ce que les simplistes d’un bord comme de l’autre voudrait nous faire croire, la foi et la raison ne sont pas les deux éléments d’une antinomie ! Je n’oppose pas foi et raison. Je ne crois pas sur la base de preuves que ma raison accepte, ni n’étaye mon raisonnement sur la base de ce que je crois… Ce ne sont tout simplement pas deux éléments qui relèvent du même type de discours : la foi est une question de confiance, de croyance, d’espérance, la raison est une question de savoir, de preuves, d’argumentation. La première se situe dans le "je crois/je ne crois pas", la seconde dans le "je sais/je ne sais pas".

Il est certes facile de dénigrer la foi au nom de la raison, mais ne vivons nous réellement que des certitudes scientifiques ? Aimons-nous et avançons-nous dans la vie uniquement sur la base de ce qui est prouvé ?

Il est certes facile de dénigrer la raison au nom de la foi, mais vivons-nous d’une espérance sans fondement ? L’espérance et la foi en Dieu s’expriment-elles hors de toute catégorie de pensée humaine, hors de toute expérience concrète ?

Mgr Di Falco s’est engouffré dans la brêche ouverte par le documentaire et par TF1. Les preuves du documentaire lui semblent insuffisantes pour questionner sa foi… Celle-ci ne serait-elle ancrée que sur une argumentation de type scientifique ? Mgr Di Falco ferait-il du témoignage des Évangiles une preuve scientifique et non ce qu’il est : un témoignage de foi ?

Au final, j’ai passé une très mauvaise soirée, je dois le dire tout net ! Je m’étais promis d’écrire une note sur ce site, et je ne voulais pas le faire sans avoir vu le documentaire. Mais j’aurais bien mieux fait de rattraper le sommeil que j’avais en retard, en éteignant la télévision et allant me coucher plus tôt !!!




Pasteur Gérald Machabert