Graham Staines et ses deux fils, assassinés en 1999.

NDLR: Le missionnaire Graham Staines avait péri carbonisé en 1999 avec ses deux fils dans l'attaque de son véhicule par des fondamentalistes hindous (chronologie).

INDE — « Je crois que le Saint- Esprit travaille en lui », déclare posément le pasteur Samson Das. Responsable du diocèse de Cuttack (Eglise de l’Inde du Nord) et vice-président de la Société biblique auxiliaire de Cuttack, succursale de la Société biblique indienne, M. Das fait allusion à une brève rencontre qu’il vient d’avoir avec l’homme qui est incarcéré pour avoir organisé l’assassinat de Graham Staines et de ses fils. Lors de son récent passage au Centre mondial de services de l’Alliance biblique universelle, le pasteur Das a raconté qu’en 1999, alors qu’il était directeur régional de l’Union des pastorats de Cuttack, il a été amené à présider à l’enterrement de Graham Staines et de ses fils. Puis, presque comme un détail secondaire, il a décrit sa rencontre en prison avec Dara Singh.

Un assassinat effroyable
« Le pasteur de l’Eglise locale m’a téléphoné pour m’annoncer l’assassinat effroyable de Graham Staines et de ses deux fils Timothy et Philip, raconte-t-il. Plusieurs responsables d’Eglise de mon diocèse m’en ont informé également. « C’était incroyable : il ne s’était encore jamais rien passé de tel dans l’Etat d’Orissa. Graham Staines n’était même pas pasteur : il travaillait à la Mission contre la lèpre ; c’est le maharajah du district de Mayurbhanj qui l’avait invité à venir travailler comme missionnaire dans notre Etat. Tout le monde était donc très choqué. Le pasteur voulait que je vienne à Baripada pour présider le service funèbre. » M. Das poursuit en décrivant le moment où, accompagné de plusieurs responsables d’Eglise de la région, il a rencontré pour la première fois la veuve de Graham Staines et mère des deux garçons, qui n’étaient âgés que de neuf et sept ans.

Effondrée
« Gladys, sa veuve, était complètement effondrée, nous dit-il. Dès qu’elle m’a vu, elle a éclaté en sanglots en me disant que jusque-là elle n’avait pas eu le temps de pleurer parce qu’elle avait été constamment sollicitée par les médias et toutes sortes de gens qui voulaient tout simplement savoir ce qui s’était passé. Elle était très affectée. « Je me suis donc mis à prier. J’ai prié ainsi pendant dix minutes, un quart d’heure. Pendant tout ce temps, Gladys n’arrêtait pas de pleurer. « Puis elle a été apaisée. Je lui ai dit qu’il valait mieux qu’elle se repose et que je m’occuperais du reste. » M. Das a alors constaté que l’attention de la presse se portait désormais en grande partie sur lui. « Les gens des médias sont venus me trouver et m’ont pressé de questions : pourquoi cela était arrivé, comment ça s’était passé, etc. Je leur ai dit de s’adresser aux reporters pour toutes ces informations. » L’arrivée imminente des trois cercueils allait lui poser un problème particulièrement délicat. « Le lendemain, on nous a informés que les corps étaient sur le point d’être rapatriés, a poursuivi M. Das, et on m’a demandé de convaincre Gladys de ne pas ouvrir les cercueils. Mais elle a protesté en disant : “Non ! Je veux voir mes deux enfants ! Je veux voir mon mari ! Je ne les reverrai jamais !”

Les cercueils
« Alors je lui ai dit : “Ce n’est pas là que se trouve le visage magnifique de votre mari. Gardez plutôt le souvenir du visage que vous portez dans votre coeur. Pourquoi vouloir voir quelque chose de complètement différent – qui vous hantera ensuite chaque jour ?” Cela l’a convaincue. » A leur arrivée, les cercueils ont été exposés à la mission car l’église était petite et il y avait littéralement des milliers de personnes qui voulaient rendre hommage aux trois victimes. « Puis nous nous sommes tous rendus en procession jusqu’au cimetière. Il est situé à un ou deux kilomètres de la mission et, tout le long du trajet, une foule était rassemblée des deux côtés de la route. » Les récits de l’époque décrivent une foule « innombrable » massée de chaque côté des rues en hommage à M. Staines et ses fils. M. Das a ensuite présidé le service funèbre en compagnie d’un pasteur local.

Plus de doigts
« Lorsque les lépreux se sont présentés devant les cercueils, poursuit M. Das, nous avons assisté à une scène particulièrement émouvante. Ils n’avaient plus de doigts, mais ils faisaient comme ça pour ramasser la terre il mime la scène en repliant les phalanges de ses deux mains, et ils la jetaient sur les cercueils en s’écriant : “Nous sommes orphelins à présent ! Qui va s’occuper de nous ? Ils ont tué notre père !” « Ce soir-là nous avons organisé une réunion de prière chez les Staines. « Je suis resté encore le lendemain, puis je suis reparti. » Mais l’histoire ne s’est pas tout à fait arrêtée là. L’an dernier, dans le cadre de son engagement au sein du ministère de la Prison Fellowship, M. Das a eu l’occasion d’effectuer des visites dans une prison de Baripada. « Quand nous allons dans les prisons, raconte-t-il, nous apportons des évangiles, nous les distribuons, nous chantons des cantiques et nous annonçons aux détenus l’amour, la joie et la paix. »

Inculpé
Mais cette visite-là était un peu particulière. En effet, c’est à la prison de Baripada que Dara Singh, l’homme inculpé pour avoir organisé l’assassinat des Staines, purge sa peine. « Nous lui avons donné un évangile, qu’il a accepté avec plaisir, se souvient M. Das. Il était très sérieux. Je crois que le Saint-Esprit travaille en lui. »

Source : Nouvelles bibliques de l’ABU n° 411, mai 2007 – pages 26, 27