mardi, 15 mai 2007 / Agnès Staes

Georges (pseudonyme) est né au Honduras. Ses parents, originaires de Bethléem, sont partis là-bas pour trouver du travail. Il est revenu avec eux, au pays, en 1967, deux mois avant la guerre des Six jours : guerre qui opposa Israël à la Jordanie. La Jordanie avait à cette époque une partie du pays de 1948 à 1967, là ou se trouve actuellement la Cisjordanie.

Beaucoup d’arabes chrétiens, comme lui, sont allés dans des écoles chrétiennes, et ont appris le français. En 1978 ayant fini l’école, il part à l’université américaine de Beyrouth. Au Liban éclate alors la guerre civile. Impossible pour lui de rester à Beyrouth. Georges part à l’étranger continuer ses études où il rencontrera sa femme. Ils se marient, et ont cinq enfants. Restés d’abord quelques années là-bas, ils sont rentrés maintenant à Bethléem depuis 1996. Deux ans plus tard, Georges entreprend des études à l’université de Bethléem pour être guide Aujourd’hui il travaille dans une agence de tourisme.

Le plus grand défi pour lui était de revenir à Bethléem. La tentation était grande de rester à l’étranger car ils possédaient maison, diplôme, un futur et pas mal d’argent. Pour Georges c’est une erreur de quitter le pays de ses parents. Le plus important pour lui est d’être revenu sur la terre de ses ancêtres. Ce pays est un pays très spécial ce n’est pas seulement sa propre maison mais celui des chrétiens et des juifs.

Georges partage souvent sa foi et connaît la providence de Dieu, il l’a expérimentée de nombreuses fois avec son épouse et ses enfants. Pour lui, il est important de faire face au problème, et ne pas chercher le bien-être par soi-même parce que Jésus pourvoit à toute chose. « Il est bon de savoir que quelqu’un prend soin de vous » partage Georges. En Europe, les gens reçoivent beaucoup du gouvernement mais ils ne sont pas heureux, les familles sont désunies, les enfants ne savent pas où aller. La situation est mieux au niveau économique mais il y a beaucoup de tragédies ».

La situation est très compliquée car ils vivent avec des musulmans. Comment coexister sur cette terre si petite. Cette terre est la terre de la Bible où se trouve le message du salut. À Bethléem les chrétiens peuvent encore vivre et parler librement de leur foi. Il reconnaît la chance qu’il a d’être proche des lieux saints. Mais l’environnement n’est pas facile, les catholiques sont minoritaires. Mais pour Georges, Bethléem est une ville très spéciale. « Notre vie est difficile mais Jésus n’a pas promis le ciel sur la terre ». dit-il. Son épouse aussi rencontre de nombreuses difficultés. Elle ne peut pas sortir toujours facilement dans ce monde musulman qui les entoure. Il y a aussi les difficultés au check point. Cela ne ressemble absolument pas au monde dans lequel elle a vécu.

En travaillant comme guide avec des pèlerins, Georges partage qu’il y a beaucoup de défis à relever. Beaucoup de pèlerins viennent en disant : « Je ne crois pas, je suis venu en pèlerinage pour accompagner ma mère, etc.. ». Mais il y a toujours quelque chose pour chacun ici, parce que le Seigneur est là. Le Seigneur est un Dieu de communication. Si les pèlerins sont bien guidés, ils vont être touchés par Jésus.

Cette terre est une terre spéciale qui a été témoin de la venue du Fils unique de Dieu (Jn 13), de l’effusion de l’Esprit (Ac 2).

Ensuite Georges aborde divers sujets concernant Israël, la présence musulmane ...

Depuis 1967, Georges voit des choses positives à la présence d’Israël. « Jusqu’à cette époque, les Palestiniens étaient très pauvres. Les Jordaniens collectaient tout l’argent pour la Jordanie. En 1967 beaucoup de Palestiniens se sont mis à travailler en Israël, ont gagné de l’argent et ont pu construire des maisons ».

"Le Hamas a été créé en 1982. Ils ont entrepris les attaques suicides. Les Palestiniens ont commencé à avoir des problèmes énormes car Israël devait se défendre. Et pour cela Israël attaquait tout le monde même ceux qui étaient contre ces attaques suicides.

En 2000 : c’est le début le début de la deuxième Intifada. Les Palestiniens à ce moment là ont décidé d’utiliser les armes. Le première Intifada était la révolte des pierres. Lors de la seconde Intifada beaucoup plus de massacres ont eu lieu : beaucoup d’innocents sont morts des deux côtés. « Sharon est un grand premier ministre, au contraire de Barak son prédécesseur. Avec Barak, Israël bombardait les Palestiniens comme représailles aux attaques-suicides. Sharon, lui, entrait dans les villes palestiniennes et ne punissait que les responsables des attaques suicides. »Abou Mazen est le premier Palestinien qui a dit : les attaques-suicides sont du terrorisme. Il a été élu à 80% : Cela veut dire que 80 % de la population pense que les attaques-suicides sont des actes de terrorisme".

« En ce moment la période est plus calme car le Hamas est au gouvernement et il y a le mur. »Le mur ? Il sépare les deux populations. Il a réduit de plus de 90 % les attaques-suicides. L’Autorité Palestinienne essaye aussi de travailler dans ce sens.

Mais quelques factions palestiniennes reçoivent des ordres par téléphone de l’extérieur (la Syrie. l’Iran) et ils essayent de nous créer des problèmes.

« Un jour le mur disparaîtra ». Il y a deux ans, George a entendu le maire de Jérusalem dire :« le mur tombera comme c’est arrivé en Europe à Berlin ».

« Ce n’est pas le seul mur qui existe au monde. Depuis 1964, à Chypre un mur aussi a été dressé, ce ne sont pas les juifs qui l’ont construit, mais les Turcs musulmans. Les murs ne sont jamais des solutions définitives. Un jour, il tombera quand il y aura les deux Etats. Quand la paix sera là, plus besoin de mur ! Non seulement vous pouvez avoir un mur entre deux pays mais il y peut y avoir aussi un mur dans les familles, un mur dans les couples : tous les murs doivent être détruits ».

Au niveau politique : « Le conflit est très difficile car il n’y a pas de solution idéale. C’est le conflit le plus long du monde. Il y a beaucoup d’aspects à ce conflit, beaucoup de problèmes. Un des plus gros problèmes est la ville de Jérusalem. Un autre problème important est celui des réfugiés qui devraient revenir ici, ceux qui sont en Syrie, en Jordanie ».

Pour Georges une solution sera peut-être trouvée à la seconde ou à la troisième génération. Le problème n’est pas seulement un problème de frontières, mais c’est un problème dans les coeurs. « Chacun pense qu’il est le seul à avoir le droit d’habiter sur cette terre. Les musulmans haïssent les juifs à cause des motivations religieuses. En Israël beaucoup de mouvements pour la paix se sont levés ». La politique d’Israël : « C’est d’avoir de bons voisins palestiniens. Ils veulent un État palestinien indépendant. C’est eux qui font le premier pas pour la paix. Mais cela n’a pas encore changé du côté musulman. Le Hamas est dans le gouvernement et des fanatiques disent encore qu’il faut détruire Israël. Bien qu’Israël soit une bénédiction pour le Moyen-Orient ».

« Beaucoup d’Arabes du Golfe viennent secrètement pour recevoir des traitements médicaux en Israël. Dans beaucoup de cas, Israël est une bénédiction pour le développement de la région, pour la sécurité... C’est comme si l’Europe était ici. Mais c’est aussi comme un mur qui arrête le fanatisme, pour ne pas avoir un autre Iran qui pourrait être le maître de cette région. Nous ne voulons pas qu’Al-qaïda règle la situation ici. Les Palestiniens ont besoin d’Israël ».

Pourquoi les Palestiniens ont voté le Hamas ?

"Dans l’Autorité Palestinienne, pour la première fois, ils ont un accord politique. Avant, la population locale était sous les Ottomans pendant 400 ans, sous les Anglais pendant 30 ans, sous les Jordaniens pendant 20 ans, sous Israël. Ils sont Palestiniens depuis seulement 15 ans. Mais cela ne veut pas dire que dans l’Autorité Palestinienne les bonnes personnes sont présentes. Il y a aussi de la corruption. 800 millions de dollars ont été volés. La population a voulu punir ces gens corrompus, alors ils ont voté le Hamas. Tout le monde était content. Car l’Autorité Palestinienne n’était plus seulement le Fatah (parti d’Arafat). Maintenant l’Autorité Palestinienne comporte tous les partis : c’est quelque chose de nouveau.

C’est la seule réalité démocratique au Moyen Orient. La guerre civile n’a duré que quelques semaines, quelques éclats. En Irak, une fois libérée de Sadam, un gouvernement a été crée, puis ils ont sombré dans la guerre civile".

« Maintenant les Palestiniens ont un gouvernement d’unité nationale : le Fatah, le Hamas, et tous les autres. C’est la seule réalité avec plusieurs partis à l’exception d’Israël dans le Moyen-Orient. Ce n’est pas mal que les Palestiniens ont voté pour le Hamas. Nous étions mûrs pour cela ».

Dans les pays arabes : « Les femmes ne peuvent pas voter, ne peuvent pas être représentées, ne peuvent pas conduire les automobiles. Chez les Palestiniens, quelques femmes sont maires, il y a une femme au gouvernement, les femmes conduisent les automobiles. Certaines musulmanes vont sans voile. Dans les autres pays, elles doivent toujours être avec des hommes pour sortir. Tout cela nous l’avons appris d’Israël » répète Georges. « Le parti travailliste en Israël peut décider des grèves. Les Palestiniens aussi font des grèves pour obliger le gouvernement à telle ou telle chose. Ils ont des partis, un Premier ministre avec un certain pouvoir. Ils sont après Israël la seconde réalité démocratique en Moyen-Orient ».

La vie quotidienne avec les musulmans

« Les Palestiniens chrétiens qui sont moins de 2 % sont toujours en contact avec des Palestiniens musulmans. Le 25 décembre : c’est la fête nationale déclarée par l’Autorité Palestinienne pour Bethléem. Quand les musulmans font le Ramadan qui dure un mois, ils jeûnent. Les chrétiens les respectent. Ils évitent de manger, de boire, de fumer devant eux. Nous avons nos propres restaurants où ils peuvent venir, beaucoup de musulmans viennent parce que tout le monde ne veut pas faire le Ramadan ».

"Dans un gouvernement démocratique, le risque est l’islamisation. 70 % de la population est contre le Hamas. Si aujourd’hui il y avait une autre élection, le Hamas ne reviendrait pas au pouvoir. Mais c’est important d’avoir le Hamas pour se débarrasser des 40 voleurs comme dans la caverne d’Ali Baba.

"À l’université, il y a des conseils d’étudiants qui représentent l’opinion publique. Il existe des élections dans ce conseil. Et on remarque que le Hamas est en train de perdre. Aujourd’hui ce serait 50 % le Hamas et 50 % le Fatah. Mais probablement aux prochaines élections, le Hamas n’aura que 20%. En Jordanie, les islamistes ont cru qu’il prendrait le gouvernement.

Pendant 11 mois de gouvernement de Hamas, les gens souffrent. À Gaza, quatre familles sur cinq ne mangent pas à leur faim".

"1948 : Israël a gagné la guerre de l’Indépendance. Les Israéliens ont eu raison car ils ont désarmé tout de suite les miliciens (Lehi, Stern, etc.). Ces mouvements juifs étaient considérés comme des mouvements terroristes.

Israël devait les détruire car il ne peut y avoir qu’une seule armée, qu’une seule police. En Palestine ce n’est pas fait, car ce n’est pas un État. Nous avons encore beaucoup de miliciens. Cette terre depuis la Terre de Canaan a toujours été un champ de bataille. Quand l’Iran ou la Syrie veulent quelque chose, cela se passe toujours en Israël".

Georges sait que tout le monde ne pense pas comme lui. Mais il n’a pas peur de dire ce qu’il pense. « Beaucoup aiment dire de mauvaises choses pour en tirer des bénéfices. Beaucoup aiment nourrir ce conflit avec la haine. Mais moi je suis de l’autre côté » termine Georges.