Quarante ans après la conquête israélienne de la partie orientale de Jérusalem durant la guerre de juin 1967, la ville sainte est plus que jamais l'enjeu d'une bataille démographique entre Juifs et Arabes. Le maire israélien de Jérusalem, Uri Lupoliansky, a ainsi agité dimanche le spectre des islamistes du Hamas avant la célébration mercredi, selon le calendrier hébraïque, de la "réunification de Jérusalem", marquant la conquête de la partie arabe puis l'annexion de Jérusalem-est par Israël.

"Jérusalem pourrait tomber sous le contrôle du Hamas d'ici 12 ans non pas par la guerre, mais grâce à la démographie", a lancé le maire.

Le gouvernement d'Ehud Olmert a pour sa part présenté un plan de développement de Jérusalem d'un montant de 1,4 milliard de dollars pour impulser le développement de la ville en prévoyant notamment des exemptions fiscales en vue d'encourager l'implantation d'entreprises.

Ces mesures ont été annoncées après la publication la semaine dernière d'un rapport indiquant que la population arabe de Jérusalem a connu une croissance double de celle des juifs durant la dernière décennie.

Depuis 1967, la population arabe a augmenté au total de 257% en passant de 68.000 à 245.000 actuellement, tandis que les habitants juifs ont connu une croissance de 140% en passant de 200.000 à 475.000.

Sur sa lancée actuelle, la population arabe devrait atteindre la parité d'ici 2035, selon les projections de l'Institut de Jérusalem pour les études israéliennes.

Les autorités israéliennes ont tenté de compenser un taux de natalité plus de deux fois supérieur parmi les Arabes en construisant une douzaine de quartiers à Jérusalem, où vivent plus de 200.000 Israéliens.

La municipalité de la ville projette également de construire 20.000 logements supplémentaires qui permettraient de relier la ville à des groupes de colonies installées en Cisjordanie au nord et au sud de Jérusalem.

"L'objectif est clair: il s'agit d'+israéliser+ Jérusalem et de marginaliser la population arabe", déclare à l'AFP Mahdi Abdoul Hadi directeur de la Société Académique Palestinienne pour l'Etude des Affaires Internationales.

Selon lui, cette politique s'est traduite par des confiscations massives qui ont permis aux autorités israéliennes de réduire à 13% la superficie des terrains laissés aux Palestiniens.

"Malgré tous leurs efforts, les autorités israéliennes n'ont pas réussi à briser l'identité palestinienne dans cette ville, il y a bien deux peuples et deux cultures à Jérusalem et il en sera toujours ainsi", ajoute M. Abdoul Hadi.

Dans l'autre camp, Dore Gold, ancien ambassadeur d'Israël à l'ONU et auteur d'un livre: "Fight for Jerusalem", (combat pour Jérusalem) estime que "le gouvernement n'a pas fait assez pour remporter la bataille démographique".

"Le miracle économique israélien et le boom de la haute-technologie ont provoqué le départ de nombreux habitants de Jérusalem vers la région de Tel-Aviv. Il faut désormais encourager la création d'entreprises à Jérusalem et ouvrir une voie de chemin de fer rapide reliant en 20 minutes Jérusalem à Tel-Aviv pour tenter d'inverser le mouvement", souligne cet ancien diplomate.

Plus à gauche, Meron Benvenisti, un sociologue israélien spécialiste de Jérusalem, estime pour sa part que les statistiques concernant la ville relèvent de la "manipulation". "Personne ne connaît en fait le nombre exact de Palestiniens vivant dans la ville. Tous les chiffres sont avant tout politiques et servent à faire peur", s'insurge ce chercheur.