NDLR : Bien que n'étant pas du même bord politique que Kouchner, bien que n'aimant pas sa recherche de la médiatisation et critiquant son administration du Kosovo, je remarque aussi que c'est un homme qui se tient à l'écart des polémiques stériles de son camp. Par exemple, après la canicule de 2003, alors que le P.S. s'en prenait à Raffarin, Kouchner a eu l'honnêteté de dire que lui, ministre de la Santé dans le Gouvernement Jospin, n'aurait non plus pas pu éviter le drame et qu'il n'y avait pas à en profiter pour en retirer des bénéfices politiciens. Il faut espérer que cette recherche de la vérité comptera dans les relations diplomatiques avec Israël qu'il a défendu dans cette interview de l'été dernier, sachant que, de toute façon, c'est le Président qui décide.
Richard Arzt : Bonjour Bernard Kouchner. Vous avez parcouru beaucoup de zones de conflits, que ce soit pour des organisations humanitaires, pour des institutions internationales, ou en tant que ministre. Au Proche-Orient, entre Israël et le Hezbollah, c'est un affrontement qui sera très difficile à stopper ?
Bernard Kouchner : C'est un affrontement qui est très difficile à stopper, depuis des dizaines d'années, parce qu'on a le sentiment - et c'est un crève-cœur, quand on aime ce pays, le Liban, je l'aime beaucoup, toutes ces communautés - que ce sont les mêmes lieux, les mêmes noms répétés, Sabra, Chatila, Tyr, Sidon, etc. Comme si c'étaient les mêmes victimes ! Mais ce ne sont pas les mêmes victimes ! Ce sont des victimes supplémentaires. Oui, ce sera long. Oui, ce n'est pas fini parce que nous n'avons jamais voulu - la communauté internationale, les protagonistes n'ont jamais réglé complètement le problème. Et nous avons eu l'occasion, en 2005, au moment où l'alliance, en particulier des Etats-Unis et de la France, a réussi à faire sortir l'armée syrienne du Liban, dans cette résolution 1559 des Nations-Unies qui n'a pas été mise en application.
Qui peut encore l'être ?
Je l'espère ! Il faudra bien, en tout cas, tenter de le faire. Cette résolution exigeait la démilitarisation, le désarmement des milices, de toutes les milices du Liban : cela n'a pas été fait. Et tant qu'un pays bombarde un autre, ou va enlever les soldats, ou attaque sur le territoire d'un autre, évidemment les ferments de guerre sont renouvelés.
Il faut désigner l'agresseur.
Comment ! Tout le monde le connaît, l'agresseur. Ce n'est même pas le Hezbollah, que je connais par cœur, et qui, je vous le rappelle, fait partie du gouvernement libanais. Mais il est certain que la Syrie - et sans doute, aussi, l'Iran - ont décidé de faire attaquer ces milices-là . Ça ne peut pas être décidé par un chef local. Donc, il y a une stratégie de tension à laquelle, à mon avis, il faut répondre, à la fois par la recherche forcenée de la paix, mais, également, par la défense forcenée des habitants d'Israël, parce que, hélas, c'est comme cela ! Israël fut attaqué.
Israël dit que sa riposte n'est pas disproportionnée ?
Qu'est-ce qu'une riposte proportionnée ? Que dirait-on, alors, si, comme d'habitude, Israël envahissait le territoire. Malheureusement, et c'est d'ailleurs une stratégie, toutes les milices - dans tous les pays du monde, pas seulement au Liban - sont cachées, sont mêlées à la population. Et les dégâts sont terribles, lorsqu'on décide de les bombarder. Le Liban a été occupé par l'armée israélienne pendant de long mois, pendant de longues semaines. Et qu'est-ce que cela a changé ? On ne va pas faire disparaître le Hezbollah par la guerre. C'est une négociation politique : et c'est la paix, la longue route de la paix qu'il faut, à nouveau emprunter.
Dominique de Villepin a bien fait d'aller à Beyrouth lundi ?
Sûrement. Oui, je crois que le gouvernement était dans son rôle. Il y a un mélange permanent d'humanitaire et de militaire, maintenant. Il faut protéger les populations : on appelle cela l'humanitaire. On évacue les populations françaises - celles qui veulent, bien sûr, les gens qui veulent partir - et c'est très bien. Et puis, il faut, sans stigmatiser l'un ou l'autre, reprendre le dialogue. C'est le rôle de la communauté internationale. Le G8, qui s'est réuni en Russie, a consacré son temps de travail à cela.
Cela n'a pas fait grand chose de plus.
Non ! Et puis, surtout, il y a quelque chose, que vous avez sans doute remarqué, c'est que l'Europe n'a presque pas existé. On a entendu Jacques Chirac, oui mais l'Europe, où était-elle ? Y a-t-il un poids de l'Europe, maintenant ? Nous avons, nous-mêmes, détruit cet espoir européen, car l'Europe avait un rôle différent des Nations-Unies, différent des Etats-Unis, dans ce Moyen-Orient.













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