La parabole de Sarkozy
LePoint.fr - 11/05/2007 - Par Michel Richard

Toute laïque que soit la France, l’Evangile aura bel et bien été le programme commun dont se sont inspirés, à titres divers, François Bayrou, Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy. Venant de Bayrou, on ne s’en étonnera pas. Mais qu’était son projet d’union nationale sinon une version évangélique - et peut-être angélique - de l’exercice du pouvoir ? Cette vision où tous les hommes de bonne volonté, et venus de tous bords, voudraient bien se donner la main pour construire un monde meilleur, c’était, en quelque sorte, le Royaume des cieux dans les ministères ! Ce n’est pas précisément pour tout de suite...

A sa manière, Ségolène Royal ne fut pas en reste. On ne parle pas ici de ses tenues blanches virginales qui auraient, aux yeux de certains, délivré de flatteurs messages subliminaux, ni de ses évocations de Jeanne d’Arc - une sainte - , ni de son surnom de Madone. Mais que l’on songe à l’une de ses dernières exhortations lors de son dernier meeting géant au stade Charléty : « Aimons-nous les uns les autres », a-t-elle lancé du haut de sa tribune. Un sermon sur la montagne...

Evangélique, Nicolas Sarkozy ? Eh bien oui, lui aussi. « La fidélité, c’est pour les sentiments, l’efficacité pour le gouvernement », vient-il de déclarer. On objectera que le nouveau testament est plutôt muet sur la manière de constituer un ministère. Erreur : ce qu’énonce ainsi Sarkozy, ce n’est pas autre chose que la parabole des ouvriers de la onzième heure. Les sarkozystes historiques l’ont entendu avec effroi. Ils ont compris qu’ils n’auront pas forcément de place à la table de leur nouveau seigneur.